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Il
faut une nouvelle direction pour l'économie
Les manoeuvres pour payer les riches en Ontario
- K.C. Adams -
Le
gouvernement libéral de l'Ontario a annoncé qu'il verse
7,5 millions $ à AbitibiBowater parce que son usine
à
Thunder Bay aurait consommé une grande quantité
d'électricité.
Selon le gouvernement, la raison d'être de ce remboursement pour
avoir consommé 50 000 mégawattheures
d'électricité par année
serait « d'aider les industries du nord à bâtir
et à
conserver un avantage compétitif à l'échelle
mondiale et, en même
temps, protéger et créer des emplois ». Dans
ce cas précis,
il s'agirait d'aider « une usine de pâtes et papier
à
Thunder Bay à réduire ses coûts
d'électricité, à demeurer
compétitive et à protéger environ 500
emplois ».
Il faut reconnaître que cette justification
donnée par le
gouvernement de l'Ontario est d'abord à l'intention des
travailleurs de l'usine, des membres de la communauté de Thunder
Bay et des gens qui vivent dans les régions forestières
en
général. On voudrait leur faire croire que la seule
raison qui
motive AbitibiBowater à vouloir couper et transformer le bois
est
de « protéger et créer des
emplois » et qu'il doit,
pour ce faire, recevoir des subventions à même les fonds
publics
même s'il est une entreprise privée, ses
propriétaires étant
principalement aux États-Unis. Le monopole prêche la
nécessité
d'obtenir des fonds publics des gouvernements, ainsi que des
concessions des travailleurs et de leurs communautés, sans quoi
il ne pourra être concurrentiel et pourrait devoir fermer ses
installations. Le PDG Garneau a même intenté une poursuite
contre
un village de 2 500 habitants au Québec, dans le but de
réduire et de reprendre des sommes payées en taxes
municipales
que le village avait réclamées d'AbitibiBowater. M.
Garneau a
fait les mêmes démarches contre diverses
municipalités de la
Colombie-Britannique alors qu'il était PDG de Catalyst Paper.
Ainsi, réduire les impôts des entreprises
est absolument
nécessaire si elles veulent poursuivre leurs activités.
Les
cadres expliquent que leurs entreprises ne peuvent être
concurrentielles et survivre avec le niveau actuel de
réclamations de la part des travailleurs sur ce qu'ils
produisent, avec en plus le « fardeau » de
l'imposition
des entreprises. En surcroît, sans les ristournes, une
infrastructure gracieuseté des fonds publics et autres cadeaux,
il ne resterait plus pour les monopoles mondiaux que de fermer
leurs portes et arrêter de fonctionner complètement.
L'idée que la concurrence est la cause de la
destruction, des
concessions et des manoeuvres frauduleuses pour payer les riches
ne tient pas. Ceux qui contrôlent, comme le mégalomane
Garneau,
sont les mêmes qui décident qu'un certain nombre de
concessions
et de subventions provenant des fonds publics sont maintenant
devenues la norme et que cette pression vers le bas n'arrêtera
pas de sitôt. La tentative d'associer les concessions des
travailleurs et les manoeuvres pour faire payer les riches à la
concurrence inter-monopoliste est typique du
néolibéralisme
antisocial. Ces pratiques sont monnaie courante pour le crime
organisé international. Les organisations criminelles mondiales
se faisant passer pour des compagnies ont déclenché des
attaques
coordonnées contre les sociétés partout dans le
monde et contre
les peuples et leur économie socialisée. Si ces
organisations
criminelles mondiales ne sont pas vigoureusement repoussées,
elles poursuivront dans leur foulée rétrograde à
extorquer de
l'argent et autres concessions des travailleurs, de leur
communauté et du trésor public.
Les travailleurs, leur communauté et les
gouvernements
doivent dire aux monopoles que ces activités criminelles ne
seront plus tolérées ! Dorénavant, nous
refusons d'être
victimes d'extorsion. Une nouvelle direction pour l'économie est
nécessaire ! Les monopoles sont devenus des puissances en
elles-mêmes en opposition au peuple, au droit public et à
la
légitimité gouvernementale. Une société ne
peut fonctionner
lorsque des groupes de riches individus se considèrent au-dessus
du peuple et au-dessus d'une primauté du droit qui défend
le
droit public.
Ces cadres d'entreprises se plaignent constamment des
impôts
tout en empêchant que la richesse produite dans l'économie
socialisée ne soit réclamée afin de subvenir aux
besoins du
peuple et aux intérêts généraux de la
société. Au moyen de la
TVH, des tickets modérateurs et autres mesures, les monopoles et
les gouvernements néolibéraux qu'ils contrôlent ont
réussi à
rejeter le gros du fardeau financier sur le dos des individus.
Mais ils veulent toujours que les fonds publics soient acheminés
vers les coffres de leurs monopoles et ils veulent toujours que
l'infrastructure nécessaire au bon fonctionnement de leurs
entreprises soit payée à même le trésor
public. Pendant ce temps,
ils sèment la panique au sujet de la dette provinciale et
fédérale et parlent de l'importance de réduire les
dépenses dans
les programmes sociaux.
Il faut bien réfléchir à cette
situation et soulever quelques
questions. S'il s'avérait dans les meilleurs
intérêts de tous
qu'AbitibiBowater, par exemple, cesse toutes ses activités au
Canada et renonce à tous ses biens et à ses dettes. Les
gouvernements provinciaux pourraient en faire l'acquisition et
permettre à d'autres exploitants tels que des
coopératives, des
petits groupes de propriétaires et des entreprises publiques de
contrôler et de faire fonctionner les usines. Les travailleurs de
la forêt et leur communauté pourraient tout reprendre
à neuf
dans une nouvelle direction, sans le fardeau de toujours devoir
payer les riches pour faire fonctionner leurs usines et sans
devoir vivre dans un climat d'insécurité constante.
Lorsqu'on y
pense, qu'est-ce qui empêche la production forestière
canadienne
de fonctionner sur une base viable et stable ? C'est le
contrôle qu'exercent ces monopoles mondiaux sur l'industrie
forestière. C'est à cause d'eux que l'économie
forestière est
dans le pétrin. En transférant le contrôle à
ceux qui sont les
producteurs de fait et à leur communauté, pour
bâtir et non
détruire, et en agissant de concert avec les autres
communautés
forestières et non en conflit constant avec eux, des
perspectives
extraordinaires s'ouvriraient dans ce secteur.
La situation incertaine étant ce qu'elle est,
AbitibiBowater
annonce à toutes les semaines des fermetures, des
investissements
qui mènent à des pertes d'emplois, des démarches
pour exiger que
les petites municipalités remboursent des impôts
payés par la
compagnie ou quelqu'autre abomination. Socialement, le monopole
agit de la façon tout à fait irresponsable, tenant compte
uniquement des intérêts très étroits de ses
investisseurs
lointains qui n'ont aucun lien avec les communautés
forestières
ou même avec le Canada ou le Québec. Prenons la question
de la
réduction des coûts, qui résulte invariablement en
une plus
grande productivité. La productivité mène
habituellement à la
perte d'emplois et non à leur protection. La semaine
dernière,
AbitibiBowater a annoncé qu'elle
« investissait » de
12 à 17 millions $ dans l'usine de pâtes et
papier
d'Iroquois Falls, ce qui selon le monopole « aura comme
conséquence de réduire de 60 le nombre de
travailleurs ».
Ces pertes d'emplois pour une petite communauté ont des effets
dévastateurs. Dans une société moderne, tous les
problèmes
relatifs à l'investissement et à la réduction des
coûts doivent
être abordés d'un point de vue socialement responsable, en
prenant considération d'abord le bien-être des
travailleurs
concernés et de leur communauté et ensuite les
intérêts généraux
de la société. La productivité est une arme
dangereuse entre les
mains d'éléments antisociaux et de mégalomanes qui
agissent avec
impunité et qui ne se croient pas obligés de rendre des
comptes
de leurs décisions.
Prenez ce remboursement de 7,5 millions $ pour
l'électricité à l'usine AbitibiBowater à
Thunder Bay. Le
gouvernement ontarien et le PDG Garneau prétendent que cet
argent
permettra à l'usine d'être plus concurrentielle. On
n'explique
pas comment. On dit seulement que cet argent permet de réduire
les coûts. Or, les subventions des gouvernements ne
réduisent pas
les coûts. Seules les améliorations qui augmentent la
productivité réduisent les coûts, soit de l'usine
elle-même, soit
de son principal fournisseur. Une aide financière, une
réduction
ou un taux d'électricité en dessous des coûts de
production ne
réduit aucunement les coûts pour l'économie ou pour
la compagnie.
C'est seulement de l'argent qui va directement dans les mains de
ceux qui contrôlent la compagnie, et ceux qui contrôlent
sont
ceux qui décident qui bénéficiera des revenus.
AbitibiBowater ne produit pas de bilan financier pour
les
installations locales. Le remboursement de
7,5 millions $ se retrouvera dans le bassin du revenu
général du monopole mondial. C'est la même chose
pour toutes
autres installations de l'empire Garneau bénéficiant de
remboursements, de subventions gouvernementales ou de réductions
d'impôts. Les coûts de production à la baisse sont
associés aux
moyens de production et à leur productivité. Les
concessions des
travailleurs, la réduction des impôts des entreprises, les
remboursements et l'aide financière à même les
fonds publics ne
réduisent pas les coûts, ni n'augmentent-elles la
productivit,
ni ne protègent-elles les emplois. Les concessions, les
réductions d'impôt des entreprises et tout le reste sont
liés à
la façon dont la valeur ajoutée est distribuée
entre les trois
revendicateurs : les travailleurs, les gouvernements et les
détenteurs de capital. Une redistribution des
réclamations
n'affecterait pas directement le coût des biens produits. La
demande de payer les monopoles pour qu'ils produisent et se
fassent concurrence n'est qu'une grande manoeuvre d'extorsion.
Donnez-nous l'argent ou nous détruirons votre
propriété, grogne
le gangster. L'extorsion par les monopoles prend une plus grande
part de la valeur ajoutée siphonnée aux travailleurs et
aux
gouvernements pour la déposer dans les coffres des
détenteurs de
capital. C'est à peu près la même chose que lorsque
des gangsters
intimident des restaurateurs dans un quartier donné, sauf que
c'est fait sur une échelle beaucoup plus grande et avec un
semblant de légalité étant donné que les
gangsters monopolistes
ont corrompu ceux qui sont au pouvoir.
Le remboursement de 7,5 millions $ à
AbitibiBowater
est de la valeur produite par les travailleurs de
l'hydro-électricité de l'Ontario utilisant des
installations payées par
la population de l'Ontario. La valeur existe à même
l'électricité. À mesure que
l'électricité est consommée pour
fabriquer des produits forestiers, la valeur est
transférée aux
biens produits. Lorsque les produits forestiers sont vendus, la
valeur de l'électricité consommée se retrouve dans
le prix de
vente. L'usine devrait recevoir la valeur totale de
l'électricité
consommée, ce qui veut dire qu'elle ne paie pas pour
l'électricité qu'elle consomme et ne génère
aucune valeur ajoutée
de sa consommation qui peut servir aux profits, aux
intérêts, aux
salaires ou aux impôts.
La valeur provenant de la production
d'électricité est
réclamée par les travailleurs qui la produisent, par
l'entreprise
publique Ontario Power Generation (Hydro Ontario), par le trésor
public de l'Ontario et par d'autres niveaux de gouvernement. Le
versement de 7,5 millions $ des fonds publics à
AbitibiBowater cache le transfert de valeur matérialisée
sous
forme d'électricité et est une perte nette de
7,5 millions $ pour le trésor public et indirectement
pour Ontario Power Generation (Hydro Ontario). Cela représente
une plus grande perte si le prix de vente de
l'électricité est
inférieur à ses coûts de production.
M.
Garneau et le gouvernement prétendent que ce remboursement
aide à rendre le monopole plus compétitif. Comment ce
remboursement peut rendre un monopole plus compétitif n'est pas
expliqué, c'est tout simplement affirmé. L'aspect
compétitif
pourrait venir d'un prix du marché inférieur ou encore
d'un prix
de vente aux prix du marché, alors que les cadres et les
propriétaires d'AbitibiBowater empochent le versement en tant
que
revenu. Dans les deux cas, la valeur provient de la compagnie
hydro-électrique publique de l'Ontario. Si le prix du
marché de
la production de l'usine de Thunder Bay est réduit en dessous
des
prix généraux du marché et son propre prix de
production, alors
les acheteurs des produits de l'usine profitent du
7,5 millions $. Si c'est le cas, alors
l'électricité de
l'Ontario, d'une valeur de 7,5 millions $, est donnée
sans frais aux consommateurs de l'industrie de pâtes et papier,
principalement aux États-Unis. Si le prix du marché n'est
pas
réduit, alors l'électricité d'une valeur de
7,5 millions $ fait partie du revenu général
d'AbitibiBowater à être distribué selon les
volontés de ceux qui
contrôlent.
Lorsqu'on fait de la concurrence une justification pour
recevoir des subventions à même les fonds publics, pour ne
pas
payer des impôts d'entreprises et pour exiger des concessions des
travailleurs et de leurs communautés, on met la concurrence en
relief et on expose la nature rétrograde de ses aspects
réels et
mythiques. Avec les subventions publiques aux monopoles, la
faible imposition des entreprises et les concessions des
travailleurs et de leurs communautés, le nombre de personnes qui
bénéficient de la production est réduit tandis que
l'économie et
le peuple en subissent des conséquences négatives. Dans
le cas du
remboursement en question, le bénéfice va soit aux
consommateurs
aux États-Unis, soit à ceux qui contrôlent
AbitibiBowater. Avec
cette direction de l'économie et son système de
compétition, de
concessions, de subventions aux monopoles et ses faibles taux
d'imposition des entreprises, les Canadiens doivent accepter que
tant que l'usine de Thunder Bay continuera de fonctionner, avec
500 travailleurs qui transforment la richesse de la nature en
richesse utilisable, des bénéfices encore plus grands,
obtenus en
transformant leurs forêts et leur eau en produits forestiers
utilisables, iront forcément aux consommateurs des
États-Unis et
aux détenteurs de capital d'AbitibiBowater et de moins en moins
aux producteurs de fait, à leur communauté et à
leur société.
Dans ces conditions, une moins grande partie de la valeur
produite par les Canadiens est disponible pour les salaires, les
avantages sociaux, les pensions, les programmes sociaux, les
intérêts généraux de la
société et pour le réinvestissement dans
les communautés productrices et dans leurs moyens de production.
Une atmosphère d'insécurité constante pèse
sur les biens du
peuple et sur leur viabilité. Avec cette direction de
l'économie,
les producteurs de fait n'ont aucun mot à dire ni aucun
contrôle
sur leurs usines, sur leur produit social, sur la façon dont la
production sociale est produite et mise en marché, sur son prix
du marché ou sur comment la valeur ajoutée de l'usine
peut être
partagée entre les principaux revendicateurs – les
travailleurs, les gouvernements et les détenteurs de capital. La
distribution de la valeur ajoutée produite par les travailleurs
vient plus directement sous le contrôle des PDG, et ceux-ci ont
recours à l'extorsion pour déterminer les
réclamations des
gouvernements. Règne alors l'insécurité
générale puisque la
menace plane toujours que la « concurrence » va
faire
en sorte qu'une usine va fermer ses portes, y compris la
concurrence au sein du même monopole ou par le biais d'une
politique délibérée de ne pas investir dans
l'usine, de ne pas
l'améliorer ou même de ne pas maintenir ses moyens de
production
au niveau actuel. Avec cette direction de l'économie, les
producteurs de fait, la classe ouvrière et la communauté,
n'ont
aucun contrôle sur la destinée de leurs biens, sur aucun
aspect
de leur opération ou sur la viabilité et la survie de
leur
communauté.
Pour un grand nombre de Canadiens, la présente
direction de
l'économie est devenue intenable et une nouvelle direction doit
être trouvée. Une nouvelle direction doit être un
projet des
producteurs de fait eux-mêmes et de leurs communautés. La
transformation de leurs forêts et de leur eau en produits
utilisables doit être soumise à leur contrôle et
à leurs prises
de décisions. Toutes questions touchant à ce qui est
produit, à
son coût de production, son prix de marché, la
distribution de la
valeur ajoutée, le besoins en infrastructure, en recherche et en
développement, l'investissement et la mise en marché de
leur
produit social devraient tomber sous le contrôle des producteurs
de
fait et de leurs communautés. Comme les producteurs de produits
forestiers ont des problèmes et des objectifs communs dans le
développement du secteur pour qu'il serve leurs
communautés,
chaque communauté et chaque collectif de travailleurs forestiers
auraient intérêt à travailler avec d'autres
collectifs de
travailleurs et leurs communautés qui produisent des produits de
fibre de bois et non en concurrence avec eux, en particulier dans
les confins politiques communs du Canada et du Québec.
Sur la question de la propriété, beaucoup
de Canadiens sont
arrivés à la conclusion que les monopoles privés
comme
AbitibiBowater sont devenus trop grands et puissants. L'abus et
l'extorsion de la part des monopoles doivent cesser. Plusieurs
demandent la nationalisation du secteur et le remplacement des
monopoles privés par des entreprises publiques dont le mandat
serait de servir le peuple, les communautés et la
société. À tout
le moins, le gouvernement doit renouveler les lois
antimonopolistes et anti-trust de sorte que la grandeur, le
pouvoir et l'ampleur de la propriété d'un groupe
quelconque
soient limités. Certains suggèrent qu'une entreprise
possédant
plus d'une ou deux installations au pays et à l'étranger
est déjà
trop grande et utilise son pouvoir de monopole contre les
intérêts du peuple et le droit public. En plus de ces lois
anti-trust renouvelées, les lois devraient favoriser la
propriété
locale dans les industries de base comme la foresterie, en
particulier des entreprises coopératives ou publiques au niveau
de la communauté, de sorte qu'un début de contrôle
puisse être
restauré aux producteurs de fait et à leurs
communautés pour
mettre un terme à l'abus du droit public par le droit de
monopole
et à la destruction de l'économie socialisée.
Dans le cas spécifique de la production de la
fibre de bois,
les producteurs de fait des communautés forestières du
Canada et
du Québec en coopération avec les gouvernements
provinciaux et
fédéraux pourraient mettre sur pied une Commission
publique de
commercialisation de la fibre de bois Canada/Québec afin de
vendre
conjointement tous les produits de fibre de bois, ainsi qu'un
Institut de recherche et de développement en fibre de bois afin
de développer des nouveaux produits et des méthodes de
production
renouvelables.
La Commission publique de commercialisation de la fibre
de
bois serait responsable de la vente des produits de fibre de bois
au pays et à l'étranger. Le prix du marché serait
fixé en
calculant le coût de production pour chaque installation,
région
et type de produit et en trouvant un prix du marché moyen
acceptable. Chaque installation aurait son propre coût de
production et serait encouragée de baisser ce coût en
augmentant
la productivité de façon socialement responsable et de
multiplier
la gamme de ses produits par la discussion et la coopération
actives avec l'Institut de recherche et de développement et avec
d'autres usines. Les détenteurs de capital recevraient un retour
canadien moyen sur leur capital investi. La Commission de
commercialisation de la fibre de bois pourrait coordonner les
ventes mondiales pour que chaque région du pays puisse en
bénéficier, pour que les prix internationaux du
marché soient
conformes aux coûts de production. Le Canada et le Québec
seraient réputés pour leurs produits de bois les plus
diversifiés
et de plus haute qualité livrés avec ponctualité.
Même confronté
à une crise internationale, il serait possible de maintenir une
stabilité générale. Ce serait possible par la mise
en stock en
cas d'urgences, en répartissant la production et les ventes
parmi
toutes les régions et les installations, en trouvant de nouveaux
produits pour répondre aux conditions changeantes, mais aussi en
se servant du revenu pour diversifier les économies locales pour
qu'elles soient moins dépendantes du secteur forestier. En ce
sens, la Commission de commercialisation pourrait être
mandatée
pour défendre une pratique ressemblant aux anciens
règlements
d'appartenance en Colombie-Britannique qui encourageaient la
production locale de la fibre de bois récoltée dans la
région.
La responsabilité de produire quelque chose qui a
une valeur
d'usage devrait être sous le contrôle des producteurs de
fait et
de leur communauté, conjointement avec toutes les
communautés
forestières au pays et avec les divers ministères
concernés au
niveau provincial et fédéral. Un aspect clé serait
de remettre de
la valeur ajoutée dans l'économie locale afin
d'améliorer sa
diversité et sa capacité d'évoluer sans crises.
Une nouvelle
direction pour l'économie serait établie en opposition
à la
dictature des monopoles mondiaux. Une nouvelle direction mettrait
immédiatement fin aux pratiques d'extorsion en tant que
méthode
de faire des affaires et en tant que relation de travail. Une
nouvelle direction pousserait l'économie vers la liberté
de
reconnaître ce qu'il est nécessaire de faire pour
développer de
façon consciente une économie socialisée
renouvelable qui répond
aux besoins du peuple et qui sert de base matérielle dans
l'édification d'une nation et d'une société
modernes où les
producteurs de fait et leurs communautés exercent un
contrôle sur
leur économie et sur leur vie.

AbitibiBowater obtient un rabais de 7,5 millions $ pour
sa
consommation hydroélectrique
Le député provincial libéral de
Thunder Bay-Atikokan, Bill
Mauro, a annoncé le 19 août que le gouvernement de
l'Ontario
a approuvé un remboursement pour l'usine de papier
d'AbitibiBowater, à Thunder Bay. Le gouvernement libéral
donnera
au monopole la somme de 7,5 millions $ calculée selon
la consommation électrique de l'usine pour l'exercice financier
2010-2011.
« Ce programme est le plus récent
d'une série de
programmes visant à soutenir nos grands utilisateurs
industriels.
Combiné avec notre Initiative d'économies
d'énergie en milieu
industriel, il permettra à l'opération locale d'AbiBow
d'économiser des millions par an sur la base d'un plan
d'action », a déclaré le député
libéral Mauro du
gouvernement.
L'argent est canalisé vers le monopole par le
biais du
Programme de réduction des tarifs d'électricité
pour le secteur
industriel du Nord (PRTE-SIN). En plus de se voir accorder de
faibles tarifs pour la consommation d'énergie, le monopole
reçoit
un rabais de deux cents le kilowattheure pour les installations
industrielles qui consomment plus de 50 000 mégawatts-heures
d'électricité par an. Le programme PRTE-SIN, d'une
durée de trois
ans, octroie en moyenne 150 millions $ par an en subventions
distribuées aux plus grands consommateurs industriels
d'électricité du Nord de l'Ontario.
Pour être admissible au rabais rétroactif
qui lui a été
accordé à compter du 1er avril 2010, AbitibiBowater a
dû faire
une demande au plus tard le 31 janvier 2011. Le programme
PRTE-SIN est entré en vigueur le 27 septembre 2010. Pour
presque toute la période de 2010 couverte par le rabais,
AbitibiBowater a été sous la protection de la faillite et
a
licencié de manière permanente environ 6000 travailleurs,
a exigé
des concessions sur les salaires, les avantages sociaux et les
pensions, détruit les forces productives en Ontario, au
Québec et
aux États-Unis et recapitalisé vers le bas les titulaires
non
garantis d'actions ordinaires. La voie de destruction des
produits en fibre de bois au cours de sa restructuration anti-sociale
des actifs productifs au Canada a donné lieu, par rapport
à 2007, à une perte pour les usines du Québec de
1,4 million de tonnes de capacité par rapport à
l'élimination de 3,4 millions de tonnes de capacité
en
papier en Amérique du Nord. La capacité en Ontario a
été réduite
de 436 000 tonnes, au Nouveau-Brunswick de 245 000
tonnes, à Terre-Neuve et Labrador de 205 000 tonnes et en
Colombie-Britannique de 185 000 tonnes. Elle a également
retiré
une capacité de production de 900 millions de pieds planche en
bois d'oeuvre. Même après sa frénésie de
démantèlement,
AbitibiBowater est le huitième plus grand (côté en
bourse grâce à
ses actions ordinaires) fabricant de pâtes et papier dans le
monde et le troisième en importance en Amérique du Nord.
Le vaste démantèlement de l'industrie
forestière et
l'abaissement du niveau de vie des travailleurs actifs et
retraités d'AbitibiBowater ont été
perpétrés sous la bannière de
« rembourser la dette » et dans un climat de
panique
pour « réajuster la production en fonction de la
nouvelle
réalité d'une consommation réduite » du
papier et autres
produits forestiers, en particulier aux États-Unis. La
restructuration antisociale, la réduction des effectifs et les
demandes de concessions n'ont pas cessé même après
que
l'entreprise a cessé d'être sous la protection de la
faillite,
soit depuis décembre dernier. Le p.d.-g. Richard Garneau invoque
constamment la menace de fermer ou vendre certaines usines si
elles ne sont pas « concurrentielles ».
Le gouvernement libéral de Dalton McGuinty dit
que le
programme PRTE-SIN n'est qu'une façon parmi tant d'autres
d'« agir en partenariat avec des entreprises dans les
communautés du Nord de l'Ontario pour créer et soutenir
des
emplois pour les familles de l'Ontario et renforcer l'économie
locale. Le programme aidera les industries du nord à bâtir
et
renforcer un avantage concurrentiel global et, en échange, aide
à
protéger et à créer des emplois. Les entreprises
forestières,
minières et de l'acier sont certaines des entreprises parmi les
plus grands consommateurs d'électricité dans le nord de
l'Ontario. »
Le député libéral Bill Mauro
prétend que cette subvention de
7,5 millions $ à AbitibiBowater « aide une
usine
de pâtes et papiers de Thunder Bay à réduire ses
coûts en
électricité, à demeurer concurrentielle et
à protéger environ 500
emplois ».
Cela n'a rien de rassurant quand on connaît les
pratiques
passées et présentes d'AbitibiBowater et à la
lumière de
l'expérience directe des travailleurs et des communautés
de
l'industrie forestière.

Nationaliser l'industrie forestière.
On a tous lâché un soupir de
soulagement
- Marcel Lapointe, LBR.ca, 26 août
2011 -
On
a tous lâché un soupir de soulagement en apprenant que la
vieille
machine numéro 6 à Kénogami
bénéficie d'un sursis de la part de la
direction d'Abitibi. Mais pour combien de temps encore ?
Probablement le temps nécessaire à cette dernière
de négocier, à la
satisfaction des actionnaires, le renouvellement, avec le gouvernement,
de
son bail d'exploitation de ses barrages sur la rivière Shipshaw.
Sans doute
qu'après, le dg, Richard Garneau, reviendra à son
naturel : fossoyeur
de tout ce que représente l'industrie du bois au
Saguenay-Lac-Saint-Jean. À
commencer par les emplois parmi les plus rémunérateurs.
S'il y en a encore qui croient à la
possibilité d'un partenariat gagnant
entre le Saguenay-Lac-Saint-Jean et Abitibi-Bowater, ces gens
rêvent en
couleurs, en HD à part ça. Moi, si j'étais le
grand chef... politique de la
région, je ferais exactement comme Danny Williams, le premier
ministre de
Terre-Neuve. Je te sacrerais dehors cette compagnie et son dg,
tête à
claques, petit gars de chez nous. Qui sont les nioufs dans tout
cela ?
Richard Garneau est en mission commandée par des
actionnaires cupides
et sans vision ; ceux-là mêmes qui n'ont pas
levé le petit doigt dans
les années 70, lorsqu'à l'évidence, la compagnie
se devait de procéder à une
restructuration majeure, comme les Scandinaves l'ont fait, pour faire
face
aux nouvelles exigences du marché. Aujourd'hui, c'est toute une
région qui
vit dans l'angoisse des conséquences de
l'irresponsabilité et de l'insouciance
d'Abitibi.
Il y a de ces gens qui se satisfont encore
béatement, prompts à blâmer
un ministre qui a eu le courage de dire les vraies choses, après
tout ce
qu'Abitibi-Bowater a fait subir à la région depuis la
fermeture du moulin de
La Baie. La prochaine écoeuranterie pourrait être la
fermeture de l'usine
Kénogami. En attendant, on joue au yoyo avec les nerfs des
travailleurs : la machine numéro 6, fermera, fermera pas.
Si les arbres et l'eau sont des richesses qu'Abitibi ne
pourra jamais
emporter avec elle, si le développement forestier est possible
sans Abitibi, si
investir dans la foresterie peut être encore rentable, si cet
investissement
peut être un plus pour le développement de la
région, s'il y a dans la région
assez de matière grise pour susciter des investissements
judicieux, si les
travailleurs ont déjà fait plus que leur part pour
maintenir leurs usines en
vie, si selon KPMG les coûts de main-d'oeuvre sont moins
élevés ici
qu'ailleurs, si le salaire moyen des forestiers est plus bas au
Québec, si les
employeurs peuvent se permettre ici, une plus faible contribution aux
régimes d'avantages sociaux, qu'est-ce que l'on attend, dans ce
cas, pour
devenir, en tant que région ressource, propriétaires de
ce qui reste d'Abitibi-
Bowater chez nous (deux moulins à papier dont le futur de l'un
est
incertain, quelques scieries moribondes) et relancer le tout sur de
nouvelles
bases ?
À entendre certains discours, nous n'aurions pas
d'autre choix que de
passer de la génuflexion à l'à-plat-ventrisme
devant le chantage d'Abitibi.
Les barrages hydroélectriques et l'énorme potentiel
forestier, on ne pourra
jamais les sortir de la région. Nous disposons d'un potentiel de
financement
sans pareil : Caisse de dépôt, Investissement
Québec, fonds de
placement FTQ et CSN, Mouvement coopératif Desjardins. Et
pourquoi pas
une vaste souscription régionale pour relancer l'industrie
forestière assortie
d'avantages fiscaux de types régime
d'épargne-actions ? Pourrions-
nous faire pire que ce qu'Abitibi fait présentement, qui cherche
à sauver les
meubles pour protéger les goussets des actionnaires et pour
garantir les
primes de départ, les salaires et les bonis des grands
patrons ?
À cor et à cri, on dénonce, partout
au Québec, le fait que les
compagnies, les minières au premier chef, exploitent nos
richesses et nous
laissent que miettes et dévastation du territoire. Mais ici, au
Saguenay-Lac-
Saint-Jean, nous avons notre propre cheval de Troie en cette
matière. On
s'inquiète, avec raison, de l'effritement du pont Dubuc et d'une
multitude
d'autres structures de béton ailleurs au Québec, en
même temps qu'on se dit
capables de bâtir en bois des superstructures comme des
amphithéâtres
pouvant recevoir plus de 20 mille spectateurs. Et des viaducs
alors ?
Celles et ceux qui soutiennent qu'il n'y a pas d'avenir
dans la
nationalisation de nos richesses collectives sont les descendants
directs des
détracteurs de Jean Lesage et René Levesque. Ces derniers
ont cru, au début
des années 60, à la nationalisation de notre
hydroélectricité ; avec le
résultat que l'on connaît maintenant. Les arguments
défaitistes viennent, le
plus souvent, de bien-pensants à la solde du grand capital ou de
politiciens
préoccupés par la bonne santé financière du
parti et par leur prochaine
élection. Ces arguments fallacieux que trop reprennent à
leur compte sans
analyse arrangent bien les investisseurs privés. Parce qu'en fin
de compte,
avec tous les accommodements financiers et autres que leur accordent
les
gouvernements, ils s'en tirent inévitablement avec le beurre et
l'argent du
beurre.

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