Opposition aux préparatifs de guerre

Harper et les monopoles militaires vont à Paris pour vendre des armes et les territoires innus

Alors que le Canada continue de bombarder la Libye et de tuer des civils au nom de l'« aide humanitaire » et que le gouvernement Harper a annoncé des coupures budgétaires de 56 million $ au ministère des Pêches et des Océans, qui vont entre autres entraîner la fermeture du Centre de sauvetage maritime à St. John's et mettre en danger la vie des civils en haute mer, il a dépensé des centaines de milliers de dollars pour envoyer des fabricants d'armes au 49e Salon international de l'aéronautique et de l'espace de Paris Le Bourget.

Le Salon du Bourget a lieu à tous les deux ans, en alternance avec le Salon aéronautique international de Farnborough au Royaume-Uni. La 49e édition du Salon avait eu lieu du 20 au 26 juin à l'aéroport du Bourget, dans cette banlieue industrielle au nord de Paris. Le Salon du Bourget est la congrégation par excellence des marchands de mort d'aujourd'hui. Près de 2000 exposants ont colporté les créations meurtrières dernier cri. Il s'agit du plus grand bazar d'armes au monde. Il a engendré des contrats de l'ordre de 89 milliard $US en 2008, deux fois plus qu'en 2006. Selon une dépêche de Fox News de 2008, c'est au kiosque d'Israël, aujourd'hui le 5e plus grand fabricant d'armes au monde, qu'on trouvait les modèles avec les plus petites tenues, portant des armes que les compagnies d'armes israéliennes et le gouvernement d'Israël espéraient vendre sur le marché international. Le Pavillon du Canada, financé et doté de personnel par le gouvernement, était de la partie.

Au total, 15 compagnies, agences et associations militaires du Canada atlantique ont à nouveau participé à l'événement, selon le Service fédéral pour la coopération militaire et technique.

Mais il faut aller au-delà des apparences. Parmi les participants se trouvaient l'Aérospatiale, Défense et Sécurité, une branche peu connue du gouvernement néo-démocrate de la Nouvelle-Écosse, ainsi que le Novia Scotia Business Inc., plus connu, une entreprise en coparticipation par laquelle le gouvernement paie les riches en accordant subventions et prêts-subventions au capital privé à même le trésor public.

Faisait aussi partie du cortège le Centre d'innovation et de liaison industrielles, département peu connu de l'Université de Dalhousie. L'université déploie des efforts considérables pour placer la recherche, la formation et le développement au service de monopoles d'armes tels Lockheed Martin ainsi que du ministère de la Défense nationale, et ce, sans frais ou pour peu de frais. C'est en effet l'une des principales sources de profit pour le capital en ce moment, ce qui en dit long sur l'Université Dalhousie qui se veut une institution de « l'économie du savoir ».

« Liberté » ?

L'aspect de loin le plus détestable de la participation canadienne au salon était l'inclusion du Programme de formation internationale du ministère de la Défense nationale de Goose Bay (voir photo). Il s'agit en fait d'une campagne de promotion de ce qui est devenu, en fait, la base de l'OTAN au Labrador, laquelle base fait l'objet d'une vigoureuse opposition de la nation innue du Labrador depuis les années 50. Le slogan du ministère de la Défense est « Goose Bay : libre de voler ». L'hypocrisie n'est surpassée que par la vénalité : c'est la « liberté » des préparatifs de guerre de l'OTAN et la « liberté » de nier par la force les droits ancestraux des Premières Nations.

Le ministère de la Défense nationale maintient une aire d'essais aériens (et d'instruction de survie en Arctique) à la disposition des Forces aériennes de l'OTAN, comme celles de la Grande-Bretagne, de l'Allemagne et de l'Italie, et saisit l'occasion offerte par le Salon aéronautique de Paris pour l'offrir à d'autres membres du bloc de l'OTAN au détriment des Premières Nations. Le territoire ancestral des Innus sert de base aux préparatifs de guerre impérialistes, comme en Libye. De même, les pilotes israéliens qui ont bombardé Gaza sans arrêt pendant 31 jours ont été formés en Alberta (Opération Feuille d'érable, base des Forces armées, Cold Lake). Le territoire des Innus est encore une fois vendu pour faire du Canada un « pays prêt à agir », comme le dit effrontément le ministre de la Défense Peter MacKay, en tant qu'intervenant de première ligne pour les États-Unis et pour le bloc de l'OTAN.

Au milieu des années 80, la nation innue du Labrador et de l'est du Québec (Nitassin) a vigoureusement protesté contre les essais de vols à basse altitude et de bombes à guidage laser au Labrador central et au sud (voir photo). Elle s'était en cela gagnée un appui massif partout au Canada. Le nombre de ces essais s'est accru dans les années 90. Les essais de bombardement ont eu un impact ravageur sur l'environnement, notamment sur les troupeaux de caribous que les vols supersoniques ont dispersés aux quatre vents. Les études d'impacts environnementaux, les pressions politiques et les tribunaux ayant échoué, les Innus ont eu recours à l'action directe. Ils ont occupé les pistes d'atterrissage des bases militaires et il y a eu des arrestations massives.[1]

Et pourtant, malgré de grands efforts, y inclus la persécution des Innus et la suppression de leur courageux mouvement d'opposition, le gouvernement canadien n'a pas réussi à faire de Goose Bay un Centre de formation aéronautique de l'OTAN, puisque ce titre est allé à l'Italie. Plutôt que de fermer l'installation, Harper essaie toujours de la vendre au plus offrant dans les corridors de l'OTAN et au Salon aéronautique de Paris, comme un vendeur de bagnoles dans un aéroport : trois jours, taux réduits, premiers 100 kilomètres gratuits, assurances incluses – « la liberté de vol » avec un « intervenant de première ligne ».

Note

1. « Arrêtez les bombardements de l'OTAN au Labrador ! », LML, le 21 décembre 2001

(Traduction : LML)

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Bulletin du 18 juillet 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca