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À la
défense des droits de tous
La crise du logement au Québec
- Serge Lachapelle -
C'est au coin de St-Denis et
René-Lévesque, ancien site de la salle
de spectacle Le Medley, qui sera démoli pour faire place
à des
unités de condominiums, que le FRAPRU a tenu le 3 juillet son
point de
presse pour faire le bilan du 1er juillet, journée de
déménagement. Même si l'organisme qui oeuvre pour
le droit au logement
constate que le nombre de ménages qui se sont retrouvés
sans
logis autour du 1er juillet a sérieusement baissé cette
année, il
avertit les autorités politiques que l'embellie pourrait
être de
courte durée, si elles n'acceptent pas de hausser leurs
investissements
en logement social.
L'organisme affirme que plus de 200 ménages ont
fait appel à leur
municipalité, parce qu'ils étaient sans logis ou à
risque immédiat
de le devenir. Deux jours après la journée des
déménagements, 55
ménages ne seraient pas encore parvenus à se loger, selon
des données
officielles des villes. C'est le cas de 17 ménages de
Montréal dont 5
sont hébergés par la municipalité. Même si
les données sont plus
difficiles à vérifier, ce serait aussi le cas de 16
ménages de
Rouyn-Noranda, de 8 de Gatineau, de 6 de Val d'Or et de 5 de
Québec. À
Gatineau, un organisme communautaire, les Oeuvres Isidore-Ostiguy, suit
toujours 32 ménages qu'il considère sans logis.
Ces chiffres n'incluent pas les personnes qui
étaient sans-abri
avant le 1er juillet ou qui se sont adressées directement
à une
ressource pour personnes itinérantes. Or, les trois grands
refuges de
Montréal sont remplis à pleine capacité, ce qui
est inhabituel à
cette période de l'année. À Québec, les
refuges ont à maintes reprises
été remplis à plus de 90 % depuis le
début de juin.
Le FRAPRU considère que la principale
embûche rencontrée dans la
recherche d'un logement est le coût élevé du
logement. Le loyer
moyen a en effet augmenté de 36 % au Québec entre
l'automne 2000
et le printemps 2011. Il est maintenant de 695 $ par mois
dans la région de Gatineau, de 694 $ dans celle de
Québec et de
678 $ dans celle de Montréal.
Le FRAPRU estime par ailleurs que la situation pourrait
prochainement se détériorer. La mise en chantier de
logements locatifs
a en
effet recommencé à fléchir au Québec au
cours des deux dernières
années. Le phénomène est encore plus manifeste
dans la région de
Montréal où l'année 2010 a été la
pire depuis 2001, avec la mise en
chantier d'à peine 2472 logements locatifs.
Sur l'île de Montréal comme telle, 407
logements locatifs ont été
mis en chantier en 2010, comparés à 4982 unités de
condominiums.
C'est 12 fois moins. Cette tendance commence à s'étendre
à la région de
Québec où 157 logements locatifs ont été
mis en chantier au
cours du premier trimestre de 2011 contre 479 unités de
condominiums.
François
Saillant,
coordonnateur du FRAPRU, a réitéré qu'il ne
fallait pas
compter sur le marché privé pour redresser la
barre : « Le condo attire davantage les investisseurs
que le
logement locatif, parce qu'il y a plus d'argent à faire de ce
côté, au moins à court terme. De toute
façon, le privé ne se mettra pas
à construire du logement réellement abordable. Le
logement
social représente la seule façon d'y parvenir parce qu'il
est
subventionné par les gouvernements, mais aussi parce qu'il est
sans but
lucratif. » Or, les gouvernements, tant
fédéral que québécois,
viennent justement de réduire leurs investissements en logement
social, de sorte qu'à peine 2000 logements seront
subventionnés à
l'échelle du Québec en 2011-2012. C'est 1000 de moins
qu'au cours des
deux dernières années.
Mentionnons également que le gouvernement
québécois n'a pas
renouvelé les subventions supplémentaires
accordées en 2010 pour la
construction de logements sociaux en régions et principalement
en
régions éloignées. Selon le FRAPRU, cette
réduction de l'aide
pourrait handicaper l'offre de logements dans des régions
où le marché
locatif ne répond pas à la demande. C'est le cas en
Abitibi où
le taux de logements inoccupés continue de tourner autour de
0 %,
mais aussi à Sept-Îles où ce taux est en chute
libre. Il n'était
que de 0,7 % au printemps 2011. Or, seulement, trois logements
locatifs y ont été mis en chantier au cours des trois
dernières
années.
C'est dans ce contexte alarmant que le FRAPRU a
annoncé qu'une
caravane de locataires, beaucoup plus ambitieuse que celle
organisée
en février dernier, reprendrait la route du 3 au 9 octobre
prochain
pour interpeller les gouvernements, en démontrant toute
l'ampleur
et la diversité des problèmes de logement. La caravane
sera formée de
deux contingents. Un premier partira d'Ottawa pour se diriger
vers Val d'Or, Rouyn-Noranda, Mont-Laurier, Saint-Jérôme,
Joliette,
Shawinigan et Sorel. L'autre partira de Québec pour aller vers
La
Malbaie, Baie-Comeau, Sept-Îles, Matane, Rimouski,
Rivière-du-Loup,
Lévis, Thetford-Mines et Granby. Les deux contingents se
rencontreront
à
Longueuil, le 8 octobre. Des actions seront organisées dans
chacune des
villes visitées. Le tout se terminera par une grande
manifestation nationale, à Montréal, le samedi 9 octobre.
C'est à l'État en tant que garant du bien
commun qu'il appartient de garantir le droit au logement.
Le logement est un droit !
Exigeons des mesures concrètes pour sa pleine
réalisation !

Bulletin du 11 juillet 2011 • Retour à l'index • Écrivez
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