Le plan d'annexion et d'empire appelé «Plan Nord»

Les travailleurs doivent opposer au plan Charest leur propre projet d'édification nationale
    

Beaucoup ont noté l'empressement du premier ministre Jean Charest à  « mousser le Plan Nord sur toutes les tribunes pour attirer les compagnies minières et les investisseurs ». On sent une urgence soudaine et le bureau du premier ministre a annoncé un autre voyage, après l'Europe et les États-Unis, en Asie (Japon-Chine) au mois d'août encore sur le thème du Plan Nord.

Depuis l'annonce du Plan Nord en mai dernier, nous assistons à une gigantesque campagne de promotion de la part du premier ministre du Québec. Après la publicité à la radio, à la télévision, sur Internet et dans tous les journaux des grands groupes de communication du Québec, Jean Charest a entrepris deux voyages pour vendre son projet du siècle. Après la fin des travaux parlementaires le 10 juin, il s'est rendu à New York le 14 juin pour un dîner conférence organisé par la Foreign Policy Association auquel ont participé des représentants des principales institutions financières newyorkaises comme Goldman Sachs, G.P. Morgan et Merrill Lynch, des firmes d'ingénierie et des compagnies spécialisées dans l'énergie. Par la suite, il s'est envolé pour l'Europe le 27 juin dans les principales places d'affaires de la Communauté européenne : Londres, Bruxelles, Francfort et Munich, pour une tournée de cinq jours.

Selon une dépêche de la Presse canadienne en date du 1er juillet 2011, « il s'agissait d'une mission d'exploration, qui n'a donné lieu à aucune annonce d'investissement ». Donc, en définitive, rien de concret comme projet qui pourrait s'ajouter à ceux déjà annoncés en mai dernier.

Alors pourquoi tout ce brouhaha autour de cette mission en Europe ? Au Québec, le Plan Nord a du plomb dans l'aile. Selon les représentants de l'industrie minière : « Il y a un nombre inestimable d'activités d'exploration minière qui sont arrêtées faute de balises et d'indications claires.» Plusieurs aspects de ce Plan Nord ne sont pas résolus.

Charest prépare les prochaines élections

À son retour d'Europe, Charest a déclaré : « Le Plan Nord sera un enjeu électoral » et a promis que la promotion de ce plan lui permettra de « faire échec au multipartisme » au Québec. Il fait référence à l'émergence possible de nouveaux partis politiques. En conférence de presse, il a dit que la formation de gouvernements de coalition est « une tendance lourde qu'on observe autant au Québec que partout dans le monde ». « Il y a un questionnement, poursuit-il. On le voit en France, en Allemagne, on voit cela en Belgique (sans gouvernement depuis un an), à Londres où il y a un gouvernement de coalition. » « Les choses changent et peuvent changer encore vingt fois d'ici les deux prochaines années, tellement la politique aujourd'hui va rapidement », confie-t-il. Il croit que sans un grand projet rassembleur, son Plan Nord, tout l'échiquier politique sera fractionné entre plusieurs partis. Il prépare son gouvernement et le Parti libéral pour les élections qui se tiendront d'ici deux ans. Voilà d'où vient ce sentiment d'urgence de vendre le Plan Nord.

Pour la classe ouvrière, le problème ne se pose pas en terme de comment brader nos ressources et sauver le Parti libéral. Il se pose en terme de comment stopper cette braderie et mettre dehors les libéraux et consorts qui détruisent l'économie nationale au profit du droit de monopole, contre le bien public. Au plan de braderie de Charest, les travailleurs doivent élaborer leur projet d'édification nationale.

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Le Plan Nord et les frontières du Québec

Selon Jean Charest, premier ministre du Québec, le territoire du Plan Nord est situé au nord du 49e parallèle et suit la rive nord du fleuve Saint-Laurent en direction est jusqu'à la frontière de Terre-Neuve-Labrador. Il couvrirait une surface de 1,2 millions de kilomètre carré, soit l'équivalent de 72 % du territoire du Québec. C'est deux fois la surface de la France.

Parmi les infrastructures stratégiques de transport proposées dans le plan de mise en oeuvre du Plan Nord, figure la construction d'un port en eau profonde à Kuujjuarapik, sur la rive de la baie d'Hudson. Tel qu'indiqué dans la revue Actualité du 30 juin dernier, « la construction d'un port en eau profonde à Kuujjuarapik suscite un grand intérêt sur les plans économique et social. Ce port aurait d'importantes retombées puisqu'il pourrait assurer la desserte d'une vaste région, comprenant le Nunavik ainsi qu'une partie du Nord canadien – soit les parties centre et est du Nunavut. (...) Dans la perspective d'ouverture du passage du Nord-Ouest, le port en eau profonde de Kuujjuarapik assurerait les échanges de marchandises avec, notamment, la Russie, la Norvège et le Groenland. » Ce port serait relié au village de Radisson par un lien terrestre de 250 kilomètres.

Les frontières

Dans cette partie du Québec comme dans la partie nord-est du territoire du Plan Nord, ce qui cause problème, ce sont les frontières mal définies de la province de Québec. « Le port en eau profonde de Kuujjuarapik ne serait pas construit au Québec mais bien sur le territoire du Nunavut. » C'est l'opinion énoncée par deux éminents juristes et géographes du Québec, messieurs Henri Dorion et Jean-Paul Lacasse, dans un ouvrage intitulé Le Québec : territoire incertain, 2011. Ils ajoutent : « L'ennui, c'est que les bateaux ... ils ne seraient même plus en territoire québécois ! » Tout simplement parce que le littoral, de la baie James à la baie d'Ungava « à marée haute, on est au Québec, et à marée basse, on en sort ! » On y apprend aussi que plus de 80 % des frontières du Québec ne sont pas délimitées sur le terrain. Leur livre jette un nouvel éclairage sur un des secrets les mieux gardés de la géopolitique québécoise.

Le Plan Nord comme plusieurs autres projets (le pétrole dans le golfe du fleuve Saint-Laurent, l'hydroélectricité du Labrador et de la Côte-Nord, l'exploration gazière des Basses Terres du Saint-Laurent, les projets miniers) sont menacés par de nombreuses incertitudes territoriales.

Dans la partie nord-est du territoire du Plan Nord, tous les projets miniers se trouvant sur la zone frontalière du Québec/Terre-Neuve-Labrador sont dans la même situation (voir la carte des frontières du Québec ci-dessus). De plus, si un gisement minier chevauche la frontière, comment et à qui seront payées les redevances ? Pourquoi dépenser des argents sur un territoire qui ne fait pas partie du Québec ?

Charest a présenté le Plan Nord aux Québécois et lors de sa tournée aux États-Unis et en Europe comme un plan longuement préparé : « Deux années de planification » disait-il, « le projet d'une génération », « un grand projet rassembleur », « la perspective d'un développement durable pour le Québec », etc.

Déjà les faiblesses du Plan Nord apparaissent avant que le gouvernement Charest n'y engloutisse plus de 2 milliards $ en cinq ans. Les Québécois se doivent de surveiller de très près et de questionner la pertinence du Plan Nord. Le Plan Nord demeure, malgré les qualificatifs « d'initiative fascinante », de « très grande concertation entre les acteurs », « tout à fait visionnaire et complet dans ses dimensions économiques et environnementales », un plan de braderie des ressources naturelles du Québec.

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Bulletin du 25 juillet 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca