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Amérique
latine
et
Caraibes
Réunion préparatoire au Venezuela pour la
fondation de la CÉLAC visant à contrecarrer l'OÉA
- Rachael Boothroyd,
Venezuelanalysis.com, le 28 avril 2011 -
Le 26 avril, à l'hôtel Melia Caracas,
29 représentants de pays latino-américains et
caribéens ont participé à une réunion
visant
à établir le programme initial
et la structure de la CÉLAC – la Communauté
d'États latino-américains et caribéens,
organisation
qui espère contrecarrer l'influence des États-Unis dans
la région.
La réunion fut convoquée dans le but
d'établir les fondations d'un premier sommet pour l'organisation
récemment créée – réunion devant se tenir
le 5 juillet à
Caracas. Réunis pendant plusieurs heures, les
29 délégués sur un total de
33 pays membres ont discuté des questions importantes qui
devront être à l'ordre du
jour à l'occasion de la conférence de juillet. Les
délégués ont aussi élaboré les
statuts et règlements de la CÉLAC.
La réunion a produit un
document structurel qui définit la CÉLAC. Ce document
fera l'objet d'étude par les délégués et
les chefs d'État membres pendant
les 30 jours menant au sommet de juillet.
« Cet événement politique et
les nouvelles possibilités qu'il fait naître sont les plus
importants s'étant produits dans notre Amérique depuis
plus de cent ans »,
a dit Hugo Chavez à l'ouverture de la réunion.
Parmi les questions incontournables à l'ordre du
jour de juillet, il y a l'approbation de la Charte des droits humains,
ainsi qu'une fondation pour financer l'élimination
de la pauvreté. D'autres sujets à l'ordre du jour
sont : des stratégies portant sur la sécurité
alimentaire, la santé, l'éducation, la technologie ainsi
que les sports. Le
Chili et le Venezuela, qui président conjointement le forum,
seront responsables de la préparation de tout document pertinent
dans l'intérim.
L'inauguration officielle de la CÉLAC en juillet
coïncidera avec le bicentenaire de l'indépendance
vénézuélienne et marque un jalon important pour
l'intégration régionale
et pour l'organisation autonome, indépendante de tout
représentant des États-Unis et du Canada.
Architectes
d'une
alternative
La CÉLAC a d'abord vu le jour en février
2010 lors d'un sommet pour l'unité latino-américaine et
caribéenne à Cancún, au Mexique, seulement huit
mois
après
le coup qui avait évincé le président
démocratiquement élu, Manuel Zelaya.
Invoquant la nécessité d'un forum qui
« consolide et qui défend l'identité
latino-américaine et caribéenne», l'organisation
est
basée sur les principes suivants, que
l'organisation reconnaît en tant que « valeurs
communes » de la culture latino-américaine et
caribéenne:
* le respect des lois internationales et de la
charte des Nations Unies
* l'égalité souveraine des États
* le non-recours à force ou à la menace de la force
* la démocratie
* le respect des droits humains
* le respect de l'environnement, sans oublier les piliers
environnementaux, économiques et sociaux d'un
développement durable
* la coopération internationale visant au développement
durable
* l'unité et l'intégration des pays
latino-américains et caraibéens
* un dialogue permanent qui défend la paix et la
sécurité régionales
Tout comme des projets tels que l'ALBA (l'Alliance
bolivarienne pour les Amériques), la CÉLAC est une
nouvelle organisation visant à défendre la
coopération régionale
et à contrecarrer la domination occidentale dans la
région, en particulier celle des États-Unis.
Cependant, ce qui la distingue de l'ALBA – un bloc
économique fondé sur des accords commerciaux à
avantages réciproques et qui rejette le paradigme
économique
du néolibéralisme – est que la CÉLAC est une
instance représentative qui accueillera tous les pays
latino-américains et caribéens et dont le but est de
devenir
« l'interlocuteur le plus représentatif de la
région vis-à-vis les principaux acteurs internationaux,
les autres regroupements de pays et d'organisations
régionales ».
La CÉLAC vise spécifiquement à
représenter et à accroître la présence et
l'influence des pays d'Amérique latine et et des Caraïbes
à
l'échelle internationale – ou à mettre en
valeur « le programme latino-américain et
caribéen au sein des forums mondiaux ». En principe,
devenir membre de la CÉLAC n'aura pas comme préalable
qu'un
gouvernement soit de droite ou de gauche comme c'est le cas pour
l'ALBA. Par contre, bien que n'ayant pas un programme dit exclusivement
de gauche, la CÉLAC a décidément des tendances
progressistes.
CÉLAC/OÉA
-
Différences
Bien que le gouvernement des États-Unis ait
nié que la CELAC sera néfaste à l'influence de
l'OÉA (l'Organisation des États d'Amérique, qui
inclut dans ses
rangs tous les pays de la CÉLAC ainsi que les États-Unis
et le Canada), des observateurs ont commenté que l'organisation
pourrait à long terme remplacer l'OÉA,
ou, sans la remplacer intégralement, pourrait agir en tant
qu'agence qui rétablira
l'équilibre. Une brève comparaison révèle
des différences importantes entre
les deux organisations.
Contrairement à l'OÉA, dont les
« quatre piliers de base » sont la
démocratie, les droits humains, la sécurité
et le développement, la CÉLAC met
l'accent sur son engagement envers la
« souveraineté », le
« multiculturalisme », « le droit de
tout pays d'établir son propre système
politique » et insiste sur son engagement envers un
développement « durable ».
En outre, tandis que les facteurs économiques ne
font pas partie du programme de l'OÉA, il st intéressant
de noter que la déclaration de la CÉLAC
suggère certains concepts
économiques qu'on associe généralement au
développement de la gauche démocratique des
dernières années.
Bien que des modèles économiques ne soient
pas mis de l'avant de façon explicite, la CÉLAC met en
relief le fait que l'organisation aspirera au
« bien-être
social », à « l'égalité et
à la justice sociale la plus intégrale », au
« développement indépendant », en
tenant compte de « l'importance
d'assurer un traitement favorable aux petites économies
vulnérables et aux pays sans accès à la mer ou
insulaires en développement » – rejetant ainsi sans
ambiguïté
le consensus néolibéral.
Enfin, l'inclusion d'une clause sur la démocratie
vise à éviter d'autres coups d'État, tels que ceux
ayant eu
lieu au Honduras et en Haïti ainsi que les tentatives de coup
en Équateur et au Venezuela.
Relations
en
mouvement;
Bolivar
unit
l'
« arrière-cour »
des Amériques
Sans doute l'un des aspects les plus frappants dans le
développement de la CÉLAC est moins la rhétorique
employée par les courants les plus radicaux de la
région que celle d'administrations de centre ou
de centre-droite. Bien qu'il ne s'agit aucunement de tendances
socialistes, des citations comme la suivante sont par contre
prometteuses d'un effort d'engagement envers l'unité
régionale.
« Nous sommes ici à bâtir
l'architecture de base des structures de fonctionnement de cette
nouvelle institution. Nous sommes à construire le rêve
d'intégration
que défendait le Libérateur [Simon Bolivar] pour toute
l'Amérique latine et les Caraïbes », a dit Fernando
Schmidt, le vice-chancelier de tendance centre-droite du Chili.
Sans exclure des motifs pragmatiques basés sur
les tentatives de la droite de réagir aux relations de pouvoir
en mouvement dans la région, la création de la
CÉLAC
pourrait indiquer qu'une authentique unité des pays
latino-américains et caribéens est en train de se
réaliser et qu'ont lieu simultanément des changements en
profondeur dans
la dynamique politique de la région et de
l'hémisphère.

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