L'annexion se poursuit sous l'égide des monopoles

Les gouvernements et les monopoles
se réunissent à la frontière pour planifier
la poursuite de l'annexion

Les monopoles au Canada et aux États-Unis ainsi que les représentants politiques et les « groupes de réflexion » qu'ils financent revendiquent d'une même voix l'annexion, en espérant que des arrangements puissent être conclus avant le prochain cycle d'élections présidentielles aux États-Unis. Ils comptent se saisir d'une « conjoncture favorable » d'une durée de deux ans pendant laquelle ils pourront accomplir leurs objectifs, dont celui d'officialiser un Périmètre de sécurité (voir LML du 20 juin). Ils espèrent du même coup que leurs supposées« variations marginales » et leur soi-disant « avantage mutuel » sauront tromper les crédules. Ça ne doit pas passer !

Les chefs d'entreprise enjoignent le Conseil d'exportation d'Obama d'accélérer l'infrastructure requise pour l'annexion

Le 28 juin, le Conseil canadien des chefs d'entreprise (CCCE) a accueilli des représentants du gouvernement canadien et du Conseil d'exportation du président des États-Unis, Barrack Obama, à Windsor, en Ontario, pour revendiquer des mesures visant l'élimination de la frontière entre le Canada et les États-Unis. On rapporte que la réunion a porté sur sur le besoin d'une nouvelle infrastructure frontalière ainsi que sur le déplacement des inspections douanières vers les usines elles-mêmes.

Parmi les participants, il y avait le pdg de Chrysler Canada, Reid Bigland, le vice-président des relations gouvernementales internationales pour General Motors Corp., Arturo Elias, le vice-président des opérations de la compagnie pour Loblaw Companies Ltd., Bob Chant, le sous-ministre et comptable pour Industrie Canada, Simon Kennedy, l'ambassadeur des États-Unis au Canada, David Jacobsen, le consul général des États-Unis à Toronto, Kevin Johnson, et le consul général du Canada à Détroit, Roy Norton.

Le Windsor Star rapporte que « les représentants canadiens des industries de l'automobile, de l'alimentation et du pétrole ont demandé que les gouvernements en finissent avec les querelles politiques et s'engagent sans délai à construire un nouveau passage, en dépit des pressions politiques grandissantes de la part du propriétaire du pont Ambassador, Matty Moroun ».

John Manley, le président du CCCE, déclare qu'il souhaite que se réalise l'objectif du Conseil d'exportation qui veut doubler ses exportations d'ici cinq ans en concentrant ses exportations au Canada. « Et cela n'est réalisable qu'en améliorant l'infrastructure au passage frontalier, a dit Manley. Il s'agit d'un important élément d'infrastructure pour les échanges, le commerce et la mobilité, et il doit être sans failles. »

C'était la première fois que le Conseil d'exportation se réunissait à l'extérieur des États-Unis. Membre du Conseil d'exportation et présidente de Dow Corning Corporation, Stephanie Burns a exprimé la principale revendication des monopoles portée par le CCCE, qui est l'élimination des « barrières physiques » à la frontière. « Nous avons entendu tout au long de la journée que les barrières physiques à la frontière sont le principal sujet de préoccupation. [...] Le consensus que nous ressentons est qu'il faut en finir avec les barrières. C'est le message que nous rapporterons à Washington », a-t-elle dit.

Aux États-Unis, l'ouverture du nouveau passage est retardée parce que les mesures législatives requises au Michigan ne seront adoptées qu'à l'automne et peut-être plus tard.

Exprimant les inquiétudes des monopoles pour qui la souveraineté du Canada est une entrave à la maximisation des profits, les représentants de l'industrie de l'automobile ont dit que la frontière Canada-États-Unis est une entrave à leur chaîne d'approvisionnement.

On rapporte que les chefs des monopoles automobiles étasuniens établis au Canada, comme Ford et Chrysler, ont contesté les coûts que leur occasionne la frontière. « Chez Ford, nous ajoutons une heure à chaque voyage à cause des délais et de l'inefficacité des frontières, ce qui rajoute 200 $ au coût de chaque unité » a dit Mondragon. 750 000 véhicules sont fabriqués aux États-Unis et exportés au Canada tandis que les compagnies canadiennes exportent 1,7 million de véhicules aux États- Unis. Le résultat pour nous est un coût de 500 million $ qui n'ajoute aucune valeur au véhicule ni au consommateur. » Se livrant au chantage, il a dit que l'avenir de l'industrie automobile canadienne était menacé si les frontières ne sont pas à toutes fins pratiques éliminées et il a ajouté que les véhicules contiennent près de 8 000 pièces et que « le retard d'une seule de ces pièces peut occasionner la fermeture d'une usine d'automobiles ».

Selon une autre dépêche, les monopoles que représente le CCCE avaient demandé que soit facilité « le passage des travailleurs temporaires » entre le Canada et les États-Unis. Ils ont aussi réitéré leurs propositions à l'intention du gouvernement canadien au sujet du prédédouanement des exportations à partir des usines mêmes, ce qui présuppose l'implantation d'agents de sécurité des États-Unis dans les usines canadiennes. « L'inspection et l'approbation des camions à l'usine même – dont les coûts seront assumés par les principales compagnies impliquées – permettraient d'expédier ces camions au-delà des frontières sans inspection », selon un quotidien.

Le Sommet des Grands Lacs revendique l'annexion

Par ailleurs, du 21 au 22 juin 2011, à Windsor, a eu lieu le Sommet des Grands Lacs et des régions du St-Laurent, sous les auspices du Centre Mowat et de l'Institution Brookings. L'annexion était aussi à l'ordre du jour de cette rencontre. Selon le site web du Sommet : « Le Centre Mowat et l'Institution Brookings sont convaincus qu'une coopération stratégique aux frontières entre États et entre provinces dans la région des Grands-Lacs et du St-Laurent est essentielle pour l'avenir de la région ».

« Nous convoquons les dirigeants des communautés gouvernementales, des milieux des affaires, des organismes à but non lucratif, des communautés syndicales, académiques, environnementales et autochtones des deux côtés, du Canada et des États-Unis, pour qu'ils trouvent des façons de collaborer pour faciliter le mouvement entre les frontières et pour assurer ainsi la prospérité et la durabilité de la région. »

Exprimant sans ambiguïté les objectifs du sommet, le directeur du Centre Mowat, Mathew Mendelson, a confié à un quotidien : « Notre plus grand défi, notre plus grand obstacle, est la frontière. »

Aussi, Gordon Campbell, l'ancien premier ministre discrédité de la Colombie-Britannique, qui a été nommé Haut-Commissionnaire à la Grande-Bretagne par le gouvernement Harper, est aussi intervenu au sommet pour demander l'élimination de règlements « stupides ». « Nous devons nous réveiller », a-t-il dit, expliquant qu'il faut éliminer des règlements « stupides » qui « entravent en ce moment la mobilité du capital humain ». Il a revendiqué l'annexion au nom de la collaboration régionale. Il a donné l'exemple de comment lui et le gouverneur de Washington avaient convaincu les gouvernements fédéraux d'accepter des « permis de conduire améliorés » pour remplacer les passeports à la frontière.

(Windsor Star, Globe and Mail)

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Les premiers ministres des provinces de l'Ouest
se font les défenseurs de l'annexion et
de l'exportation des ressources brutes

Les premiers ministres de la Colombie-britannique, de l'Alberta, de la Saskatchewan, du Manitoba, des Territoires du Nord-Ouest, du Yukon et du Nunavut se sont réunis à Yellowknife du 20 au 22 juin 2011 à l'occasion de la Conférence annuelle des premiers ministres de l'Ouest.

La déclaration émise à la fin de la rencontre a pour titre : « Le regard tourné vers l'extérieur pour assurer une prospérité forte et durable ». Elle souligne que les premiers ministres reconnaissent tous l'importance d'« assurer que l'infrastructure, les politiques et les règlements soient favorables à de plus grands échanges avec l'Asie et les États-Unis, afin d'assurer une croissance forte et soutenue pour les Canadiens de l'Ouest ».

On y lit qu'un emploi sur quatre dans l'Ouest du Canada est le fruit direct d'exportations internationales et que près de la moitié du produit intérieur brut dépend des exportations vers ces marchés, en particulier vers les États-Unis. Ces constatations en elles-mêmes révèlent de graves lacunes dans l'économie, lacunes bien connues des travailleurs. L'industrie manufacturière est en train d'être détruite tandis que les ressources naturelles sont exportées ailleurs pour être transformées. Le bitume des sables bitumineux était jadis rehaussé et raffiné au Canada et servait de produit de base pour l'industrie pétrochimique. Aujourd'hui, de nouveaux gazoducs sont construits dans l'unique but d'expédier le bitume par les tuyaux et avec lui les emplois, tandis que le Canada demeure le seul pays producteur de pétrole devant importer le pétrole. Il en va de même dans tous les secteurs, y inclus l'industrie forestière et l'expédition de bois brut, la fermeture de nombreuses usines de transformation de boeuf et de porc dans les prairies, et la crise pesant sur les agriculteurs producteurs de boeuf et autres. Les premiers ministres ont néanmoins conclu que c'est la voie qu'il faut poursuivre pour assurer la prospérité et qu'il faut par conséquent retirer tout ce qui constitue un obstacle au commerce avec l'Asie et les États-Unis.

Les premiers ministres parlent d'une seule voix de la nécessité d'un accès « sans entraves et à point » aux marchés des États-Unis. Pour eux, il s'agit de mettre sur pied une « infrastructure physique stratégique » aux portes d'entrée et dans les corridors clés entre le Canada et les États-Unis. Les premiers ministres revendiquent aussi des inspections simples et la standardisation des normes de sécurité entre le Canada et les États-Unis pour les produits alimentaires et agricoles. Ainsi, le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux ne seraient plus responsables de la promotion de produits alimentaires sains pour le Canada.

Les premiers ministres ont revendiqué des mesures importantes pour accroître l'exportation des ressources vers l'Asie : « Le développement dramatique en Asie crée une demande particulièrement forte pour des aliments et des biens tels le charbon, la potasse, les produits forestiers et les minéraux. La demande globale du pétrole et du gaz devrait aussi augmenter, ce qui créerait les possibilités de nouvelles exportations de produits énergétiques provenant de l'Ouest et du Nord. L'Ouest canadien est un endroit particulièrement propice pour répondre au besoin grandissant de l'Asie. Ce que l'Asie veut, nous l'avons en abondance : énergie, aliments, forêts, charbon, minéraux et engrais, ainsi que les services et technologies qui s'y rattachent. » Les premiers ministres notent aussi dans leur déclaration que l'Ouest canadien est la porte d'entrée des importations en provenance de l'Asie et visant le marché de consommation canadien.

La déclaration continue : « Les premiers ministres reconnaissent que le développement opportun d'infrastructures physiques stratégiques et de politiques visant à faciliter le commerce, telles que des chemins de fer, des routes, des passages, des ports, des aéroports, des gazoducs et des terminaux de gaz liquide naturel, est crucial si on veut que le Canada puisse concurrencer avec succès sur les marchés mondiaux. Ils se sont entendus pour appuyer et encourager le développement d'options de marché viables tout en ne perdant pas de vue les atouts compétitifs qui sont nôtres. »

Les premiers ministres revendiquent aussi une restructuration permettant « l'approbation opportune » d'importants projets d'infrastructure, y inclus les projets touchant à la production de bien et à l'exportation. Cette restructuration cible en particulier le projet de gazoduc du passage nordique qu'étudie présentement un comité de révision conjoint mis sur pied par le ministère de l'Environnement et par l'Office national de l'énergie.

Les premiers ministres ont aussi revendiqué une politique de « ciel ouvert » – c'est-à-dire un « libre marché » pour l'industrie du transport aérien sur la base d'ententes avec les pays clé pour l'expansion du commerce avec l'Asie. Aussi revendiquent-ils l'élimination des loyers et des frais d'aéroports, ainsi que les frais et taxes reliés au transport aérien.

Enfin, les premiers ministres ont fait valoir leurs « solides relations avec les gouverneurs de l'Ouest des États-Unis et avec tous les décideurs au niveau des États ou des États-Unis en général ». Ils se sont engagés à travailler de près avec le gouvernement fédéral du Canada, avec les organisations régionales (comme par exemple avec la Pacific NorthWest Economic Region) ainsi qu'avec les intervenants de l'industrie pour « une frontière plus efficace, économiquement accessible et sécuritaire pour les citoyens canadiens et américains et pour les entreprises ». La première ministre de la Colombie-Britannique, Christy Clark, fera part des intentions des premiers ministres de l'Ouest à leurs homologues des États-Unis à l'occasion de la prochaine réunion de l'Association des gouverneurs de l'Ouest.

Selon le site web de la conférence, la rencontre des premiers ministres a été commanditée par un certain nombre de monopoles, les principaux étant BHP Billiton, le groupe ATCO et Enbridge. BHP Billiton est le principal propriétaire de la mine de diamant d'Ekati dans les Territoires du Nord-Ouest. Billiton n'a pas réussi à prendre le contrôle de Potash Corp., n'étant pas d'un net avantage pour le Canada comme l'a fait valoir une forte opposition, dirigée notamment par le premier ministre du Saskatchewan, Brad Wall, dont certains autres premiers ministres de l'Ouest partagent l'opinion.. Billiton a aussi obtenu les droits d'exploration dans le bassin de potasse du Saskatchewan. Le groupe ATCO est un monopole de l'industrie des services publics basé à Calgary, en Alberta, qui se spécialise en gazoducs, en gaz naturel et en électricité. Enbridge, basé lui aussi à Calgary, était connu sous le nom de Interprovincial Pipelines. Il a construit le gazoduc trans-canadien et attend présentement l'approbation régulatrice pour un gazoduc reliant Edmonton et Kitimat – le « gazoduc du passage nord » – dans le but de transporter le bitume des sables bitumineux en Asie. Enbridge est actif aux États-Unis et au Canada et opère le plus grand système de gazoducs pour pétrole brut et pour liquides au monde. Shell, Discovery Air et CIBC sont aussi parmi les commanditaires. Bien que le rôle des commanditaires ne soit pas précisé, les faits sont loquaces. Toutes les politiques annoncées par les premiers ministres dans leur déclaration visent à restructurer l'État et à payer les riches en leur assurant l'infrastructure nécessaire au pillage des ressources. C'est un programme pour l'annexion plus poussée du Canada.

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Ce qui se cache derrière les mesures législatives visant la «migration clandestine»

Le 17 juin, le ministre de l'Immigation, Jason Kenney, a affirmé que les nouvelles lois en matière d'immigration devant empêcher la migration clandestine font partie des démarches pour mettre sur pied un Périmètre de sécurité.

Afin de dissimuler le véritable objectif, « assurer la sécurité de l'Amérique du Nord », Kenney a déclaré que les nouvelles lois sont nécessaires pour « rendre le Canada moins convoité en tant que destination aux yeux de migrants qui déboursent parfois des dizaines de milliers de dollars à des passeurs de clandestins pour voyager jusqu'à nos rives dans des vaisseaux dangereux, comme pour ces quelques 500 personnes arrivées à bord du Sun Sea et du Ocean Lady en 2009 et en 2010 ».

En d'autres mots, l'objectif est d'éviter des situations par lesquelles le Canada est obligé d'offrir refuge à des personnes fuyant la persécution d'un gouvernement qui est en fait un allié du Canada. C'est ce qui s'est produit avec le Sri Lanka. Le Canada est présent au Sri Lanka, où il construit une infrastructure stratégique en profitant de la situation de guerre civile qui y sévit pour atteindre ses objectifs.

Dans un élan d'hypocrisie devenue typique du gouvernement Harper, alors qu'il faut lui-même la promotion de sentiments négatifs envers les réfugiés, Kenney déclare : « Nous avons au Canada une situation exceptionnelle par laquelle notre pays est la seule démocratie libérale occidentale sans la moindre discordance xénophobe ou anti-immigrante sur la place publique. »

Il s'exprime ainsi car, de toute évidence, il veut s'assurer qu'il n'en soit plus ainsi.

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Bulletin du 18 juillet 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca