Négociations du perimètre de sécurité

Développements récents sur l'intégration
Canada-États-Unis

Depuis l'élection fédérale du 2 mai, le gouvernement Harper a accéléré le pas vers l'établissement d'un périmètre de sécurité nord-américain. Parmi les récents développements sur ce front, il y a eu la rencontre du 3 juin du Conseil de coopération en matière de réglementation établi pour diriger l'« harmonisation » des régimes de réglementation des pays dans des secteurs clés, après quoi le ministre de la Sécurité publique, Vic Teows, et la secrétaire de la Sécurité intérieure des États-Unis, Janet Napolitano, se sont rencontrés.

Le Conseil de coopération en matière de
réglementation établit son mandat et ses principes

Le 3 juin, le Conseil de coopération en matière de réglementation (CCR) s'est réuni pour la première fois. Le CCR a été établi par la Déclaration du périmètre de sécurité annoncée par le premier ministre Harper et le président américain Barack Obama le 4 février. Le Conseil y a approuvé le cadre de référence de son mandat et de ses principes. L'objectif du CCR est « d'harmoniser les régimes de réglementation fédéraux établis, ou à défaut d'une telle harmonisation, d'encourager l'adoption d'autres mesures facilitant les relations d'affaires entre les deux pays ... ».

Le mandat du Conseil est d'identifier et de recommander « des possibilités de renforcement de la coopération en matière de réglementation dans les domaines suivants :

« 1. harmonisation et transparence accrues de la réglementation

« 2. meilleure harmonisation des règlements et reconnaissance des pratiques de réglementation

« 3. réglementation moins lourde et plus intelligente dans des secteurs définis. »

Le mandat énonce également les principes suivants :

« * Chaque pays maintiendra son régime souverain de réglementation, et le CCR concentrera ses activités sur la confiance réciproque envers le régime de l'autre pays pour alimenter son propre processus décisionnel, et sur une correspondance plus étroite des régimes de réglementation fédéraux établis, en conformité des lois intérieures.

« * Les résultats de la réglementation en matière de protection du consommateur, de santé, de sécurité, de sûreté et de protection de l'environnement ne seront pas compromis.

« * Les nouveaux régimes de réglementation seront conçus en visant un objectif d'harmonisation, dans la mesure où ce sera réalisable et souhaitable. L'harmonisation de la réglementation sera visée dans toutes les initiatives futures d'élaboration de régime de réglementation du Canada et des États-Unis, les différences n'existant que lorsque c'est nécessaire, et en tenant compte des répercussions.

« * Le CCR aura une fonction de vaste mobilisation, de coordination bilatérale et horizontale, de production d'idées et d'analyse critique. Les efforts d'harmonisation de la réglementation relèveront des ministères et organismes responsables, avec une orientation générale de la part du CCR et des consultations des intervenants touchés. L'objectif est d'harmoniser les régimes de réglementation fédéraux établis, ou à défaut d'une telle harmonisation, d'encourager l'adoption d'autres mesures facilitant les relations d'affaires entre les deux pays, lorsque de tels efforts sont réalisables, appropriés et conformes aux autres principes du CCR.

« * En plus de corriger des divergences établies inutiles, des mécanismes seront élaborés pour faciliter et garantir l'harmonisation future, dans un contexte de transparence et de communication aux premières étapes entre les pays et avec les intervenants.

« * Les possibilités d'avantage à la fois pour le Canada et les États-Unis seront explorées. »

« Rien à voir » avec la souveraineté

Le CCR prétend que l'harmonisation de la réglementation n'a rien à avoir avec la souveraineté et que les Canadiens n'ont donc pas raison de s'inquiéter de ce qu'elle représente. C'est exactement ce qu'a dit le premier ministre Stephen Harper lors de la signature de la Déclaration du périmètre de sécurité, que l'annexion du Canada aux États-Unis par l'élimination des frontières n'a rien à voir avec la souveraineté du Canada. Le CCR déclare : « Une collaboration plus étroite en matière de réglementation ne diminuera en rien la souveraineté du Canada ni celle des États-Unis, et ne nuira pas à la capacité de l'un et l'autre pays d'exercer ses pouvoirs de réglementation en fonction des exigences de ses politiques nationales ou juridiques. » Le mandat énonce clairement qu'il est facultatif que le Parlement soit même consulté sur les changements de réglementation pour établir un périmètre de sécurité. « Par souci de transparence gouvernementale, les organismes peuvent le cas échéant consulter leurs corps législatifs et les principaux intervenants et communiquer avec eux à propos d'initiatives de coopération en matière de réglementation. » La considération que les peuples des deux pays doivent avoir leur mot à dire sur ce qui se passe n'est pas à l'ordre du jour.


Photos d'archives: Manifestations contre le Partenariat pour la sécurité et la prospérité
à Ottawa et Montebello, Québec, en août 2007.

Les secteurs clés de l'économie dans la mire de « l'harmonisation »

D'une part, il est énoncé dans le mandat que « le Canada et les États-Unis peuvent également compter sur des régimes de réglementation et des mécanismes de prestation hautement efficaces ». Toutefois, le Conseil veut résoudre les problèmes en ce qui a trait aux différences entre les deux régimes. « Dans certains cas, les différences n'accroissent pas les avantages de la réglementation, imposant plutôt des coûts et des fardeaux inutiles tant pour l'entreprise que pour le consommateur. » Ainsi, cette réglementation qui augmente les coûts pour ce qui est appelé « l'entreprise » et « le consommateur » est mauvaise, alors que celle qui les réduit est bonne.

Le Conseil poursuit en déclarant que « ces coûts peuvent être particulièrement onéreux pour les petites et moyennes entreprises, la pierre angulaire de l'activité économique entre nos nations, qui ne possèdent pas nécessairement les ressources pour adapter leurs produits afin de respecter des exigences réglementaires inutilement divergentes. » Le Conseil donne l'impression qu'il se préoccupe du sort des « petites et moyennes entreprises », mais il indique clairement dans son mandat qu'il poursuivra l'harmonisation de la réglementation au sein des secteurs clés existants et émergents des deux économies.

Ces secteurs clés sont identifiés comme suit :

« * les secteurs caractérisés par un degré élevé d'intégration, avec des antécédents de démarches coopératives en réglementation et dans les activités de soutien ;

« * les secteurs qui ont déjà des cadres réglementaires bien développés conçus pour produire des résultats similaires, mais qui constituent actuellement un obstacle au progrès de l'intégration et de l'activité ;

« * les secteurs qui présentent un potentiel émergent de croissance significative, caractérisé par des technologies en rapide évolution, pour lesquels une réglementation est prévue ou en stade préliminaire d'élaboration ;

« * les secteurs dans lesquels la coopération en matière de réglementation stimulerait la croissance des exportations en Amérique du Nord. »

Il est bien connu que ce sont les plus importants monopoles, en particulier dans le secteur manufacturier comme l'automobile, qui ont des chaînes d'approvisionnement hautement intégrées en Amérique du Nord et qui font pression pour l'élimination des différences dans la réglementation et des délais aux frontières, afin d'établir un marché nord-américain unique. Les monopoles comme Ford se plaignent qu'ils perdent 200 $ par voiture en raison de « l'inefficacité » aux frontières. Ils sont prêts à payer pour des inspections douanières effectuées aux portes des usines, une proposition reprise par le Conseil dans son mandat. « Les possibilités d'harmonisation touchent non seulement les règlements en soi, mais aussi les activités liées à leur application (procédures d'essai, activités d'inspection et de certification, etc.) et l'acceptation et la reconnaissance du travail accompli par l'autre compétence. »

Composition du Conseil

Nulle part dans le mandat, ou sur le site Web du gouvernement du Canada pour le périmètre de sécurité, est-il spécifiquement mentionné qui sont les membres du Conseil, malgré le mandat considérable et important qu'il s'est donné. Le Conseil énonce qu'il sera coprésidé par « des représentants de haut niveau des organismes centraux de supervision de la réglementation des deux gouvernements. » Au Canada, le Conseil du Trésor est considéré comme un organisme central de réglementation et de supervision, mais le Conseil ne mentionne pas explicitement qui en fait partie. Il a été convenu que les coprésidents travailleront « en étroite collaboration avec leurs organismes respectifs responsables du commerce extérieur et des affaires étrangères, leurs organismes de réglementation et les organismes exerçant des responsabilités stratégiques relativement à des questions plus larges de concurrence au sein de leur gouvernement fédéral. »

Le Conseil s'est réuni à nouveau en juillet mais aucune information à ce sujet n'a été rendue publique jusqu'à présent.

Sécuriser les chaînes d'approvisionnement et les infrastructures essentielles, l'objet de négociations

Le 17 juin, le ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, et la secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Janet Napolitano, se sont rencontrés à Washington. La réunion a établi que le Canada et les États-Unis vont travailler plus étroitement avec des organisations comme l'Organisation de l'aviation civile internationale et l'Organisation maritime internationale pour sécuriser les chaînes d'approvisionnement mondiales. « Le Canada et les États-Unis ont une longue histoire de collaboration et de consultation en ce qui concerne les mesures de sécurité à la frontière commune », a déclaré le ministre Toews. « Les États-Unis et le Canada ont une longue histoire de collaboration pour lutter contre le terrorisme et le crime transfrontalier, à l'échelle nationale et à l'étranger, tout en facilitant la circulation légitime des personnes et des marchandises », a déclaré la secrétaire Napolitano. « Nous continuerons à travailler avec nos partenaires canadiens pour assurer la sécurité, l'efficacité et la résilience des chaînes d'approvisionnement et des infrastructures essentielles qui sont indispensables à la sécurité et à la prospérité de nos deux nations », a-t-elle ajouté. Cette rencontre, comme celles du CCR, laissent voir que les arrangements de l'annexion du Canada aux États-Unis se poursuivent derrière des portes closes.

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Bulletin du 8 aou 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca