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Le
projet pour payer les riches appelé
«Plan Nord»
L'annonce de la construction du prolongement
de la route 167 par Stornoway
- Normand Fournier -
Le 1er août 2011, la
société
minière Stornoway Diamond Corporation a
tenu une
conférence de presse à
Chibougamau. C'est là que
l'annonce d'un premier projet du Plan Nord a
été faite,
soit la construction du prolongement de la route
167 vers les Monts
Otish,
où se trouve le projet Renard de la
société.
Étaient présents le premier
ministre du Québec,
Jean Charest, la ministre des Ressources
naturelles et de la Faune et ministre
responsable du Plan Nord,
Nathalie Normandeau, le ministre
délégué aux
Transports Normand
MacMillan et le ministre de l'Agriculture, des
Pêcheries et de
l'Alimentation Pierre Corbeil. La construction
devrait débuter
à
l'automne 2011 et être
complétée d'ici 2015.
Le
gouvernement Charest y a annoncé un
investissement de 331,6 millions $ pour une
route de 243
kilomètres. La part du
gouvernement sera de 287,6 millions $. La
minière Stornoway
Diamond Corporation s'engage à payer 44
millions $ dans ce
projet
sur une période de 10 ans à partir
de 2015. De plus,
Stornoway accepte de payer 1,2 million $
par année pour
l'entretien de la
route pendant son utilisation. Le ministre
Macmillan a
déclaré :
« Stornoway paiera la
totalité des coûts d'entretien de
cette route gravelée pendant 10
ans. »
Dans un communiqué diffusé le 1er
août 2011, Stornoway a posé ses
conditions. Elle
précise que la
« contribution » de 44
millions $ « sera conditionnelle
à la
construction de la route dans les délais
prévus, à
l'obtention de toutes les
approbations des organismes de
réglementation pour la
construction du projet diamantifère
Renard et à
l'obtention du financement pour
le projet Renard ».
Pour le moment, 85 % des coûts sont
assumés par le gouvernement et devront
être payés
à même le trésor public. Le
gouvernement
négocierait avec deux autres
sociétés
minières qui désirent
développer des projets dans
le même secteur des Monts Otish. Ces
dernières
pourraient éventuellement payer une
partie des coûts, mais
rien n'est conclu.
Le premier ministre Jean Charest a vanté
l'entente négociée par
Québec avec Stornoway.
« Il s'agit d'une première
dans le cadre
du Plan Nord. Cette participation du secteur
privé à la
mise en place d'infrastructures publiques de
transport au profit d'un
projet de
développement économique (...)
». Cette entente pour
le prolongement de la route 167
« ouvre la voie au
développement d'autres
projets, tant dans le domaine minier que dans
les domaines forestier,
faunique, énergétique ou
récréotouristique ».
Qui est Stornoway
Diamond
Corporation ?
Stornoway Diamond Corporation est une
société minière de
Vancouver. Son
président et chef de la direction est
Matt Manson. Elle est
présentée comme une compagnie
majeure dans l'exploration
et le
développement de propriétés
diamantifères
au Canada. Elle est associée à la
découverte de
plus de 200 kimberlites (formations rocheuses
renfermant des diamants) dans 7 districts
diamantifères du Canada.
La société vient de faire
l'acquisition de
49 350 hectares de nouveaux titres miniers dans
le Nord du
Québec. Les nouveaux claims,
propriétés exclusives de
Stornoway, sont
désignés sous le nom de
« Projet
AEON ». Le programme d'exploration
AEON de 2011 sera
de 1,1 millions $.
Elle possède depuis peu 100 % de la
propriété minière Renard
située à
environ 350 kilomètres au nord de
Chibougamau, dans la
région de la Baie James. Son principal
actionnaire est le
gouvernement du Québec par
l'intermédiaire
d'Investissement Québec, qui
contrôle 37 % des actions de Diamants
Stornoway et 25 %
des droits de vote.
Le projet Renard
Ce projet diamantifère est situé
à
250 kilomètres au nord de la
communauté crie de
Mistissini et à
environ 350 kilomètres de Chibougamau,
dans le centre nord du
Québec. La propriété Renard
détient 68 158
hectares de titres miniers et
se trouve dans la bordure des Monts Otish. Selon
la dernière
évaluation préliminaire, le
potentiel de production du
projet Renard est
estimé à environ 30 millions de
carats de diamant sur une
durée d'exploitation minière de 25
ans et une valeur
actualisée nette avant
impôt de 885 M $. Le projet demande
des immobilisations de
511 M $ et 300 personnes devraient y
trouver un emploi.
Jusqu'à
maintenant 120 M $ ont été
investis dans le projet
Renard dont 57,6 M $ par DIAQUEM, une
filiale de la SOQUEM Inc.,
depuis
1996.
Le Devoir du mardi 2 août parle
d'« un gisement dont la valeur
pourrait dépasser les
5 milliards $ ». Selon
Radio-Canada, la future mine pourrait être
en activité
d'ici cinq ans. Le gouvernement ne touchera des
redevances que de
2 % sur
le revenu brut de la mine lorsque celle-ci sera
en production.
Pour ce projet, Investissement Québec
met
à la disposition de Stornoway une marge
de crédit de 100
M $ pour financer les coûts
de construction et de mise en valeur du projet.
Le
vice-président aux affaires publiques de
Stornoway, Ghislain
Poirier, a
déclaré : « Cela
démontre que
notre nouvel actionnaire (le gouvernement)
demeure très
motivé à nous soutenir pour
développer
le projet. »
Que pouvons-nous conclure de tout ce battage
médiatique de la part du gouvernement
Charest ?
Le prolongement de
la route
167
Comme l'admet le gouvernement Charest, ce
prolongement
servira principalement au
développement des projets miniers de
Stornoway, Strateco (RSC),
Eastmain Resources (ER), Western Troy Capital
Resources. Le
gouvernement Charest en assume 85 % des
coûts de
construction alors que l'on ne connaît pas
la juste part que
devrait payer les
utilisateurs industriels. C'est l'exemple
parfait d'un partenariat
public-privé (PPP) pour payer les riches.
La participation
de 44
M $ de Stornoway ?
En plus d'assumer 85 % des coûts de
construction, c'est le
gouvernement du Québec qui financera
à hauteur de
6,3 % pendant 10 ans, la somme de 44
M $ que Stornoway paiera
pour la route
à compter de 2015, et aux conditions que
Stornoway a
énoncées dans son
communiqué, tel que
mentionnées plus haut.
Stornoway parle de
« contribution », le
gouvernement parle
d'investissement. Déjà on ne
s'entend pas sur les termes.
Lorsque l'on parle de contribution, on pense que
cette contribution a
un caractère volontaire.
Tous ceux qui ont travaillé dans le nord
du
Québec connaissent par expérience
les multiples
difficultés que rencontrent les
promoteurs de projets routiers, miniers ou
hydroélectriques. Les
retards dans la réalisation de ces
projets sont réguliers
et nombreux,
et ce, sans parler de la géographie du
territoire. On n'a
qu'à penser aux conditions climatiques et
à
l'éloignement pour comprendre que
Stornoway Diamond Corporation a toutes les
chances du monde de ne pas
payer sa part des coûts de construction de
la route 167.
La cession de
50 % de
la propriété Renard
par Investissement Québec à
Stornoway
Le gouvernement du Québec par sa
société d'État SOQUEM et la
filiale de cette
dernière DIAQUEM, possédait
50 % de la
propriété Renard. Il y a investi
en travaux
d'exploration 57,6 M $ depuis le milieu des
années 90. Le
1er avril 2011, Stornoway a acquis les 50 %
dans le projet que
détenait DIAQUEM, une filiale de SOQUEM
INC., elle-même
une filiale à part entière
d'Investissement Québec.
Avant la cession du 1er avril 2011, SOQUEM INC.
et
Stornoway étaient des partenaires dans le
projet Renard. Ils
sont devenus des
actionnaires par la remise au gouvernement du
Québec de
37 % des actions de Stornoway, de 25 %
des droits de vote et
de
2 % de la valeur brute de la production, si
ce gisement
diamantifère devient une mine et qu'elle
entre en production.
Donc tout ce que le gouvernement a obtenu pour
57,6
M $ c'est des actions de papier. Le
gouvernement a
cédé 50 % d'un
gisement de diamant dont le potentiel est
estimé entre 5,6 et 6
milliards $. De plus, il a accepté
25 % des droits de
vote
alors que son investissement de 57,6 M $
représente presque
50 % des 120 M $ investis à ce
jour dans le projet
Renard.
À ce propos, la porte-parole
d'investissement
Québec France Beauchamp
déclare :
« Devenir actionnaire au lieu
d'être
partenaire du projet nous permet d'avoir un
placement plus
liquide. » Elle n'aura jamais si bien
dit. Un autre beau
cadeau pour
les riches.
À date, tout le développement du
Plan Nord
repose sur le financement de l'État, sur
la politique de payer
les riches et la défense
du droit de monopole contre le bien public. De
pair avec cette
politique de payer un tribut aux monopoles et de
brader les ressources
du Québec, c'est l'offensive antisociale
qui va s'intensifier.
On peut s'attendre à un battage
médiatique dans les
prochaines semaines
pour attaquer le bien public, les services
sociaux, la santé,
l'éducation au nom du déficit
zéro, des valeurs
québécoises, des
intérêts
du Québec, etc. C'est une arnaque dans
laquelle sont pris pour
le moment les travailleurs
québécois. Le gouvernement
Charest ne défend
pas les intérêts du Québec.

Les partenaires du Plan Nord
du gouvernement Charest
Pour obtenir des informations sur les
partenaires du
Plan Nord, Radio-Canada a dû recourir
à la Loi de
l'accès à l'information. On
apprenait alors que les
partenaires étaient au nombre
de 26, qu'ils s'étaient rencontrés
à neuf
occasions et que le tout avait
coûté aux
Québécois 2 millions $,
incluant la
conférence de presse du premier ministre
Jean Charest à
Lévis pour annoncer
officiellement le Plan Nord. Mais la liste de
ces partenaires
n'étant pas publiée, ils
étaient donc inconnus
à l'ensemble des Québécois.
Le 2 août dernier, le gouvernement du
Québec publiait la
fameuse liste. En la parcourant, même
rapidement, on se rend
compte que la grande majorité des
partenaires, choisis par le
gouvernement,
sont des créations du gouvernement et
financés par ce
dernier. On y retrouve le pendant de Pew
Environment Group (PEW) au
Québec, Initiative boréale
canadienne, la seule ONG
à soutenir ouvertement
le Plan Nord (voir l'article Qu'est-ce qui
se cache
derrière le Plan Nord du gouvernement
Charest ? (du LML
du 20
juin 2011).
Il n'est pas surprenant que le gouvernement
Charest ait attendu pour
divulguer la liste de ses partenaires. Il est
encore moins surprenant
qu’il ait obtenu un si total et unanime soutien.
Le secret de la
grande concertation autour du Plan Nord nous est
enfin
révélé.
La liste des
partenaires du
Plan Nord
Dans le secteur bioalimentaire :
- Pêcheries Manicouagan,
représenté par Janita
Gagnon
- Conseil régional des élus (CRE)
Nord-du-Québec,
Administration régionale Kativik,
représenté par
Maggie Emudluk
- CRE Côte-Nord, représenté
par Julien Boudreau
- CRE Saguenay - Lac-Saint-Jean,
représenté par Georges
Bouchard
Dans le secteur du développement
durable :
- Initiative boréale canadienne (secteur
Québec),
représenté par Suzann
Méthot
En éducation :
- Commission scolaire de la Baie-James,
représenté par
Lyne Laporte Joly
Dans le domaine de l'énergie :
- XXIe Congrès mondial de
l'énergie, Montréal
2010, représenté par
Stéphane Bertrand
En environnement :
- Société pour la nature et les
parcs du Canada, section
Québec, représenté par
Patrick Nadeau
Dans le domaine de la faune :
- Fédération des pourvoiries du
Québec,
représenté par Norman Ouellette
Dans le domaine des forêts :
- BOISACO, représenté par Marc
Gilbert
- Grand Conseil des Cris - CRE
Nord-du-Québec - Administration
régionale crie, représenté
par Matthew Coon Come,
grand chef / président et Ashley
Iserhoff, vice-grand chef
/vice-président
Pour l'électricité :
- Hydro-Québec Production,
représenté par Richard
Cacchione
Identité et culture :
- Communauté de Natakuan,
représenté par le chef
François Bellefleur
- Mamuitun mak Nutakuan,
représenté par le chef Clifford
Moar
Pour la main d'oeuvre :
- Conseil régional des partenaires du
marché du travail -
Côte-nord, représenté par
Danielle Delorme
Secteur minier :
- Association de l'exploration minière du
Québec,
représenté par Ghislain Poirier
- ArcelorMittal Mines Canada,
représenté par Alain Cauchon
- Nation naskapie de Kawawachikamach,
représenté par
Louis Einish
- Société de développement
des Naskapis,
représenté par Theresa Chemaganish
Dans le domaine de la recherche :
- Professeur associé à
l'Université Laval,
représenté par Marcel Darveau
Santé et logement :
- Office municipal d'habitation Kativik
représenté par
Andy Moorhouse
- Société Makivik
représenté par Pita
Aatami
Tourisme :
- Association touristique régional de la
Baie-James,
représenté par Jean Chartier
Transport :
- Ministère des Transports du
Québec,
représenté par Denis Blais.

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