Mouvement ouvrier

Pâtes et papiers

Une autre fraude de faillite
pour déposséder les travailleurs

Cela fait maitnenant 18 mois, soit depuis février 2010, que le monopole des pâtes et papiers White Birch, un des plus gros producteurs de papier-journal en Amérique du Nord, est sous la protection de la loi sur les faillites. White Birch emploie plus de 1100 travailleurs dans ses trois usines du Québec, à Stadacona, Rivière-du-Loup et Gatineau, et elle possède aussi l'usine de Bear Island aux États-Unis.

Bien que sous la protection de la loi de la faillite, les usines fonctionnent à plein surtout maintenant que les prix du papier-journal sont en hausse. On s'attend néanmoins à ce que White Birch demande et obtienne une nouvelle extension de sa période de protection au-delà de la date butoir du 22 août.

En septembre 2010, lors d'un encan autorisé par les tribunaux à New York, White Birch a été achetée pour un montant équivalent au quart de sa valeur par son créancier garanti principal, la société américaine d'investissement Black Diamond, à la tête d'un consortium qui comprenait également le Crédit suisse et Caspian Capital Advisors. La Cour supérieure du Québec a approuvé le résultat de l'encan mais elle n'autorisera la vente que si Black Diamond signe de nouvelles conventions collectives avec ses travailleurs. Cette décision de la cour n'était pas un signe de reconnaissance des droits des travailleurs, notamment de leur droit à avoir leur mot à dire sur leurs conditions de travail, mais une façon de mobiliser le plein pouvoir des monopoles impliqués, des gouvernements et des tribunaux pour extorquer des concessions aux travailleurs tout en appelant cela des négociations.

Depuis, Black Diamond n'a fait que lancer des menaces et des ultimatums aux travailleurs de White Birch pour les forcer à « accepter » les concessions sur les pensions, les salaires et les heures travaillées (une semaine de travail qui passerait de 40 à 45 heures).

Cela fait des mois que Black Diamond et le gouvernement Charest tiennent des négociations secrètes et les médias monopolisés disent maintenant qu'une entente a été conclue en ce qui concerne les pensions qui sont l'enjeu de la principale demande de concessions. Black Diamond avait d'abord dit qu'elle ne signerait aucune convention collective à moins que les travailleurs n'acceptent que les fonds de pension soient tout simplement terminés. Suite au refus des travailleurs, Black Diamond avait alors dit qu'elle ne ferait pas les paiements d'équilibre dans les fonds de pension pour en combler le déficit qui est estimé à environ 180 millions $. Le gouvernement Charest a refusé de défendre les pensions des travailleurs, qui leur appartiennent de droit, en exigeant qu'elles soient sécurisées. Bien au contraire, le bruit qui court maintenant c'est que White Birch va se prévaloir de la loi 11 récemment adoptée et étaler ses paiements d'équilibre sur 15 ans plutôt que 5. Pendant ce temps, les concessions en salaires et sur la semaine de travail sont toujours sur la table. Pour ajouter l'insulte à l'injure, les dirigeants de White Birch ont récemment versé 6 millions $ en soi-disant frais de service au propriétaire Peter Brant pour les trois premiers mois de 2011.

Puis, deux semaines avant la fin de la période de protection sous la loi de la faillite, les médias monopolisés ont dit que la vente de White Birch à Black Diamond était loin d'être chose faite et que la faillite était toujours possible. Des experts ont aussi ajouté à l'incertitude en disant que les usines n'en ont plus que pour 10 ou 15 ans même si on les laisse survivre encore un peu.

Qu'est-ce qu'on est en train de mijoter ? Les monopoles, avec le plein appui des gouvernements et des tribunaux, complotent contre les travailleurs pour leur voler ce qui leur revient de droit et transférer d'énormes montants de richesse sociale des poches des travailleurs vers les coffres des monopoles.

Si la vente se réalise, elle n'apportera pas de sécurité aux travailleurs et ne garantira pas leurs pensions ni aucune de leurs autres demandes qui font partie de leurs réclamations à la valeur qu'ils produisent. Si la vente est conclue, les travailleurs seront censés remercier leurs sauveurs pour le coup de fortune qu'ils viendront de réaliser à leurs dépens et cela jusqu'à ce qu'ils en redemandent,   y compris en se remettant sous la loi de la protection de la faillite. Si la vente échoue, on dira aux travailleurs qu'ils n'ont qu'eux-mêmes à blâmer car ils auront joué leur avenir à la roulette en refusant d'être réalistes et d'accepter les concessions.

On ne devrait pas permettre aux monopoles d'utiliser la protection de la faillite ou la menace de se placer sous cette protection pour extorquer des concessions et faire des coups de fortune.

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Opposition grandissante
à la destruction de l'industrie

Les travailleurs forestiers au Québec intensifient leur lutte contre la destruction du secteur manufacturier qui est très prononcée dans leur secteur. Le rapport du ministère des Ressources naturelles et de la Faune sur les pertes d'emplois depuis avril 2005 ne fait état que des 18 000 emplois perdus à cause de fermetures d'usines. Beaucoup de travailleurs forestiers ont également perdu leur emploi dans des usines qui n'ont pas fermé. Par exemple, à la papeterie Kruger à Trois-Rivières, il y avait 1 200 travailleurs en 2008 et il en a maintenant 300 et de nouvelles mises à pied sont maintenant annoncées.

C'est dans l'esprit de renouveler l'effectif des travailleurs qui ont été licenciés au fil des ans et de défendre les conditions de travail de ceux qui travaillent toujours que les travailleurs de Kruger ont tenu un vote de grève le 2 août. Le vote a été à 90,4 % en faveur d'un mandat de grève ; 70 % des travailleurs syndiqués de la section locale 136 du SCEP ont voté.

La convention collective de ces travailleurs est venue à terme en avril 2009. Dans le contexte de la récession, ils ont fait des concessions au niveau des salaires et des conditions de travail sans renégocier leur contrat et Kruger a aussi utilisé la crise comme excuse pour fermer des subdivisions entières, laissant seulement la subdivision du papier journal en service.

Dans leur lutte actuelle, les travailleurs de Kruger demandent une amélioration de leurs conditions de travail et que les autres subdivisions produisant différentes qualités de papier soient réouvertes. Kruger n'a pas manifesté d'intérêt et a déclaré que le seul avenir est de rendre chaque usine plus efficace comparativement aux autres papetières en Amérique du Nord et au sein de l'empire Kruger même. Le propriétaire s'est récemment rendu à Québec pour visiter les installations et rencontrer les travailleurs. Il a carrément dit que d'autres fermetures sont à prévoir et que les travailleurs devront prouver qu'ils font tout ce qu'ils peuvent pour faire de Kruger le numéro un sur les marchés. Pour les travailleurs, cela signifie d'autres pertes d'emplois et des conditions de travail de plus en plus intenables pour ceux qui restent.

Tout cela a été discuté lors du vote de grève. Les travailleurs ont dénoncé Kruger qui traîne les pieds et refuse de présenter ses propositions pour les négociations qui étaient prévues fin juin. Ils ont aussi dénoncé la compagnie pour sa nouvelle ronde de 52 licenciements des travailleurs à l'usine effectués en violation des dispositions de la convention collective.

Les travailleurs sont inquiets que Kruger se prépare à leur « passer un AbitibiBowater », qui est devenue une expression usuelle pour parler des monopoles qui se plaignent de difficultés financières, ce que Kruger fait maintenant. La restructuration anti-ouvrière qui a eu lieu à AbitibiBowater sous la fraude de la protection de la faillite est maintenant promue comme modèle par les monopoles. Ils prétendent maintenant qu'au nom de l'« équité », ils doivent recevoir le même traitement même s'ils ne sont pas sous la protection de la faillite. Kruger a déjà approché le gouvernement Charest pour l'autorisation d'étendre son calendrier de paiements déficitaires aux régimes de retraite. Elle veut aussi imposer un nouveau cycle de concessions avec le soutien du gouvernement. Les travailleurs s'opposent à ces escroqueries qui ne résolvent aucun problème de l'industrie et représentent un transfert massif de la richesse sociale vers les monopoles, une richesse perdue pour les travailleurs, leur communauté et l'économie du Québec.

C'est tout cela et plus que les travailleurs ont exprimé avec leur vote de grève et ils demandent que Kruger s'assoie avec eux pour renverser les années de concessions et commencer à rebâtir.

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Le PDG d'AbitibiBowater poursuit un village pour paiement en trop de taxes sur ses barrages

AbitibiBowater poursuit la petite municipalité de Saint-David-de- Falardeau au Saguenay-Lac-St-Jean et le ministre des Affaires municipales pour 1,7 million $ pour soi-disant paiement en trop en taxes sur ses barrages. Le monopole forestier exige aussi que le gouvernement du Québec amende sa loi sur la fiscalité municipale. Saint-David-de-Falardeau est une petite municipalité d'environ 2500 personnes.

AbitibiBowater opère des barrages dans cette municipalité qui fournissent leur énergie hydroélectrique à certaines des usines de la région. Selon la Loi sur la fiscalité municipale, l'entreprise doit payer une taxe à la municipalité en tant que taxe foncière sur ses barrages. Le monopole forestier estime payer trop cher. Il poursuit à la fois le village et le gouvernement du Québec parce que la loi fait intervenir le montant total des taxes municipales dans la détermination de la taxe sur les barrages (si l'ensemble des taxes levées par la municipalité augmente, celle-ci augmente la taxe sur les barrages dans la même proportion). AbitibiBowater exige que la taxe annuelle qu'elle paie sur ses barrages soit réduite, du montant actuel de 2,5 millions $ à environ 250 000 $. La taxe sur les barrages représente environ 50 % de toutes les taxes municipales levées par le village. Le président de la Fédération québécoise des municipalités a dit aux médias locaux qu'une telle réduction serait un vrai désastre pour le village. Il a ajouté que si les tribunaux décident en faveur d'Abitibi cela créera un précédent dangereux au Québec, où l'on compte environ 20 municipalités qui perçoivent des taxes sur les barrages et autres ouvrages hydroélectriques opérant sur leur territoire.

Poursuivre les municipalités n'est pas quelque chose de nouveau pour le PDG d'AbitibiBowater, Raymond Garneau. Lorsqu'il était PDG de Catalyst Paper de 2007 à 2010, il a initié ce qu'on a appelé une « révolte contre les taxes » levées par les municipalités dans lesquelles Catalyst avait des usines. Sous son règne, Catalyst a refusé en 2009 de payer ses taxes municipales dans les quatre villages où l'entreprise opérait des usines de pâtes et papiers. D'autres monopoles forestiers lui ont emboîté le pas et ont cessé de payer leurs taxes municipales.

Les municipalités touchées ont poursuivi Catalyst devant la Cour suprême de la Colombie-Britannique et en décembre 2009, la Cour a statué que les municipalités ont le droit de déterminer leur taux de taxation. Catalyst Paper a continué de refuser de payer ses taxes et a fait appel de la décision devant la Cour d'appel de la province. La Cour d'appel a maintenu la décision de la Cour suprême et Catalyst en a appelé de cette décision devant la Cour suprême du Canada. On s'attend à ce que la cause soit entendue en octobre et qu'une décision soit rendue en 2012.

Commentant la poursuite en justice contre Saint-David-de-Falardeau et le gouvernement du Québec, un porte-parole d'AbitibiBowater a dit que l'entreprise va agir chaque fois qu'elle considère qu'il y a « iniquité dans les coûts ». Cela comprend l'utilisation de son immense pouvoir économique pour poursuivre de petits villages qui dépendent de l'industrie forestière pour leur existence.

Le gouvernement Charest devrait immédiatement passer une injonction forçant AbitibiBowater à retirer sa poursuite contre le village qui ne fait qu'appliquer la formule prévue par la loi dans la détermination de la taxe sur les barrages. D'autant plus que le cas de Catalyst est toujours devant la Cour suprême et que Catalyst devrait cesser de faire perdre temps et argent sur une cause qui a déjà été entendue et qu'il a perdue. On voit bien toute l'étroitesse d'esprit et l'esprit de revanche qui animent les monopoles et leurs PDG.

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Acier

L'extorsion comme méthode de faire
des affaires est inacceptable au Canada

Le comportement des porte-parole de US Steel, en particulier les menaces qu'ils ont proférées contre le Conseil municipal de Hamilton, trahit un côté sombre. L'extorsion semble s'être substituée à la négociation et à la conclusion d'ententes mutuellement acceptables.

Le PDG de US Steel a décrété un lockout à l'aciérie de Hamilton jusqu'à ce que ses demandes de concessions sur la question des pensions soient satisfaites. Signez la reddition des retraités ou nous fermerons les postes et ferons venir l'acier des États-Unis, dit-il. Pas de discussion, pas de négociation de bonne foi.

Le porte-parole de US Steel Trevor Harris était à la réunion du Conseil municipal le 11 août, où était discuté le problème du déversement des eaux usées dans les égouts de Hamilton. M. Harris s'est carrément livré à l'extorsion. Il a laissé savoir que le monopole américain refuse toute responsabilité dans cette affaire du déversement des eaux usées.

La compagnie était censée résoudre le problème il y a longtemps en bâtissant un réservoir de traitement des eaux à l'usine même. Avant le décret du lockout du 7 novembre, US Steel disait que le réservoir serait construit en moins d'un mois, mais après le décret il a demandé un report d'échéance pour une période indéfinie. M. Harris a dit au conseil de ville que l'échéance n'est qu'une formalité et que si la ville refuse de l'accorder, « nous allons devoir prendre des décisions assez radicales concernant les opérations » et que cela pourrait comprendre la fermeture complète de l'usine.

L'usine que M. Harris menace de fermer est l'aciérie de Stelco à Hamilton, qui contient un four à coke. L'eau utilisée dans le four à coke doit être traitée avant d'être relâchée dans les égouts. US Steel continue de produire du coke durant le lockout et l'expédie aux États-Unis où il sert à fabriquer l'acier et les eaux usées sont déversées dans le système d'égouts de la ville. Après plusieurs reports d'échéance, US Steel a maintenant la responsabilité de bâtir le réservoir avant la fin de l'année sous peine d'amendes.

Le maire de Hamilton, Bob Bratina, a dit après la réunion du conseil municipal : « Nous disons qu'ils ont jusqu'à la fin de l'année pour être en règle. Nous ne plions pas, nous leur donnons une chance de s'expliquer, mais le 1er janvier, les pénalités vont commencer à s'appliquer. En ce moment il n'y personne au conseil qui veut leur accorder un autre prolongement. »

Deux jours après la visite de M. Harris au conseil municipal, la menace de fermer Stelco a été répétée, mais cette fois-ci à Pittsburg, où US Steel a son siège social, par un spécialiste de la sidérurgie à l'école d'administration de l'Université de Pittsburg. Ce dernier a dit que US Steel « n'hésitera pas à fermer l'ancienne aciérie de Stelco » s'il n'obtient pas les concessions sur les pensions et un autre report du délai sur l'usine de traitement des eaux. Pour bien se faire comprendre, il a répété la menace plusieurs fois et déclaré que la direction de US Steel n'hésitera pas à détruire l'usine de Hamilton.

L'extorsion n'a pas sa place dans les relations d'affaires ou de travail. Les dirigeants et porte-parole de US Steel ont franchi une ligne qu'il ne fallait pas franchir dans leurs rapports avec les métallos et la population de Hamilton. Cette tentative ouverte d'extorsion doit être dénoncée partout. Le gouvernement du Canada et celui de l'Ontario doivent exiger des comptes des directeurs de US Steel pour ce comportement et dire publiquement que l'aciérie de Hamilton ne sera pas fermée. Les monopoles étrangers n'ont pas d'affaire à user d'extorsion pour obtenir des concessions et des profits au Canada et leur mépris des institutions gouvernantes canadiennes, de leurs règlements et lois, n'est pas acceptable. Si les directeurs de US Steel refusent de négocier de bonne foi et de conclure des ententes qui sont mutuellement acceptables, alors ils renoncent à leur droit de faire des affaires au Canada et doivent renoncer à leurs avoirs canadiens, au profit d'une entreprise publique ou autre qui les administrera dans l'intérêt des Canadiens.

Le Canada doit produire son propre acier, sans quoi nous allons perdre la capacité physique et intellectuelle de bâtir un pays. Les gouvernements doivent faire respecter ce droit et agir énergiquement contre toute ingérence étrangère.

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Automobile

Appuyons les retraités de GM!
Les ententes sont faites pour être respectées!


Audiences sur la proposition de règlement
   
Tribunal de l'Ontario

Les 24 et 26 août – 10 h
Osgoode Hall, 130 rue Queen O., Toronto

Tribunal du Québec
Les 29 et 30 août – 9 h 30
Palais de justice du 1, rue Notre-Dame Est,Montréal, Québec,
pièce 17.09

Les retraités de GM se mobilisent pour assister aux audiences sur le recours collectif de GM à leur encontre. GM veut une décision du tribunal qui lui permette de résilier unilatéralement les prestations de retraite qu'il a accepté de verser en signant un contrat avec les retraités alors qu'ils étaient à son emploi. GM a déjà résilié ces prestations pour les travailleurs actifs dans un contrat de concessions signé en 2009, mais les travailleurs déjà à la retraite s'y sont opposés, plusieurs soutenant que l'ancien contrat est toujours valide. Ils soutiennent que le nouveau contrat ne peut s'appliquer à eux car ils n'ont rien eu à dire ou n'ont pas eu le droit de voter. Avec ces audiences, GM espère imposer un règlement en recours collectif qui aura pour effet d'imposer le contrat de concessions aux travailleurs retraités.

Du 2 au 9 août, des réunions d'information sur le règlement ont eu lieu à Niagara Falls, Oshawa, Windsor et London en Ontario et à Broisbriand au Québec. Lors des réunions, de nombreux retraités ont exprimé leur indignation face aux tentatives de GM de violer leurs droits et la collusion des gouvernements fédéral et provinciaux.

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Problèmes économiques et reprise
dans l'industrie automobile

Il y a présentement discussion quant aux origines des problèmes économiques dans l'industrie de l'automobile et le rôle que les travailleurs y ont joué. Certains soutiennent que les travailleurs et leurs réclamations sont les principaux responsables des déboires des compagnies d'automobile et de leur recours à la faillite. D'autres soutiennent que c'est impossible, puisque les réclamations des travailleurs – de la conception à la production, du transport à la mise en vente de nouveaux véhicules en Amérique du Nord – ne représentent que 7 % des coûts réels.


Des travalleurs du secteur des pièces automobiles lors de la journée d'action dans le nord de l'Ontario le 27 octobre 2011

Ceux qui prétendent que les travailleurs sont en grande partie responsables des faillites et que les concessions sont une solution aux difficultés économiques disent que les réclamations des travailleurs sont l'élément le plus variable, qu'elles peuvent donc être facilement augmentées ou diminuées, rendant ces réclamations faciles à changer à court terme, surtout lorsque les travailleurs et leurs dirigeants embrassent ensemble la thèse que les concessions sont une solution. Les salaires des travailleurs existent aussi en relation avec les profits en ce sens que les deux proviennent du même bassin de valeur ajoutée. En pareil cas, moins les travailleurs sont payés, plus les détenteurs de capital en profitent directement puisque les travailleurs accomplissent quand même leur travail et produisent de la valeur peu importe l'importance de leur réclamation. La valeur produite par les travailleurs est toujours supérieure à ce qu'ils réclament. On ne peut en dire autant des machines. Le coût des machines et d'autres pièces qu'on doit acheter est plus ou moins fixe. Si une compagnie n'achète pas une machine ou en achète de moindre qualité, la production en est directement affectée. Lorsqu'une machine est utilisée, la valeur qu'elle produit est à peu près équivalente à son coût au fur et à mesure que la machine déprécie. Les machines ne produisent pas de valeur ajoutée, seulement leur valeur de remplacement. La situation est complètement différente en ce qui concerne les travailleurs puisqu'ils produisent approximativement la même valeur peu importe l'importance de leurs réclamations sur ce qu'ils produisent. En somme, les réclamations des travailleurs sont toujours plus basses que ce qu'on prétend et représentent un petit pourcentage de la valeur totale du véhicule, par exemple. C'est à partir de la valeur produite par les travailleurs et non par des machines que les détenteurs de capital réclament leur profit, que ce soit en valeurs de participation, en remboursement de dette ou en loyer. C'est ce qui fait que les travailleurs sont la cible rêvée pour accéder rapidement et régulièrement aux profits. À l'inverse, toute réduction ou liquidation des actifs ne peut résulter qu'en une augmentation temporaire des revenus, augmentation qui disparaît rapidement lorsque sont publiés les rapports financiers.

Ceux qui soutiennent que les concessions sont importantes prétendent que la reprise de GM, Ford et Chrysler depuis 2009 a été possible grâce à la réduction des réclamations des travailleurs de l'automobile. Cette reprise avait aussi pris un élan temporaire grâce à la liquidation d'actifs. Le total du capital investi a chuté, la dette a baissé, la production a baissé de cinq millions d'unités sur un grand total de 17 millions, et les réclamations des actionnaires à partir de la production des travailleurs ont augmenté par rapport aux réclamations des travailleurs et au total du capital investi.[1]

Pas si vite, soutiennent ceux qui proposent que les concessions ne sont pas la principale solution à la crise. La réclamation totale des travailleurs sur le revenu brut ne représente qu'une petite fraction du total, prétendent-ils. Entre 2006 et 2010, le total des dividendes nets des trois monopoles a augmenté de près de 30 milliards $, mettant fin à un déficit d'ensemble de 17 milliards $ pour grimper vers un profit d'ensemble de 12,5 milliards $. Ce 30 milliards $ est supérieur au total des réclamations qui ont été transférées des travailleurs de l'automobile aux actionnaires au cours de la même période. Depuis 2006, les travailleurs de l'automobile aux États-Unis et au Canada ont renoncé à 19 $ de l'heure en concessions. Ces chiffres ne comprennent pas les réductions aux États-Unis et au Canada obtenues en transformant les prestations des soins de santé des travailleurs en fiducie. Le transfert de richesse des travailleurs aux actionnaires sur la base de baisses de salaire, en particulier pour les nouveaux travailleurs, représente approximativement 8 milliards $ par année au total pour les trois compagnies, et ce, surtout depuis 2009. Ceux qui soutiennent que les concessions ne sont pas un facteur important de la reprise prétendent que ces chiffres prouvent qu'ils ont raison. Ils font valoir que le montant transféré des travailleurs aux actionnaires représente seulement 2 % du revenu annuel brut des trois compagnies. Comment ce montant peut-il être si important, se demandent- ils. Ils déclarent que d'autres raisons expliquent la reprise, comme une réduction des actifs, des revenus par unité plus élevés, des dépenses de gestion à la baisse, des frais d'intérêt réduits et une meilleure qualité. Parmi les chiffres qu'ils avancent pour appuyer leur raisonnement, il y a la réduction de 25 milliards $ par année destinés aux frais généraux et administratifs tels que chez GM et Ford, une baisse de 18 milliards $ en frais d'intérêt, surtout à GM, un revenu additionnel brut de 32 milliards $ en 2010 seulement grâce à des prix de vente moyens plus élevés, une compétition moins prononcée de la part des fabricants asiatiques due au déclin du dollar US (le yen japonais a augmenté de 60 % par rapport au dollar US depuis 2007), et les problèmes reliés au tsunami et ses effets sur la qualité encourus par les producteurs japonais. Cette logique prétend que les trois compagnies au creux du cycle économique avaient un « problème de revenu » et non un « problème » dû aux indemnisations des accidentés du travail ou autres réclamations des travailleurs, puisque ces facteurs n'étaient, au plus, « qu'un facteur secondaire dans la relance de l'état financier de l'industrie de l'automobile ». Leur conclusion est que le « simple fait » de couper les réclamations des travailleurs n'est pas la réponse et qu'il serait important de préserver la stabilité du secteur tout en évitant les crises en mettant l'accent sur la gestion de la qualité de la production, sur la séduction de la clientèle, sur l'innovation, les taux de change et les prix de vente. La plupart du temps, disent-ils, ces questions ne sont pas traduites en politiques actives si ce n'est que de s'en prendre à l' « inéquité » dans la concurrence en faveur des compétiteurs à l'extérieur de l'Amérique du Nord.

Ainsi, dans les pour et les contre du débat, un côté considère que les réclamations des travailleurs sont le facteur le plus important dans la reprise économique et qu'il faut constamment exercer une pression à la baisse sur les réclamations des travailleurs. L'autre côté prétend que les réclamations des travailleurs sont trop minimes par rapport à l'investissement global et ne changent pas grand chose et que pour cette raison, elles ne devraient pas être tenues responsables des faillites. Aussi, les concessions ne devraient pas être promues en tant que facteur menant à la reprise. (Un aspect secondaire de ce raisonnement est que ni le pour ni le contre ne fait référence aux plans de sauvetage financier des gouvernements ni analysent-ils le rôle que ceux-ci jouent dans la reprise des profits, du moins pas en ce qui concerne le débat en cours.)

Ce débat laisse les travailleurs de l'automobile et le mouvement syndical dans une confusion sans borne, sans leur propre pensée ni leur voix pour défendre leurs intérêts et pour défendre l'économie en tant que science. Les deux côtés du débat soutiennent que le problème, ce sont les travailleurs et leurs réclamations. Le niveau de ces réclamations et de leur influence sur les faillites et sur la reprise deviennent des points de contention. La logique des deux adversaires dans ce débat est la même : les réclamations des travailleurs de l'automobile sur ce qu'ils produisent représentent un coût aux détenteurs de capital de risque. En fait, les détenteurs de capital de risque et les économistes qui se laissent prendre à ce dogme considèrent toutes autres réclamations sur la valeur ajoutée produite par les travailleurs comme des coûts au capital de risque, que ce soit les réclamations des travailleurs pour des salaires, des avantages sociaux et des pensions, les réclamations en intérêt de la part des créanciers, le loyer de la part des propriétaires fonciers, et les réclamations des gouvernements sous formes d'impôts. Pour les deux adversaires dans ce débat, le centre de l'univers, ce sont les actionnaires. Toutes les relations dans le milieu de travail, qu'elles soient économiques ou autres, sont expliquées du point de vue des actionnaires. Leur dogme a dégénéré en une méthode facile pour expliquer les phénomènes économiques sans prendre le temps de recourir à une quelconque analyse. Un dogme n'est pas utile lorsqu'il s'agit d'expliquer les causes du cycle économique de l'industrie de l'automobile ou les défis auxquels est confrontée la classe ouvrière dans l'immédiat et à long terme dans la défense de ses intérêts et à la recherche de solutions aux problèmes économiques.

Pour les côtés du débat, la prémisse est la même. Elle est basée sur le dogme que les travailleurs sont un coût de production. Les deux côtés déclarent que les concessions des travailleurs sur leurs réclamations sont une solution aux problèmes économiques. La différence porte uniquement sur l'importance des concessions et jusqu'à quel point d'autres facteurs, tels que les coûts, la qualité de la production et la concurrence, jouent un rôle. Les deux côtés se disputent principalement au sujet de l'ampleur des concessions et leurs effets ; ni un ni l'autre ne défend le point de vue que les concessions ne sont pas une solution et que les travailleurs ont un droit et un devoir modernes de défendre leurs réclamations sur ce qu'ils produisent, non seulement pour leur propre bien mais pour le bien des autres travailleurs et de l'économie en général.

Les participants au débat ne s'adressent pas aux causes profondes de la crise, c'est-à-dire la contradiction entre, d'une part, la production socialisée et, de l'autre, la propriété et le contrôle privés de celle-ci. Cette contradiction donne lieu à une énorme dépense de capital en équipement et en coûts de production en circulation dont on ne peut soutirer aucun profit si ce n'est que par la manipulation monopoliste des prix du marché du produit ou par le contrôle du marché, en rachetant ou en détruisant la concurrence ou en fermant la porte aux importations, ce que US Steel a fait avec Stelco.

La valeur ajoutée de laquelle est réclamé l'ensemble des salaires, des profits, des intérêts, des loyers et des impôts est le produit d'un nombre encore plus petit de travailleurs actifs lorsqu'on compare avec la valeur requise pour l'infrastructure, l'équipement, les outils, les machines et autres actifs qu'il faut acheter pour effectuer la production.

En ce sens, les cadres d'entreprises et les détenteurs de capital de risque ont raison de dire que l'augmentation de leurs bénéfices d'entreprise est due en grande partie au transfert de la valeur ajoutée des travailleurs par le biais de concessions, mais ils ne reconnaissent pas, ou refusent de reconnaître, que cette augmentation de profits ne représente en rien une solution aux problèmes fondamentaux de l'économie. En ce qui concerne les monopoles de l'automobile, d'autres sommes inscrites dans les rapports financiers en tant que bénéfices nets ne représentent pas un profit dérivé de la production, mais de la destruction de la production, de la liquidation d'actifs pour réduire la dette et de bénéfices résiduels issus de sauvetages financiers de la part des gouvernements. Cet aspect des profits est furtif et ne reviendra pas, puisque les actifs sont disparus et ne peuvent être revendus. Les niveaux de production atteignent rapidement un autre niveau où le revenu brut reflète les capacités et les ventes réduites. Lorsque la poussière retombe suite aux restructurations antiouvrières, les profits provenant de la capacité productive de l'entreprise doivent être obtenus sur la base de la production et de la vente de produits, mais la contradiction fondamentale et son cycle économique s'y réaffirmeront rapidement. Le taux de rendement du capital investi qui avait connu un élan sur la base des mesures de réduction et des concessions des travailleurs commence à chuter une fois de plus. La chute du taux de rendement est une loi inexorable du capitalisme qui ne peut être envisagée que sur une base scientifique et centrée sur l'être humain. Les vrais problèmes exigent de vraies solutions et non des mesures unilatérales basées sur les concessions extorquées aux travailleurs. Une réduction générale du niveau de vie dans une économie industrialisée moderne mène rapidement à des problèmes économiques et sociaux encore plus sérieux. C'est ce qui se produit présentement aux États-Unis avec les résultats dramatiques que l'on connaît.

L'autre aspect du débat qui soutient que les concessions ne représentent qu'un élément infime dans la reprise du secteur de l'automobile ne sert en rien les travailleurs de l'automobile. Ce raisonnement ne tient pas compte du fait que les réclamations des travailleurs proviennent de la valeur ajoutée produite par eux et qu'ils font directement concurrence aux détenteurs d'actions, aux créanciers et aux gouvernements pour se partager la valeur ajoutée produite par eux. Varier les portions dans le partage de la valeur ajoutée ne résout pas la contradiction fondamentale entre la production socialisée et la propriété privée ainsi que le cycle économique qui l'accompagne et n'élimine pas la loi de la chute du taux de rendement sur le capital investi, qui ne peut être éliminée sans que la société ne progresse au- delà du mode de production capitaliste.

Le niveau de concessions ou la quantité de concessions par rapport au capital investi ou aux profits ne devrait pas être une préoccupation pour les travailleurs. Le débat devrait porter sur la question à savoir si les concessions sont une solution ou pas, et si d'autres solutions aux problèmes économiques, solutions qui s'adressent aux sources du système, peuvent ou doivent être trouvées, ou pas. Les travailleurs pourraient réclamer pour leur temps de travail juste assez pour se procurer quelques restants de nourriture, des haillons pour se vêtir et un taudis pour vivre, mais les crises économiques continueraient de se manifester. En fait, celles-ci n'en seraient que plus intenses alors que la contradiction entre la production et la consommation s'aggraverait. C'est ce qui s'est produit durant les premiers jours de la révolution industrielle en Grande-Bretagne et c'est ce qui va se produire tant que ce système perdurera. Peu importe que la réclamation des travailleurs soit des plus petite ou pas, la loi de la chute du taux de rendement du capital investi dresse la tête pour mordre même les investisseurs les plus perspicaces.

Le problème tel qu'il se pose autant pour les travailleurs que pour les détenteurs de capital est que la quantité de valeur ajoutée produite en une période donnée diminue constamment par rapport au capital total investi à moins que les détenteurs de capital ne bannissent toutes innovations et tous développements affectant la production, ce qu'ils font, bien sûr, lorsque cela sert leurs intérêts étroits. La productivité est la coupable, si on veut cibler tout progrès au niveau de la production comme étant l'ennemi. Tout progrès des forces de production vers une plus grande socialisation exacerbe la contradiction sous-jacente avec la propriété privée de diverses sections de l'économie socialisée. La chute du taux de rendement qui en résulte rend les détenteurs de capital encore plus féroces dans leurs demandes de concessions aux travailleurs puisque le bassin duquel chaque classe sociale fait ses réclamations est plus petit par rapport au total du capital investi. Les travailleurs doivent reconnaître cette réalité et l'envisager avec résistance et avec responsabilité sociale. Les travailleurs devraient discuter et proposer des réformes capitalistes telles que standardiser un taux de rendement sur le capital investi dans toutes les sections de base à un taux de rendement moyen. Il faudrait alors tenir compte de ce taux de rendement moyen, qui chuterait périodiquement encore davantage à mesure que la productivité augmenterait, dans le calcul des prix de la production, suivi de près par les prix du marché. Ceci ne serait possible que par un contrôle public sur les principaux secteurs de la vente en gros, lequel contrôle fixerait les prix du marché conformément aux prix de production qui comprendraient un taux de profit moyen pour une période donnée, qu'on réduirait graduellement selon le développement de la productivité.

Les détenteurs de capital doivent réaliser que la réalité est telle qu'une chute du rendement sur leur capital investi est inévitable et reflète la dynamique d'une industrie moderne ainsi que la contradiction fondamentale qui naît de leur propriété privée de la production socialisée et de la nécessité de vendre la plupart des biens et services dans les confins du marché capitaliste. L'avantage qu'ils trouveraient à reconnaître cette réalité et à permettre des réformes affectant la fixation des prix, le marché de la vente en gros et de la fiscalité, est qu'ils se verraient garantir un rendement moyen et une stabilité pour leurs investissements.

Les détenteurs de capital doivent aussi réaliser que la réalité veut qu'une industrie moderne au sein d'un marché capitaliste exige que les travailleurs et le public en général aient accès au plus haut niveau de vie possible compte tenu du niveau de productivité des forces productives socialisées. À défaut d'un niveau de vie qui reflète le niveau de productivité, la production des biens et services (sa productivité) se tourne contre elle-même, victime d'une crise affectant l'harmonie entre la production et la consommation.

Quoi qu'il en soit, le cycle économique et les problèmes économiques doivent être traités sur la base d'une pensée scientifique et non sur la base d'un dogmatisme d'antan qui n'explique rien et qui ne résout rien. En ce sens, les économistes doivent mettre de côté leur dogme usé selon lequel les travailleurs sont un coût pour la production socialisée et que le profit est une entité qui doit soit croître ou rester au même point. Le taux de rendement sur le capital investi doit chuter à mesure que la productivité progresse. Pour ce qui est des réclamations en intérêts de la part des créanciers, elles devraient être abolies en tant que vestiges les plus honnis de l'usure médiévale et en tant qu'obstacle au progrès et au bien-être du peuple. Une réforme capitaliste verrait à la mise sur pied d'entreprises financières publiques sans but lucratif et remiserait au musée du diable toute pratique consistant à prêter de l'argent pour en soutirer de l'intérêt.

Les travailleurs sont les producteurs de la valeur et non un coût pour l'économie socialisée. Les bénéfices d'entreprise en fonction du capital investi n'ont d'autre choix que de chuter avec le développement de la productivité. Cette chute du taux de bénéfices d'entreprise dans les secteurs de base doit être perçue comme un phénomène positif à être géré consciemment et selon un plan. De cette façon, la quantité accrue des biens et des services sur la base d'une productivité accrue peut servir au bien-être du peuple et aux intérêts généraux de la société, plutôt que de devenir un fardeau qui se manifeste par un cycle économique qui mène à la destruction périodique des forces productives, à un chômage accru et à d'autres maux sociaux.

Note

1. Source des citations et des deux côtés du débat sur les concessions : Progressive Economics Forum

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Télécommunications

Les travailleurs de Verizon aux États-Unis
défendent résolument leurs droits


15 000 travailleurs manifestent devant les bureaux de Verizon à Buffalo, New York, le 7 août 2011.

Le 7 août, les 35 000 membres du Communications Workers of America (CWA) et les 10 000 membres de la Fraternité internationale des ouvriers en électricité (FIOE) ont entamé une grève chez Verizon Communications inc., anciennement Bell Atlantic, pour s'opposer à près d'une centaine de propositions de concessions de l'entreprise. Il s'agit de techniciens en téléphonie sur le terrain, de travailleurs des centres d'appels et d'installateurs de câbles, du Massachusetts à la Virginie.

C'est la plus imposante grève en six ans aux États-Unis, soit depuis la grève des travailleurs de GM en 2005.

Alors que les négociations ont repris le 10 août, la société exige toujours 1 milliard $ en concessions, ce qui représente 20 000 $ par travailleur par an. Ces demandes sont sur la table depuis le début des négociations le 22 juin.

Le 15 août, le CWA et la FIOE ont déposé des accusations de pratiques déloyales contre Verizon, accusant la compagnie de refuser de négocier de bonne foi. Les syndicats veulent que la commission nationale des relations de travail, le National Labor Relations Board, ordonne immédiatement à Verizon de négocier de bonne foi, comme l'exige le Code du travail.

Pour défendre leurs réclamations à la richesse qu'ils produisent et pour lesquelles ils se sont battus au cours des 50 dernières années, et afin de forcer Verizon à respecter ses obligations sociales, les travailleurs s'engagent à rester en grève jusqu'à ce que l'entreprise commence à négocier sérieusement.

Samedi dernier, les syndicats ont annoncé qu’ils demandaient aux travailleurs de retourner au travail lundi soir. «Nous avons conclu une entente avec Verizon sur la poursuite des négociations et la restructuration, dit le syndicat dans son communiqué. Les principaux enjeux demeurent intouchés mais les discussions sont maintenant plus ciblées.»

Larry Cohen, président du CWA, affirme dans le communiqué que «tout le monde savait que la liste de demandes de l’employeur était longue et c’est pourquoi nous sommes allées en grève et que nous étions prêts à retourner une fois que les pourparlers seraient significatifs.»[1]

Le syndicat demande que la compagnie retire sa déclaration du 20 août à l’effet qu’elle a «remporté une victoire». «Nous sommes déçus d’entendre ces propos de Marc Reed, le vice-président aux ressources humaines, qui dit que la compagnie ‘espérait convaincre les syndicats de commencer la négociation de bonne foi.’[2] C’est inexact et injuste. Nous nous étions entendus de ne pas crier victoire si nous changions le processus et rétablissions la convention. Nous nous en tiendrons à cet engagement. Mais les propos de M. Reed signifient que nous devrons êtres prêts à nous battre si Verizon croit que les négociations vont reprendre sur cette base… »[3]

Verizon Communications inc., basée à New York, est un leader mondial dans la prestation de services en communication à haut débit, avec ou sans fil, pour des clients résidentiels, commerciaux, gouvernementaux et des grossistes revendeurs. Verizon Wireless exploite un réseau américain sans fil, avec plus de 106 millions de connexions à l'échelle nationale. Verizon propose également la convergence des communications, informations et services de divertissement sur le réseau américain de fibre optique le plus avancé et fournit des solutions d'affaires intégrées à des clients dans plus de 150 pays, y compris l'ensemble des entreprises citées dans la revue Fortune 500.

Verizon emploie une main-d'oeuvre diversifiée de près de 196 000 travailleurs et l'an dernier a engendré des revenus consolidés de 106,6 milliards $.

L'entreprise ne prétend pas être confrontée à des temps difficiles ou se diriger vers une faillite fictive ou réelle.

Verizon invoque plutôt des pertes de 2,9 % essuyées cette dernière année dans le secteur des réseaux de fils fixes. Puisque les communications continuent de passer au sans fil, la plupart des travaux se font pour les réseaux de fibre optique au lieu des réseaux fixes en cuivre. Verizon dit que c'est la raison principale pour laquelle elle a réduit ses effectifs. Elle veut demeurer concurrentielle dans le marché de l'internet.

Malgré cette affirmation, sa division sans fil, Verizon Wireless, est prête à s'enfuir avec la richesse que les travailleurs ont produite et a versé à sa société mère (Verizon inc.) et Vodaphone un dividende de 10 milliards $. Vodaphone est propriétaire à 45 % de Verizon Wireless, la plus grande société de télécommunication mobile aux États- Unis, selon le nombre d'abonnés.

Dans le monde concurrentiel du sans fil mobile, les principaux acteurs sont Verizon, AT & T, T-Mobile et Sprint. Chacune de ces entreprises tentent d'acheter autant qu'elles le peuvent une part du marché, pour créer essentiellement un monopole dans l'industrie du sans fil mobile.

Selon le CWA, Verizon, avec ses milliards de dollars de revenus, est assis sur un bénéfice net de 6 milliards $.

Comme c'est expliqué dans l'article du LML, « Le tapage autour du plafond de la dette américaine »  de K. C. Adams, une caractéristique du transfert de la richesse de la classe ouvrière vers les plus gros monopoles et propriétaires de capital depuis 1972 est le démantèlement du mouvement syndical.

Les travailleurs ont organisé des grèves chez Verizon en 1983, 1986, 1989, 1998, 2000 et 2004.

De 2003 à 2011, le nombre d'employés syndiqués dans les régions a chuté de 75 000 à 45 000 en raison de la sous-traitance, l'élimination d'emplois, les rachats et l'attrition.[4]

Actuellement, aux États-Unis un syndiqué sur sept est un travailleur des communications. La main-d'oeuvre chez Verizon se compose désormais de 135 000 employés non syndiqués – et la main-

d'oeuvre syndiquée représente moins de 30 % de l'effectif total. Les travailleurs de Verizon sont ciblés dans le cadre de la campagne générale des monopoles pour priver les travailleurs du pouvoir compensateur obtenu grâce à leurs syndicats, tout en aplanissant les injustices économiques, comme en témoigne la liste suivante des exigences de la direction de Verizon :

Salaires

- Les augmentations annuelles et selon les échelons seront conditionnelles à une évaluation annuelle. Si un travailleur reçoit une évaluation qui « ne satisfait pas aux exigences du poste », il ne recevra pas d'augmentation (rémunération basée sur le mérite versus augmentations salariales selon l'ancienneté)
- Éliminer les suppléments pour la nuit et le samedi
- Éliminer les primes de salaire pour le dimanche
- Éliminer le temps supplémentaire à tarif double après 49 heures de travail par semaine
- Éliminer tout plafond pour les heures supplémentaires
- Éliminer les indemnités pour le travail en milieu urbain
- Créer de nouveaux postes d'emploi pour les centres d'appels résidentiels et d'affaires où ils travailleront selon une grille salariale basée sur une commission.

Pensions

- Éliminer l'accumulation des prestations de retraite. Pour tous ceux actuellement qui touchent un salaire, la pension serait gelée à compter du 31 décembre 2011 et, après cela, il n'y aurait plus de régime de retraite
- Éliminer la possibilité de rachat de la pension
- Modifier le régime 401 (k) (un programme visant à transférer le fardeau du régime de pension sur le dos des travailleurs)
- Éliminer les prestations liées au décès par maladie

Avantages sociaux

- Éliminer le régime actuel d'assurances collectives pour soins de santé, d'ordonnance médicale, de soins dentaires et de la vision et proposer des régimes avec des franchises et contributions élevées
- Éliminer les prestations d'invalidité suite à un accident
- Réduire de moitié les prestations d'invalidité pour cause de maladie
- Réduire les jours rémunérés pour cause de maladie à 5 jours par an pour les membres ayant 20 ans ou plus d'ancienneté ; quatre jours pour ceux qui ont entre 15 et 20 ans, 3 jours pour ceux entre 7 et 15 ans, 2 jours pour ceux entre 2 et 7 ans ; aucun jour pour ceux ayant moins de 2 ans
- Réduire les jours fériés payés à sept par année (exclure le jour des Anciens combattants et le jour à la mémoire de Martin Luther King)

Sécurité d'emploi

- Éliminer les dispositions de sécurité d'emploi pour tous les employés
- Éliminer les clauses de protection pour les travailleurs réaffectés
- Éliminer la disposition limitant tout transfert à moins de 56 km
- Éliminer les dispositions du régime en cas d'une réaffectation imposée
- Éliminer l'entente sur les nouvelles propositions de sous-traitance – ce qui leur permettra d'augmenter le niveau de sous-traitance

Autres

- Éliminer le programme nommé Étape suivante[4]
- Éliminer la demi-journée de la veille de Noël
- Réduire de 6 mois à 30 jours le délai d'avis donné au syndicat annonçant des changements technologiques majeurs
- Éliminer le Fonds de remboursement pour personnes à charge

Pour les cadres de l'entreprise, le transfert de richesse vers le haut qui n'est pas tant dissimulé, comme l'indique les rapports du syndicat, signifie que le président de Verizon, Ivan Seidenberg, a une rémunération 300 fois supérieure à celle que gagne un travailleur moyen. Les cinq principaux dirigeants de l'entreprise ont été payés plus d'un quart de milliard $ au cours des quatre dernières années.

En revanche, les concessions proposées par l'entreprise sont fixées à une valeur de 1 milliard $ par an, ce qui coûte à chaque travailleur 20 000 $ même si financièrement l'entreprise se porte bien, ayant empoché plus de 30 milliards $ de profits au cours des trois dernières années sur lesquels elle n'a payé aucun impôt et obtenu 1 milliard $ en avantages fiscaux !

Les travailleurs et leur syndicat ont décidé de résister à cette attaque inacceptable en organisant vigoureusement des lignes de piquetage et en utilisant tous les moyens à leur disposition pour résister à ces attaques contre leur moyen de subsistance et leur sécurité pour l'avenir.

L'État et les médias ont répondu en tentant d'enterrer la justesse de leur cause en imposant des injonctions sur les lignes de piquetage et en répandant des calomnies contre les travailleurs qui résistent à l'usage de travailleurs de remplacement.

Les travailleurs de Verizon envoient un message très clair que ce n'est pas acceptable, qu'ils ne resteront pas les bras croisés alors que les dirigeants de Verizon cherchent à démanteler les conventions collectives pour lesquelles ils se sont battus pendant plus de 50 ans.

Voici ce que disait LML à ce sujet : « Les travailleurs ont le droit et le devoir de participer, en tant qu'individus au sein de leurs collectifs organisés, aux prises de décision sur les conditions de leur emploi. Comment ils organisent leur participation collective est leur affaire, et les cadres exécutifs, les propriétaires du capital et les gouvernements doivent accepter cette réalité objective et ne pas empirer les choses en refusant de négocier de bonne foi ou de permettre la négociation de bonne foi.

« La participation consciente aux prises de décisions concernant les salaires, les avantages sociaux, les pensions et les conditions de travail, sur les lieux de travail et au sein des secteurs économiques, est une condition essentielle du travailleur moderne. Sans la possibilité de réaliser cette condition essentielle au sein d'un collectif organisé, un ouvrier moderne est réduit à un esclave. Un esclave au travail est un esclave politiquement. » [5]

Les travailleurs des télécommunications au Canada, qui subissent eux aussi l'assaut des monopoles des télécommunications contre leur moyen de subsistance, leurs prestations de santé et leurs pensions, sont aux côtés des travailleurs aux États-Unis dans leur lutte pour leurs salaires, leurs avantages sociaux et conditions de travail de leur choix .

Les concessions ne sont pas des solutions !

Notes

1. http ://www.cwa-union.org/news/entry/cwa_ibew_reach_agreement_on _bargaining_with_verizon_members_to_return_to_wo#.Tk_062Hf3_V
2. Pour l'énonce de la compagnie:  http ://newscenter.verizon.com/press-releases/verizon/2011/verizons- striking.html
3. Pour la déclaration du syndicat http ://www.cwa-union.org/news/entry/cwa_outraged_over_vz_exec_st atement
4. http ://thedroidguy.com/2011/08/45000-verizon-employees- strike-at-midnight
5. http ://www.cpcml.ca/Tmlw2011/W410062.HTM

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