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Grèce
Grèce
Le peuple grec sort des sentiers battus
- Correspondant du LML à
Athènes -
Place Syntagma en face du
parlement grec à Athènes, le 18 juin 2011.
Sur la bannière on peut
lire : « La junte n'a pas pris fin en 73. Nous
les enterrerons
ici sur la place. »
Le peuple grec écrit de nouvelles pages de son
histoire moderne. À l'initiative de la jeunesse, des tentes ont
été installées depuis le 25 mai à la place
de la Constitution,
où des assemblées de démocratie de masse se
poursuivent.
La place Syntagma, comme les Grecs l'appellent, est le
centre reconnu de l'opposition populaire, qui reconnaît que les
partis dirigeants du mémorandum, les ententes
sur les mesures d'austérité, sont des cadavres
politiques. L'information et des propositions sont discutées
continuellement, notamment sur le besoin d'une Grèce nouvelle,
en l'absence de laquelle l'existence même du peuple grec est
menacée.
L'assemblée démocratique de masse a
invité des professeurs de droit, des économistes et des
spécialistes des affaires internationales pour expliquer aux
participants la
situation économique et politique et suggérer des
solutions. Les explications données montrent avec force
évidence que le peuple grec ne doit rien à ses
prétendus créanciers.
Le slogan principal du peuple est devenu : « Nous ne
devons rien, nous ne payons rien, nous ne vendons rien. »
Pour la première fois depuis un siècle, il
y a un espace politique pour le peuple où
délibérer de ce qu'il veut parce que les partis
dirigeants sont morts dans la conscience
populaire.
Un héros de la
résistance grecque parle à la place de la Constitution
Manolis Glezos, héros de la résistance
nationale contre les nazis durant la Deuxième
Guerre mondiale, s'est récemment adressé au peuple
rassemblé à la place de la Constitution. Quand il
était jeune homme, Manolis et son ami Lakis Santas ont
abaissé le
swastika que les nazis avaient hissé sur l'Acropole.
C'était le premier jour de l'occupation allemande de la
Crète, à la fin de mai 1941, et ce geste signalait le
début du
mouvement de résistance en Grèce et partout en Europe.
Aujourd'hui, il a 89 ans et 8 mois. Possédant une
connaissance approfondie de la situation politique et
économique, ce modeste et très respecté patriote
grec explique
comment il a appliqué la démocratie directe il y a 30 ans.
Il a dit aux milliers de gens rassemblés à
la place qu'ils sont les héritiers de la lutte que sa
génération a menée lors de la résistance au
fascisme.
Son intervention a été accueillie par une
ovation militante par les milliers de personnes debout qui participent
à ces conférences publiques en plein air.
Grève
générale du 15 juin
Le 15 juin, une autre grève
générale a eu lieu, au cours de laquelle des centaines de
milliers de personnes se sont rassemblées
sur la place et dans le voisinage. Les participants ont dû
déjouer une provocation organisée par
l'État : la police et des agents provocateurs ont
attaqué les manifestants
avec des gaz lacrymogènes pendant deux heures, notamment dans la
station de métro et le poste de premiers soins maintenu par des
travailleurs de la Croix-Rouge. Les
manifestants ont refusé de se disperser et sont retournés
sur la place dès que l'air est redevenu respirable. Ils ont
dansé et ont chanté sur la place, l'ont nettoyée
et ont
convoqué comme d'habitude une assemblée du peuple.
C'était la première victoire du peuple.
Tout le peuple grec observe les développements
sur la place, tout comme les élites au Fonds monétaire
international (FMI), ainsi qu'à Londres, Paris, Berlin,
Bruxelles,
etc. Une nouvelle situation politique est en train de se créer.
Les gens sont très déterminés et c'est avec
beaucoup d'enthousiasme qu'ils travaillent à la création
d'une nouvelle
Grèce. Les événements se succèdent
rapidement et chaque moment est crucial car le soulèvement
populaire crée un grand bond en avant, rappelant le grand
mouvement de
Résistance à l'époque de l'occupation nazie, il y
a plus de soixante-cinq ans.
La pression des nouvelle
mesures d'austérité
Selon les reportages, le premier ministre grec George
Papandréou a manoeuvré pour obtenir l'appui de tous
les partis à des mesures d'austérité draconiennes
imposées par l'Union européenne et les institutions
financières. Une cinquième tranche de la soi-disant aide
a été reportée
en juillet par les autorités européennes quand
Papandréou a échoué à former un
gouvernement d'unité nationale et à obtenir l'appui de
tous les partis dans une tentative
précédente.
Le 13 juin, Papandréou a rencontré les
dirigeants du Conseil européen, Herman Van Rompuy, et de la
Commission européenne, José Manuel Durao Barroso, pour
voir
comment resquiller une solution. La Grèce doit d'abord implanter
de nouvelles mesures d'austérité et un plan de
privatisation de 50 milliards d'euro pour recevoir l'argent,
a appris Papandréou, ce que le peuple grec refuse.
Lors d'une rencontre à Luxembourg, les ministres
des finances de l'UE ont dit qu'ils ont besoin d'une décision
ferme du parlement grec et une loi privatisant les
sociétés
et autres institutions publiques.
Athènes s'y était engagée en
échange d'un renflouement de 110 milliards d'euros
accordé en mai 2010 par l'UE et le FMI.
La zone euro demande aussi une entente entre les
différentes forces politiques du pays sur des réformes
économiques exigées par ces agences en échange de
l'argent,
rapportent les agences de presse.
C'est au milieu de ce scénario, après
l'échec des négociations avec l'opposition pour former un
gouvernement d'unité nationale, que Papandréou a
affronté, le 14 juin,
un vote de confiance du parlement, vote qu'il a remporté.
Cela signifie qu'il a surmonté « un
premier obstacle à l'obtention du nouveau financement pour
éviter la faillite », rapporte Reuters.
« C'est un nouveau chapitre, a dit David
Mann, directeur régional de Research, Standard Chartered Bank de
New York. Nous avons évité un événement
extrêmement négatif. Je pense que c'est pourquoi nous
avons pu observer une brève remontée de l'euro... Je
pense que nous allons voir beaucoup plus de volatilité. Les gens
se concentrent sur ce qui s'en vient. Selon toute vraisemblance, nous
allons toujours nous inquiéter de ce qui s'en vient pour la
Grèce, au moins dans les prochains jours
et semaines. Nous avons évité de justesse un important
choc négatif immédiat. Il y a un besoin de changement en
Grèce et ultimement il faut une restructuration, le besoin
est toujours là. Cela n'a pas changé. »
« La grande question sera de savoir s'il y
aura assez d'un effet d'entraînement pour que le plan
d'austérité soit adopté au cours des prochaines
semaines. C'est
un très gros plan d'austérité. Il y a une croyance
populaire que ce sera adopté parce qu'il n'y a pas d'autres
choix », a dit Nick Kalivas, vice-président de la
recherche
financière et analyste principal de l'indice boursier chez MF
Global.
Un autre stratège en investissement a dit :
« Bien que clairement cela ne va pas être une solution
à long terme, les investisseurs voient cela comme une chance
de faire avancer les choses et je pense que nous allons voir demain une
poussée mondiale en faveur des actifs à
risque. »
Réunis à Bruxelles le 24 juin, les
ministres des Finances de l'Union européenne ont donné
jusqu'au 3 juillet aux autorités grecques pour faire adopter au
Parlement les
mesures d'austérité demandées par l'UE et le FMI
pour débloquer la prochaine tranche d'aide de 12 milliards
d'euros et préparer le second plan.
Pour le peuple grec, rien n'a changé. Non !
c'est Non !

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