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Opposition
aux nouveaux plans du gouvernement Harper
dans la poursuite de son
offensive antisociale
Les Terreneuviens manifestent contre
les plans de démolition du gouvernement Harper
- Tony Seed -
 
St. John's, le 25
juin 2011
Entre 2 500 et 3 000 Terreneuviens ont participé
à un vigoureux rassemblement le samedi 25 juin dans le secteur
riverain de St-
John's contre la décision du gouvernement Harper d'abolir le
Centre de sauvetage maritime.
La manifestation a rassemblé des travailleurs et
gens de toutes les
couches de la société, toutes affiliations confondues.
Elle
était organisée par une coalition à l'initiative
de syndicats dont le
Syndicat des pêcheurs, de l'alimentation et travailleurs
assimilés, l'Union canadienne des employés des
transports, l'Alliance
de la fonction publique du Canada et le Conseil du Travail Terre-
Neuve et Labrador.
Bannières et pancartes réclamaient :
« Le Canada n'est pas
à vendre ! » ; « Notre
sécurité n'est pas à
vendre ! » ; « La piastre
tout-puissante l'emporte
sur la sécurité ! » ;
« Viens à la pêche avec
moi, Harper ! » ; « L'objectif de
Harper :
détruire Terre-Neuve » ; et « Honte
à
Harper ! » Des pêcheurs ont aussi
participé au rassemblement
en protestant dans le port à bord de canots pneumatiques et
autres embarcations.
Selon les agences de nouvelles, parmi les orateurs au
rassemblement
il y avait la chef libérale provinciale, Yvonne Jones, le maire
de Mount Pearl, Randy Simms, le ministre conservateur provincial des
Pêcheries, Clyde Jackman, le président du NPD provincial,
Dale
Kirby, et la vice-présidente régionale de l'Atlantique de
l'Alliance de
la fonction publique du Canada (AFPC), Jeannie Baldwin.
Le maire de St-John's, Dennis O'Keefe, dans son discours
d'ouverture, a dit : « Ce que Harper devra comprendre,
et ce
qu'ils devront comprendre à Ottawa, c'est que nous sommes des
gens liés
à la mer. Je crains que ce ne soit que le début d'un
raz-de-
marée qui déferlera sur ce pays dans les années
qui viennent parce que
le gouvernement Harper fera tout pour ternir tout ce qui a
été
réalisé ici au pays. »
Dale Kirby a quant à lui rappelé
l'écrasement de l'hélicoptère
Cougar Flight 491 en mars 2009, rappelant aussi la recommandation du
juge Robert Wells d'accroître les mesures liées à
la recherche et au
sauvetage dans les zones extracôtières. « La
décision sans
vision et irréfléchie de Stephen Harper contrevient
à cette
recommandation », a-t-il dit.
Un contingent de 350 membres de l'AFPC,
représentant les employés
des douze sous-centres, a aussi participé au rassemblement.
Jeannie Baldwin de l'AFPC a dit que les conservateurs avaient
décimé
les postes de la fonction publique fédérale dans la
province.
La décision d'abolir le Centre de sauvetage
maritime fait partie des
coupures de 56 million $ au financement du ministère des
Pêches et des Océans (MPO) prescrites par le gouvernement
Harper. Ce
dernier défend ces coupures en disant qu'elles sont
nécessaires
pour réduire le déficit et pour assurer la reprise
économique. Ces
coupures ont comme conséquence d'éviscérer les
services publics mais
aussi de transformer en sociétés privées les
pêcheries et les océans
pour enrichir les monopoles privés, y inclus les flottes
pétrolières, de transport et de pêches
étrangères. Elles servent aussi
à accroître l'annexion des ressources et des avoirs du
Canada
aux États-Unis, qui pensent que la terre, la mer et l'espace
leur
appartiennent.

 
Le cas du Centre de sauvetage maritime
révèle à nouveau l'arrogance
de ce gouvernement qui a entrepris de démanteler tout ce qui
relève du domaine public. Cette arrogance se reflète
aussi dans
l'invocation constante de sa prérogative royale et de celle de
ses
ministres. Faisant fi des réelles préoccupations des
Terreneuviens, le
ministre fédéral des Pêches et des Océans et
de la Porte
d'entrée de l'Atlantique, Keith Ashfield, s'est moqué du
Centre de
sauvetage maritime. C'est un centre d'appel comme un autre, a-t-il
dit. Stephen Harper aurait interrompu une conversation
téléphonique qui
se voulait un appel de protestation de la part de la première
ministre Kathy Dunderdale, dont le but n'était pas de contester
le
droit de Harper de se débarrasser du centre mais de lui offrir
de le
co-financer. Cette conversation a eu lieu quelques semaines à
peine
après qu'elle eût mené une campagne sans
succès pour gagner Terre-
Neuve et le Labrador aux conservateurs lors des dernières
élections.
(Un seul Conservateur a été élu, au Labrador.)
Le gouvernement invoque une crise budgétaire pour
détourner
l'attention du fait que son offensive pour payer les riches est bel et
bien une offensive pour démanteler toutes infrastructures et
responsabilités publiques. Par conséquent, il dirige ses
assauts contre
les services publics et contre les travailleurs qui les assurent.
À l'occasion d'une entrevue aux nouvelles de la
CBC le 27 juin, le
ministre Ashfield a dit que « le peuple a le droit absolu de
manifester s'il n'est pas satisfait de la décision – nous vivons
en
démocratie », ajoutant du même souffle que
« nous
croyons avoir pris la bonne décision ».
Au coeur de ce conflit se trouve
précisément la question de qui a le
droit de décider de couper le service d'un Centre de sauvetage
maritime lorsque les gens de la région jugent que ce centre est
essentiel à leur sécurité. Le gouvernement Harper
prétend que les
« prérogatives » et le statut de
gouvernement majoritaire
accordent ce droit au gouvernement. Le droit primordial du peuple au
bien-être et à la sécurité est tout
simplement subordonné à tout ce que
le gouvernement Harper peut « croire ». Il peut
prendre les décisions qu'il veut et n'en répondre qu'aux
intérêts
financiers qu'il sert.
Comme on pouvait s'y attendre, Ashton affirme que la
décision de
fermer le centre est une décision « responsable sur
le plan
financier », que c'était une décision
« difficile » mais
fondée sur « l'important mandat donné par les
contribuables
canadiens d'épargner et de rétablir l'équilibre de
nos finances ».
Le raisonnement du MPO est de fermer
l'établissement de St-John's en
juin 2012 pour refiler les appels à la Nouvelle-Écosse et
à
l'Ontario. Comment protéger au maximum les pêcheurs, les
marins et les
travailleurs des installations de forage pétrolier et comment
assurer cette protection n'est pas une priorité pour ces
serviteurs du
droit de monopole.
L'urgence de s'opposer à la fermeture du centre
est illustrée par le
fait que la journée précédente, un homme avait
été retiré des
eaux à environ 60 kilomètres à l'est de St.
Anthony, au nord de l'île
de Terre-Neuve. Quatre autres hommes, qui travaillaient sur un
navire de pêche en détresse, ont été
sauvés.
Il y a à peine dix ans, Environnement Canada
avait fermé le bureau
météorologique de Terre-Neuve pour consolider ses
opérations à
Halifax. Le bureau de Halifax lui-même avait dû être
évacué pendant
l'ouragan Juan aux petites heures du matin du 1er octobre 2003. Des
prévisions météorologiques erronées avaient
été faites à partir du
centre de Fredericton, lui-même menacé de fermeture. Le
centre de
réserve pour toute la région de l'Atlantique du Canada
était situé au
Québec.
Selon le site web de la Garde côtière, la
région de Terre-Neuve et
du Labrador a le plus haut taux de cas de détresse de tout le
Canada. On y lit que le Centre de sauvetage de St-John's répond
à
environ 500 incidents impliquant 2 900 personnes en moyenne par
année.
La Garde côtière indique aussi que
28 % de ces incidents sont
identifiés comme étant des appels de détresse, et
que 600 vies
ont été sauvées et 18 vies perdues, en moyenne. Le
Centre est
responsable de 900 000 kilomètres carrés d'océan
et de 28 956
kilomètres
de lignes côtières.
Lorsque le dominion de Terre-Neuve s'est joint à
la fédération
canadienne en 1949, la nouvelle province avait abandonné le
contrôle
de toutes ses ressources. Aujourd'hui la situation est telle que Harper
en mène large sur les dominions tout en déclarant qu'il a
été
choisi pour régner.
Dans son rapport du 30 juin sur le débat
parlementaire sur la loi forçant le retour au travail des
postiers, LML
donnait
cette explication très judicieuse : « Un des
objectifs de la
fédération canadienne était d'offrir un service de
qualité qui
soit le même pour tous habitants d'un bout à l'autre du
pays. Il
s'agissait de garantir les services publics sans égard au lieu
de
résidence ou aux revenus. Ce sont les travailleurs qui ont
défendu les
principes dans cette affaire, pas le gouvernement, qui ne cesse
d'apporter des modifications importantes de nature constitutionnelle en
cachette, derrière des prétentions de protéger la
reprise
économique. Le gouvernement est incapable d'expliquer pourquoi
le
Canada ne pourrait pas avoir à la fois une économie forte
et défendre
les principes à la base de la
fédération. »
Tout ceci démontre que la crise constitutionnelle
est appelée à
s'approfondir, notamment sur la question du partage du pouvoir entre
le fédéral et les provinces. Depuis un certain temps le
gouvernement
fédéral détruit le gagne-pain des pêcheurs
de la région de
l'Atlantique au nom de la « conservation ». Il a
maintenant
ajouté la notion de « surveillance »[1]
à sa liste de
causes vertueuses permettant de nier les droits des Canadiens qui
dépendent de l'océan à la protection et à
la sécurité.
Le programme de démolition du gouvernement Harper
va à l'encontre de
toute notion moderne du droit public, de responsabilité sociale
et de souveraineté. C'est une autorité en conflit direct
avec les
conditions qui exigent que le peuple s'investisse du pouvoir
décisionnel. La diversité des affiliations politiques des
participants
au rassemblement démontre aussi que les agissements du
gouvernement Harper ne sont pas le produit d'un « programme
de
droite qui entre en conflit avec un programme de gauche » et
doivent être considérés comme un acte criminel.
Note
1. Sous couvert de
« surveillance », le budget du MPO a servi
à la « conservation » (de bancs de
poisson, de pêche et de flottes étrangères)
à des fins militaires.
Le gouvernement a déployé entre
autres des AWACS –
des avions de veille à longue distance Aurora achetés des
États-Unis ;
des hélicoptères Sea King de triste
notoriété et des destroyers de
classe Iroquois. Tous furent achetés sous la bannière des
grands
idéaux. Des articles à coût opérationnel
compris dans le budget annuel
du MPO ont servi à des fins militaires, par exemple, comme
partie intégrante de la Guerre froide et de la surveillance anti-
sous-marin, sous les auspices des
États-Unis et du
bloc de l'OTAN. Les dépenses militaires annuelles du Canada par
le
biais du
ministère de la Défense nationale étaient beaucoup
plus élevées que
celles présentées au parlement et au public canadien du
fait du
budget para-militaire du MPO.
En même temps, ces instruments militaires
ont
constamment été redéployés par le
gouvernement canadien. Ils ont servi
à protéger des
pétroliers multinationaux empruntant des « voies
maritimes vitales
aux pétroliers » en provenance de la péninsule
arabe riche
en pétrole via le golfe Persique, et ce, depuis la
première guerre du
Golfe en 1991, au cours des années 90, jusqu'à l'invasion
anglo-
américaine de l'Irak en 2003 sous les auspices
d'opération Apollo
(appelée aussi opération EnduringFreedom).
Ces
activités se poursuivent jusqu'à ce jour.
En somme, le Canada a activement participé
à une
guerre d'agression en violation des lois internationales tout en
vendant ses
propres ressources et son propre territoire. Au nom de l'idéal
de
« défendre le monde libre », le Canada a
abandonné la
défense de ses propres territoires côtiers ainsi que de
ses
communautés. Des cargaisons de pétrole volé aux
Irakiens et/ou aux
Libyens
arriveront sous peu aux raffineries de la côte Atlantique.

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