Mouvement ouvrier


Trois-Rivières

Les travailleurs de Kruger manifestent
contre la nouvelle ronde de mises à pied

Le 29 juillet, les travailleurs de Kruger à l'usine de papier journal de Trois-Rivières ont organisé une manifestation alors que 22 de leurs collègues sortaient de leur dernier quart de travail. Ils ont bloqué pendant un moment l'entrée de l'usine et dénoncé Kruger pour cette nouvelle ronde de mises à pied que l'entreprise ne veut même pas négocier avec le syndicat selon la convention collective. Kruger a récemment annoncé la mise à pied permanente de près de 100 travailleurs dans ses deux usines de Trois- Rivières : l'usine de papier journal et l'usine Wayagamack qui produit du papier couché. Ces 22 travailleurs devaient être mis à pied plus tard en août mais Kruger en a devancé la date sous le prétexte de la hausse du dollar canadien.

Le 14 juin dernier, les travailleurs de Kurger avaient tenu une manifestation qui a pris la forme d'une procession funèbre pour marquer la perte des emplois manufacturiers et les concessions en salaires et règles de travail qu'ils ont faites depuis 2008. Kruger revient maintenant à la charge en demandant que l'usine de papier journal devienne l'usine la plus performante de tout le secteur des pâtes et papiers en Amérique du Nord. Les travailleurs rejettent cette conception d'une usine performante qui est créée sur la base de conditions de travail de plus en plus intenables où ils sont poussés à bout et où l'entretien des équipements devient chose impossible.

Les travailleurs ont aussi dénoncé Kruger pour son retard à entreprendre les négociations pour une nouvelle convention collective qui devaient commencer à la fin juin. De quel genre de négociations s'agira-t-il, se demandent les travailleurs, si Kruger refuse même de soumettre les mises à pied à la négociation avec le syndicat.

La convention collective s'est terminée en mai 2009. LML s'est récemment entretenu à ce sujet avec Steve Saint-Pierre, le président de la section 136 du SCEP qui représente ces travailleurs.

« La vieille convention collective, a-t-il dit, va s'appliquer jusqu'à ce qu'on en signe une nouvelle, ce que Kruger ne semble pas pressé de faire. Au plus fort de la crise économique, nous avons fait des concessions sur les salaires et les règles de travail sans même passer par la phase de négociations parce que nous voulions sauver l'usine. En plus, quand la demande et les marchés pour le papier couché et super calandré se sont effondrés, nous avons accepté de fermer ces divisions sur une base temporaire. En l'espace de 3-4 ans nous sommes passés de 1200 travailleurs à 300. L'usine aujourd'hui paraît à moitié fermée avec la machinerie non utilisée et les travailleurs qui n'y sont plus. Le syndicat siège sur un comité de relance qui examine comment redémarrer ces divisions, mais Kruger ne démontre pas d'intérêt. Il ne parle que de faire de l'usine de papier journal, l'usine la plus performante de tout le secteur des pâtes et papiers en Amérique du Nord. Le problème c'est que c'est au détriment des travailleurs. Il faut que cela arrête quelque part. C'était ça le but des manifestations. »

Lors d'une tournée récente des installations de Kruger au Québec, le PDG de l'entreprise a exprimé partout le même diktat qu'il essaie présentement d'imposer à Trois-Rivières : que les travailleurs de chaque usine Kruger doivent démontrer à l'entreprise qu'ils peuvent bâtir l'usine la plus performante qui soit en Amérique du Nord, et que leur usine ne va survivre en fin de compte que si Kruger juge qu'elle a sa place dans son empire. Les travailleurs rejettent ce diktat parce qu'il impose des conditions intenables aux travailleurs et qu'il mène à la destruction encore plus poussée du secteur manufacturier.

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AbitibiBowater

Encore des menaces, demandes
de concessions et mises à pied

Lors de l'assemblée des actionnaires du 9 juin dernier, Richard Garneau, le PDG d'AbitibiBowater a tracé un portrait de la « nouvelle compagnie » que prépare le monopole forestier. Selon lui, grâce aux sacrifices exigés des actionnaires, des créditeurs non garantis et des travailleurs, AbitibiBowater repart à neuf comme une entreprise entièrement nouvelle qui se positionne pour affronter la concurrence sur les marchés mondiaux. Il a même invité les travailleurs à proposer un nouveau nom pour l'entreprise. Mais la nouvelle Abitibi, a-t-il dit, a besoin d'un engagement collectif, où tout le monde travaille ensemble, affronte les nouveaux défis, forme une équipe unique animée d'une seule vision, une vision de profitabillité et de développement durable.

Le bail de la rivière Shipshaw

Les dirigeants d'AbitibiBowater s'en sont pris en particulier aux conditions du renouvellement du bail de la rivière Shipshaw au Saguenay-Lac-St-Jean. Dans la loi 8, la Loi concernant la location d'une partie des forces hydrauliques de la rivière Shipshaw, une portion des forces hydrauliques de la rivière est louée à Abitibi pour alimenter ses barrages hydroélectriques et fournir l'hydroélectricité à ses usines. La loi prévoit qu'en échange de ses droits sur l'eau, Abitibi doit faire une série d'investissements dans ses usines de la région. Le bail arrive à terme le 31 décembre 2011 et doit être renouvelé pour une période de 10 ans, soit jusqu'en 2022. Selon le gouvernement, Abitibi n'a pas complété les investissements qu'elle devait faire entre 2012 et 2022 mais la compagnie prétend le contraire. Cela fait maintenant des mois que le gouvernement du Québec et AbitibiBowater sont en négociations secrètes pour le renouvellement du bail.

Les dirigeants d'Abitibi ont entrepris une campagne médiatique pour exiger que le bail renouvelé ne comprenne pas l'obligation légale de faire des investissements. En toile de fond à ce diktat, il y a la décision qu'elle a prise récemment de ne plus comptabiliser les revenus provenant de ses barrages dans les revenus de ses usines. Les revenus des barrages seront comptabilisés séparément, ce qui fera paraître ces usines comme étant moins profitables et pourrait bien être le prélude à la vente des barrages. On sait que l'entreprise a vendu récemment ses barrages du nord de l'Ontario. La séparation des barrages des usines menace l'avenir des usines. Abitibi a déclaré ne pas vouloir vendre ses barrages dans la région, mais la menace plane toujours. En plus, la compagnie ne cesse de dire qu'aujourd'hui ses avantages hydroélectriques ne sont plus une raison suffisante pour demeurer dans la région et que d'autres régions offrent maintenant des avantages plus lucratifs que les droits hydrauliques.

Dans la conception d'AbitibiBowater, la capacité hydroélectrique qui lui est accordée est une simple facette des coûts de production. Or, la capacité hydroélectrique est une ressource nationale précieuse et sa location doit se faire sur une stricte base d'avantage mutuel entre AbitibiBowater et la population de la région et de l'ensemble du Québec.

Il en est de même des droits sur le bois. AbitibiBowater se plaint constamment que le coût de la fibre est plus élevé au Québec et au Canada qu'aux États-Unis, et elle veut que le gouvernement en baisse le prix. Elle ne reconnaît pas que l'accès dont il jouit aux forêts publiques est un privilège qui doit être régi par des conditions d'avantage mutuel.

Menaces de fermetures

Abitibi s'attaque aussi à ce qu'elle appelle les coûts de main-d'oeuvre. Lors d'une tournée récente des installations de la compagnie au Québec, M. Garneau a dit qu'une simple visite l'a convaincu qu'il y a « beaucoup trop de travailleurs dans les usines » et que cet excès de main-d'oeuvre nuit à la rentabilité. Les travailleurs ont répliqué en disant que leur nombre a été réduit au strict minimum suite à des années de compressions et de concessions. Abitibi est en train de préparer le terrain pour imposer de nouvelles concessions aux travailleurs. Selon l'entreprise, c'est aux travailleurs des unités de production individuelles de l'empire Abitibi à prouver à ses dirigeants que celles-ci sont concurrentielles non seulement avec les entreprises similaires d'autres monopoles mais avec les autres entreprises d'AbitibiBowater.

Dans le cadre de sa tournée, Richard Garneau s'est rendu à l'usine de Kénogami. Il a repris la menace à l'effet qu'une des deux machines à papier doit être fermée sous prétexte qu'elle est vieille et que le marché pour son type de papier est en perte de vitesse. Cela voudrait dire l'élimination d'environ 150 emplois sur les quelque 350 qui restent. Les travailleurs ont développé un projet de production d'un autre type de papier avec cette machine pour servir un marché différent. Plusieurs politiciens et experts locaux ont dit que le projet est viable. Les travailleurs ont demandé à rencontrer les dirigeants d'Abitibi et les gouvernements pour leur présenter leur projet mais ni l'entreprise ni les gouvernements n'ont accepté de les rencontrer. Lors de sa visite à Kénogami, M. Garneau s'est contenté de dire que l'avenir qu'il envisage pour l'usine de Kénogami ne comporte qu'une machine à papier.

Toujours au Saguenay-Lac-St-Jean, Abitibi parle ouvertement de fusionner les scieries de Roberval et de Saint-Félicien, ce qui forcerait la fermeture d'une des deux usines. Des porte-paroles d'Abitibi ont rencontré les maires et d'autres personnalités pour leur communiquer leur plan et les inviter à décider quelle scierie fermer. Abitibi parle aussi de fermer sa scierie de Saint-Prime non loin de Roberval, qui est réputée pour la qualité de ses produits du bois, notamment des composantes de lits. Bien que le carnet de commandes de la scierie soit plein, l'entreprise parle de la fermer parce qu'elle ne cadre pas avec les plans à long terme de « la nouvelle Abitibi ». Les travailleurs de la scierie sont sans convention collective depuis plus de 30 mois et Abitibi refuse toujours d'entreprendre les négociations.

Sur la Côte-Nord, AbitibiBowater a récemment mis à pied près des 2/3 des quelque 170 travailleurs de la scierie des Outardes. Le monopole y a suspendu la production de bois d'oeuvre pour ne produire que des copeaux pour son moulin à papier de Baie-Comeau. Un porte-parole d'Abitibi a dit que les mises à pied vont vraisemblablement se poursuivre jusqu'à l'automne et qu'elles sont nécessaires en raison du faible marché de la construction aux États-Unis et pour éviter que le moulin à papier lui-même ne ferme.

L'exigence d'AbitibiBowater à l'effet que toutes les ressources de la société doivent être mises à sa disposition afin qu'elle soit concurrentielle sur les marchés mondiaux n'est pas viable pour les travailleurs, leur communauté, le Québec et le Canada. Cela n'était pas viable avant et pendant la réorganisation anti-ouvrière sous la protection de la faillite qui a été faite avec la participation active du gouvernement, et cela n'est pas viable maintenant non plus.

C'est en faisant valoir leurs propres demandes et leurs propres besoins que les travailleurs forestiers vont faire avancer les choses pour restreindre le droit de monopole d'AbitibiBowater, et rebâtir l'industrie forestière pour qu'elle serve les travailleurs et la nation.

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Le gouvernement autorise Shell à démanteler
sa raffinerie de Montréal

Manifestation contre la fermeture de la raffinerie Shell à Montréal le 30 novembre 2010.

Le 27 juin, la ministre des Ressources naturelles et de la Faune du Québec, Nathalie Normandeau, a donné à Shell la permission de démanteler sa raffinerie de Montréal-Est. Shell a annoncé en janvier 2010 qu'elle fermait sa raffinerie pour la transformer en terminal de distribution de produits pétroliers. D'un seul coup, ce sont plus de 800 emplois directs et plus de 3000 emplois indirects qui sont disparus. Les travailleurs ont exigé du gouvernement Charest qu'il empêche la fermeture ou force Shell à vendre la raffinerie. De son propre aveu, Shell a rejeté toutes les offres qui lui ont été faites, et la ministre et son gouvernement ont laissé Shell faire ce qui lui plaît, se contentant de dire que Shell n'était pas vraiment intéressée à vendre. Le gouvernement a refusé de défendre les emplois manufacturiers qui étaient en jeu.

Les travailleurs ont maintenu la pression en exigeant que la ministre refuse d'accorder à Shell un permis de démantèlement des installations, ce qui aurait maintenu la pression sur Shell pour qu'elle vende la raffinerie. En essence, c'est une lutte contre le droit de monopole de Shell d'abdiquer ses responsabilités envers les travailleurs et l'économie du Québec.

C'est dans le dos des gens, et en violation ouverte de ses promesses que la ministre Normandeau a accordé le permis.

Le 27 octobre 2010, elle avait déclaré dans le contexte de la commission parlementaire chargée d'étudier le dossier de la fermeture :

« Je vais attendre les conclusions et les recommandations de la commission par respect pour les parlementaires qui se sont réunis pendant deux jours, M. le Président. Et je pense que tous les collègues ici, de l'Assemblée nationale, comprennent l'importance pour nos collègues de compléter le travail en commission... Deuxièmement, M. le Président, cette demande formulée par le syndicat est loin d'être inintéressante. En fait, le syndicat et plusieurs intervenants sont venus nous demander ou plaider en faveur de la non-délivrance du permis de démantèlement. J'ai pris acte de cette volonté, M. le Président. Lorsque j'obtiendrai les recommandations des collègues de la commission parlementaire, ça me fera plaisir de répondre à cette question. »

Elle a fait des commentaires semblables à plusieurs reprises à l'Assemblée nationale.

Le 16 juin dernier, lors d'un discours devant un groupe de gens d'affaires de Montréal, elle a dit que sa décision n'était pas encore prise mais que la lenteur de la commission parlementaire à lui faire une recommandation lui causait problème.

Le 27 juin, en réponse aux médias qui lui rappelaient son engagement de ne pas accorder le permis avant que la commission ne se prononce, elle déclarait : « Les députés n'ont pas réussi à s'entendre, et je doute qu'ils s'entendent un jour. Ça fait huit mois que la commission est au travail. Je ne peux pas attendre ad vitam aeternam. J'ai des décisions à prendre, et Shell fait énormément de pressions pour obtenir son permis de démantèlement. »

La ministre Normandeau ne se sent pas autant « pressée » par les travailleurs qui lui demandaient, à elle et à son gouvernement, de prendre parti contre la fermeture et le démantèlement. Si elle voulait prendre une décision, pourquoi ne pas décider d'écouter la « pression » qui venait des travailleurs qui depuis près de deux ans dénonçaient le diktat arrogant de Shell et s'opposaient à ce nouveau coup dur contre le secteur manufacturier au Québec ?

À ce sujet, Jean-Claude Rocheleau, un porte-parole de la section 121 du Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du papier (SCEP) qui représente les travailleurs de Shell a confié au LML : « La raffinerie produisait du carburant pour les voitures et les avions, civils et militaires, ainsi que de l'huile à chauffage pour les entreprises et les résidences. En plus des travailleurs réguliers de la production et des bureaux, un grand nombre de travailleurs de la construction et de la réparation et de l'entretien des équipements étaient engagés à contrat. Deux fois l'an, au printemps et à l'automne, nous recevions entre 1200 et 1500 travailleurs qui venaient réparer et maintenir les équipements. Certaines des entreprises qui engageaient ces travailleurs ont déjà commencé à faire des mises à pied. Il y avait aussi de nombreux restaurants dont l'existence dépendait largement des travailleurs de Shell et certains ont commencé à fermer. »

La fermeture de Shell laisse le Québec avec seulement deux raffineries, celle de Suncor (anciennement Pétro-Canada), qui est adjacente à la raffinerie de Shell, et celle d'Ultramar à Lévis. Plusieurs prédisent que Suncor pourrait fermer sa raffinerie de Montréal, notamment parce qu'elle devra maintenant assumer seule les coûts de transport du brut importé par le pipeline Portland-Montréal que les deux raffineries se partageaient. Quant à Ultramar, qui est une filiale du géant américain Valero Energy Corporation, son avenir semble très incertain suite au rapport récent de Valero qui dit que la raffinerie de Québec est la seule parmi ses raffineries dans le monde à perdre de l'argent.

Le gouvernement Charest, par le biais de sa ministre, écarte tout cela du revers de la main. On reconnaît le cynisme du gouvernement libéral de Jean Charest sur l'absence de contrôle du Québec sur ses ressources par cette déclaration de la ministre en réponse à ceux qui disent que la fermeture de Shell et l'avenir incertain des autres raffineries affaiblissent la sécurité des approvisionnements pétroliers du Québec : « En effet, la sécurité des approvisionnements en produits pétroliers n'est pas compromise puisque le Québec n'est pas un producteur de produits pétroliers et que l'ensemble de son approvisionnement provient des importations qu'il effectue. » Belle façon pour ce gouvernement vendu de régler le problème ! Mieux vaut ne rien produire du tout !

En fait, la ministre qualifie le démantèlement de la raffinerie de « bonne nouvelle pour le milieu ». Pourquoi une bonne nouvelle ? Parce que l'entreprise va décontaminer les terrains, ce qui est bon pour l'environnement, et possiblement vendre des terrains à des entrepreneurs, ce qui est bon pour la diversification économique de Montréal ! ! !

Dans le communiqué du ministère des Ressources naturelles annonçant que Shell pourra démanteler la raffinerie on trouve ce qui suit :

« Rappelons qu'en janvier 2010 Shell annonçait sa décision de mettre fin à ses activités de raffinage dans l'Est de Montréal et de convertir ses installations en terminal de produits pétroliers. Les travaux associés à cette conversion étant en cours, Shell doit maintenant se conformer aux dispositions de la Loi sur la qualité de l'environnement qui imposent à la compagnie, lors de la cessation de ses activités de raffinage, de procéder à la décontamination des terrains. Il va de soi que le respect de cette exigence environnementale ne peut s'effectuer adéquatement sans accorder le permis de démantèlement de l'infrastructure. »

Une autre belle façon de se soustraire à sa responsabilité que de présenter la fermeture et la conversion en terminal comme un simple fait accompli. Le cours des choses aurait été différent si le gouvernement s'était tenu debout. Une fois que le gouvernement impose le droit de monopole de Shell de s'attaquer au secteur manufacturier, quoi de mieux que de jouer la carte de l'environnement : cela va de soi qu'on ne peut pas décontaminer les terrains si les installations sont encore debout ! C'est probablement ça le « développement durable » de Charest !

Un gouvernement qui agit comme le vulgaire instrument du droit de monopole et qui cherche des faux-fuyants pour masquer sa traîtrise constitue une véritable entrave à la réalisation d'un Québec possédant une économie qui se développe dans tous les secteurs et toutes les régions au service de ses citoyens et résidents. Cela nous convainc que nous devons intensifier notre lutte pour forcer les gouvernements à rendre des comptes sur la défense du droit public contre le droit de monopole et que nous devons aussi remplacer ces gouvernements qui nous vendent en élisant une Opposition ouvrière à l'Assemblée nationale qui saura défendre nos intérêts.

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Les gouvernements doivent défendre
les travailleurs migrants!

La Fédération des travailleurs de l'Alberta rapporte que le nombre de demandes approuvées pour les employeurs désireux d'amener en Alberta des travailleurs étrangers temporaires (TET) a grimpé de 37 % entre 2009 et 2010, une hausse de 11 655 demandes pour un total de 42 885. Cela va porter le nombre de travailleurs étrangers temporaires travaillant en Alberta à plus de 100 000.

Le nombre de travailleurs au Canada en vertu du programme des travailleurs étrangers temporaires est à un niveau record, à environ 283 000 travailleurs. Le nombre de nouveaux arrivants parmi ces travailleurs a baissé légèrement par rapport au pic de 2008, avec 182 276 travailleurs entrant au Canada en 2010 pour un permis de travail TET, comparativement à 192 180 en 2008.

Thomas Lukaszuk, ministre de l'Immigration et de l'Emploi de l'Alberta, a déclaré qu'il va inciter le gouvernement fédéral à permettre qu'il y ait plus d'immigrants parmi les travailleurs étrangers temporaires actuellement en Alberta. Lukaszuk a exprimé sa préoccupation qu'il est plus difficile pour les employeurs de recruter des travailleurs qualifiés selon les nouvelles règles entrées en vigueur le 1er avril 2011 en vertu du présent programme. Selon la nouvelle réglementation, un travailleur ne peut rester au Canada que pendant quatre ans et doit ensuite rester à l'extérieur du Canada pour les quatre prochaines années avant de faire une nouvelle demande.

Lukaszuk propose un prolongement du Programme des candidats des provinces (PCP) en vertu duquel un maximum de 5 000 travailleurs se voient accorder chaque année le statut de résidents permanents. Sous le PCP, les provinces concluent des accords avec le gouvernement fédéral concernant le nombre et les catégories de travailleurs qui seront approuvés directement par les provinces. Le PCP devrait vraiment être appelé « programme des candidats des employeurs » puisque ce sont les monopoles qui décident qui peut demander le statut de résident permanent et qui ne peut pas. Le PCP est déjà en pleine expansion, passant d'environ 8000 travailleurs en 2005 à 40 000 en 2011.

Pareil au programme des travailleurs étrangers temporaires, le PCP par lequel le gouvernement remet le contrôle aux monopoles, est un outil pour créer la division entre les travailleurs et faire abaisser les salaires et les conditions de travail. C'est une invitation ouverte aux employeurs à faire chanter les travailleurs et commettre contre eux des actes illégaux en toute impunité. Par exemple, dans le cas du projet pilote intitulé Alberta Food services, chaque restaurateur peut proposer chaque année une candidature parmi tous les serveurs, préposés au comptoir et aide-cuisiniers qu'il emploie. Un hôtel de 250 chambres peut proposer un maximum de 10 candidatures parmi les serveurs et préposés aux chambres et les entreprises employant des camionneurs de longues distances peuvent proposer chaque année des candidatures représentant 10 à 15 % des conducteurs. De telles règles équivalent à des actes criminels commis contre les travailleurs car elles sont conçues pour forcer les travailleurs à se faire concurrence les uns aux autres pour avoir une chance de devenir des résidents permanents, ce qui les rend vulnérables à toutes les formes d'abus.

Il n'existe pas de quotas dans le secteur manufacturier, mais sauf pour quelques usines où les syndicats comme les Travailleurs et travailleuses unis de l'alimentation et du commerce ont réussi à négocier des dispositions exigeant que l'employeur puisse proposer la candidature de tous les TET, la mise en candidature demeure toujours à la discrétion de l'employeur. En outre, les qualifications imposées par les accords fédéraux-provinciaux excluent de nombreux travailleurs. Non seulement les travailleurs sont-ils désormais tenus d'avoir un très haut niveau de capacité de lecture, écriture et compréhension de l'anglais, mais ils doivent avoir travaillé dans un poste similaire pour au moins quatre années avant de venir au Canada.

Le gouvernement Harper propose une notion médiévale de la citoyenneté qui attaque la liberté de conscience et présente un Canadien comme celui qui se soumet à l'annexion, à l'offensive antisociale, aux guerres de prédation, à l'occupation et à l'exigence que les ressources humaines et matérielles du pays soient mises à la disposition des plus puissants monopoles. Le fait que le PCP prend de plus en plus d'ampleur procure aux monopoles encore plus de « droits » de décider qui peut faire une demande pour devenir un citoyen et qui ne le peut pas. C'est contraire à la société moderne et cela souligne la nécessité d'une nouvelle loi fondamentale qui ne permet pas qu'une section de la société soit privée de droit. L'esclavage est l'esclavage. Ça ne peut être réformé, ça doit être aboli ! Le statut de résident permanent doit être accordé à la fois aux travailleurs sans papiers et aux travailleurs étrangers temporaires sur la base d'un statut pour tous !

(Traduction : LML)

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Bulletin du 8 août 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca