Le programme antisocial, antiouvrier et
antinational du gouvernement Harper

L'équilibre budgétaire comme prétexte
pour attaquer les travailleurs

À la veille de la reprise des travaux parlementaires à Ottawa, le président du Conseil du trésor, Tony Clement, a confirmé que le gouvernement Harper a l'intention de réduire les dépenses gouvernementales de 4 milliards $. Le gouvernement Harper se sert de l'occasion pour poursuivre la destruction des arrangements qui sont censés offrir aux Canadiens des institutions publiques dont la responsabilité est de voir à la réalisation d'une société moderne qui défend les droits de tous. L'offensive s'accompagne d'un discours en apparence très noble mais qui n'explique pas du tout ce qui se passe.

Le discours du Trône du 3 juin disait qu'il était nécessaire d'éliminer le déficit « pour que notre économie continue de croître et qu'elle favorise la création d'emplois, et pour que le gouvernement fédéral dispose d'une marge de manoeuvre financière suffisante pour prendre des décisions sur l'avenir. »

Les coupures sont identifiées par un « examen stratégique et opérationnel des dépenses » dans lequel on demande à 67 départements de soumettre des propositions de réduction des dépenses de 5 à 10 %. Selon les rapports de presse, les différents ministères sont encouragés à éliminer leurs programmes « les moins performants ». Les propositions seront étudiées par un sous-comité du Conseil du trésor présidé par Tony Clement. Les recommandations seront ensuite soumises au Comité du cabinet chargé des priorités et de la planification, présidé par Stephen Harper, où seront prises les décisions finales.

Déjà cet été les médias ont rapporté que 687 employés de Travaux publics Canada ont reçu un avis que leur poste sera aboli au cours des trois prochaines années. Trois employés de Travaux publics seront licenciés dès cette année.

On rapporte également que 300 employés d'Environnement Canada pourraient perdre leur emploi alors que 450 autres seront assignés à d'autres fonctions. Selon William Pynn, président du Syndicat des travailleurs de l'environnement, les services de météorologie, de surveillance des eaux et de contrôle de l'application des règlements seront affectés. « Les coupures sont si grandes que le mécanisme de soutien pour la recherche que fait Environnement Canada va certainement être remis en question », dit-il.

Six cents autres postes seront abolis dans les centres de traitement des demandes de l'Assurance-emploi de Service Canada. Selon le gouvernement, les coupures se feront « par attrition et réattribution ». Plusieurs centres de Service Canada pourraient également être fermés pour « consolider » les services.

Le ministère de la Défense nationale abolira 2100 postes de sa fonction publique au cours des trois prochaines années, selon les rapports de presse.

Durant la pause estivale, le président du Conseil du trésor a également annoncé que le gouvernement Harper imposera de nouveaux frais aux usagers dans le cadre de cet examen des dépenses. S'adressant à des directeurs des services publics fédéraux, Tony Clement a dit : « Nous encourageons les ministères à proposer une gamme complète d'options dans des domaines tels que l'efficacité administrative et l'efficacité des programmes, le regroupement des activités et les frais d'utilisation. » On rapporte que la Commission canadienne des grains prépare un projet de loi pour l'imposition de nouveaux frais d'utilisation. Elle a par ailleurs entrepris une consultation pour justifier une augmentation de 100 % des frais d'utilisation pour la certification de la qualité, de la sûreté et du poids des céréales canadiennes.

L'hypocrisie de ce discours est évidente quand on regarde quelles dépenses seront augmentées. Les dépenses pour les prisons, les préparatifs de guerre et d'autres programmes pour payer les riches vont continuer d'augmenter. Selon les rapports de presse, le coût du système carcéral fédéral a augmenté de 86 % depuis que le gouvernement Harper est arrivé au pouvoir en 2006. Les projections de dépenses pour les services correctionnels fédéraux pour 2011-12 ont été revues à la hausse, passant de 1,6 milliard $ par année en 2005 à 2,98 milliards $ durant l'année en cours. D'ici 2013-14, les coûts de ces services auront presque doublé, passant à 3,15 milliards $, selon les prévisions budgétaires.

Les médias rapportent qu'au cours de la pause estivale le gouvernement fédéral a finalisé des demandes de soumissions pour des contrats de construction navale de 35 milliards $, dont 25 milliards serviront à construire 21 navires de guerre. La décision sera annoncée en octobre. Le gouvernement fédéral a accepté des soumissions de Halifax Shipyard de Halifax, de Seaspan Marine Inc. de Vancouver et de Chantiers Davie de Lévis près de Québec.

Le gouvernement Harper annoncera au cours de la prochaine session parlementaire sa décision concernant l'achat de nouveaux avions de combat F-35, qu'il s'est engage à acheter durant la campagne électorale. Avant l'élection, un rapport du directeur parlementaire du budget, Kevin Page, établissait le coût de ces appareils à 29 milliards $, alors que Stephen Harper avait dit que ce serait 14 milliards $.

En août, le ministre du Commerce international Ed Fast a annoncé que les associations canadiennes de l'aéronautique et de la défense recevront près de 300 000 $ pour « aider leurs secteurs à concurrencer à l'échelle mondiale ». Les récipiendaires sont l'Association des industries aérospatiales du Canada, l'Association canadienne de l'aviation d'affaires et l'Association des industries canadiennes de défense et de sécurité.

Le gouvernement du Canada a annoncé l'octroi de 5 millions $ à la Fondation Canada-Israël pour la recherche et le développement industriels. Selon le gouvernement, cette fondation « assure la promotion d'une collaboration en matière de recherche et de développement entre les entreprises du secteur privé du Canada et d'Israël, en mettant l'accent sur la commercialisation de nouvelles technologies. »

Le 29 juillet, le ministre de l'État aux finances, Ted Menzies, a annoncé que le gouvernement Harper accorde 10 millions $ à Cargill Meat Solutions. « Cet investissement rendra Cargill Meat Solutions plus compétitif en lui permettant de réduire ses déchets et de diminuer ses coûts, a déclaré le ministre. Le nouveau procédé contribuera également à accroître la durabilité de l'entreprise en lui permettant d'utiliser les matières à risque spécifiées (MRS), les déchets d'enfouissement et les matières compostables comme sources de carburant. »

(Postmedia, The Hill Times, Chronicle Herald, Radio-Canada)

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Les intérêts des travailleurs absents
des «relations patronales-syndicales
harmonieuses» promues par le gouvernement

Au cours des mois de juillet et d'août, la ministre du Travail du Canada, Lisa Raitt, a tenu des tables rondes avec des « représentants de syndicats et d'entreprises clés », selon les communiqués émis par le gouvernement. Le site Web du ministère du Travail du Canada (www.labour.gc.ca) a annoncé que des tables rondes avaient eu lieu à Vancouver, Calgary, Winnipeg, Toronto, Mississauga et Sept-Îles ayant pour thème les importants défis à relever dans les milieux de travail et dans les relations patronales-syndicales, y compris les défis que doivent y relever les femmes, les questions de santé et de sécurité au travail, les affaires internationales du travail et des questions touchant le transport maritime.

Les communiqués de presse insistent sur le fait que ces rencontres, organisées sous les auspices du Programme du travail, sont des modèles de collaboration du gouvernement, des syndicats et des entreprises travaillant ensemble pour créer des milieux de travail équitables, respectueux et sains et que ces discussions font partie des efforts du gouvernement pour « créer des milieux de travail productifs et favoriser la croissance économique ». Au lendemain de la tournée à Sept-Îles, le ministère annonçait : « Cet entretien témoigne de la volonté du gouvernement du Canada de favoriser des relations patronales-syndicales harmonieuses qui profitent à la fois à la prospérité économique de notre pays et à la sécurité économique des Canadiens. »

À la lumière des lois forçant le retour au travail des travailleurs des postes et mettant fin au lockout de Postes Canada, par l'arbitrage de l'offre finale, et à la lumière des menaces proférées contre les travailleurs d'Air Canada, la question se pose : qu'entend le gouvernement Harper par relations patronales-syndicales harmonieuses ?


Les grévistes d'Air Canada le 9 juin 2011.

Pour essayer de répondre à cette question, nous avons fouillé les communiqués émis par le gouvernement ainsi que le Programme du travail, mais en vain. Les communiqués n'offrent aucune information supplémentaire sur le contenu de ces tables rondes. Dans la plupart des cas, les noms des participants ne sont même pas donnés. Vu l'importance des relations patronales-syndicales pour la société, nous trouvons déplorable que les projets et les discussions du gouvernement ne soient pas menés d'une façon ouverte et transparente et de manière à favoriser la participation de tous les Canadiens. Le public est en droit de savoir ce qui y est discuté, qui participe aux discussions et, surtout, qui décide du programme qui est adopté.

Selon les grandes lignes du Programme du travail telles que publiées sur le site Web du gouvernement, son mandat est d'élaborer, administrer et mettre en application des lois et des règlements sur les milieux de travail, comme la Loi sur l'équité en matière d'emploi et le Code canadien du travail, qui portent sur les relations industrielles, la santé et la sécurité et les normes d'emploi. Le Programme du travail gère les industries qui sont sous la responsabilité du Code canadien du travail. Ces lois s'appliquent aux travailleurs de la fonction publique fédérale, des transports ferroviaire et aérien, de Postes Canada, des télécommunications et radiodiffusion, du transport maritime et de la navigation ainsi que des banques à charte.

Dans le préambule du Code du travail on lit que le parlement du Canada estime que « l'établissement de bonnes relations de travail sert l'intérêt véritable du Canada en assurant à tous une juste part des fruits du progrès ». On y affirme que le gouvernement du Canada « désire continuer et accentuer son appui aux efforts conjugués des travailleurs et du patronat pour établir de bonnes relations et des méthodes de règlement positif des différends ».

Ce préambule reflète le contrat social établi après la Deuxième Guerre mondiale et qui prônait l'avantage réciproque pour les travailleurs et pour les employeurs afin d'assurer la paix sociale. Le contrat social a été l'aboutissement de conditions faisant qu'une classe ouvrière confiante avait tout sacrifié pour vaincre le fascisme et était désormais déterminée à affirmer ses droits. Par la voix de grèves historiques dans les secteurs de l'automobile et de l'acier et au moyen de la politique pratique, la classe ouvrière exigea que la richesse produite par la classe ouvrière serve à résoudre les problèmes sociaux de la société moderne. Le prix que les détenteurs de capital étaient prêts à payer pour maintenir la paix sociale était de reconnaître le droit de grève des travailleurs, la reconnaissance syndicale et la formule Rand (collecte obligatoire des cotisations syndicales sur les chèques de paie).

Le contrat social a commencé à perdre des plumes dans les années 70 avec la crise de l'État-providence keynésien. Les gouvernements se sont mis à répondre aux demandes des riches de rejeter le fardeau de la crise sur le dos des travailleurs, ce qui a fait place au néo-conservatisme du reaganisme et du thatchérisme et à leur programme de « libre-échange » mondial néo-libéral pour changer les arrangements de l'État pour rendre les monopoles concurrentiels sur le marché mondial. Ce programme identifie les intérêts des monopoles avec l'intérêt national et affirme que la façon d'harmoniser les relations de travail est de fouler aux pieds les droits des travailleurs et que le bien public cède au droit de monopole. Le gouvernement Harper cherche à pousser ce programme antiouvrier, antisocial et antinational encore plus loin.


Des travailleurs bloquent la voie à l'autobus électoral
conservateur à Val d'Or le 29 septembre  2008.

La ministre du Travail décrit ainsi le Programme du travail : « La prospérité économique continue du Canada repose sur des milieux de travail concurrentiels. Pour y arriver, il faut encourager des milieux de travail sains et la prévention des blessures, l'équité en matière d'emploi et la résolution des conflits. L'amélioration de ces facteurs est directement proportionnelle à une plus grande motivation et à une plus grande productivité. » Ces mots sont empreints de mauvaise foi. Si tout est orchestré pour faciliter le diktat monopoliste, alors comment les droits que le gouvernement a la responsabilité de défendre – tels des milieux de travail sécuritaires et sains et l'équité en matière d'emploi – peuvent-ils s'affirmer ? Si la prévention des blessures, l'équité en matière d'emploi et la résolution des conflits sont importantes seulement lorsqu'il s'agit de servir l'objectif de rendre les monopoles concurrentiels et si les travailleurs et leurs syndicats ne peuvent aucunement entraver les soi-disant droits patronaux, alors ces phrases ne veulent rien dire.

Par exemple, les blessures en milieu de travail ont augmenté en flèche à Postes Canada, en particulier dans les milieux qui font l'objet des transformations de la modernisation des postes. Mais plutôt que d'exiger que Postes Canada réponde de cette situation, le gouvernement a mis fin au lockout imposé par Postes Canada au moyen de l'arbitrage à offre unique par un arbitre qui n'a aucune expérience en la matière.

Le manque d'harmonie au travail vient du fait qu'on attaque les droits des travailleurs et le droit public et, par-dessus tout, les mécanismes mêmes servant d'outils d'intervention lorsque des intérêts sont en conflit – ceux du capital (le patronat) et ceux des travailleurs. Il ne reste que le diktat monopoliste et le chantage pour tenir les travailleurs responsables des maux du système économique et à imposer un régime brutal par lequel les riches s'enrichissent et les pauvres s'appauvrissent. Le gouvernement Harper utilise son pouvoir d'État pour exiger que les droits durement gagnés par les travailleurs actifs et à la retraite soient sacrifiés pour l'intérêt étroit des détenteurs de capital. En adoptant des lois comme celles forçant le retour au travail des postiers, le gouvernement est en outrage de ses responsabilités législatives et sociales. Ce n'est pas acceptable et nous devons exiger que le gouvernement Harper soit redevable.

Le gouvernement prétend agir avec toute la neutralité d'un troisième parti dont le rôle serait de prêter main forte dans la résolution de conflits qui pourraient nuire à la déjà fragile reprise économique. Mais lorsque les travailleurs ne peuvent obtenir une convention collective parce que les monopoles se servent de leur position dominante pour imposer leur diktat, que se passe-t-il ? Le gouvernement intervient du côté des monopoles en accusant les travailleurs d'être responsables de nuire à l'économie et en criminalisant leur résistance à l'exploitation débridée et à des conditions de travail en chute libre ressemblant de plus en plus à de l'esclavage pur et simple. Ainsi, les travailleurs n'ont pas voix au chapitre sur les relations patronales-syndicales et, en plus, leur droit de résister leur est retiré. Les travailleurs qui sont en lockout ou qui ont retiré leur force de travail sont attaqués ou criminalisés et accusés d'être égoïstes et de menacer les intérêts économiques du pays, tandis que lorsqu'il s'agit des détenteurs de capital, « l'égoïsme est une bonne chose ».

La résistance des travailleurs à la destruction de l'économie et des services publics par les riches est un acte socialement responsable. C'est le gouvernement Harper qui doit rendre des comptes pour l'abandon de ses responsabilités sociales et pour ses tentatives d'accuser les travailleurs de défendre leurs droits et le droit public. Comme point de départ, il faut rejeter la logique du gouvernement Harper à l'effet qu'il n'y a pas d'alternative et que les travailleurs n'ont d'autre choix que de se soumettre. Tout comme les travailleurs qui ont fait preuve d'innovation dans la période d'après la Deuxième Guerre mondiale, aujourd'hui les travailleurs doivent à nouveau faire preuve d'innovation en participant au travail pour élaborer des formes, des façons de voir et des tactiques nouvelles pour mieux défendre leurs droits et les droits de tous.

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Bulletin du 5 septembre 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca