Commission canadienne du blé

Opposition grandissante à la destruction de la Commission du blé par le gouvernement Harper

Il y a une opposition grandissante au plan du gouvernement Harper de détruire la Commission canadienne du blé en éliminant le monopole public de la commercialisation du blé et de l'orge d'ici le 1er août 2012. Le gouvernement a l'intention de se servir de sa majorité pour forcer l'adoption d'un projet de loi qui sera sans doute présenté à l'automne. Cette démarche fait fi de l'opinion des agriculteurs et de la population en général à cette décision qui aura un impact dévastateur pour les producteurs de céréales, les secteurs de la manutention des céréales et des industries agricoles, sans parler de l'économie socialisée du pays. Le gouvernement Harper répète à qui veut l'entendre qu'il procédera à l'application de son plan sans que les agriculteurs ne puissent se prononcer sur la question. Or, la Loi sur la Commission canadienne du blé prévoit que tout changement apporté au système à guichet unique doit être soumis à un vote.

La Commission canadienne du blé a décidé de rejeter cet abus de pouvoir et organise elle-même un plébiscite sur l'avenir du monopole public de la commercialisation du blé et de l'orge. Des trousses électorales ont été postées dans la deuxième semaine de juillet aux 68 000 agriculteurs de blé et d'orge. Le plébiscite se terminera le 9 septembre. Deux énoncés clairs sont proposés pour chacune des céréales, le blé et l'orge.

Pour le blé, on demande aux producteurs de choisir l'une des deux options suivantes :

A) Je désire conserver le pouvoir de commercialiser tout blé, à l'exception, tel que prévu, du blé fourrager, et ce, selon le système à guichet unique de la Commission canadienne du blé.

B) Je désire retirer à la Commission canadienne du blé son système de commercialisation à guichet unique et que le blé soit vendu selon un système de marché dit « ouvert ».

Pour l'orge, on demande de choisir l'une des deux options suivantes :

A) Je désire conserver le pouvoir de commercialiser toute orge, à des fins de maltage et d'alimentation, à l'exception, tel que prévu, de l'orge fourragère vendue au pays, selon le système à guichet unique de la Commission canadienne du blé.

B) Je désire retirer à la Commission canadienne du blé le système de commercialisation à guichet unique et que toute orge soit vendue selon un système de marché dit « ouvert ».

La CCB fait aussi circuler une pétition en appui au droit des agriculteurs de décider de l'avenir de l'organisation au moyen d'un plébiscite. L'idée d'un plébiscite a reçu l'appui de plusieurs organisations, dont le Syndicat national des agriculteurs (SNA), le Syndicat des services du grain (SSG) et l'Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC).

Les individus et organisations engagés dans cette lutte se sont vigoureusement opposés à l'appui donné au plan du gouvernement Harper par les ministres de l'Agriculture de l'Alberta, de la Saskatchewan et de la Colombie-Britannique à l'occasion de la réunion annuelle des ministres de l'Agriculture du 6 au 8 juillet à Saint-Andrews, au Nouveau-Brunswick. Ces ministres se sont donné le droit de prendre une décision aux conséquences graves au détriment des intérêts des agriculteurs de leurs provinces, violant aussi le droit des agriculteurs de se prononcer ainsi que celui de tout le corps politique canadien. Le ministre fédéral de l'Agriculture, Gerry Ritz, a tenté de justifier cette usurpation de l'autorité en déclarant : « Chaque agriculteur individuel doit avoir le choix sur comment commercialiser ses céréales et aucun sondage, aussi dispendieux soit-il, ne doit l'emporter sur ce droit. » Le mépris de ce gouvernement envers les agriculteurs et envers la Loi sur la Commission canadienne du blé elle-même est flagrant.

Au mois de mai, les représentants d'organisations engagées dans cette lutte ont participé à l'émission « Discussion », de la Radio communautaire de Vancouver, animée par Charles Boylan. Chacun y a fait valoir ses points de vue en opposition à la destruction de la Commission du blé.

Terry Boehm, le président du SNA, a dénoncé le transfert massif de la richesse des mains des producteurs de céréales aux mains des monopoles privés, que facilitera le projet de Harper. Il a dit :

« Le système alimentaire, qu'il s'agisse de la vente au détail, de l'achat, de la distribution, de la manutention ou de la transformation, est devenu très concentré et extrêmement profitable. Les profits de ces compagnies céréalières privées ne sont surpassés que par les profits des industries pétrolières et pharmaceutiques auxquelles elles sont souvent liées. En éliminant la Commission canadienne du blé, une agence qui procède à la mise en marché uniquement pour les agriculteurs et dans leurs intérêts, on vient de retourner cent ans en arrière. Ces compagnies privées cibleront les agriculteurs. Elles leur offriront les prix les plus dérisoires et elles maximiseront leurs profits ailleurs. [...]

« Le sort économique de l'agriculteur a toujours été précaire, puisque certains cherchent à maximiser leurs profits en soutirant tout ce qu'ils peuvent de l'agriculteur individuel. Le gouvernement Harper, avec l'élimination de la Commission canadienne du blé, va occasionner un transfert incroyable de la richesse des familles individuelles d'agriculteurs vers les grandes corporations multinationales au monde. Certains calculs laissent prévoir que le coût pour les agriculteurs de l'Ouest canadien pourrait atteindre 1,5 milliard $ par année, et le fait que ce montant ira remplir les coffres de Cargill et d'Archer-Daniels-Midland et d'autres ne me plaît pas du tout. »

Boehm a aussi mis en relief l'importance de la réussite économique des agriculteurs pour tous ceux qui vivent de la manutention et du commerce des céréales :

« Beaucoup de gens travaillent dans le domaine de la manutention céréalière, de la transformation alimentaire, du transport et de la livraison des biens nécessaires aux agriculteurs pour produire leurs récoltes, pour le nettoyage des semences, etc. En agriculture, c'est un casse-tête aux milliers de morceaux. Lorsque les agriculteurs ont davantage d'argent, sont économiquement plus à l'aise, c'est un élément qui a des répercussions positives sur l'économie. Autrement, l'économie est siphonnée par ces acteurs privés. Cargill est une compagnie privée, donc ces familles corporatives s'enrichissent de ce commerce colossal. Mais il y a aussi les travailleurs du transport ferroviaire, ceux qui vivent de la manutention des céréales, les inspecteurs de céréales, les classeurs, ceux qui s'occupent du matériel roulant et des locomotives du réseau ferroviaire. Toutes ces pièces clés du commerce céréalier tombent en place pour assurer le bien-être de tous ces gens. C'est un véritable engin économique qui est mis en marche par l'agriculture au pays. »

Hugh Wagner, le secrétaire général du SSG, a dit que la destruction de la CCB signale l'accélération du démantèlement des arrangements qui avaient été mis en place et qui assuraient une certaine stabilité et bien-être aux agriculteurs :

« Le contexte n'est vraiment plus le même ici. Nous sommes passés de 4 000 élévateurs à grains à quelques centaines et il s'agit de structures terminales plus grandes et construites en béton. Les vieux élévateurs de bois qui nous viennent à l'esprit en pensant aux prairies sont pour la plupart disparus. Il en va de même pour des milliers de kilomètres de chemins de fer. Nous avions à notre disposition un bon système de manutention, sensé et peu dispendieux, et au nom d'une théorie économique, le néolibéralisme, ils ont démantelé et éliminé un système qui fonctionnait. Un grand nombre de fermes ont disparu. Il en va de même pour un grand nombre de manutentionnaires de grains. Le système coopératif d'élévateurs à grains a disparu très rapidement. Si on commence à éliminer des institutions comme la Commission canadienne du blé, alors la prochaine cible sera sans doute la Commission canadienne des grains et ensuite viendront les systèmes de gestion des approvisionnements, et voilà que tout d'un coup tous ces arrangements institutionnels qui fonctionnaient bien pour les gens ordinaires seront très rapidement choses du passé. »

Les participants à la discussion ont dénoncé les prétentions du gouvernement Harper, répétées à outrance, à l'effet que son mandat pour la destruction nationale lui est venu du peuple par voie électorale :

« ...la plateforme ou politique conservatrice visant à éliminer la Commission du blé n'a pas été mise clairement de l'avant lors de la campagne conservatrice en Saskatchewan ni ailleurs, a dit Wagner. C'était un cheval de Troie bien tranquille, caché, alors que les gens pensaient qu'ils votaient pour un gouvernement majoritaire, stable. Ils n'ont pas voté pour éliminer la Commission du blé. Très peu d'électeurs avaient ça sur leur liste de priorités lorsqu'est venu le temps de voter. Donc, de prétendre que parce que les conservateurs ont 13 des 14 sièges en Saskatchewan, tous les sièges sauf un en Alberta, et d'autres au Manitoba, ils ont un mandat pour éliminer la Commission du blé, ça ne cadre pas avec la réalité et ce n'est pas fondé sur les faits. »

Un autre point qui a été souligné est le fait que la destruction de la Commission canadienne du blé fait partie d'un programme antisocial plus vaste de déréglementation et de privatisation. Bob Jackson, le vice-président régional d'AFPC de la Colombie-Britannique a exprimé ainsi ce programme :

« J'écoute les propos de chacun et je crois qu'il est important de souligner que le gouvernement Harper veut à tout prix mettre en oeuvre son programme de déréglementation et de privatisation. Il n'y a aucun doute à ce sujet, et je crois que nous avons vu les conséquences de telles déréglementations et les tragédies qui s'ensuivent. Pensons à la qualité de l'eau à Walkerton, en Ontario, et ce qui s'est produit suite à la déréglementation de l'eau. Pensons à Laval, au Québec, lorsque plusieurs personnes sont décédées à la suite de l'écrasement d'un viaduc, conséquence tragique de la réduction des inspections. Plus récemment, la crise de la listériose chez Maple Leaf en août 2008, faisait 22 victimes. Ce sont des exemples très réels de ce qui peut se produire lorsqu'on commence à déréglementer et à nous faire disparaître en tant que responsables de la réglementation. Soyons clair. Les grandes entreprises vivent pour faire de l'argent. Pour elles, les règlements sont souvent autant d'obstacles à des profits toujours plus faramineux. Je crois que c'est facile à comprendre et cela a été prouvé à maintes reprises. Les grosses compagnies comme Cargill préféreraient de loin faire ce qui leur plaît, quand cela leur plaît, et vendre des céréales au plus offrant sans avoir à se soucier de règlements. »

Les participants ont souligné que pour vaincre le gouvernement Harper et son plan d'éliminer le monopole public qu'est la CCB, les agriculteurs, les syndicats, tous ceux qui appuient la Commission canadienne du blé, doivent se faire entendre.

Aussi, à l'échelle internationale, il se mène une lutte contre la privatisation des commissions de commercialisation des céréales dans certains pays. La Commission australienne du blé a été privatisée en 1999 et en 2011 ses firmes de mise en marché, d'entreposage et de gestion des grains ont été vendues à Cargill, l'un des cinq géants étasuniens du transport céréalier et l'une des plus grandes sociétés privées au monde. Un article publié le 8 septembre 2010 dans Vanguard, le quotidien du Parti communiste de l'Australie (marxiste-léniniste), dit :

« La Commission australienne du blé a assuré une stabilité économique pour plusieurs agriculteurs australiens, petits et moyens, pour au-delà d'un demi-siècle. Des gouvernements de convictions divergentes mais néanmoins néolibérales et au service de l'impérialisme, ayant privatisé la Commission et retiré son statut à guichet unique, poursuivent tout simplement leurs plans de destruction nationale et portent atteinte à la souveraineté économique. Arrêtons la destruction nationale par les multinationales. Nationalisons la CAB et restaurons le 'guichet unique' ! Rejetons les arrangements de 'libre échange' inéquitables ! » L'article cite les représentants d'organisations d'agriculteurs qui exigent la restauration de la commercialisation à guichet unique.

La lutte pour arrêter la destruction de la Commission canadienne du blé s'intensifie et elle mérite l'appui de tous les travailleurs.

(Commission canadienne du blé, Radio communautaire de Vancouver, Vanguard)

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