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Commission
canadienne du blé
Opposition grandissante à la destruction de la
Commission du blé par le gouvernement Harper
- Pierre Chénier -
Il
y a une opposition grandissante au plan du gouvernement Harper de
détruire la Commission canadienne du blé en
éliminant le
monopole public de la commercialisation du blé et de l'orge
d'ici le
1er août 2012. Le gouvernement a l'intention de se servir de sa
majorité pour forcer l'adoption d'un projet de loi qui sera sans
doute
présenté à l'automne. Cette démarche fait
fi de l'opinion des
agriculteurs et de la population en général à
cette décision qui aura
un impact dévastateur pour les producteurs de
céréales, les
secteurs de la manutention des céréales et des industries
agricoles,
sans parler de l'économie socialisée du pays. Le
gouvernement
Harper répète à qui veut l'entendre qu'il
procédera à l'application de
son plan sans que les agriculteurs ne puissent se prononcer sur
la question. Or, la Loi sur la Commission canadienne du blé
prévoit que tout changement apporté au système
à guichet unique
doit être soumis à un vote.
La Commission canadienne du blé a
décidé de rejeter cet abus de
pouvoir et organise elle-même un plébiscite sur l'avenir
du monopole
public de la commercialisation du blé et de l'orge. Des trousses
électorales ont été postées dans la
deuxième semaine de juillet aux 68
000 agriculteurs de blé et d'orge. Le plébiscite se
terminera le 9
septembre. Deux énoncés clairs sont proposés pour
chacune des
céréales, le blé et l'orge.
Pour le blé, on demande aux producteurs de
choisir l'une des deux options suivantes :
A) Je désire conserver le pouvoir de
commercialiser tout blé, à l'exception, tel que
prévu, du blé fourrager, et ce, selon le
système à guichet unique de la Commission canadienne du
blé.
B) Je désire retirer à la Commission
canadienne du blé son système
de commercialisation à guichet unique et que le blé soit
vendu
selon un système de marché dit
« ouvert ».
Pour l'orge, on demande de choisir l'une des deux
options suivantes :
A) Je désire conserver le pouvoir de
commercialiser toute orge, à des fins de maltage et
d'alimentation, à l'exception, tel que
prévu, de l'orge fourragère vendue au pays, selon le
système à guichet unique de la Commission canadienne du
blé.
B) Je désire retirer à la Commission
canadienne du blé le système de commercialisation
à guichet unique et que toute orge soit
vendue selon un système de marché dit
« ouvert ».
La CCB fait aussi circuler une pétition en appui
au droit des
agriculteurs de décider de l'avenir de l'organisation au moyen
d'un
plébiscite. L'idée d'un plébiscite a reçu
l'appui de plusieurs
organisations, dont le Syndicat national des agriculteurs (SNA), le
Syndicat des services du grain (SSG) et l'Alliance de la Fonction
publique du Canada (AFPC).
Les individus et organisations engagés dans cette
lutte se sont
vigoureusement opposés à l'appui donné au plan du
gouvernement
Harper par les ministres de l'Agriculture de l'Alberta, de la
Saskatchewan et de la Colombie-Britannique à l'occasion de la
réunion
annuelle des ministres de l'Agriculture du 6 au 8 juillet à
Saint-Andrews, au Nouveau-Brunswick. Ces ministres se sont donné
le
droit
de prendre une décision aux conséquences graves au
détriment des
intérêts des agriculteurs de leurs provinces, violant
aussi le droit
des agriculteurs de se prononcer ainsi que celui de tout le corps
politique canadien. Le ministre fédéral de l'Agriculture,
Gerry Ritz,
a tenté de justifier cette usurpation de l'autorité en
déclarant :
« Chaque agriculteur individuel doit avoir le choix sur
comment commercialiser ses céréales et aucun sondage,
aussi dispendieux
soit-il, ne doit l'emporter sur ce droit. » Le mépris
de
ce gouvernement envers les agriculteurs et envers la Loi sur la
Commission canadienne du blé elle-même est flagrant.
Au mois de mai, les représentants d'organisations
engagées dans
cette lutte ont participé à l'émission
« Discussion », de
la Radio communautaire de Vancouver, animée par Charles Boylan.
Chacun
y a fait valoir ses points de vue en opposition à la destruction
de la Commission du blé.
Terry Boehm, le président du SNA, a
dénoncé le transfert massif de
la richesse des mains des producteurs de céréales aux
mains des
monopoles privés, que facilitera le projet de Harper. Il a
dit :
« Le système alimentaire, qu'il
s'agisse de la vente au détail,
de l'achat, de la distribution, de la manutention ou de la
transformation, est devenu très concentré et
extrêmement profitable.
Les profits de ces compagnies céréalières
privées ne sont
surpassés que par les profits des industries
pétrolières et
pharmaceutiques auxquelles elles sont souvent liées. En
éliminant la
Commission canadienne du blé, une agence qui procède
à la mise en
marché uniquement pour les agriculteurs et dans leurs
intérêts, on
vient de retourner cent ans en arrière. Ces compagnies
privées
cibleront les agriculteurs. Elles leur offriront les prix les plus
dérisoires et elles maximiseront leurs profits ailleurs. [...]
« Le sort économique de l'agriculteur
a toujours été précaire,
puisque certains cherchent à maximiser leurs profits en
soutirant tout ce qu'ils peuvent de l'agriculteur individuel. Le
gouvernement Harper, avec l'élimination de la Commission
canadienne du
blé, va occasionner un transfert incroyable de la richesse des
familles
individuelles d'agriculteurs vers les grandes corporations
multinationales au monde. Certains calculs laissent prévoir que
le coût
pour les agriculteurs de l'Ouest canadien pourrait atteindre
1,5 milliard $ par année, et le fait que ce montant ira
remplir
les coffres de Cargill et d'Archer-Daniels-Midland et d'autres ne me
plaît pas du tout. »
Boehm a aussi mis en relief l'importance de la
réussite économique
des agriculteurs pour tous ceux qui vivent de la manutention et
du commerce des céréales :
« Beaucoup de gens travaillent dans le
domaine de la
manutention céréalière, de la transformation
alimentaire, du transport
et
de la livraison des biens nécessaires aux agriculteurs pour
produire
leurs récoltes, pour le nettoyage des semences, etc. En
agriculture, c'est un casse-tête aux milliers de morceaux.
Lorsque les
agriculteurs ont davantage d'argent, sont économiquement plus
à
l'aise, c'est un élément qui a des répercussions
positives sur
l'économie. Autrement, l'économie est siphonnée
par ces acteurs privés.
Cargill est une compagnie privée, donc ces familles corporatives
s'enrichissent de ce commerce colossal. Mais il y a aussi les
travailleurs du transport ferroviaire, ceux qui vivent de la
manutention des céréales, les inspecteurs de
céréales, les classeurs,
ceux
qui s'occupent du matériel roulant et des locomotives du
réseau
ferroviaire. Toutes ces pièces clés du commerce
céréalier tombent en
place pour assurer le bien-être de tous ces gens. C'est un
véritable
engin économique qui est mis en marche par l'agriculture au
pays. »
Hugh Wagner, le secrétaire général
du SSG, a dit que la destruction de la CCB signale
l'accélération du démantèlement des
arrangements qui avaient été mis en place et qui
assuraient une certaine stabilité et bien-être aux
agriculteurs :
« Le contexte n'est vraiment plus le
même ici. Nous sommes
passés de 4 000 élévateurs à grains
à quelques centaines et il
s'agit de structures terminales plus grandes et construites en
béton.
Les vieux élévateurs de bois qui nous viennent à
l'esprit en
pensant aux prairies sont pour la plupart disparus. Il en va de
même
pour des milliers de kilomètres de chemins de fer. Nous avions
à
notre disposition un bon système de manutention, sensé et
peu
dispendieux, et au nom d'une théorie économique, le
néolibéralisme, ils
ont démantelé et éliminé un système
qui fonctionnait. Un grand nombre
de fermes ont disparu. Il en va de même pour un grand nombre de
manutentionnaires de grains. Le système coopératif
d'élévateurs à
grains a disparu très rapidement. Si on commence à
éliminer des
institutions comme la Commission canadienne du blé, alors la
prochaine
cible sera sans doute la Commission canadienne des grains et
ensuite viendront les systèmes de gestion des
approvisionnements, et
voilà que tout d'un coup tous ces arrangements institutionnels
qui
fonctionnaient bien pour les gens ordinaires seront très
rapidement
choses du passé. »
Les participants à la discussion ont
dénoncé les prétentions du
gouvernement Harper, répétées à outrance,
à l'effet que son mandat
pour la destruction nationale lui est venu du peuple par voie
électorale :
« ...la plateforme ou politique conservatrice
visant à éliminer
la Commission du blé n'a pas été mise clairement
de l'avant
lors de la campagne conservatrice en Saskatchewan ni ailleurs, a dit
Wagner. C'était un cheval de Troie bien tranquille,
caché, alors
que les gens pensaient qu'ils votaient pour un gouvernement
majoritaire, stable. Ils n'ont pas voté pour éliminer la
Commission du
blé.
Très peu d'électeurs avaient ça sur leur liste de
priorités lorsqu'est
venu le temps de voter. Donc, de prétendre que parce que les
conservateurs ont 13 des 14 sièges en Saskatchewan, tous les
sièges
sauf un en Alberta, et d'autres au Manitoba, ils ont un mandat pour
éliminer la Commission du blé, ça ne cadre pas
avec la réalité et ce
n'est pas fondé sur les faits. »
Un autre point qui a été souligné
est le fait que la destruction de la Commission canadienne du
blé fait partie d'un programme
antisocial plus vaste de déréglementation et de
privatisation. Bob Jackson, le vice-président régional
d'AFPC de la
Colombie-Britannique a exprimé ainsi ce programme :
« J'écoute les propos de chacun et je
crois qu'il est important
de souligner que le gouvernement Harper veut à tout prix mettre
en oeuvre son programme de déréglementation et de
privatisation. Il n'y
a aucun doute à ce sujet, et je crois que nous avons vu les
conséquences de telles déréglementations et les
tragédies qui
s'ensuivent. Pensons à la qualité de l'eau à
Walkerton, en Ontario, et
ce
qui s'est produit suite à la déréglementation de
l'eau. Pensons à
Laval, au Québec, lorsque plusieurs personnes sont
décédées à la
suite de l'écrasement d'un viaduc, conséquence tragique
de la réduction
des inspections. Plus récemment, la crise de la
listériose chez
Maple Leaf en août 2008, faisait 22 victimes. Ce sont des
exemples très
réels de ce qui peut se produire lorsqu'on commence à
déréglementer et à nous faire disparaître en
tant que responsables de
la réglementation. Soyons clair. Les grandes entreprises vivent
pour faire de l'argent. Pour elles, les règlements sont souvent
autant
d'obstacles à des profits toujours plus faramineux. Je crois que
c'est facile à comprendre et cela a été
prouvé à maintes reprises. Les
grosses compagnies comme Cargill préféreraient de loin
faire ce
qui leur plaît, quand cela leur plaît, et vendre des
céréales au plus
offrant sans avoir à se soucier de
règlements. »
Les participants ont souligné que pour vaincre le
gouvernement
Harper et son plan d'éliminer le monopole public qu'est la CCB,
les
agriculteurs, les syndicats, tous ceux qui appuient la Commission
canadienne du blé, doivent se faire entendre.
Aussi, à l'échelle internationale, il se
mène une lutte contre la
privatisation des commissions de commercialisation des
céréales
dans certains pays. La Commission australienne du blé a
été privatisée
en 1999 et en 2011 ses firmes de mise en marché, d'entreposage
et de gestion des grains ont été vendues à
Cargill, l'un des cinq
géants étasuniens du transport céréalier et
l'une des plus grandes
sociétés privées au monde. Un article
publié le 8 septembre 2010 dans Vanguard, le quotidien
du Parti communiste de
l'Australie (marxiste-léniniste), dit :
« La Commission australienne du blé a
assuré une stabilité
économique pour plusieurs agriculteurs australiens, petits et
moyens, pour au-delà d'un demi-siècle. Des gouvernements
de convictions
divergentes mais néanmoins néolibérales et au
service de
l'impérialisme, ayant privatisé la Commission et
retiré son statut à
guichet unique, poursuivent tout simplement leurs plans de
destruction nationale et portent atteinte à la
souveraineté économique.
Arrêtons la destruction nationale par les multinationales.
Nationalisons la CAB et restaurons le 'guichet unique' ! Rejetons
les arrangements de 'libre échange'
inéquitables ! »
L'article cite les représentants d'organisations d'agriculteurs
qui
exigent la restauration de la commercialisation à guichet
unique.
La lutte pour arrêter la destruction de la
Commission canadienne du blé s'intensifie et elle mérite
l'appui de tous les
travailleurs.

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