États-Unis

La tyrannie devient «légale»

Une des caractéristiques principales de la situation actuelle aux États-Unis est la mise en place d'arrangements tyranniques par lesquels des pouvoirs énormes sont concentrés entre les mains de l'exécutif, tout en éliminant le rôle du public dans la gouvernance. Par le recours à différents mécanismes, ces arrangements sont institués pleinement et les attaques tout azimut contre les droits des travailleurs et l'ensemble des masses populaires sont « légalisées ».


Manifestation contre les gestionnaires financiers des situations d'urgence, Lansing, Michigan, 20 mars 2011. (swskeptic)

Un exemple frappant de ces mesures est la loi récente sur « le gestionnaire financier des situations d'urgence » adoptée au Michigan. Cette loi étend les pouvoirs du gouverneur et lui permet de nommer un « gestionnaire financier des situations d'urgence » pour les villes, municipalités, comtés ou districts scolaires jugés comme faisant face à une « situation d'urgence financière ». Ce gestionnaire a le pouvoir de démettre les élus, de modifier ou supprimer de manière unilatérale les contrats, d'embaucher et de congédier les travailleurs du secteur public, il a le contrôle complet de tous les fonds publics, peut emprunter et vendre des actifs publics comme l'eau, les parcs, les écoles et les bibliothèques. La loi mandate spécifiquement le « gestionnaire » à payer des dettes puisque son obligation de mener « une gestion budgétaire prudente », qui permet toutes les attaques contre les droits des travailleurs et les élus, « ne permet aucune résiliation ou diminution des obligations à payer la dette ».

La démocratie moderne exige que le peuple lui-même gouverne et décide. Les lois du Michigan sont conçues pour empêcher que le peuple ait ce pouvoir en mettant en place des arrangements par lesquels c'est un gouverneur et son « gestionnaire » désigné, avec des pouvoirs très étendus et aucune responsabilité envers le public, qui décident. La tyrannie est telle que déjà, un de ces gestionnaires a décidé de démettre des élus et d'interdire aux employés municipaux d'assister aux réunions du conseil municipal sans sa permission. La population ne doit pas avoir de rôle, même plus celui d'élire des représentants et de s'exprimer lors d'assemblées publiques

En outre, la primauté du droit, selon laquelle un contrat est un contrat et le gouvernement a une responsabilité sociale envers le public, est éliminée tandis que la tyrannie du gouverneur et son « gestionnaire » devient « légale ». Ainsi, une clause de la loi accorde l'impunité d'agir. Dans la loi, après une longue énumération de pouvoirs spécifiques, il est stipulé que le « gestionnaire » a le pouvoir de « prendre toute autre action ou d'exercer tout pouvoir ou l'autorité de tout fonctionnaire, employé, département, conseil, commission ou autre entité similaire du gouvernement local, qu'ils soient élus ou nommés, relativement au fonctionnement du gouvernement local. Le pouvoir du gestionnaire des situations d'urgence doit être supérieur au pouvoir de tout fonctionnaire ou entité cités ci-dessus ou les remplace ». Le « pouvoir de tout fonctionnaire » comprend les pouvoirs de police de prendre des mesures contre le peuple.

La loi du Michigan est appliquée actuellement au niveau de l'État, mais le président Obama a indiqué récemment que ces « gestionnaires » désignés doivent être considérés comme des « modèles » pour la nation. À une conférence de presse du gouverneur du Michigan, Rick Snyder, portant sur l'application de la loi pour les écoles publiques de Detroit, la secrétaire de l'Éducation d'Obama, Arne Duncan, a dit que : « Detroit a le potentiel d'être un modèle non seulement pour l'État mais également pour tout le pays. »

Le modèle du Michigan est un modèle anti-ouvrier et antisocial qui est combattu de toutes parts, notamment par des campagnes pour l'abrogation de cette loi. La résistance à ces lois anti-ouvrières est également vive dans le Wisconsin, l'Ohio, l'Indiana et ailleurs. Par exemple, en Ohio, où 250 000 signatures étaient nécessaires pour inscrire l'abrogation de la loi de l'État sur le bulletin de vote des élections de novembre, 1,3 million de signatures ont été recueillies, ce qui montre la forte position de la population pour défendre le droit public. C'est un rejet des tentatives d'imposer une conception de la gouvernance selon laquelle le gouvernement est ouvertement et exclusivement au service du droit de monopole et de ses efforts pour s'emparer d'une part toujours croissante du trésor public tandis que la primauté du droit, notamment la gouvernance des élus, les assemblées publiques et la responsabilité envers le bien public, est éliminée.

Un deuxième mécanisme pour accroître le contrôle de l'exécutif au niveau fédéral qui touche tous les travailleurs se trouve dans le projet en cours de carte d'identité biométrique émise par le fédéral. Un programme pilote sera mis en place l'an prochain et vise, pour le moment, les travailleurs immigrés. Le département de la Sécurité intérieure a le pouvoir de développer ce plan sans qu'une nouvelle loi de l'immigration soit adoptée. Le « schéma directeur » pour l'immigration d'Obama récemment publié prévoit « l'élaboration d'un identifiant biométrique qui pourrait potentiellement être utilisé dans le futur pour vérifier l'emploi » de tous les travailleurs.

Pour obtenir cette carte d'identité, il faudra prouver sa citoyenneté avec un certificat de naissance émis par le gouvernement, fournir ses empreintes digitales et / ou de l'oeil, passer une vérification des « antécédents » du FBI et une vérification de « menace pour la sécurité nationale » du département de la Sécurité intérieure. Comme l'annonce le schéma directeur, tout le monde sera tenu de se « soumettre à une vérification de sécurité rigoureuse, y compris en donnant ses empreintes digitales pour vérification des antécédents et à des fins de sécurité nationale ». Ainsi l'arbitraire des agents du gouvernement qui font ces vérifications est intégré au système. On sait déjà quelles en sont les conséquences. Par exemple, à Chicago, un jeune homme qui « avait l'air mexicain » a été arrêté par la police et remis à l'Agence de l'immigration et des douanes (ICE), qui entamé le processus d'expulsion. Il était portoricain et donc un citoyen américain. L'ICE ne le croyait pas. Lorsque sa mère a apporté ses documents, l'ICE a dit qu'ils étaient invalides. Il a fallu l'intervention d'un membre du congrès de Chicago pour empêcher son expulsion vers le Mexique.

En plus, de nombreux citoyens seront incapables de prouver leur citoyenneté puisqu'ils ne possèdent pas ou ne peuvent pas obtenir les documents demandés. En outre, les critères des vérifications des « antécédents » et de « sécurité » restent inconnus. Mais on peut soupçonner que ceux qui organisent la résistance, manifestent, bâtissent des organisations populaires ne satisferont pas à ces critères. Ceux qui n'auront pas de carte d'identité ne seront pas autorisés à travailler. Dans une telle situation, on peut s'attendre à la création de camps de travail et de détention, afin de fournir aux monopoles un bassin mobile de main-d'oeuvre esclave.

Obama, parlant de ses plans de changements des lois de l'immigration, a indiqué ce qui sera nécessaire pour passer ces vérifications des antécédents du gouvernement. Il a dit qu'être américain n'est pas une question de lieu de naissance. Il a précisé que pour être un Américain, il faut : « épouser les idéaux de l'Amérique et les préceptes de l'Amérique ... Ce qui importe est que vous croyiez en ces idéaux sur lesquels nous avons été fondés ; que vous croyez que nous sommes tous créés égaux, dotés par le Créateur de certains droits inaliénables. Chacun d'entre nous mérite nos libertés et notre quête du bonheur. En embrassant l'Amérique, vous pouvez devenir américain. » Qu'advient-il de ceux qui n'embrassent ni le droit de monopole qui piétine le droit public ni toutes les lois anti-ouvrières. anti-immigrés et antisociales qui accompagnent cette quête ?

Les États-Unis et leur constitution sont nés dans la lutte contre la tyrannie des rois et leur impunité de « prendre toute autre action ou d'exercer tout pouvoir ». Pourtant, aujourd'hui c'est la tyrannie du pouvoir exécutif qui est institutionnalisée. C'est la tyrannie de la présidence qui exige que tous se soumettent à la « poursuite du bonheur » des monopoles pour dominer le monde. Ce qui est nécessaire n'est pas la tyrannie de l'exécutif mais la démocratie moderne qui investit le peuple du pouvoir de gouverner et de décider.

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Bulletin du 25 juillet 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca