Opposition du mouvement ouvrier à l'abus
de pouvoir des monopoles et de leurs gouvernements

Le gouvernement Harper joue le rôle de fier-à-bras

Condamnons la loi spéciale
contre les travailleurs des postes



Montréal, QC (haut); Vancouver, CB, 22 juin 2011

Le gouvernement Harper a adopté le projet de loi C-6, la loi qui criminalise la juste lutte de postiers, dans la soirée de samedi 25 juin en dépit du mouvement de protestation des travailleurs de différents secteurs et 58 heures d'obstruction par l'opposition néo-démocrate. La loi a été adoptée à 158 contre 113 à la Chambre des communes. Elle impose entre autres une obligation de sélection d'offre par arbitrage, ce qui veut dire qu'un arbitre choisira entre l'offre finale de Postes Canada et celle du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP). Elle impose aussi des échelles de salaires inférieures à celles offertes par la société d'État et prévoit de lourdes amendes pour les travailleurs individuels et le syndicat s'ils défient l'ordonnance.

L'objectif visé est clairement d'imposer par la force le plan de « Poste moderne » de Postes Canada qui entraînera non seulement la destruction du service public mais aussi des conditions de travail inacceptables pour ses employés. Ces conditions de travail sont inacceptables précisément parce qu'elles sont insoutenables. Le taux de blessures chez les travailleurs des postes est carrément un abus de pouvoir de la part de Postes Canada et doit être considéré comme une infraction punissable par la loi. On assiste par ailleurs à une dégénérescence du rôle du gouvernement, qui devient maintenant le fier-à-bras chargé de faire appliquer les plans des monopoles. Cela montre le danger que ce gouvernement représente pour tous ceux et celles qui vivent de leur travail.

En déposant le projet loi le lundi 20 juin, la ministre du Travail Lisa Raitt a dit : « Nous sommes ici pour retourner les gens au travail parce que cela affecte l'économie nationale et que leur processus ne marche pas. »

Elle a prétendu que le but du projet de loi est d'obliger les deux parties à négocier mais cela ressemblait davantage à un mauvais scénario écrit par le gouvernement et les monopoles comme Air Canada et Postes Canada. En réalité la société d'État a refusé de négocier dès que le gouvernement a annoncé son intention d'adopter une loi spéciale.

« C'est comme si la vraie négociation entre le syndicat et Postes Canada était finie », de commenter Denis Lemelin, président du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP). Autrement dit, le gouvernement a décidé d'intervenir et de « secourir » la société d'État et tout porte à croire que c'est ce que ses dirigeants attendaient depuis le début, explique-t-il.

Le STTP précise dans un communiqué : « Contrairement à ce qu'ont rapporté les médias, il n'y a pas eu de réunion de négociation hier soir [20 juin]. Postes Canada devait fixer une telle réunion par l'entremise du médiateur. Le Comité de négociation du STTP et le Conseil exécutif national ont attendu la tenue de cette réunion, mais le médiateur nous a informés tard hier soir qu'elle n'aurait pas lieu. Aujourd'hui, nous avons communiqué avec la direction de Postes Canada et fixé une réunion qui a eu lieu en début d'après-midi, au cours de laquelle nous avons fait une proposition dans le but de briser l'impasse. À 17 h ce soir, Postes Canada n'avait toujours pas répondu. Il semblerait qu'elle ne demande pas mieux que de se cacher derrière la loi qu'elle a tant fait pression pour obtenir. »

Ce que contient le projet de loi

Le STTP explique ce qui suit concernant la loi de retour au travail :

« Le projet de loi, déposé à la demande de la direction de Postes Canada, prévoit l'imposition d'amendes arbitraires aux travailleuses et travailleurs des postes. Il prévoit aussi une procédure d'arbitrage de l'offre finale. Dans le cadre de cette procédure, l'arbitre est lié par un mandat biaisé en faveur de l'employeur. Le projet de loi comporte les caractéristiques suivantes :

« Prorogation de la convention collective : La convention collective est prorogée jusqu'à l'entrée en vigueur d'une nouvelle convention collective décidée par l'arbitre. La nouvelle convention collective viendra à échéance le 31 janvier 2015.

« Imposition de hausses salariales inférieures à la dernière offre patronale : Le projet de loi comprend des hausses salariales qui sont considérablement inférieures à la dernière offre de Postes Canada, qui était de 1,9 % en 2011, 2012 et 2013, et de 2,0 % en 2014. Le projet de loi prévoit des hausses de 1,75 % en 2011, 1,5 % en 2012, 2 % en 2013 et 2 % en 2014. Cette mesure puiserait 875,50 $ dans les poches d'une travailleuse ou d'un travailleur des postes à plein temps durant les quatre années de la convention collective. Il s'agit d'un vol de 35 millions de dollars perpétré contre les travailleuses et travailleurs des postes et leurs familles.

« Choix de l'offre finale : La nouvelle convention collective sera tranchée par un arbitre nommé par le gouvernement. Les parties soumettront toutes deux un projet de convention collective et l'arbitre devra choisir l'une des deux offres dans son ensemble.

« Principes directeurs imposés à l'arbitre : L'arbitre devra fonder sa décision sur les principes suivants : conditions de travail qui sont compatibles avec celles de secteurs postaux comparables ; souplesse nécessaire à la viabilité économique et la compétitivité de la Société ; maintien de la santé et de la sécurité des travailleurs et travailleuses ; viabilité du régime de pension ; prise en compte du ratio de solvabilité du régime de pension ; obligation d'être efficace, d'accroître sa productivité et de respecter des normes de service acceptables, sans recourir à des hausses indues de tarifs postaux.

« Amendes : La loi prévoit les amendes habituelles pour toute infraction à la loi : 50 000 $ par jour pour les dirigeantes et dirigeants syndicaux, 1 000 $ par jour pour les membres et 100 000 $ par jour pour le Syndicat. »

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Les droits des travailleurs subissent un dur coup aux mains du gouvernement majoritaire Harper

Le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) affirme que le gouvernement Harper a transmis un message à l'ensemble des travailleurs et travailleuses avec son projet de loi de retour au travail injuste et punitif.

« Il est clair que le gouvernement est prêt à se ranger du côté des employeurs pour abaisser les salaires et les conditions de travail des travailleurs et travailleuses, a déclaré le président national du STTP, Denis Lemelin. Sa décision de recourir à une loi de retour au travail dans les conflits à Postes Canada et à Air Canada est loin d'être neutre. Le gouvernement conservateur s'est montré hautement anti-travailleurs deux mois seulement après avoir obtenu sa majorité. »

M. Lemelin a souligné que l'affirmation du gouvernement selon laquelle cette loi était nécessaire pour protéger l'économie est illogique. Les travailleuses et travailleurs des postes avaient offert de retourner au travail. « Le gouvernement s'en est pris à notre droit de négocier librement nos conditions de travail, a précisé M. Lemelin. Il est clair que seuls les marchés et les employeurs auront des libertés au Canada. »

« En dépit de cette loi injuste et punitive, le Syndicat poursuivra sa lutte pour des méthodes de travail sécuritaires, ainsi que des emplois et un régime de retraite décents. Heureusement, le gouvernement ne peut pas adopter de loi pour supprimer notre détermination à lutter pour nos droits », a déclaré M. Lemelin.

M. Lemelin a ajouté que les travailleuses et travailleurs des postes étaient très reconnaissants de l'appui qu'ils avaient reçu de la population partout au pays et des députées et députés de l'opposition, surtout les membres du Nouveau Parti démocratique (NPD) qui, dans des discours éloquents, ont défendu le droit à la libre négociation collective durant 58 heures d'affilée. Il a affirmé que l'obstruction faite par le NPD avait réussi à provoquer la reprise des négociations entre le STTP et Postes Canada au cours des derniers jours, mais que les négociations avaient échoué.

« Postes Canada s'est montrée d'une intransigeance absolue dès le dépôt du projet de loi de retour au travail du gouvernement Harper », a conclu M. Lemelin.

Communiqué du 26 juin

Les travailleurs et travailleuses des postes ne retournent pas au travail dans le désarroi, écrit le STTP dans un communiqué le 26 juin :

« Tous les membres du STTP peuvent retourner au travail la tête haute. Tout au long de cette lutte, nous avons fait preuve d'une force, d'une solidarité, d'une détermination et d'un courage sans précédent.

« L'unité et la force dont nous avons fait preuve sur les lignes de piquetage doivent se poursuivre lorsque nous serons de retour au travail. Nous devons bien faire comprendre à la direction qu'elle a eu tort de nous mettre en lock-out et qu'elle devrait avoir honte de s'en être remise à une loi. [...] Nous retournons au travail, mais nous ne sommes pas vaincus. Le STTP s'est vu imposer des lois de retour au travail dans le passé et cela ne l'a pas empêché de poursuivre sa lutte pour la justice et la dignité. Le gouvernement ne peut pas adopter de loi pour supprimer notre solidarité et notre détermination. Nous continuerons de travailler avec tous les groupes et organismes qui nous ont appuyés, y compris les syndicats, les groupes de femmes, les fédérations étudiantes, les retraités et nos alliés communautaires et politiques en vue d'obtenir des emplois et des régimes de retraite décents pour l'ensemble de la classe ouvrière. »

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La résistance militante des postiers a
donné le ton au débat parlementaire

LML salue le STTP et tous les travailleurs et travailleuses des postes pour leur opposition résolue au lockout de Postes Canada et à la loi de retour au travail du gouvernement Harper. Par leurs manifestations et rassemblements, ils se sont vigoureusement opposés au rôle de fier-à-bras que s'est donné le gouvernement Harper pour faire appliquer les plans des monopoles. Appuyés par les travailleurs dans tous les secteurs de l'économie et par le public, ils ont poursuivi leurs actions tout au long de la semaine dernière et en fin de semaine.

Cet esprit de résistance et ce refus de se soumettre aux demandes antiouvrières de Postes Canada et du gouvernement Harper a donné le ton au débat d'obstruction de 58 heures (un record) sur le projet de loi C-6, la loi de retour au travail, à la Chambre des communes. La réponse du gouvernement à l'opposition du NPD révèle ses positions antisyndicales et ce qu'il entend quand il dit dans le Discours du trône qu'il a l'intention de gouverner au nom de tous les Canadiens. De toute évidence, cela ne comprend pas le droit de tous les Canadiens à des salaires et des conditions de travail qui conviennent au travail qu'ils font et aux services qu'ils procurent. C'est la preuve que ce gouvernement vise d'autres objectifs, des objectifs que le peuple n'a pas approuvés.

Durant le débat, les députés du NPD ont lu des messages reçus de leurs commettants à la défense du droit de la population à un service postal public qui répond à ses besoins. Les correspondants affirmaient aussi dans leur appui aux travailleurs l'importance d'un service postal solide dans les régions. Le débat a également révélé avec quelle brutalité ce gouvernement zélé a l'intention de réduire « les dépenses » dans le secteur public.

Un des objectifs de la fédération canadienne était d'offrir un service de qualité qui soit le même pour tous habitants d'un bout à l'autre du pays. Il s'agissait de garantir les services publics sans égard au lieu de résidence ou aux revenus. Ce sont les travailleurs qui ont défendu les principes dans cette affaire, pas le gouvernement, qui ne cesse d'apporter des modifications importantes de nature constitutionnelle en cachette, derrière des prétentions de protéger la reprise économique. Le gouvernement est incapable d'expliquer pourquoi le Canada ne pourrait pas avoir à la fois une économie forte et défendre les principes à la base de la fédération.

Les interventions des députés conservateurs ont dissipé toute illusion que ce parti est « neutre » dans ce conflit. Ils ont montré que leur gouvernement assume le rôle de fier-à-bras pour le compte du droit de monopole en répétant toujours les mêmes platitudes antiouvrières, suivant la logique hitlérienne que vous n'avez qu'à répéter le même mensonge si vous avez le pouvoir de l'imposer. Cela comprend leur acharnement à blâmer les travailleurs pour l'arrêt du service postal, qui était le résultat du lockout par Postes Canada, pas de la grève tournante. Le but de ce mensonge est de cacher que ce sont les travailleurs qui ont défendu l'intérêt public contre l'offensive de la société d'État.

Lorsque le projet de loi a finalement passé, le premier ministre Stephen Harper a qualifié le débat de « délai absolument non nécessaire ». La ministre du Travail Lisa Raitt a dit que l'imposition de l'offre finale par arbitrage était nécessaire pour une « résolution rapide » du conflit et qu'il n'y avait pas d'autre façon de faire puisque « la divergence est trop grande » entre les deux parties. Veut-elle faire croire que l'imposition des concessions demandées par Postes Canada visait à « rapprocher » les parties ? Ce n'était évidemment qu'un subterfuge.

En dépit du retour au travail forcé, il est clair que la lutte des travailleurs des postes pour leurs droits et pour un service postal public qui répond aux besoins de la population n'est pas finie. La situation est intenable et doit être résolue dans l'intérêt des travailleurs, ce qui est aussi dans l'intérêt public. De plus, cette lutte fait partie de l'effort pour arrêter le gouvernement Harper qui intensifie l'offensive antisociale pour que les riches s'enrichissent pendant que les pauvres s'appauvrissent et que le Canada est totalement annexé à l'empire américain. Oui au droit public ! Non au droit de monopole ! Oui à la souveraineté ! Non à l'annexion !

Rassemblements et manifestations


Thetford Mines, Québec, le 22 juin. Manifestation devant le bureau de circonscription du député
conservateur Christian Paradis
(Mégantic-L'Érable).


Rouyn-Noranda, le 22 juin 2011

À Rouyn-Noranda le 22  juin, les travailleurs ont convoqué une conférence de presse et un rassemblement poru dénoncer la loi de retour au travail et les provocations de Postes Canada. Ils ont aussi dénoncé le rôle du gouvernement Harper dans l'opposition à la lutte légitime des postiers. Le rassemblement, organisé par le Conseil régional de l'Abitibi-Témiscamingue de la FTQ, avait lieu devant les bureaux administratifs de Postes Canada à Rouyn.

Claudette Samson, la présidente de la section de Rouyn-Noranda du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP) a dit au LML que les postiers font face à des provocations à la fois de Postes Canada et du gouvernement Harper. « J’ai regardé le débat sur le projet de loi C-6 à la télévision, a-t-elle dit, et les Conservateurs n’arrêtaient pas de dire que nous étions en grève alors que tout le monde sait que Postes Canada nous a mis en lock-out. Nous avons offert  d’arrêter les grèves tournantes et de retourner au travail pour livrer le courrier mais nous avons été mis en lock-out. Comment se fait-il que le gouvernement Harper  n’a rien fait contre Postes Canada qui a utilisé le lock-out contre nous alors que nous voulions retourner au travail? Postes Canada utilise des provocations pour tenter de nous divser. Moi par exemple, Postes Canada m’a dit à un moment donné que je pouvais retourner au travail si je voulais mais pas mes membres. Le but était de créer une division entre les travailleurs et moi. Bien sûr j’ai refusé et nous  sommes très conscients que nous devons nous tenir tous ensemble et être très disciplinés face à ce climat de provocations.»

Un des principaux thèmes de la conférence de presse et de la manifestation était l’opposition aux tentatives d’abaisser toutes les conditions de travail aux postes. « Nous ne pouvons pas accepter des conditions de travail et des pensions à deux paliers. Pour nous c’est une question de défendre notre avenir. Comment pourrait-on justifier que les futurs engagés commencent à un salaire de 8$ de moins que les nouveaux engagés actuels. Il y a une loi au Québec qui interdit la discrmination salariale sur la base de l’âge. On voit qu’elle n’est pas appliquée.»

Les participants à l’action du  22 juin ont fait ressortir la nécessité pour les syndicats de travailler ensemble plus étroitement pour faire face aux assauts contre les  travailleurs. « Tous seuls contre Postes Canada nous ne pouvons pas gagner, a dit la présidente de la section locale. Nous devons travailler tous ensemble pour contrer ces attaques. Il y a quelque chose de pas normal quand les gouvernements mentent à propos des actions des travailleurs afin de passer une loi contre eux.  »




Montréal, le 22 juin 2011


Sydney, Nouvelle-Écosse, le 24 juin 2011


Halifax, le 24 juin 2011


Fredericton, Nouveau-Brunswick, le 23 juin 2011


Ottawa, le 22 juin. À droite: avec la pancarte, l'ancien président du STTP Jean-Claude Parrot.



Barrie, Ontario, le 24 juin 2011


London, Ontario, le 23 juin 2011


Thunder Bay, Ontario, le 22 juin 2011


Winnipeg, Manitoba, le 21 juin 2011


Cranbrook, Colombie-Britannique, le 24 juin 2011



Vancouver, le 22 juin 2011


Courtenay, Colombie-Britannique, le 24 juin 2011

(Photos: STTP, FTQ Gordon MacDonald, Darcy Murray, Jason R. Maclean, PC)

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Les travailleurs forestiers exigent des comptes

Les «mêmes règles du jeu pour tous»
– une fraude et une abdication des responsabilités du gouvernement Charest

Tout de suite après le passage de la loi 11 qui permet aux monopoles des pâtes et papiers comme AbitibiBowater d'échapper à leurs responsabilités envers les pensions, Clément Gignac, le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, a invité le monopole Kruger à se prévaloir des mêmes privilèges. Ce monopole a récemment annoncé la mise à pied permanente de 95 travailleurs à ses deux usines de Trois-Rivières. C'est un autre coup très dur pour le niveau de vie de la communauté quand on pense qu'il ne reste qu'environ 700 travailleurs dans ces deux usines suite à des années de compression de la main-d'oeuvre.

Plutôt que d'agir contre cette élimination permanente de près de 100 emplois, le ministre Gignac a dit que les mises à pied sont un signe que Kruger est en difficulté et a besoin de l'aide du gouvernement du Québec et des travailleurs actifs et à la retraite de Kruger. Le ministre a tout de suite suggéré que Kruger pourrait être autorisé à se prévaloir des dispositions de la loi 11 et étaler dans le temps ses paiements d'équilibre dans les fonds de pension.

Le 8 juin, le ministre a dit que son gouvernement « va entreprendre des négociations intensives avec la compagnie pour en arriver à un consensus avec tous les intervenants ». « Ça va prendre de la collaboration, de la compréhension et de la solidarité et je ne veux pas braquer les retraités contre les employés », a-t-il ajouté. Dans la période qui vient, a dit le ministre, va s'amorcer « un travail de pédagogie pour faire comprendre les tenants et aboutissants des enjeux et dresser un portrait de la situation qui est sérieuse ».

« C'est important que les règles du jeu soient les mêmes pour tous. Ce n'est pas au gouvernement à choisir les gagnants et les perdants, mais à offrir les mêmes règles du jeu », a-t-il déclaré. Il faisait référence à l'entente entre AbitibiBowater et le gouvernement du Québec qui a permis au monopole d'étaler ses paiements d'équilibre sur une période de 15 ans plutôt que 5 ans et a offert aux retraités d'Abitibi le « choix » de transférer leur pension à la Régie et ainsi perdre environ 25 % de leur pleine pension ou de demeurer avec Abitibi et risquer de perdre encore plus.


Les « règles du jeu » qui sont « les mêmes pour tous » du ministre Gignac sont une fraude et une abdication totale de la responsabilité du gouvernement du Québec de défendre le droit public et non le droit de monopole. C'est aussi une déformation complète de ce qui se passe vraiment. Les soi-disant « règles du jeu qui sont les mêmes pour tous » sont en fait la concurrence sauvage pour les marchés et les zones d'influence que se font les monopoles pour étendre leur capital privé peu importe le coût pour les travailleurs et la société. Les deniers publics, les précieuses ressources naturelles de la nation et les réclamations des travailleurs à la valeur qu'ils produisent sont dilapidés dans cette course folle pour étendre des empires privés sur lesquels les travailleurs n'ont absolument aucun contrôle.

Cet argument des « règles du jeu » est un des instruments de chantage des monopoles pour extorquer des concessions aux travailleurs et bloquer leur prise de conscience de la nécessité d'une alternative pro-sociale pour l'industrie et l'économie. Kruger par exemple est présentement impliqué dans des négociations et s'apprête à en entreprendre d'autres pour le renouvellement d'un certain nombre de conventions collectives au Québec et il jure ses grands dieux qu'il a absolument besoin « d'équité » dans les « règles du jeu ». Environ une semaine après les commentaires du ministre Gignac, le PDG de Kruger a entrepris une tournée de ses établissements au Québec et a rencontré les travailleurs pour leur demander d'aider Kruger à abaisser ses « coûts de main-d'oeuvre par tonne ». Il les a avertis que l'avenir de leur usine dépend de l'engagement qu'ils sont prêts à prendre pour améliorer la position concurrentielle de Kruger sur les marchés mondiaux.

Les travailleurs et leurs communautés ont besoin d'être protégés contre ces monopoles. Si le gouvernement voulait vraiment améliorer les règles du jeu, il accroîtrait la protection des travailleurs contre les assauts des monopoles qui non seulement ne règlent pas la crise mais l'aggravent encore. Le gouvernement interviendrait pour restreindre le droit de monopole de ces empires d'abaisser le niveau de vie des travailleurs et des communautés en volant leurs salaires, leurs avantages sociaux et leurs pensions. Il s'assurerait que les établissements de production ne soient pas fermés, que le niveau de vie soit protégé et augmente et que la discussion publique se mène sur les façons de renouveler l'industrie afin qu'elles serve le peuple et soit prémunie autant que possible contre les crises. Bref, il ferait quelque chose pour protéger et étendre l'espace de « jeu » des travailleurs et des régions.

Au lieu de cela, le gouvernement fait en sorte que la crise soit utilisée comme une occasion d'intensifier l'exploitation des travailleurs et de concentrer la richesse encore plus dans les mains des monopoles les plus puissants. Le gouvernement essaie de dresser les travailleurs les uns contre les autres, de les rallier derrière « leur monopole » et même derrière « leur entreprise » au sein du même monopole dans une spirale vers le bas des conditions de travail et du niveau de vie de tous.

Cela ne doit pas passer ! Les travailleurs exigent que le gouvernement Charest s'acquitte de son devoir de protéger ceux qui ont déjà assez souffert de la crise du secteur forestier en restreignant le droit de monopole.

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Trois-Rivières

Les travailleurs de Kruger manifestent
contre de nouvelles mises à pied


Les travailleurs de Kurger posent une couronne de fleurs
en symbole de la perte d'emplois suite aux récentes mises
à pied à l'usine de Trois-Rivières, le 15 juin 2011. (La Presse)

Le 15 juin dernier, plus de 100 travailleurs de l'usine de papier journal de Kruger à Trois-Rivières ont manifesté à l'heure du lunch contre la mise à pied permanente des 95 travailleurs dans ses deux usines de Trois-Rivières annoncée par la compagnie. Les mises à pied sont censées se faire entre le 24 juin et le 1er octobre. Le syndicat local à l'usine de papier journal estime que ce sont surtout les jeunes travailleurs qui vont perdre leur emploi. Kruger opère deux usines à Trois-Rivières, l'usine de papier journal et l'usine Wayagamack qui produit du papier glacé utilisé dans l'impression de magazines. Les deux usines ont subi d'énormes compressions de main-d'oeuvre ces dernières années. En 2000, il y avait plus de 1200 travailleurs à l'usine de papier journal mais leur nombre est maintenant d'environ 350.

À la manifestation, les travailleurs ont exprimé leur colère face à ce nouveau coup dur contre eux qui aggrave une situation déjà intenable à cause de concessions, dont une coupure de salaires de 10 % l'an dernier et des concessions dans les conditions de travail des corps de métiers. Les mises à pied se produisent au moment où s'amorcent le 30 juin les négociations pour une nouvelle convention collective. Les travailleurs à la manifestation ont dit que le fait que Kruger n'a même pas attendu le début des négociations pour annoncer les mises à pied montre que l'entreprise est en mode provocation. Le PDG de Kruger effectue en ce moment une tournée de ses installations au Québec où il demande aux travailleurs de réduire les « coûts de main-d'oeuvre par tonne » et menace ouvertement que des usines pourraient fermer si les travailleurs refusent d'aider Kruger à augmenter ses profits.

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Injonctions contre les métallos de Hamilton

Une fausse victoire pour US Steel


Les métallos et leurs supporters manifestent devant la Cour supérieure de l'Ontario à Hamilton le 16 juin 2011.

En moins de 30 minutes le matin du 16 juin, la Cour supérieure de l'Ontario a accepté une demande d'injonction permanente soumise par le procureur général du Canada contre la section 1005 du Syndicat des Métallos lui interdisant « d'entraver ou de retarder les opérations du pont levant du canal de Burlington et de retarder l'entrée ou la sortie de tout bateau au Port de Hamilton ».

Le procureur général est nommé comme partie requérante et Rolf Gerstenberger, président de la section 1005, personnellement et en tant que représentant des membres du syndicat, et d'autres intervenants non identifiés sont nommés comme intimés.

Les travailleurs ont rempli la salle d'audience et manifesté à l'extérieur contre cette criminalisation de leurs tentatives de tenir US Steel responsable des torts causés aux métallos, à leurs familles et à la ville de Hamilton en utilisant sa position dominante pour extorquer des concessions aux travailleurs.

Le juge a accordé l'injonction et conclu en disant, non sans ironie, que « beaucoup d'entre vous [les syndiqués de la section 1005] êtes ici aujourd'hui, alors j'aimerais dire qu'un intérêt économique ne peut tenir en otage un autre intérêt économique, aussi juste que puisse être la cause ».

Il a également loué la section 1005 pour son respect des lois malgré son infraction à la loi. « Tout au long, vous vous êtes conduits pacifiquement et avez fait preuve de coopération, et pour cela vous méritez des félicitations. C'est pourquoi l'injonction n'inclut pas de disposition sur les frais. »

« Normalement », dans des cas pareils, la partie perdante doit payer les frais juridiques, les siens et ceux de la partie gagnante. Dans ce cas-ci, explique Rolf Gerstenberger, le syndicat faisait l'objet d'une avalanche d'injonctions déposées par les propriétaires de tous les bateaux du port qui ont sans doute été incités par US Steel. Ils ont tous déposé leur demande d'injonction en même temps, dans une démonstration de solidarité de classe.

Les injonctions comprenaient des demandes de réparations financières de centaines de milliers de dollars pour le retard encouru par les bateaux (allant jusqu'à 56 heures dans un cas). À 2 500 $ l'heure, cela faisait environ 140 000 $ par bateau. Selon Rolf, ces calculs ne tiennent pas et les dommages ont été chiffrés ainsi seulement pour faire pression. En fait, chaque navire a suffisamment de temps d'avance calculé dans le contrat pour compenser pour des retards et les transporteurs ne sont pas passibles de poursuites. D'autre part, la section 1005 était disposée en tout temps à les laisser passer, sauf ceux transportant le coke de l'aciérie que US Steel veut expédier aux États-Unis. Le syndicat avait prévu, en coopération avec les autorités portuaires, des solutions pour que les métallos ne soient pas criminalisés pour la lutte qu'ils mènent pour leurs droits. Mais US Steel a rejeté toute solution négociée et le procureur général a tout de suite obtempéré à sa demande.

Rolf a répété que la section 1005 cherche depuis des années une solution au démantèlement de l'aciérie de Hamilton, mais en vain. Depuis que US Steel a acheté Stelco en 2007, il a diminué la production et licencié des travailleurs et a maintenant mis les métallos en lockout. Ces derniers demandent depuis le début aux différents paliers de gouvernement d'intervenir pour empêcher US Steel de causer d'autres torts. Leurs propositions sont tombées dans l'oreille d'un sourd. La leçon est claire et elle s'applique à tous les travailleurs canadiens et leurs communautés : la loi et les gouvernements ne sont jamais là pour les défendre, mais un monopole multinational peut obtenir en quelques heures l'intervention des ministères fédéraux et provinciaux et des tribunaux en sa faveur. C'est un arrangement qui convient sans doute aux propriétaires de US Steel, mais certainement pas aux métallos.

Néanmoins, la section 1005 a décidé de ne pas donner la victoire à US Steel. Le syndicat n'a pas contesté l'injonction du procureur général (selon le juge, le syndicat aurait perdu), en échange de quoi toutes les autres demandes d'injonctions ont été abandonnées et il n'y aura pas de poursuites en dommages et intérêts.

Rolf dit que la section 1005 est satisfaite de la déclaration du juge à l'effet que : « Mais il est injustifiable qu'un intérêt économique cause des torts à d'autres intérêts économiques en les tenant en otage. »

C'est précisément ce que disent les métallos depuis le début. La section 1005 est déterminée à tenir les gouvernements fédéral et ontarien et maintenant les tribunaux responsables pour les dommages économiques que leur cause US Steel, à eux et à l'économie canadienne.

En quittant, les métallos et les gens de la communauté qui avaient rempli la salle d'audience à capacité s'expliquaient mal quel principe de justice a été défendu et pourquoi on blâme les travailleurs pour les dommages économiques quand US Steel est de toute évidence le véritable coupable. Ils sont allés rejoindre ceux qui manifestaient à l'extérieur pour exiger que les gouvernements soient tenus responsables pour les dommages économiques causés par US Steel.

(Traduction : LML)



Bulletin du 30 juin 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca