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Discussion
Note sur l'histoire des classes sociales
- Centre ouvrier du PCC(M-L) -
Au Canada, beaucoup de confusion est répandue par
les cercles
académiques et gouvernementaux en ce qui concerne la division de
la société en classes sociales. On parle de classe
moyenne pour
désigner une partie de la classe ouvrière et on laisse
entendre
que faire partie de la classe moyenne serait un signe de
réussite
par rapport à ceux qui font partie de la classe ouvrière.
On
parle souvent aussi d'un possible « consensus
social »
en faisant abstraction de la division de la société en
classes
sociales aux intérêts contraires. Cela a pour effet de
cacher le
besoin de nouveaux arrangements qui harmonisent les
intérêts
individuels et collectifs et l'intérêt
général de la société, de
manière à ouvrir la voie au progrès de la
société. Sous prétexte
d'un consensus social, les travailleurs sont censés renoncer
à
leurs intérêts pour plutôt s'identifier aux
intérêts de l'élite
dominante. Et ils sont censés considérer les membres de
la classe
capitaliste monopoliste au pouvoir comme des travailleurs comme
eux !
Le Centre ouvrier du Parti communiste du Canada
(marxiste-léniniste) présente ce rappel historique pour
aider à
clarifier comment se pose la question des classes sociales. Il
recommande également la lecture du Chapitre
1 « Bourgeois
et
Prolétaires » du Manifeste du Parti communiste de
Karl Marx et
Friedrich Engels.
* * *
Le terme
« classe moyenne » est un terme
scientifique spécifique qui désigne les forces sociales
qui se
sont développées au moyen âge en Europe et dans
d'autres régions
du monde où la petite production a existé ou existe
encore de nos
jours. Ces forces sociales de la classe moyenne sont nichées
entre l'aristocratie foncière dominante et les
différentes
classes comprenant la paysannerie et les membres des
corporations. La classe moyenne de cette période en Europe
gagnait sa vie comme marchands, bailleurs de fonds et petits
fabricants et vivait surtout dans des communautés urbaines. Elle
a été le facteur humain qui s'est battu pour se
créer un espace
dans le système féodal et a développé
graduellement une masse
critique des forces productives modernes et la pensée capables
de
renverser les rapports de production féodaux et de les
supplanter
par de nouveaux rapports de production capitalistes.
Avec l'ascension du capitalisme en Angleterre au XVIIe
siècle
et sa rupture décisive avec l'ancien lors de la
Révolution
française de 1789, les membres de la classe moyenne se sont
intégrés à la nouvelle classe capitaliste
dominante ou bien sont
tombés dans les rangs de la classe ouvrière. Avec la
transition
au capitalisme en Europe, la classe moyenne cessa bientôt
d'exister.
Avec la montée du capitalisme monopoliste
à la fin du XIXe
siècle, l'analyse scientifique de la société a
été la cible
d'attaques violentes, en particulier de la part du socialisme
européen. L'objectif de ces attaques était de
désorienter les
ouvriers sur le plan de la théorie et de les persuader de faire
cause commune avec les propriétaires du capital monopoliste de
leur pays. Politiquement, lors de la Première Guerre mondiale,
cela s'est traduit par la politique de trahison d'une seule
nation quand le socialisme européen s'est rangé sous le
drapeau
impérialiste de sa propre bourgeoisie et a poussé
les ouvriers à
s'entre-tuer pour le repartage du monde entre les
principaux États impérialistes : la Grande-Bretagne,
l'Allemagne, la France, la Russie, l'Italie, les petits États
européens, les États-Unis, le Japon et leurs possessions
coloniales, comme le Canada.
Les socialistes européens ont adopté ce
qu'ils appellent une
perspective sociologique, par opposition à une perspective de
classe. Cette perspective non scientifique divise la population
selon le revenu en classes supérieures, moyennes et
inférieures.
L'objectif de cette désinformation est d'obscurcir la question
fondamentale que la division de la société en classes
sociales
découle des rapports aux moyens de production et du niveau des
forces productives. La division de classe est le reflet du niveau
des forces productives, et de la manière dont les gens gagnent
leur vie par leur rapport aux forces de production. L'antagonisme
de classe dans les rapports de production conduit nécessairement
la société vers l'avant, à un niveau
supérieur plus avancé.
Le socialisme européen et son analyse
sociologique s'opposent
au marxisme-léninisme et à l'analyse concrète des
conditions
concrètes. L'analyse scientifique du Canada reconnaît la
nature
de classe de la société et la nécessité de
résoudre la
contradiction de classe principale entre la classe ouvrière et
les propriétaires du capital.
L'appartenance de classe est déterminée
par les rapports
sociaux d'une personne avec les moyens de production et le niveau
de ces forces de production. La quantité de valeur que les
gens réclament des forces productives ne détermine pas
leur
classe sociale.
Le Canada est divisé en deux classes sociales
principales – la
classe ouvrière et la classe capitaliste. L'appartenance
à l'une
ou l'autre de ces classes sociales est objective et non
subjective. Ce que la personne croit ou ne croit pas au sujet du
système capitaliste, tout comme le genre de travail qu'accomplit
un travailleur ou les vues d'un propriétaire de capital, n'est
pas déterminant. Ceux qui tirent leur revenu de la possession
d'actions, de capital, de dettes et de la propriété
foncière
appartiennent à la classe capitaliste. Ceux qui gagnent leur vie
par leur travail appartiennent à la classe ouvrière. Il
n'importe pas qu'ils travaillent pour un monopole, qu'ils soient
à l'emploi du gouvernement ou
d'une petite entreprise ou qu'ils soient travailleurs autonomes. Le
facteur déterminant est qu'ou bien ils travaillent pour gagner
leur vie, ou bien ils
tirent leur revenu de la propriété d'actions, de capital,
de
dettes achetées et de la propriété foncière.
Le socialisme européen et la sociologie sont des
armes de
dépolitisation de la classe ouvrière et de transformation
de son
antagonisme de classe et de sa pensée en conciliation avec la
classe capitaliste dominante et en trahison de ses propres
intérêts de classe indépendants. Le socialisme
européen remplace
la défense des intérêts de la classe
ouvrière contre ceux de la
classe capitaliste par des exhortations à conserver
l'appartenance à cette fiction sociologique qu'est la classe
moyenne qui a pour ennemis ses concurrents de l'étranger et
également la classe inférieure qui, souvent, consommerait
de la
valeur sans travailler. La pensée de classe ouvrière est
réduite
à une lutte sur le montant d'argent que l'on gagne dans le mode
de production capitaliste en concurrence avec d'autres ouvriers
au pays et à l'étranger.
Dans cette situation, la classe ouvrière devient
la cible des
demandes de concessions, présentées comme des solutions
à la
crise économique. À cela s'ajoutent les
déclarations des
propriétaires du capital selon lesquelles les concurrents
à
l'étranger sont la cause de la baisse du niveau de vie des
ouvriers et que sauver la classe supérieure en payant les riches
est nécessaire pour sauver le système, la classe
monopoliste et,
par extension, la classe moyenne.
Le socialisme européen cherche à
détourner la classe ouvrière
de la réalité, à masquer le fait que la classe
ouvrière est en
contradiction avec la classe capitaliste. Les exigences des
propriétaires du capital sont cristallisées dans le droit
de
monopole et ceux de la classe ouvrière dans le droit public.
L'un
est la négation de l'autre. Cela est vrai même dans le
simple
rapport entre salaire et profit. Tous les autres facteurs étant
stables, des salaires plus élevés signifient une baisse
des
profits, et des profits plus élevés signifient une baisse
des
salaires. Il ne peut en être autrement dans la
société de
classe.
Le socialisme européen détourne
également la classe ouvrière
de sa mission qui est de s'approprier les moyens de production
avec lesquels elle travaille et de prendre le contrôle de
l'ensemble de l'économie devenue sociale. Cela est une exigence
fondamentale de son émancipation comme une classe
opprimée et
exploitée et de l'avancement de la société vers la
solidarité
sociale sans classe ni contradictions de classe.
Le socialisme européen et la sociologie
détournent l'attention du droit de
la classe ouvrière de contrôler sa destinée. Ils
font de la
classe ouvrière et de ses organisations des auxiliaires de la
classe capitaliste, la classe dominante. Ainsi, en pratique la lutte
pour
défendre les salaires, les avantages sociaux et les pensions
perd
son tranchant, son militantisme de classe et de rébellion
constante, et de défense des droits de tous. Au pire, la classe
ouvrière est transformée en réserve de la
politique impérialiste
d'une seule nation et se soumet au droit de monopole, à ses
demandes néolibérales de concessions, son programme de
payer les
riches, présentés comme solution aux problèmes
économiques, et
son programme de guerres continuelles à l'étranger contre
les
concurrents et pour des sources de matières premières,
des
marchés, des peuples à exploiter et à piller, et
des sphères
d'influence.
La classe ouvrière doit combattre avec
ténacité les pressions
politiques et idéologiques des propriétaires du capital,
de leurs
monopoles et de leurs agents. Sa pensée indépendante est
un
aspect crucial de sa politique indépendante, et de sa
résistance
au droit de monopole. La reconnaissance de la division du Canada,
entre la classe ouvrière et la classe capitaliste, et de la
nécessité d'organiser pour résoudre cette
contradiction est
une étape importante pour faire avancer la société

Bulletin du 29 août 2011
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