Amérique latine et Caraibes


Réunion préparatoire au Venezuela pour la fondation de la CÉLAC visant à contrecarrer l'OÉA

Le 26 avril, à l'hôtel Melia Caracas, 29 représentants de pays latino-américains et caribéens ont participé à une réunion visant à établir le programme initial et la structure de la CÉLAC – la Communauté d'États latino-américains et caribéens, organisation qui espère contrecarrer l'influence des États-Unis dans la région.

La réunion fut convoquée dans le but d'établir les fondations d'un premier sommet pour l'organisation récemment créée – réunion devant se tenir le 5 juillet à Caracas. Réunis pendant plusieurs heures, les 29 délégués sur un total de 33 pays membres ont discuté des questions importantes qui devront être à l'ordre du jour à l'occasion de la conférence de juillet. Les délégués ont aussi élaboré les statuts et règlements de la CÉLAC.

La réunion a produit un document structurel qui définit la CÉLAC. Ce document fera l'objet d'étude par les délégués et les chefs d'État membres pendant les 30 jours menant au sommet de juillet.

« Cet événement politique et les nouvelles possibilités qu'il fait naître sont les plus importants s'étant produits dans notre Amérique depuis plus de cent ans », a dit Hugo Chavez à l'ouverture de la réunion.

Parmi les questions incontournables à l'ordre du jour de juillet, il y a l'approbation de la Charte des droits humains, ainsi qu'une fondation pour financer l'élimination de la pauvreté. D'autres sujets à l'ordre du jour sont : des stratégies portant sur la sécurité alimentaire, la santé, l'éducation, la technologie ainsi que les sports. Le Chili et le Venezuela, qui président conjointement le forum, seront responsables de la préparation de tout document pertinent dans l'intérim.

L'inauguration officielle de la CÉLAC en juillet coïncidera avec le bicentenaire de l'indépendance vénézuélienne et marque un jalon important pour l'intégration régionale et pour l'organisation autonome, indépendante de tout représentant des États-Unis et du Canada.

Architectes d'une alternative

La CÉLAC a d'abord vu le jour en février 2010 lors d'un sommet pour l'unité latino-américaine et caribéenne à Cancún, au Mexique, seulement huit mois après le coup qui avait évincé le président démocratiquement élu, Manuel Zelaya.

Invoquant la nécessité d'un forum qui « consolide et qui défend l'identité latino-américaine et caribéenne», l'organisation est basée sur les principes suivants, que l'organisation reconnaît en tant que « valeurs communes » de la culture latino-américaine et caribéenne:

* le respect des lois internationales et de la charte des Nations Unies
* l'égalité souveraine des États
* le non-recours à force ou à la menace de la force
* la démocratie
* le respect des droits humains
* le respect de l'environnement, sans oublier les piliers environnementaux, économiques et sociaux d'un développement durable
* la coopération internationale visant au développement durable
* l'unité et l'intégration des pays latino-américains et caraibéens
* un dialogue permanent qui défend la paix et la sécurité régionales

Tout comme des projets tels que l'ALBA (l'Alliance bolivarienne pour les Amériques), la CÉLAC est une nouvelle organisation visant à défendre la coopération régionale et à contrecarrer la domination occidentale dans la région, en particulier celle des États-Unis.

Cependant, ce qui la distingue de l'ALBA – un bloc économique fondé sur des accords commerciaux à avantages réciproques et qui rejette le paradigme économique du néolibéralisme – est que la CÉLAC est une instance représentative qui accueillera tous les pays latino-américains et caribéens et dont le but est de devenir « l'interlocuteur le plus représentatif de la région vis-à-vis les principaux acteurs internationaux, les autres regroupements de pays et d'organisations régionales ».

La CÉLAC vise spécifiquement à représenter et à accroître la présence et l'influence des pays d'Amérique latine et et des Caraïbes à l'échelle internationale – ou à mettre en valeur « le programme latino-américain et caribéen au sein des forums mondiaux ». En principe, devenir membre de la CÉLAC n'aura pas comme préalable qu'un gouvernement soit de droite ou de gauche comme c'est le cas pour l'ALBA. Par contre, bien que n'ayant pas un programme dit exclusivement de gauche, la CÉLAC a décidément des tendances progressistes.

CÉLAC/OÉA - Différences

Bien que le gouvernement des États-Unis ait nié que la CELAC sera néfaste à l'influence de l'OÉA (l'Organisation des États d'Amérique, qui inclut dans ses rangs tous les pays de la CÉLAC ainsi que les États-Unis et le Canada), des observateurs ont commenté que l'organisation pourrait à long terme remplacer l'OÉA, ou, sans la remplacer intégralement, pourrait agir en tant qu'agence qui rétablira l'équilibre. Une brève comparaison révèle des différences importantes entre les deux organisations.

Contrairement à l'OÉA, dont les « quatre piliers de base » sont la démocratie, les droits humains, la sécurité et le développement, la CÉLAC met l'accent sur son engagement envers la « souveraineté », le « multiculturalisme », « le droit de tout pays d'établir son propre système politique » et insiste sur son engagement envers un développement « durable ».

En outre, tandis que les facteurs économiques ne font pas partie du programme de l'OÉA, il st intéressant de noter que la déclaration de la CÉLAC suggère certains concepts économiques qu'on associe généralement au développement de la gauche démocratique des dernières années.

Bien que des modèles économiques ne soient pas mis de l'avant de façon explicite, la CÉLAC met en relief le fait que l'organisation aspirera au « bien-être social », à « l'égalité et à la justice sociale la plus intégrale », au « développement indépendant », en tenant compte de « l'importance d'assurer un traitement favorable aux petites économies vulnérables et aux pays sans accès à la mer ou insulaires en développement » – rejetant ainsi sans ambiguïté le consensus néolibéral.

Enfin, l'inclusion d'une clause sur la démocratie vise à éviter d'autres coups d'État, tels que ceux ayant eu lieu au Honduras et en Haïti ainsi que les tentatives de coup en Équateur et au Venezuela.

Relations en mouvement; Bolivar unit l' « arrière-cour » des Amériques

Sans doute l'un des aspects les plus frappants dans le développement de la CÉLAC est moins la rhétorique employée par les courants les plus radicaux de la région que celle d'administrations de centre ou de centre-droite. Bien qu'il ne s'agit aucunement de tendances socialistes, des citations comme la suivante sont par contre prometteuses d'un effort d'engagement envers l'unité régionale.

« Nous sommes ici à bâtir l'architecture de base des structures de fonctionnement de cette nouvelle institution. Nous sommes à construire le rêve d'intégration que défendait le Libérateur [Simon Bolivar] pour toute l'Amérique latine et les Caraïbes », a dit Fernando Schmidt, le vice-chancelier de tendance centre-droite du Chili.

Sans exclure des motifs pragmatiques basés sur les tentatives de la droite de réagir aux relations de pouvoir en mouvement dans la région, la création de la CÉLAC pourrait indiquer qu'une authentique unité des pays latino-américains et caribéens est en train de se réaliser et qu'ont lieu simultanément des changements en profondeur dans la dynamique politique de la région et de l'hémisphère.

(Traduction : LML)

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Bulletin du 20 juin 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca