Il faut une nouvelle direction pour l'économie

Les manoeuvres pour payer les riches en Ontario

Le gouvernement libéral de l'Ontario a annoncé qu'il verse 7,5 millions $ à AbitibiBowater parce que son usine à Thunder Bay aurait consommé une grande quantité d'électricité. Selon le gouvernement, la raison d'être de ce remboursement pour avoir consommé 50 000 mégawattheures d'électricité par année serait « d'aider les industries du nord à bâtir et à conserver un avantage compétitif à l'échelle mondiale et, en même temps, protéger et créer des emplois ». Dans ce cas précis, il s'agirait d'aider « une usine de pâtes et papier à Thunder Bay à réduire ses coûts d'électricité, à demeurer compétitive et à protéger environ 500 emplois ».

Il faut reconnaître que cette justification donnée par le gouvernement de l'Ontario est d'abord à l'intention des travailleurs de l'usine, des membres de la communauté de Thunder Bay et des gens qui vivent dans les régions forestières en général. On voudrait leur faire croire que la seule raison qui motive AbitibiBowater à vouloir couper et transformer le bois est de « protéger et créer des emplois » et qu'il doit, pour ce faire, recevoir des subventions à même les fonds publics même s'il est une entreprise privée, ses propriétaires étant principalement aux États-Unis. Le monopole prêche la nécessité d'obtenir des fonds publics des gouvernements, ainsi que des concessions des travailleurs et de leurs communautés, sans quoi il ne pourra être concurrentiel et pourrait devoir fermer ses installations. Le PDG Garneau a même intenté une poursuite contre un village de 2 500 habitants au Québec, dans le but de réduire et de reprendre des sommes payées en taxes municipales que le village avait réclamées d'AbitibiBowater. M. Garneau a fait les mêmes démarches contre diverses municipalités de la Colombie-Britannique alors qu'il était PDG de Catalyst Paper.

Ainsi, réduire les impôts des entreprises est absolument nécessaire si elles veulent poursuivre leurs activités. Les cadres expliquent que leurs entreprises ne peuvent être concurrentielles et survivre avec le niveau actuel de réclamations de la part des travailleurs sur ce qu'ils produisent, avec en plus le « fardeau » de l'imposition des entreprises. En surcroît, sans les ristournes, une infrastructure gracieuseté des fonds publics et autres cadeaux, il ne resterait plus pour les monopoles mondiaux que de fermer leurs portes et arrêter de fonctionner complètement.

L'idée que la concurrence est la cause de la destruction, des concessions et des manoeuvres frauduleuses pour payer les riches ne tient pas. Ceux qui contrôlent, comme le mégalomane Garneau, sont les mêmes qui décident qu'un certain nombre de concessions et de subventions provenant des fonds publics sont maintenant devenues la norme et que cette pression vers le bas n'arrêtera pas de sitôt. La tentative d'associer les concessions des travailleurs et les manoeuvres pour faire payer les riches à la concurrence inter-monopoliste est typique du néolibéralisme antisocial. Ces pratiques sont monnaie courante pour le crime organisé international. Les organisations criminelles mondiales se faisant passer pour des compagnies ont déclenché des attaques coordonnées contre les sociétés partout dans le monde et contre les peuples et leur économie socialisée. Si ces organisations criminelles mondiales ne sont pas vigoureusement repoussées, elles poursuivront dans leur foulée rétrograde à extorquer de l'argent et autres concessions des travailleurs, de leur communauté et du trésor public.

Les travailleurs, leur communauté et les gouvernements doivent dire aux monopoles que ces activités criminelles ne seront plus tolérées ! Dorénavant, nous refusons d'être victimes d'extorsion. Une nouvelle direction pour l'économie est nécessaire ! Les monopoles sont devenus des puissances en elles-mêmes en opposition au peuple, au droit public et à la légitimité gouvernementale. Une société ne peut fonctionner lorsque des groupes de riches individus se considèrent au-dessus du peuple et au-dessus d'une primauté du droit qui défend le droit public.

Ces cadres d'entreprises se plaignent constamment des impôts tout en empêchant que la richesse produite dans l'économie socialisée ne soit réclamée afin de subvenir aux besoins du peuple et aux intérêts généraux de la société. Au moyen de la TVH, des tickets modérateurs et autres mesures, les monopoles et les gouvernements néolibéraux qu'ils contrôlent ont réussi à rejeter le gros du fardeau financier sur le dos des individus. Mais ils veulent toujours que les fonds publics soient acheminés vers les coffres de leurs monopoles et ils veulent toujours que l'infrastructure nécessaire au bon fonctionnement de leurs entreprises soit payée à même le trésor public. Pendant ce temps, ils sèment la panique au sujet de la dette provinciale et fédérale et parlent de l'importance de réduire les dépenses dans les programmes sociaux.

Il faut bien réfléchir à cette situation et soulever quelques questions. S'il s'avérait dans les meilleurs intérêts de tous qu'AbitibiBowater, par exemple, cesse toutes ses activités au Canada et renonce à tous ses biens et à ses dettes. Les gouvernements provinciaux pourraient en faire l'acquisition et permettre à d'autres exploitants tels que des coopératives, des petits groupes de propriétaires et des entreprises publiques de contrôler et de faire fonctionner les usines. Les travailleurs de la forêt et leur communauté pourraient tout reprendre à neuf dans une nouvelle direction, sans le fardeau de toujours devoir payer les riches pour faire fonctionner leurs usines et sans devoir vivre dans un climat d'insécurité constante. Lorsqu'on y pense, qu'est-ce qui empêche la production forestière canadienne de fonctionner sur une base viable et stable ? C'est le contrôle qu'exercent ces monopoles mondiaux sur l'industrie forestière. C'est à cause d'eux que l'économie forestière est dans le pétrin. En transférant le contrôle à ceux qui sont les producteurs de fait et à leur communauté, pour bâtir et non détruire, et en agissant de concert avec les autres communautés forestières et non en conflit constant avec eux, des perspectives extraordinaires s'ouvriraient dans ce secteur.

La situation incertaine étant ce qu'elle est, AbitibiBowater annonce à toutes les semaines des fermetures, des investissements qui mènent à des pertes d'emplois, des démarches pour exiger que les petites municipalités remboursent des impôts payés par la compagnie ou quelqu'autre abomination. Socialement, le monopole agit de la façon tout à fait irresponsable, tenant compte uniquement des intérêts très étroits de ses investisseurs lointains qui n'ont aucun lien avec les communautés forestières ou même avec le Canada ou le Québec. Prenons la question de la réduction des coûts, qui résulte invariablement en une plus grande productivité. La productivité mène habituellement à la perte d'emplois et non à leur protection. La semaine dernière, AbitibiBowater a annoncé qu'elle « investissait » de 12 à 17 millions $ dans l'usine de pâtes et papier d'Iroquois Falls, ce qui selon le monopole « aura comme conséquence de réduire de 60 le nombre de travailleurs ». Ces pertes d'emplois pour une petite communauté ont des effets dévastateurs. Dans une société moderne, tous les problèmes relatifs à l'investissement et à la réduction des coûts doivent être abordés d'un point de vue socialement responsable, en prenant considération d'abord le bien-être des travailleurs concernés et de leur communauté et ensuite les intérêts généraux de la société. La productivité est une arme dangereuse entre les mains d'éléments antisociaux et de mégalomanes qui agissent avec impunité et qui ne se croient pas obligés de rendre des comptes de leurs décisions.

Prenez ce remboursement de 7,5 millions $ pour l'électricité à l'usine AbitibiBowater à Thunder Bay. Le gouvernement ontarien et le PDG Garneau prétendent que cet argent permettra à l'usine d'être plus concurrentielle. On n'explique pas comment. On dit seulement que cet argent permet de réduire les coûts. Or, les subventions des gouvernements ne réduisent pas les coûts. Seules les améliorations qui augmentent la productivité réduisent les coûts, soit de l'usine elle-même, soit de son principal fournisseur. Une aide financière, une réduction ou un taux d'électricité en dessous des coûts de production ne réduit aucunement les coûts pour l'économie ou pour la compagnie. C'est seulement de l'argent qui va directement dans les mains de ceux qui contrôlent la compagnie, et ceux qui contrôlent sont ceux qui décident qui bénéficiera des revenus.

AbitibiBowater ne produit pas de bilan financier pour les installations locales. Le remboursement de 7,5 millions $ se retrouvera dans le bassin du revenu général du monopole mondial. C'est la même chose pour toutes autres installations de l'empire Garneau bénéficiant de remboursements, de subventions gouvernementales ou de réductions d'impôts. Les coûts de production à la baisse sont associés aux moyens de production et à leur productivité. Les concessions des travailleurs, la réduction des impôts des entreprises, les remboursements et l'aide financière à même les fonds publics ne réduisent pas les coûts, ni n'augmentent-elles la productivit, ni ne protègent-elles les emplois. Les concessions, les réductions d'impôt des entreprises et tout le reste sont liés à la façon dont la valeur ajoutée est distribuée entre les trois revendicateurs : les travailleurs, les gouvernements et les détenteurs de capital. Une redistribution des réclamations n'affecterait pas directement le coût des biens produits. La demande de payer les monopoles pour qu'ils produisent et se fassent concurrence n'est qu'une grande manoeuvre d'extorsion. Donnez-nous l'argent ou nous détruirons votre propriété, grogne le gangster. L'extorsion par les monopoles prend une plus grande part de la valeur ajoutée siphonnée aux travailleurs et aux gouvernements pour la déposer dans les coffres des détenteurs de capital. C'est à peu près la même chose que lorsque des gangsters intimident des restaurateurs dans un quartier donné, sauf que c'est fait sur une échelle beaucoup plus grande et avec un semblant de légalité étant donné que les gangsters monopolistes ont corrompu ceux qui sont au pouvoir.

Le remboursement de 7,5 millions $ à AbitibiBowater est de la valeur produite par les travailleurs de l'hydro-électricité de l'Ontario utilisant des installations payées par la population de l'Ontario. La valeur existe à même l'électricité. À mesure que l'électricité est consommée pour fabriquer des produits forestiers, la valeur est transférée aux biens produits. Lorsque les produits forestiers sont vendus, la valeur de l'électricité consommée se retrouve dans le prix de vente. L'usine devrait recevoir la valeur totale de l'électricité consommée, ce qui veut dire qu'elle ne paie pas pour l'électricité qu'elle consomme et ne génère aucune valeur ajoutée de sa consommation qui peut servir aux profits, aux intérêts, aux salaires ou aux impôts.

La valeur provenant de la production d'électricité est réclamée par les travailleurs qui la produisent, par l'entreprise publique Ontario Power Generation (Hydro Ontario), par le trésor public de l'Ontario et par d'autres niveaux de gouvernement. Le versement de 7,5 millions $ des fonds publics à AbitibiBowater cache le transfert de valeur matérialisée sous forme d'électricité et est une perte nette de 7,5 millions $ pour le trésor public et indirectement pour Ontario Power Generation (Hydro Ontario). Cela représente une plus grande perte si le prix de vente de l'électricité est inférieur à ses coûts de production.

M. Garneau et le gouvernement prétendent que ce remboursement aide à rendre le monopole plus compétitif. Comment ce remboursement peut rendre un monopole plus compétitif n'est pas expliqué, c'est tout simplement affirmé. L'aspect compétitif pourrait venir d'un prix du marché inférieur ou encore d'un prix de vente aux prix du marché, alors que les cadres et les propriétaires d'AbitibiBowater empochent le versement en tant que revenu. Dans les deux cas, la valeur provient de la compagnie hydro-électrique publique de l'Ontario. Si le prix du marché de la production de l'usine de Thunder Bay est réduit en dessous des prix généraux du marché et son propre prix de production, alors les acheteurs des produits de l'usine profitent du 7,5 millions $. Si c'est le cas, alors l'électricité de l'Ontario, d'une valeur de 7,5 millions $, est donnée sans frais aux consommateurs de l'industrie de pâtes et papier, principalement aux États-Unis. Si le prix du marché n'est pas réduit, alors l'électricité d'une valeur de 7,5 millions $ fait partie du revenu général d'AbitibiBowater à être distribué selon les volontés de ceux qui contrôlent.

Lorsqu'on fait de la concurrence une justification pour recevoir des subventions à même les fonds publics, pour ne pas payer des impôts d'entreprises et pour exiger des concessions des travailleurs et de leurs communautés, on met la concurrence en relief et on expose la nature rétrograde de ses aspects réels et mythiques. Avec les subventions publiques aux monopoles, la faible imposition des entreprises et les concessions des travailleurs et de leurs communautés, le nombre de personnes qui bénéficient de la production est réduit tandis que l'économie et le peuple en subissent des conséquences négatives. Dans le cas du remboursement en question, le bénéfice va soit aux consommateurs aux États-Unis, soit à ceux qui contrôlent AbitibiBowater. Avec cette direction de l'économie et son système de compétition, de concessions, de subventions aux monopoles et ses faibles taux d'imposition des entreprises, les Canadiens doivent accepter que tant que l'usine de Thunder Bay continuera de fonctionner, avec 500 travailleurs qui transforment la richesse de la nature en richesse utilisable, des bénéfices encore plus grands, obtenus en transformant leurs forêts et leur eau en produits forestiers utilisables, iront forcément aux consommateurs des États-Unis et aux détenteurs de capital d'AbitibiBowater et de moins en moins aux producteurs de fait, à leur communauté et à leur société. Dans ces conditions, une moins grande partie de la valeur produite par les Canadiens est disponible pour les salaires, les avantages sociaux, les pensions, les programmes sociaux, les intérêts généraux de la société et pour le réinvestissement dans les communautés productrices et dans leurs moyens de production. Une atmosphère d'insécurité constante pèse sur les biens du peuple et sur leur viabilité. Avec cette direction de l'économie, les producteurs de fait n'ont aucun mot à dire ni aucun contrôle sur leurs usines, sur leur produit social, sur la façon dont la production sociale est produite et mise en marché, sur son prix du marché ou sur comment la valeur ajoutée de l'usine peut être partagée entre les principaux revendicateurs – les travailleurs, les gouvernements et les détenteurs de capital. La distribution de la valeur ajoutée produite par les travailleurs vient plus directement sous le contrôle des PDG, et ceux-ci ont recours à l'extorsion pour déterminer les réclamations des gouvernements. Règne alors l'insécurité générale puisque la menace plane toujours que la « concurrence » va faire en sorte qu'une usine va fermer ses portes, y compris la concurrence au sein du même monopole ou par le biais d'une politique délibérée de ne pas investir dans l'usine, de ne pas l'améliorer ou même de ne pas maintenir ses moyens de production au niveau actuel. Avec cette direction de l'économie, les producteurs de fait, la classe ouvrière et la communauté, n'ont aucun contrôle sur la destinée de leurs biens, sur aucun aspect de leur opération ou sur la viabilité et la survie de leur communauté.

Pour un grand nombre de Canadiens, la présente direction de l'économie est devenue intenable et une nouvelle direction doit être trouvée. Une nouvelle direction doit être un projet des producteurs de fait eux-mêmes et de leurs communautés. La transformation de leurs forêts et de leur eau en produits utilisables doit être soumise à leur contrôle et à leurs prises de décisions. Toutes questions touchant à ce qui est produit, à son coût de production, son prix de marché, la distribution de la valeur ajoutée, le besoins en infrastructure, en recherche et en développement, l'investissement et la mise en marché de leur produit social devraient tomber sous le contrôle des producteurs de fait et de leurs communautés. Comme les producteurs de produits forestiers ont des problèmes et des objectifs communs dans le développement du secteur pour qu'il serve leurs communautés, chaque communauté et chaque collectif de travailleurs forestiers auraient intérêt à travailler avec d'autres collectifs de travailleurs et leurs communautés qui produisent des produits de fibre de bois et non en concurrence avec eux, en particulier dans les confins politiques communs du Canada et du Québec.

Sur la question de la propriété, beaucoup de Canadiens sont arrivés à la conclusion que les monopoles privés comme AbitibiBowater sont devenus trop grands et puissants. L'abus et l'extorsion de la part des monopoles doivent cesser. Plusieurs demandent la nationalisation du secteur et le remplacement des monopoles privés par des entreprises publiques dont le mandat serait de servir le peuple, les communautés et la société. À tout le moins, le gouvernement doit renouveler les lois antimonopolistes et anti-trust de sorte que la grandeur, le pouvoir et l'ampleur de la propriété d'un groupe quelconque soient limités. Certains suggèrent qu'une entreprise possédant plus d'une ou deux installations au pays et à l'étranger est déjà trop grande et utilise son pouvoir de monopole contre les intérêts du peuple et le droit public. En plus de ces lois anti-trust renouvelées, les lois devraient favoriser la propriété locale dans les industries de base comme la foresterie, en particulier des entreprises coopératives ou publiques au niveau de la communauté, de sorte qu'un début de contrôle puisse être restauré aux producteurs de fait et à leurs communautés pour mettre un terme à l'abus du droit public par le droit de monopole et à la destruction de l'économie socialisée.

Dans le cas spécifique de la production de la fibre de bois, les producteurs de fait des communautés forestières du Canada et du Québec en coopération avec les gouvernements provinciaux et fédéraux pourraient mettre sur pied une Commission publique de commercialisation de la fibre de bois Canada/Québec afin de vendre conjointement tous les produits de fibre de bois, ainsi qu'un Institut de recherche et de développement en fibre de bois afin de développer des nouveaux produits et des méthodes de production renouvelables.

La Commission publique de commercialisation de la fibre de bois serait responsable de la vente des produits de fibre de bois au pays et à l'étranger. Le prix du marché serait fixé en calculant le coût de production pour chaque installation, région et type de produit et en trouvant un prix du marché moyen acceptable. Chaque installation aurait son propre coût de production et serait encouragée de baisser ce coût en augmentant la productivité de façon socialement responsable et de multiplier la gamme de ses produits par la discussion et la coopération actives avec l'Institut de recherche et de développement et avec d'autres usines. Les détenteurs de capital recevraient un retour canadien moyen sur leur capital investi. La Commission de commercialisation de la fibre de bois pourrait coordonner les ventes mondiales pour que chaque région du pays puisse en bénéficier, pour que les prix internationaux du marché soient conformes aux coûts de production. Le Canada et le Québec seraient réputés pour leurs produits de bois les plus diversifiés et de plus haute qualité livrés avec ponctualité. Même confronté à une crise internationale, il serait possible de maintenir une stabilité générale. Ce serait possible par la mise en stock en cas d'urgences, en répartissant la production et les ventes parmi toutes les régions et les installations, en trouvant de nouveaux produits pour répondre aux conditions changeantes, mais aussi en se servant du revenu pour diversifier les économies locales pour qu'elles soient moins dépendantes du secteur forestier. En ce sens, la Commission de commercialisation pourrait être mandatée pour défendre une pratique ressemblant aux anciens règlements d'appartenance en Colombie-Britannique qui encourageaient la production locale de la fibre de bois récoltée dans la région.

La responsabilité de produire quelque chose qui a une valeur d'usage devrait être sous le contrôle des producteurs de fait et de leur communauté, conjointement avec toutes les communautés forestières au pays et avec les divers ministères concernés au niveau provincial et fédéral. Un aspect clé serait de remettre de la valeur ajoutée dans l'économie locale afin d'améliorer sa diversité et sa capacité d'évoluer sans crises. Une nouvelle direction pour l'économie serait établie en opposition à la dictature des monopoles mondiaux. Une nouvelle direction mettrait immédiatement fin aux pratiques d'extorsion en tant que méthode de faire des affaires et en tant que relation de travail. Une nouvelle direction pousserait l'économie vers la liberté de reconnaître ce qu'il est nécessaire de faire pour développer de façon consciente une économie socialisée renouvelable qui répond aux besoins du peuple et qui sert de base matérielle dans l'édification d'une nation et d'une société modernes où les producteurs de fait et leurs communautés exercent un contrôle sur leur économie et sur leur vie.

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AbitibiBowater obtient un rabais de 7,5 millions $ pour sa consommation hydroélectrique

Le député provincial libéral de Thunder Bay-Atikokan, Bill Mauro, a annoncé le 19 août que le gouvernement de l'Ontario a approuvé un remboursement pour l'usine de papier d'AbitibiBowater, à Thunder Bay. Le gouvernement libéral donnera au monopole la somme de 7,5 millions $ calculée selon la consommation électrique de l'usine pour l'exercice financier 2010-2011.

« Ce programme est le plus récent d'une série de programmes visant à soutenir nos grands utilisateurs industriels. Combiné avec notre Initiative d'économies d'énergie en milieu industriel, il permettra à l'opération locale d'AbiBow d'économiser des millions par an sur la base d'un plan d'action », a déclaré le député libéral Mauro du gouvernement.

L'argent est canalisé vers le monopole par le biais du Programme de réduction des tarifs d'électricité pour le secteur industriel du Nord (PRTE-SIN). En plus de se voir accorder de faibles tarifs pour la consommation d'énergie, le monopole reçoit un rabais de deux cents le kilowattheure pour les installations industrielles qui consomment plus de 50 000 mégawatts-heures d'électricité par an. Le programme PRTE-SIN, d'une durée de trois ans, octroie en moyenne 150 millions $ par an en subventions distribuées aux plus grands consommateurs industriels d'électricité du Nord de l'Ontario.

Pour être admissible au rabais rétroactif qui lui a été accordé à compter du 1er avril 2010, AbitibiBowater a dû faire une demande au plus tard le 31 janvier 2011. Le programme PRTE-SIN est entré en vigueur le 27 septembre 2010. Pour presque toute la période de 2010 couverte par le rabais, AbitibiBowater a été sous la protection de la faillite et a licencié de manière permanente environ 6000 travailleurs, a exigé des concessions sur les salaires, les avantages sociaux et les pensions, détruit les forces productives en Ontario, au Québec et aux États-Unis et recapitalisé vers le bas les titulaires non garantis d'actions ordinaires. La voie de destruction des produits en fibre de bois au cours de sa restructuration anti-sociale des actifs productifs au Canada a donné lieu, par rapport à 2007, à une perte pour les usines du Québec de 1,4 million de tonnes de capacité par rapport à l'élimination de 3,4 millions de tonnes de capacité en papier en Amérique du Nord. La capacité en Ontario a été réduite de 436 000 tonnes, au Nouveau-Brunswick de 245 000 tonnes, à Terre-Neuve et Labrador de 205 000 tonnes et en Colombie-Britannique de 185 000 tonnes. Elle a également retiré une capacité de production de 900 millions de pieds planche en bois d'oeuvre. Même après sa frénésie de démantèlement, AbitibiBowater est le huitième plus grand (côté en bourse grâce à ses actions ordinaires) fabricant de pâtes et papier dans le monde et le troisième en importance en Amérique du Nord.

Le vaste démantèlement de l'industrie forestière et l'abaissement du niveau de vie des travailleurs actifs et retraités d'AbitibiBowater ont été perpétrés sous la bannière de « rembourser la dette » et dans un climat de panique pour « réajuster la production en fonction de la nouvelle réalité d'une consommation réduite » du papier et autres produits forestiers, en particulier aux États-Unis. La restructuration antisociale, la réduction des effectifs et les demandes de concessions n'ont pas cessé même après que l'entreprise a cessé d'être sous la protection de la faillite, soit depuis décembre dernier. Le p.d.-g. Richard Garneau invoque constamment la menace de fermer ou vendre certaines usines si elles ne sont pas « concurrentielles ».

Le gouvernement libéral de Dalton McGuinty dit que le programme PRTE-SIN n'est qu'une façon parmi tant d'autres d'« agir en partenariat avec des entreprises dans les communautés du Nord de l'Ontario pour créer et soutenir des emplois pour les familles de l'Ontario et renforcer l'économie locale. Le programme aidera les industries du nord à bâtir et renforcer un avantage concurrentiel global et, en échange, aide à protéger et à créer des emplois. Les entreprises forestières, minières et de l'acier sont certaines des entreprises parmi les plus grands consommateurs d'électricité dans le nord de l'Ontario. »

Le député libéral Bill Mauro prétend que cette subvention de 7,5 millions $ à AbitibiBowater « aide une usine de pâtes et papiers de Thunder Bay à réduire ses coûts en électricité, à demeurer concurrentielle et à protéger environ 500 emplois ».

Cela n'a rien de rassurant quand on connaît les pratiques passées et présentes d'AbitibiBowater et à la lumière de l'expérience directe des travailleurs et des communautés de l'industrie forestière.

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Nationaliser l'industrie forestière.
On a tous lâché un soupir de soulagement

On a tous lâché un soupir de soulagement en apprenant que la vieille machine numéro 6 à Kénogami bénéficie d'un sursis de la part de la direction d'Abitibi. Mais pour combien de temps encore ? Probablement le temps nécessaire à cette dernière de négocier, à la satisfaction des actionnaires, le renouvellement, avec le gouvernement, de son bail d'exploitation de ses barrages sur la rivière Shipshaw. Sans doute qu'après, le dg, Richard Garneau, reviendra à son naturel : fossoyeur de tout ce que représente l'industrie du bois au Saguenay-Lac-Saint-Jean. À commencer par les emplois parmi les plus rémunérateurs.

S'il y en a encore qui croient à la possibilité d'un partenariat gagnant entre le Saguenay-Lac-Saint-Jean et Abitibi-Bowater, ces gens rêvent en couleurs, en HD à part ça. Moi, si j'étais le grand chef... politique de la région, je ferais exactement comme Danny Williams, le premier ministre de Terre-Neuve. Je te sacrerais dehors cette compagnie et son dg, tête à claques, petit gars de chez nous. Qui sont les nioufs dans tout cela ?

Richard Garneau est en mission commandée par des actionnaires cupides et sans vision ; ceux-là mêmes qui n'ont pas levé le petit doigt dans les années 70, lorsqu'à l'évidence, la compagnie se devait de procéder à une restructuration majeure, comme les Scandinaves l'ont fait, pour faire face aux nouvelles exigences du marché. Aujourd'hui, c'est toute une région qui vit dans l'angoisse des conséquences de l'irresponsabilité et de l'insouciance d'Abitibi.

Il y a de ces gens qui se satisfont encore béatement, prompts à blâmer un ministre qui a eu le courage de dire les vraies choses, après tout ce qu'Abitibi-Bowater a fait subir à la région depuis la fermeture du moulin de La Baie. La prochaine écoeuranterie pourrait être la fermeture de l'usine Kénogami. En attendant, on joue au yoyo avec les nerfs des travailleurs : la machine numéro 6, fermera, fermera pas.

Si les arbres et l'eau sont des richesses qu'Abitibi ne pourra jamais emporter avec elle, si le développement forestier est possible sans Abitibi, si investir dans la foresterie peut être encore rentable, si cet investissement peut être un plus pour le développement de la région, s'il y a dans la région assez de matière grise pour susciter des investissements judicieux, si les travailleurs ont déjà fait plus que leur part pour maintenir leurs usines en vie, si selon KPMG les coûts de main-d'oeuvre sont moins élevés ici qu'ailleurs, si le salaire moyen des forestiers est plus bas au Québec, si les employeurs peuvent se permettre ici, une plus faible contribution aux régimes d'avantages sociaux, qu'est-ce que l'on attend, dans ce cas, pour devenir, en tant que région ressource, propriétaires de ce qui reste d'Abitibi- Bowater chez nous (deux moulins à papier dont le futur de l'un est incertain, quelques scieries moribondes) et relancer le tout sur de nouvelles bases ?

À entendre certains discours, nous n'aurions pas d'autre choix que de passer de la génuflexion à l'à-plat-ventrisme devant le chantage d'Abitibi. Les barrages hydroélectriques et l'énorme potentiel forestier, on ne pourra jamais les sortir de la région. Nous disposons d'un potentiel de financement sans pareil : Caisse de dépôt, Investissement Québec, fonds de placement FTQ et CSN, Mouvement coopératif Desjardins. Et pourquoi pas une vaste souscription régionale pour relancer l'industrie forestière assortie d'avantages fiscaux de types régime d'épargne-actions ? Pourrions- nous faire pire que ce qu'Abitibi fait présentement, qui cherche à sauver les meubles pour protéger les goussets des actionnaires et pour garantir les primes de départ, les salaires et les bonis des grands patrons ?

À cor et à cri, on dénonce, partout au Québec, le fait que les compagnies, les minières au premier chef, exploitent nos richesses et nous laissent que miettes et dévastation du territoire. Mais ici, au Saguenay-Lac- Saint-Jean, nous avons notre propre cheval de Troie en cette matière. On s'inquiète, avec raison, de l'effritement du pont Dubuc et d'une multitude d'autres structures de béton ailleurs au Québec, en même temps qu'on se dit capables de bâtir en bois des superstructures comme des amphithéâtres pouvant recevoir plus de 20 mille spectateurs. Et des viaducs alors ?

Celles et ceux qui soutiennent qu'il n'y a pas d'avenir dans la nationalisation de nos richesses collectives sont les descendants directs des détracteurs de Jean Lesage et René Levesque. Ces derniers ont cru, au début des années 60, à la nationalisation de notre hydroélectricité ; avec le résultat que l'on connaît maintenant. Les arguments défaitistes viennent, le plus souvent, de bien-pensants à la solde du grand capital ou de politiciens préoccupés par la bonne santé financière du parti et par leur prochaine élection. Ces arguments fallacieux que trop reprennent à leur compte sans analyse arrangent bien les investisseurs privés. Parce qu'en fin de compte, avec tous les accommodements financiers et autres que leur accordent les gouvernements, ils s'en tirent inévitablement avec le beurre et l'argent du beurre.

(Paru dans LBR.ca du Saguenay-Lac-Saint- Jean)

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Bulletin du 29 août 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca