Destruction de l'industrie forestière du Québec

Fermeture de l'usine de bois
d'ingénierie de Saint-Prime

Le 10 août, AbitibiBowater a annoncé la fermeture de son usine de bois d'ingénierie de Saint-Prime au Saguenay-Lac-St-Jean. L'annonce a été faite au même moment où AbitibiBowater a affiché un profit net de 61 millions $ pour le deuxième trimestre de 2011 et averti que d'autres « coupures de coûts » sont à prévoir pour les deux autres trimestres.

L'usine de Saint-Prime produit entres autres choses des petits colombages et des composantes de lits et elle est réputée pour la qualité de sa production. Elle a été achetée par Abitibi-Consolidated en 2000 et s'ajoute aujourd'hui aux victimes de la fusion qui a créé AbitibiBowater en 2007.

Le porte-parole d'Abitibi a dit sans aucune explication que la fermeture de l'usine de Saint-Prime était prévue depuis un bon bout de temps. Il a vaguement blâmé les baisses de mises en chantier aux États-Unis pour la fermeture sans même mentionner que l'usine de Saint-Prime a un carnet de commandes bien rempli. Selon les dirigeants d'AbitibiBowater, il est suffisant de dire qu'une entreprise ne « cadre pas » dans les plans d'AbitibiBowater pour qu'elle ferme et c'est eux et eux seuls qui décident qui cadre et qui ne cadre pas.

Saint-Prime est une petite municipalité de moins de 3000 habitants et l'usine est l'un de ses principaux employeurs,. En plus des 50 travailleurs de l'usine c'est un grand nombre de gens, fournisseurs de biens et services, qui seront affectés par la fermeture.

Les dirigeants d'AbitibiBowater essaient d'affaiblir l'opposition des travailleurs et de la communauté en disant que tous les travailleurs de l'usine seront relocalisés dans la région probablement à la scierie de Dolbeau. Les travailleurs ont répliqué qu'ils vont perdre d'énormes sommes en pensions , salaires et avantages sociaux en étant relocalisés de la sorte. De plus, Saint-Prime est à 50 km de Dolbeau, ce qui veut dire 100 km en essence pour les travailleurs à chaque journée de travail. Ces fermetures produisent également entre autres problèmes une dévaluation de la valeur de la maison des travailleurs.

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AbitibiBowater affiche un profit net de
61 millions$ pour le deuxième trimestre de 2011

AbitibiBowater se dit très fière d'avoir réalisé un profit net de 61 millions $ pour le deuxième trimestre de 2011. Selon le monopole, cette poussée de profits provient en partie des prix plus élevés qu'il est capable de demander pour les produits des pâtes et papiers mais surtout de ce qu'il appelle ses coupures de « coûts ». Il fait référence à la réorganisation antiouvrière et antisociale qui a été faite chez AbitibiBowater sous la fraude de la protection de la loi de la faillite. Cette réorganisation comprend un transfert massif de richesse sociale des poches des travailleurs dans les coffres du monopole par ses attaques contres les salaires, avantages sociaux pensions et autres aspects de leurs réclamations à la valeur qu'ils produisent, la vente d'installations de production et les coûts de production moins élevés à cause des usines qui ne fonctionnent pas. La vente la plus importante d'avoirs productifs a été celle des barrages hydro-électriques de l'entreprise dans le Nord de l'Ontario en mai 2011 pour 300 millions $. Cette vente met grandement à risque les usines d'Abitibi dans cette région. D'autres facteurs expliquent les profits comme les subsides gouvernementaux, tels la subvention de 19 millions $ du gouvernement de l'Ontario pour couvrir les besoins énergétiques du monopole. Selon AbitibiBowater, ses profits auraient été de 69 millions $ et non de 61 millions $ n'eut été de « coûts » que le monopole a dû absorber comme les primes de séparation et les coûts associés aux fermetures (le démantèlement de l'usine de Donnacona par exemple).

Dans son communiqué qui accompagne le rapport du deuxième trimestre, le PDG d'AbitibiBowater,  Richard Garneau, se dit confiant de réaliser des profits encore plus grands dans les deux derniers trimestres de l'année grâce à de nouvelles coupures de coûts. Joignant le geste à la parole, c'est au milieu de l'annonce des profits qu'Abitibi a annoncé la fermeture pour septembre de son usine de bois d'ingénierie de Saint-Prime.

Garneau est devenu le PDG d'AbitibiBowater à la fin de 2010 fort de sa réputation de liquidateur qu'il a acquise en tant que PDG de Catalyst Paper en Colombie-Britannique de 2007 à 2010. À la tête de Catalyst, il a fermé des moulins, fait du chantage contre les travailleurs pour leur extorquer des concessions, et dirigé une « révolte contre les taxes municipales » contre les municipalités dans lesquelles Catalyst opérait.

Depuis la fusion qui a créé AbitibiBowater en 2007, on estime que le monopole a éliminé la production de 3,4 tonnes de papier et de 900 millions de pieds-planche de bois-d'oeuvre et réduit la main-d'oeuvre de 38 % à son état actuel 11 000 travailleurs dont 7200 au Québec.

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Plus de 18 000 travailleurs forestiers ont perdu
leur emploi au Québec depuis 2005

Selon le Ministère des Ressources naturelles et de la Faune, le Québec a perdu plus de 18 000 emplois depuis 2005 dans l'industrie forestière. En avril 2005, il y avait au Québec 104 400 travailleurs dans le secteur forestier. Depuis lors, près de 14 000 travailleurs ont perdu leur emploi suite à des fermetures et mises à pieds permanentes et plus de 4000 ont perdu le leur dans des fermetures temporaires. Dans l'ensemble, 172 usines ont été fermées de façon permanente et 75 de façon temporaire pour un total de 247 usines affectées par des fermetures.

Le nombre des travailleurs ayant perdu leur emploi ne comprend pas ceux qui ont été mis à pieds de façon temporaire dans des usines qui n'ont pas fermé.

Ce nombre n'inclut pas non plus tous ceux qui travaillent en forêt. Selon le Ministère, c'est impossible de savoir combien de travailleurs oeuvrent en forêt et ce qui leur arrive, parce que les travailleurs sont engagés par contrat entre les compagnies forestières et des entrepreneurs et l'information à leur sujet n'est pas « divulguée publiquement. ». Cela montre à quel pont le lien d'emploi des travailleurs en forêt a été éliminé, ce qui permet aux entreprises forestières et au gouvernement d'abdiquer leurs responsabilités envers eux.

Même si le nombre de 18 000 est bien en deçà de la réalité, il est tout de même énorme. Selon le Ministère, ce phénomène n'existe pas seulement dans les régions forestières comme tel mais dans les grands centres comme Montréal où le secteur du carton plat (boîtes à chaussures ou de céréales par exemple) a été grandement affecté par les fermetures.

Des 18 000 travailleurs qui ont perdu leur emploi depuis 2005, près de 4000 travaillaient pour AbitibiBowater (Abitibi-Consolidated et Bowater avant la fusion de 2007). Plus de 1500 travailleurs étaient à l'emploi de Kruger, près de 1000 travaillaient pour Domtar, 700 pour Cascades et à peu près le même nombre pour Tembec. Évidemment, les pertes d'emplois causées par ces géants de l'industrie sont beaucoup plus élevées que les chiffres ne le montrent parce que nombre de petites usines qui ont fermé produisaient pour eux et dépendaient d'eux pour leur existence.

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Bulletin du 15 août 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca