Opposition du mouvement ouvrier à l'abus de pouvoir
des monopoles et de leurs gouvernements


IQT Solutions

Fermetures brutales de trois centres d'appels


  Manifestations contre la fermeture d'IQT à Oshawa, Ontario (à gauche) et à Laval, Québec (à droite)

Vendredi le 15 juillet, près de 1200 travailleurs apprenaient leur congédiement immédiat par la compagnie IQT Solutions. IQT est une compagnie américaine oeuvrant dans le domaine des télécommunications et offrant des solutions logistiques et des services d'appels pour les grands monopoles des Télécommunications comme Bell Canada. La direction d'IQT a pris la décision de fermer trois centres d'appels dont deux au Québec et un en Ontario. Six cents personnes sont affectées dans le centre d'appel d'Oshawa, 450 autres à Laval et plus de 140 à Trois-Rivières.

Aucun avis de licenciement n'a été remis aux employés touchés, aucun document nécessaire pour effectuer une demande d'assurance emploi n'a été remis en bonne et due forme, aucune compensation financière d'aucune sorte. De plus, il semble que les employés ne recevront pas leurs deux dernières semaines de paie et perdront également leurs semaines de vacances.

L'arrogance d'IQT va encore plus loin. Elle a fermé son site internet et toute communication électronique avec les employés. Les 1200 travailleurs se retrouvent donc sans rien du jour au lendemain. La loi sur les normes du travail au Québec oblige pourtant les employeurs à donner deux semaines de préavis en plus d'obliger le versement d'une paye de vacance ou d'un minimum de 4 % du salaire obtenu au cours de la dernière année. En fait, IQT aurait dû publier un avis 16 semaines avant la fermeture.

Selon la ministre du Travail, Lise Thériault, la Commission des normes du travail ouvrira une enquête. La ministre a également créé un « comité de relance » visant à accélérer les procédures d'assurance emploi et aider au reclassement des travailleurs touchés par ces fermetures. Selon la loi, la ministre a le pouvoir de réclamer une contribution financière à l'employeur pour l'aide au reclassement des travailleurs. En milieu de semaine, elle a invité les travailleurs à porter plainte auprès de la Commission. Jusqu'à maintenant près de 300 personnes auraient procédé à une plainte officielle.

La Commission des normes du travail a le pouvoir de réclamer devant les tribunaux les sommes qui sont dues aux employés licenciés. Un recours collectif est toujours possible de la part des employés, mais cette démarche, selon la ministre, doit s'effectuer seulement après s'être assuré que la compagnie n'est pas en faillite. La direction d'IQT n'a émis aucun communiqué en ce sens jusqu'à maintenant.

Le centre d'appel de Trois-Rivières venait de se faire accréditer avec le syndicat des Métallos (affilié à la FTQ), le 12 juillet dernier. Les deux autres centres d'appels n'étaient pas syndiqués. Selon les Métallos, IQT Solutions se préparait depuis plus de deux mois à déménager ses activités aux États-Unis. « IQT Solutions a fermé en sauvage ses trois centres d'appels du Canada sans préavis légal et sans explication, alors qu'elle se prépare pourtant depuis plus de deux mois à déménager ses activités à Nashville, dans le Tennessee », affirme le syndicat.

Selon le Nashville Bussiness Journal, la ville de Nashville comptait allouer à IQT 550 $ par emploi sur son territoire, plus 1 150 000 $ en subvention de démarrage. IQT devait créer 900 emplois dans cette ville. Selon les dernières informations obtenues, mis au courant de la fermeture des trois centres d'appels au Canada, le maire de Nashville aurait bloqué la subvention et aurait signifié à la direction d'IQT qu'elle n'était plus la bienvenue dans sa ville. Le maire craindrait que le même sort se répète chez lui.

Les employés licenciés n'ont pas tardé à réagir. Dès l'annonce des mises à pied, plusieurs personnes se sont mobilisées à Oshawa pour manifester leur mécontentement. À Laval, il y a eu des rencontres entre employés pour discuter de la situation et des possibilités qui s'offrent à eux, tandis qu'à Trois-Rivières plusieurs dizaines de travailleurs se sont réunis dans un parc pour discuter entre eux et avec le député fédéral Robert Aubin.

Pour les employés, mis à pied comme des moins que rien, il s'agit de s'organiser en réseau pour assurer une discussion continue de la situation. Ils ont nommé Daniel Lavoie et Sarah Labarre pour les représenter. « Au moins, ça attire l'attention sur le problème, ça assure également qu'on ne va pas être oublié », a dit M. Lavoie. Cette mobilisation démontre que les travailleurs n'acceptent pas la manière d'agir des monopoles et qu'ils vont tout faire pour que leurs droits soient respectés.

(Radio-Canada, Le Devoir, Cyberpresse, Argent, The Tenesseean, Nashville Bussiness Journal)

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La «défense» des droits des travailleurs
de la ministre du Travail: une autre
dangereuse illusion libérale

Suite aux fermetures brutales des trois centres d'appels d'IQT Solutions, la ministre du Travail du Québec, Lise Thériault, s'est dite « choquée » du traitement « sauvage » subi par les travailleurs licenciés. Elle s'est empressée de dire que son gouvernement va tout faire pour rectifier la situation, notamment en voyant à la mise en place d'un comité de relance pour accélérer le processus pour donner accès à l'assurance emploi pour les centaines de travailleurs qui se retrouvent sans rien du jour au lendemain. Elle a ordonné une enquête de la Commission des normes du travail pour évaluer les agissements d'IQT et les mesures à prendre. Elle a dit que cette entreprise doit respecter les droits des travailleurs et que le gouvernement va veiller au grain pour que ce genre de situation ne se reproduise plus.

Le haut discours de la ministre Thériault sonne faux. Les actes de voyou d'IQT sont le résultat du manque total de responsabilité du gouvernement libéral envers les travailleurs du Québec et de l'économie en général au fil des années. Les actes de voyoutisme des monopoles sont devenus monnaie courante sous le règne du Parti libéral. Qu'ont fait les libéraux lorsque les dirigeants de Wolverine de l'Arkansas ont fermé brutalement l'usine de cuivre dans l'est de Montréal, voilà quelques années ? Qu'on fait les libéraux lorsqu'Electrolux a décidé de fermer son usine à l'Assomption ?

D'autres exemples ? La fermeture de la raffinerie Shell constitue un des pires actes de voyoutisme économique de l'histoire du Québec. Qu'a fait le gouvernement libéral ? Un comité de relance et des belles paroles sur la défense des travailleurs avant de donner son approbation à Shell pour le démantèlement de la raffinerie. Le monopole italien Prysmian a mis en lockout pendant plus de deux ans les travailleurs de son usine de Saint-Jean-sur-Richelieu pour ensuite laisser la direction fermer l'usine de câbles électriques haute tension. Personne n'a vu les libéraux pleurer à ce moment là. Où étaient-ils ?

Le gouvernement libéral a travaillé main dans la main avec le monopole Olymel pour exiger des concessions des travailleurs et leur permettre de fermer des usines au cours des dernières années. Comment des « défenseurs » des droits des travailleurs agiraient-ils ainsi ? Le monopole AbitibiBowater a également profité de l'élan bienfaiteur des libéraux dans sa restructuration antiouvrière.

Les libéraux sont reconnus pour ne pas lever le petit doigt pour empêcher la destruction nationale et la désindustrialisation. Pendant qu'ils partaient « en guerre » contre IQT, d'autres mises à pied et fermetures soudaines se produisaient dans la région de Montréal quasi-simultanément (Technicolor à Mirabel, 178 emplois ; Teva encore à Mirabel, 400 emplois ; Zellers à Dorval, entre 100 et 150 emplois ; Novabus à Saint-Eustache, 145 emplois, etc.) Pourquoi cette levée de boucliers des libéraux contre IQT en ce moment ? Est-ce pour limiter les dégâts ? Est-ce pour donner l'impression qu'au Québec les travailleurs ont des droits et ainsi nous faire oublier tout le reste ? Qui ne connaît pas quelqu'un au Québec qui n'ait pas été floué, volé et brigandé par des entreprises lors de faillites ou autres raisons antiouvrières ?

Les droits des travailleurs sont bafoués à tous les jours, voilà la réalité. Les agissements des libéraux sont des pièges et les travailleurs doivent être vigilants. La ministre Thériault, en voulant réduire la responsabilité des monopoles à une question de bonne paperasserie administrative, de préavis, de formulaire de cessation d'emploi et autres bureaucraties capitalistes, donne en réalité le feu vert aux monopoles de continuer d'attaquer l'intégrité de notre économie et les droits de l'ensemble des travailleurs du Québec. Elle déclare tambour battant que les entreprises doivent respecter les lois du Québec, tout en s'assurant de laisser les monopoles agir à leur guise en pratique.

L'hypocrisie des libéraux va continuer d'être exposée au fur et à mesure que s'intensifient la destruction nationale et l'offensive antisociale. La classe ouvrière va continuer de défendre ses droits contre le droit de monopole et de rejeter les illusions libérales.

Dehors les libéraux !
Souveraineté oui ! Annexion non !

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Faire cesser ces abus et ces vols

La fermeture sauvage d'IQT soulève beaucoup de questions et de colère. Nos élus clament qu'ils vont faire tout ce qui est en leur pouvoir pour soutenir les travailleuses et les travailleurs licenciés sans préavis et qui perdent leurs dernières paies ! Pourquoi tout à coup se préoccupent-ils des conditions du licenciement ?

Au Québec, chaque jour, des travailleuses et des travailleurs se font licencier ou congédier injustement. Des jeunes femmes enceintes se font congédier, des pères et des mères n'ont plus d'emploi au retour d'un congé parental.

Des salariés se voient imposés le temps supplémentaire à temps simple ou tout simplement pas payé. Nos élus et les autorités locales ne s'en préoccupent pas, ce ne sont qu'une ou deux personnes à la fois, ils ne font pas la une ! La fermeture d'IQT est une belle occasion pour nos ministres de donner l'impression d'être au service de la population et de se faire du capital politique sur la misère des employés licenciés !

Nos lois du travail sont désuètes. Elles ne correspondent plus aux réalités du marché du travail. Le discours dominant sur le développement économique et la création d'emplois se fait au détriment des droits humains et des droits au travail.

Aucune garantie n'est exigée des investisseurs étrangers pour assurer le paiement des salaires et des avis de licenciement en cas de fermeture sauvage. Ce serait pourtant une façon de réduire les pertes des salariés et le poids de ce licenciement sur les programmes sociaux. Nos élus ne veulent pas d'une telle mesure, cela empêcherait l'investissement, nous diront-ils !

L'automne dernier, la ministre du Travail était fière de nous annoncer que la Commission des normes du travail pourrait dorénavant récupérer l'argent dû aux employés par une entreprise ayant son siège social hors du Québec. Ce matin, dans les journaux, nous apprenions qu'aucune entente n'était encore intervenue avec les États-Unis. Alors, qu'attend-on ? Ces mauvais employeurs peuvent ainsi partir sans crainte de représailles !

On limite la circulation des personnes, en fonction de leur pays d'origine, par peur qu'elles deviennent une charge, pourquoi ne pas faire de même pour les investisseurs ? Car il ne faut pas se leurrer, la mauvaise foi d'IQT et son manque de respect des lois du Québec, tout comme Aleris dans le passé, transfert le soutien de ces personnes à l'ensemble de la société. Et que le contribuable paie !Travailleuses, travailleurs non syndiqué-es, à vos droits, prêts, revendiquez ! Il faut faire cesser ces abus et ces vols.

(Publié dans Le Nouvelliste du 20 juillet 2011)

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Rio Tinto à Alma

La compagnie met à risque la vie des travailleurs et des résidents au nom de son «droit de gérance»

Rio Tinto vient de changer unilatéralement les mesures de sécurité en cas d'urgence qui sont appliquées depuis longtemps à son aluminerie d'Alma. Depuis le 20 juin dernier, il y a un seul pompier sur place par quart de travail plutôt que 2 comme c'était le cas auparavant.

Les pompiers dirigent la brigade d'urgence de l'usine qui intervient lors des urgences. La production de l'aluminium se fait par électrolyse à des températures extrêmement élevées ce qui peut conduire à des incendies et des explosions aux conséquences potentiellement dévastatrices. Juste dans les 4 premiers mois de l'année, les pompiers et équipes d'urgence ont répondu à 55 appels incendie. Au fil des années, la sécurité-incendie de l'usine a accumulé une expertise très précieuse.

Au complexe d'Alma, les pompiers de l'usine font partie du Syndicat des Policiers-Pompiers qui est l'une des 4 accréditations du Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma. C'est très précieux pour les travailleurs d'avoir des pompiers qui font partie de leur syndicat, connaissent bien les conditions en aluminerie et participent dans la lutte du collectif pour des conditions de travail qui correspondent à ce genre de travail, y compris en matière de santé et de sécurité. Personne au complexe, que ce soient les travailleurs ou la direction, n'a jamais nié la validité d'avoir sur place ces pompiers syndiqués, bien formés et autorisés par la loi à intervenir en cas d'urgence. D'ailleurs, l'équipe formée des deux pompiers par quart de travail et de la brigade d'urgence fait partie du plan de mesures d'urgence de Rio Tinto.

Cela n'a pas empêché l'entreprise, le 2 mai dernier, d'annoncer qu'elle éliminait trois postes de pompiers syndiqués et les envoyait en sous-traitance. Le résultat de cette décision, en plus de la dégradation des emplois par le recours à la sous-traitance, a été de laisser un seul pompier par quart de travail, lequel devra maintenant attendre l'arrivée des pompiers de la ville avant d'intervenir en cas d'urgence. Auparavant, avec deux pompiers sur place, cela prenait environ 5 minutes avant que l'équipe n'intervienne. Avec la nouvelle mesure, il faudra environ une demi-heure avant que l'intervention ne commence. Un inspecteur de la CSST l'a d'ailleurs confirmé.

Les travailleurs disent que le délai dans l'intervention, c'est la différence entre la vie et la mort. Rio Tinto ne conteste d'ailleurs pas qu'il y aura maintenant un délai d'environ 30 minutes. Elle dit que cela n'a aucune importance et que c'est son droit de gérance qui est en cause ici. Elle a rejeté la demande des travailleurs de faire une analyse de risques et leur a même dit qu'analyse de risques ou pas, elle procéderait avec les nouvelles mesures parce que c'est son droit d'utiliser la sous-traitance.

Dès que l'annonce a été faite, les travailleurs ont utilisé tous les recours qui s'offraient à eux pour exprimer leur désaccord et leurs inquiétudes. Ils ont rencontré la haute direction, ils sont intervenus devant le comité conjoint de santé-sécurité et ils ont même fait appel à la CSST qui a envoyé un inspecteur. Ils ont fait circuler une pétition demandant à Rio Tinto de revenir sur sa décision. Rio Tinto n'a rien voulu entendre. Les travailleurs ont maintenant décidé d'organiser une mobilisation de masse pour forcer Rio Tinto à annuler sa décision irresponsable. Ils méritent le plein appui de tous les travailleurs et de tous les résidents de la ville.

Ce qui est en jeu ici c'est le droit fondamental des travailleurs à des conditions de travail saines et sécuritaires. Ces conditions, ce sont les travailleurs eux-mêmes qui doivent les décider parce que ce sont eux qui font le travail potentiellement dangereux de transformer la matière première en aluminium. Rio Tinto n'a aucunement le droit de déterminer elle-même ces conditions. Puisque les travailleurs sont d'avis que les nouvelles mesures mettent à risque leur santé et leur sécurité de même que celles des gens de la ville, ces mesures doivent être immédiatement annulées. C'est une question de droits.

Lorsque les travailleurs et les résidents sont d'avis qu'un arrangement protège leur sécurité en cas d'urgence, la logique veut que cet arrangement soit maintenu, amélioré et étendu à d'autres selon les conditions. Au lieu de cela, cet arrangement est éliminé du revers de la main par un abus de pouvoir flagrant et remplacé par un autre qui est régressif. C'est extrêmement arrogant de la part d'un monopole international étranger que de venir ici, s'emparer d'Alcan en 2007 puis de détruire ce qui a été bâti. Non seulement Rio Tinto ne se reconnaît-elle aucune obligation envers la santé et la sécurité des travailleurs mais elle n'en reconnaît pas non plus en ce qui concerne l'emploi local ou régional ou envers les pensions.

Ça ne surprend personne que le gouvernement Charest soit totalement silencieux face à cette nouvelle attaque contre les travailleurs et les résidents d'Alma. Si on avait un gouvernement qui défend le droit public à Québec, il interviendrait tout de suite pour exiger que Rio Tinto annule sa décision de réduire les mesures de sécurité prévues en cas d'urgence et il avertirait Rio Tinto qu'elle doit cesser d'attaquer les travailleurs, sinon elle n'a pas sa place au Québec.

Il faut restreindre la capacité de ces monopoles internationaux d'imposer des décisions qui menacent les vies des travailleurs et des résidents. Cette lutte des travailleurs d'Alma pour des conditions de travail qui sont saines et sécuritaires pour tous est notre lutte à tous.

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Nortel

Mise aux enchères de ce qui reste
des biens de Nortel

La destruction débridée de l'industrie manufacturière, des services publics et des programmes sociaux canadiens doit se heurter à un projet renouvelé d'édification nationale.

La vente aux enchères suite à la faillite de Nortel, vente autorisée par les tribunaux, sonne le dernier glas pour l'icône de l'industrie manufacturière canadienne. Tôt en juillet, la compagnie a vendu aux enchères ce qui lui restait de ses brevets d'invention – au nombre de 6 000 – à un consortium de monopoles mondiaux dirigé par Apple Inc, avec la participation de EMC, Ericsson, Microsoft, Sony et une seule compagnie canadienne, Research in Motion.

Les revenus de la vente, de l'ordre de 4,5 million $, portent le montant total des biens liquidés de Nortel à environ 8,6 million $ et de l'argent en caisse à partager parmi ses créanciers garantis vivant aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada. Un montant indéterminé sera destiné au régime de retraite sous-capitalisé des employés de Nortel. Les détenteurs d'obligations garanties des États-Unis, ceux-là même qui ont déclaré faillite, recevront, semble-t-il, plus de 100 % de la valeur de leurs obligations plus intérêt. Les 20 000 travailleurs syndiqués et employés salariés de Nortel, avec leur statut de « créanciers non garantis » selon la loi de la faillite, mais qui sont, avec les travailleurs de la construction et autres, à l'origine des biens de Nortel, subiront d'importantes coupures dans leurs prestations de retraite. En fait, l'administrateur des régimes de retraite de Nortel, quelques jours après la vente des brevets, a fait parvenir des préavis aux retraités actuels leur stipulant que, dès le début d'août, les coupures dans leur régime passeraient de 25 à 31 %, et ce, de façon rétroactive jusqu'en octobre 2010. Donc, en plus des importantes réductions de prestations à partir d'aujourd'hui, tout retraité qui reçoit des prestations depuis le mois d'octobre dernier sera aussi responsable de rembourser le manque à gagner entre 25 et 31 % en « trop-perçu ». Pour la moyenne des nouveaux retraités, il peut s'agir d'une coupe permanente de 600 $ par mois, en plus d'une réduction mensuelle de 50 $, jusqu'à ce que le « trop-perçu » soit remboursé au régime. Les travailleurs de Nortel et les Canadiens de façon générale sont indignés du fait qu'un régime de retraite conventionné puisse être rompu de façon aussi cavalière, tandis que des détenteurs d'obligations des États-Unis seront non seulement payés mais recevront en surcroît leurs paiements d'intérêts.

La victoire du continentalisme et de l'annexion et la nécessité de résister


Manifestation des employés présents et passés de Nortel à Ottawa
le 21 octobre 2010 (Photo: Marc Lavoie)

Le vol légalisé du régime de retraite de Nortel n'est pas la conséquence d'une compagnie ayant fait faillite mais d'un démantèlement planifié du secteur manufacturier du Canada en conjoncture avec une réduction des services publics et des programmes sociaux. L'assaut contre l'industrie manufacturière, les services publics, les programme sociaux et les pensions est une conséquence directe des politiques de mondialisation néolibérale et de capitulation devant la campagne de longue haleine de l'impérialisme étasunien visant au continentalisme et à l'annexion.

La destruction de Nortel et le pillage de ses régimes de retraite ressemblent en tout point à ce qui ce passe dans toutes les régions du Canada et au sein de nombreuses institutions économiques connues. C'est ce qui s'est produit chez AbitibiBowater avec son plan de faillite et de restructuration antisocial et antinational. C'est aussi ce qui s'est produit avec la vente de Stelco, le complexe d'acier intégré le plus important du Canada, d'abord par le biais d'un processus frauduleux de faillite et ensuite par l'acquisition de cette usine névalgique par U.S. Steel en 2007. U.S. Steel a presqu'aussitôt commencé à réduire la production et les niveaux d'embauche, et à approvisionner ses clients canadiens à partir de ses usines aux États-Unis. Elle mène contre les métallos une guerre d'extorsion dans le but de détruire les régimes de retraite à Lake Erie Works et à Hamilton Works. La section locale 1005 du Syndicat des métallos unis de Hamilton Works résiste courageusement, servant d'inspiration à tous ceux et celles qui voient la nécessité d'un projet renouvelé d'édification nationale pour contrer l'annexion et le continentalisme.

La classe ouvrière doit se placer à la tête d'un
projet renouvelé d'édification nationale

On peut retracer la naissance de Nortel, d'Abitibi-Consolidated/Price Brothers & Company Limited et Stelco ainsi que de nombreuses autres compagnies manufacturières canadiennes au XIXe siècle et au tournant du XXe siècle, alors que le projet d'édification nationale du Canada se dressait contre le continentalisme et le danger omniprésent d'annexion par l'impérialisme étasunien. Les aspirations nationales du Québec et de la nation métis dans l'Ouest ont joué un rôle important dans l'opposition au continentalisme. Éventuellement, le Québec est devenu le principal rempart contre l'annexion à l'empire des États-Unis.

Des politiques gouvernementales canadiennes qui ont vu le jour dans le contexte d'un projet colonial britannique d'édification nationale contre le continentalisme ont aussi fait naître un grand nombre de lois qui ont été directement responsables de l'émergence d'une industrie manufacturière canadienne. Ainsi, avec le temps, ont vu le jour une société civile de législatures représentatives élues, des services publics et des programmes sociaux, en particulier l'éducation publique et la santé, des médias de masse canadiens et québécois ainsi qu'une infrastructure rurale et urbaine dont Postes Canada, les systèmes de transport, l'eau, les systèmes d'égout et, non le moindre, l'électricité.

Une loi des années 1880 interdisait l'importation d'équipement de téléphone manufacturé aux États-Unis. Cette législation a été à l'origine de la croissance de Bell Canada en tant qu'entité commerciale indépendante dotée d'une filiale manufacturière du nom de Northern Electric, précurseure de Nortel. Porteuse de ce projet d'édification nationale, Bell Canada et sa filiale manufacturière en un clin d'oeil se sont transformées en leader mondial de la recherche, du développement et de la production de toutes sortes d'équipement en télécommunications. Les gouvernements de cette époque d'édification nationale ont investi des fonds publics considérables dans Northern Electric pour la recherche et le développement, ont appuyé l'éducation publique et l'éducation post-secondaire afin de multiplier le nombre de scientifiques et ont offert des prêts servant à construire des usines partout au pays.

Plus tard, Ottawa devint le centre de recherche et de développement, à partir d'une installation du nom de Bell Northern Research, grandement subventionnée à même le trésor public. Un grand nombre de brevets d'invention en télécommunication numérique moderne vendus aux enchères par Nortel sont le fruit de ce financement public accordé généreusement à Bell Northern Research. Même avec le démantèlement et la destruction systématique de Nortel, ses 6 000 brevets touchant à tous les aspects de la technologie moderne des télécommunications a donné lieu à une bataille des offres entre ces monopoles mondiaux qui se sont prêtés allègrement au braconnage des fruits de la science et de l'éducation financée en grande partie par les fonds publics. Maintenant que les brevets et les installations manufacturières de Nortel sont à toutes fins pratiques disparus, le système impérialiste d'États obligera les Canadiens à payer des redevances sur tout ce qui touche à l'Internet et autres technologies liées à la télécommunication, et sur les produits manufacturés importés, et ce, jusqu'à ce que le Canada établisse à nouveau une industrie indigène mue par son propre génie intellectuel.

La destruction de la nation en matière d'acier, mais aussi d'industrie forestière, de télécommunication et d'autres secteurs manufacturiers et de services publics et de programmes sociaux, a donné lieu à une situation irrationnelle à Nortel telle que non seulement les biens industriels et intellectuels canadiens ont été saisis par les impérialistes mondiaux mais les fruits de cette braderie seront empochés par des détenteurs d'obligations vivant aux États-Unis. Pendant ce temps-là, les retraités se voient légalement voler leurs prestations tandis que les Canadiens de façon générale se trouvent devant ce fait accompli et se demandent, perplexes, ce qui est advenu de leur industrie manufacturière en télécommunications au passé non négligeable, à son génie scientifique et à son projet d'édification nationale.

Le gouvernement canadien a l'entière autorité, en vertu de la Loi sur Investissement Canada, qui pourrait certainement être renforcée, d'arrêter la destruction de l'industrie manufacturière et le pillage des ressources industrielles et intellectuelles du Canada. Le régime néolibéral de Harper refuse de le faire et au contraire a approuvé de façon tacite les attaques contre Nortel, AbitibiBowater et Stelco et le vol légalisé des régimes de retraite des travailleurs. Le pillage impérialiste approuvé par l'État des ressources industrielles et intellectuelles est fait en conjoncture avec l'affaiblissement du rôle des législatures, une concentration du pouvoir politique entre les mains d'une autorité exécutive triée sur le volet et une destruction des médias de masse informatifs, des services publics et des programmes sociaux souverains.

Le continentalisme et l'annexion du Canada ont plongé dans la crise l'économie, la politique et la société civile du Canada. Cette contradiction rend périmées les formes et les institutions constitutionnelles à l'origine du pays et fondées sur un projet d'édification nationale opposé au continentalisme. Les néolibéraux de Harper tentent de mettre sur pied de nouvelles formes d'autorité correspondant à la capitulation envers le continentalisme des impérialistes étasuniens. L'heure a sonné de mettre sur pied des arrangements alternatifs basés sur un projet moderne d'édification nationale, avec des formes constitutionnelles, économiques et politiques renouvelées reflétant la volonté populaire des Canadiens qui désirent se défendre et défendre les droits de tous et se libérer de l'autorité répressive et antisociale de l'impérialisme étasunien.

Nortel et Stelco, victimes du même sort

Stelco a été démantelé peu à peu au cours d'un processus de faillite autorisé par les tribunaux même si la compagnie d'acier réalisait des profits records. En 2007, après avoir quitté la protection de la faillite, US Steel a obtenu le droit de prendre le contrôle de Stelco en autant que le monopole étasunien respectait un certain niveau de production et d'emploi aux usines de Hamilton et de Nanticoke. US Steel a presqu'aussitôt trahi son engagement et il continue de le faire et pourtant le gouvernement canadien a refusé de défendre les métallos et l'économie du Canada si ce n'est que d'une démarche anémique devant les tribunaux dont se moque royalement US Steel. De façon comparable, en 2009, le gouvernement Harper avait approuvé la vente de Metro Ethernet Networks de Nortel à Ciena Corp, basé aux États-Unis, ainsi que l'entreprise des solutions entrepreneuriales à un autre monopole étasunien, Avaya Inc., et voilà qu'ils semble disposé à vouloir approuver la vente de ce qui reste des biens en brevets d'invention de Nortel.

La capitulation à l'impérialisme étasunien et au droit de monopole par le biais du libre-échange, de la vente des biens qui appartiennent au Canada et d'autres formes de capitulation et d'annexion ont laissé en désarroi la raison d'État à l'origine du Canada, celle de l'édification nationale en opposition au continentalisme. Le fédéral, le provincial et certains gouvernements municipaux refusent de défendre la base manufacturière du pays, ses biens nationaux, ses services publics et ses programmes sociaux et de les mettre à l'abri des prises de contrôle, de l'extorsion et du pillage aux mains de puissantes corporations des États-Unis et d'autres impérialistes mondiaux.

Comment répliquer à ce dilemme de destruction nationale et de droit de monopole ? La classe ouvrière est la seule force sociale capable de diriger le renouveau de la raison d'État du Canada et de mobiliser le peuple pour qu'il défende le droit public. La renaissance d'un projet d'édification nationale est possible, sur la base d'exiger que les gouvernements rendent des comptes pour leur refus de défendre les Canadiens ainsi que leurs institutions manufacturières telles que Nortel, AbitibiBowater et Stelco et de protéger et d'accroître les investissements dans les services publics et les programmes sociaux canadiens, qui sont des secteurs indispensables à l'économie de toute nation indépendante et prospère. Une Opposition ouvrière puissante et efficace peut prendre la tête de la lutte pour tenir les gouvernements responsables d'appuyer des lois qui encouragent la restauration de notre secteur manufacturier en tant que puissante base pour une économie autosuffisante et indépendante, pour la défense et la consolidation de nos services publics et de nos programmes sociaux et pour investir le peuple de sa souveraineté.

Tous pour les travailleurs et les retraités de Nortel, Stelco et AbitibiBowater et autres dans leur lutte pour défendre le régime de retraite actuel !

Il est possible d'obtenir des régimes de retraite de standard canadien pour tous ainsi que les services publics et les programmes sociaux nécessaires par une vaste lutte contre le continentalisme, l'annexion et le droit de monopole.

L'industrie manufacturière, oui ! La destruction nationale, non !
Souveraineté, oui ! Annexion, non !
Oui au droit public ! Non au droit de monopole !

(Traduction : LML)

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Postes Canada

La loi de retour au travail impose
le droit de monopole

Le projet de loi C-6, Loi prévoyant la reprise et le maintien des services postaux, la loi de retour au travail contre les postiers, adoptée par le parlement canadien le 25 juin, est une violation des droits des postiers de négocier des salaires, conditions de travail et pensions à la mesure du travail qu'ils fournissent et de faire la grève pour appuyer leurs revendications. Le projet de loi C-6 nie la réclamation légitime des travailleurs des postes à la valeur ajoutée qu'ils produisent et ne reconnaît que le droit de monopole. Il nie le droit de décider des travailleurs. Un arbitre est nommé pour jouer le rôle de fier-à-bras du gouvernement au nom de Postes Canada. Il est tenu par la loi d'imposer le droit de monopole et le programme de restructuration appelé « Poste moderne ». C'est aussi une attaque contre l'ensemble des Canadiens parce que c'est conçu pour engraisser Postes Canada en prévision de la privatisation de ses secteurs rentables. Cela soulève la question de l'état des droits des travailleurs au Canada aujourd'hui.

La « loi de retour au travail »

La première loi de retour au travail a été adoptée en 1950, criminalisant la résistance des travailleurs des chemins de fer et les forçant à rentrer au travail. Depuis 1950, il y a eu 33 actes du parlement, quatre ont été des lois de retour au travail affectant les travailleurs des postes (1987, 1991, 1997 et juin 2011). Des lois fédérales de retour au travail ont été utilisées contre les travailleurs portuaires, les travailleurs des chemins de fer, les manutentionnaires de grains, les travailleurs des postes et les employés du gouvernement fédéral.

Une recherche effectuée par National Union of Public and General Employees (NUPGE), faisant partie de sa campagne sur les droits des travailleurs et les droits humains, montre que durant les 29 dernières années, le gouvernement fédéral à lui seul a adopté 14 lois forçant le retour au travail. Les gouvernements provinciaux partout au pays ont promulgué 76 lois de retour au travail. La plupart d'entre elles (51 sur 90) forcent non seulement les travailleurs à retourner au travail mais imposent aussi des règlements arbitraires contre les travailleurs en grève.[1]

Les lois adoptées criminalisant la lutte des travailleurs des postes à la défense de leurs droits en 1987 et 1991 ont prévu un seul arbitre et un processus de médiation, la prise en considération du rapport du commissaire-conciliateur et à défaut d'une résolution, une décision de l'arbitre. En 1997, la loi a dicté à l'arbitre qu'il doit s'inspirer « de la nécessité d'avoir des conditions de travail compatibles avec la Loi sur la Société canadienne des postes et la viabilité et la stabilité financière de la Société canadienne des postes, compte tenu de :

a) la nécessité de ne pas avoir recours à des hausses indues de tarifs postaux :

(i) d'être efficace,
(ii) d'accroître sa productivité,
(iii) de respecter des normes de service acceptables ;

b) l'importance des bonnes relations patronales-syndicales entre la Société canadienne des postes et le syndicat. »

La loi de 1997 a été adoptée alors que le Parti libéral au pouvoir imposait aussi une convention salariale, la retirant des questions qui auraient pu être décidées par l'arbitre ou négociées par les parties avant une décision de l'arbitre.

Selon le projet de loi C-6, l'arbitre doit s'en tenir à ce qui suit :

« Pour choisir l'offre finale, l'arbitre se fonde sur la nécessité de conditions de travail qui sont compatibles avec celles de secteurs postaux comparables et qui fourniront à la Société canadienne des postes la souplesse nécessaire à sa viabilité économique et sa compétitivité à court et à long terme, au maintien de la santé et de la sécurité de ses travailleurs et à la viabilité de son régime de pension, compte tenu des éléments suivants :

a) la nouvelle convention collective ne doit pas directement entraîner la diminution de l'indice de solvabilité du régime de pension ;

b) la Société canadienne des postes se doit, sans recours à des hausses indues de tarifs postaux, d'être efficace, d'accroître sa productivité et de respecter des normes de service acceptables. »

En outre, à la place d'un processus de médiation, la prise en considération du rapport du commissaire de conciliation et d'arbitrage, le projet de loi C-6 utilise « le choix de l'offre finale ». Cela signifie que l'arbitre peut accepter ou rejeter dans son intégralité l'« offre finale » de Postes Canada ou du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) représentant les travailleurs des postes. Non seulement le choix de l'offre finale sera utilisé mais l'arbitre est tenu par la loi de choisir sur la base de « conditions de travail qui sont compatibles avec celles de secteurs postaux comparables », la « compétitivité » de Postes Canada, le taux de solvabilité du régime de retraite – en d'autres mots l'ordre du jour de Postes Canada. C'est l'imposition sans détour du droit de monopole. Aucune des exigences de la « compétitivité » n'est une exigence de la Loi sur la Société canadienne des postes ou même conforme à son mandat qui exige de Postes Canada d'être autonome tout en garantissant un niveau de service qui répond aux besoins de la population du Canada. Le gouvernement Harper, dans sa loi de retour au travail contre les travailleurs des postes, a aussi éliminé la directive de l'arbitre sur l'importance de maintenir de bonnes relations patronales-syndicales.

Le choix de l'offre finale a été utilisé deux fois depuis 1982 dans la législation fédérale, contre les travailleurs des chemins de fer en 1997 et les travailleurs portuaires en 1994.

Note

1. National Union of Public and General Employees (NUPGE)
http ://www.cbc.ca/news/canada/story/2011/06/15/f-faq-back-to-work-legislation.html
http ://www.labourrights.ca/content/federal-government
http ://www.canlii.org/en/ca/laws/stat/sc-1997-c-34/latest/sc-1997 -c-34.html
http ://www.parl.gc.ca/LegisInfo/BillDetails.aspx ?Language=E&Mode= 1&billId=5089903
http ://www.nupge.ca/content/4293/ituc-report-cites-major-restrictions-labour-rights-canada

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