Pour une autre direction à donner à l'économie

Pour une autre direction de l'économie

La nécessité de l'intervention consciente de la classe ouvrière dans l'économie

L'économie canadienne est soumise à la fois à des facteurs spontanés et à des facteurs conscients. L'intervention gouvernementale par les budgets et les politiques commerciales peuvent avoir un effet direct sur les facteurs spontanés. La direction de l'économie est donnée à la fois par des facteurs conscients et des facteurs spontanés. Pour défendre ses droits et les droits de tous et pour donner une nouvelle direction à l'économie en faveur du peuple et de l'édification nationale, le mouvement ouvrier doit intervenir avec son propre programme pour influencer les facteurs conscients et spontanés.

Cela comprend examiner l'intervention gouvernementale, comme le budget Flaherty, et voir comment les politiques conscientes du gouvernement vont influer sur les facteurs spontanés et sur la direction générale de l'économie. En partant de cette analyse, le mouvement ouvrier peut tenir le gouvernement redevable de ses faits et gestes et identifier les grandes lignes de son propre programme indépendant pour intervenir dans l'économie pour défendre ses droits et les droits de tous.

On trouve certaines indications des effets de l'intervention gouvernementale sur les facteurs spontanés dans un rapport publié récemment par La Financière Banque nationale (FBN) et on y voit aussi dans une certaine mesure dans quel sens doit aller l'intervention conscience en faveur du peuple. Le rapport de la FBN retrace le déplacement, sur dix ans, des exportations canadiennes en faveur des matières premières et des produits semi-finis et au détriment des produits finis. (Les citations sont du rapport que l'on peut consulter en cliquant ici.)

« La part des matières premières [dans les exportations] a toujours été importante, mais, après avoir été en baisse au cours des deux décennies précédentes, elle a remontée pour se situer à un peu plus de 64 % en 2010. »

Pour mieux définir comment la classe ouvrière doit voir l'économie, il faut d'abord reconnaître plusieurs faiblesses du rapport. D'abord, le rapport de la FBN ne contient pas d'analyse expliquant pourquoi les exportations des matières premières sont revenues à 64 %, quel lien il y a entre ce retour et l'évolution des importations, l'économie intérieure, les prix, où les Canadiens obtiennent leurs « produits finis », la baisse d'activité du secteur manufacturier et la crise économique, qui a commencé en 2008 et qui ne s'est toujours pas résorbée. Comment la croissance des exportations de matières premières et la hausse de leurs prix affecte-t-elle le marché intérieur et l'économie ? La baisse des exportations de produits manufacturés affaiblit-elle le marché intérieur et l'économie ? Quelles ont été les politiques conscientes des gouvernements et des monopoles mondiaux qui dominent l'économie ? Ces politiques ont-elles contribué au changement dans la composition des exportations et à la montée en importance des exportations et importations dans l'économie canadienne ? Quel programme d'intervention consciente dans l'économie aurait pu conduire à un résultat plus favorable pour le peuple ? La FBN ne pose aucune de ces questions. Cette absence détache le rapport de la FBN des besoins du mouvement ouvrier et mènent les travailleurs à la conclusion qu'ils doivent faire leur propre travail analytique s'ils veulent avancer.

Une autre faiblesse du rapport, et en général de toutes les analyses provenant des couches moyennes, est l'utilisation d'une terminologie non scientifique. Contrairement à ce qui est prétendu, la division de base de la production sociale n'est pas entre « les matières premières » et « les produits finis ». Elle est entre les deux sections que sont : 1. les moyens de production, les marchandises qui, de par leur forme, doivent ou au moins peuvent entrer dans la consommation productive ; et 2. les moyens de consommation, les marchandises qui, de par leur forme, entrent dans la consommation individuelle de la classe capitaliste et de la classe ouvrière. Pour éviter les crises, l'économie socialisée doit à la fois spontanément et consciemment établir un équilibre entre les deux.

La FBN écrit ce qui suit :

« Canada : changement dans le profit des exportations de marchandises

« De 1999 à 2010, la proportion de la valeur des exportations constituée de matières premières a crû de 42 % à un peu plus de 64 %.

« Durant la période, non seulement la proportion des exportation constituée de biens finis mais aussi la valeur même de ces exportations ont diminué. [...]

« De 1999 à 2007, la hausse de la proportion des exportations constituée de matières premières a été alimentée surtout par les prix, les volumes exportés étant de demeurés plutôt stables.

« De 2007 à 2010, la progression tenait plutôt au fait que les volumes exportés de matières premières avaient diminué moins rapidement que ceux de biens finis. »

Les lecteurs doivent noter que le rapport attribue cette évolution des exportations à la hausse des prix et à la récession. Plus loin les auteurs du rapport écrivent : « En 2001, la baisse des exportations de biens finis était attribuable à l'éclatement de la bulle technologique. » On crée ainsi l'impression que la situation est hors de contrôle et que les Canadiens sont captifs des effets d'une succession de crises. C'est faux dans la mesure où un programme d'intervention consciente de la classe ouvrière peut influer sur les facteurs spontanés de manière à harmoniser l'économie et à résoudre ses contradictions. Les prix peuvent être amenés sous contrôle, tout comme le rapport entre les exportations et importations et leur relation avec le marché intérieur, et un nouvel équilibre peut être établi entre les deux sections de la production sociale. Ce n’est pas le cas quand il s'agit de l'intervention consciente des monopoles mondiaux et de leurs représentants politiques qui, au lieu de mener à la résolution des contradictions, mène à des crises toujours plus graves et toujours plus fréquentes.

La classe ouvrière sait certainement, de son expérience directe de cette période, que les choses ne sont pas allées s'améliorant. Les monopoles ont rompu le contrat social et la décroissance du secteur manufacturier a fait des ravages et signifié la ruine de nombreuses communautés, comme celles vivant de l'industrie forestière et celles des régions industrielles du Québec et de l'Ontario. La baisse de la part des produits manufacturés pour la consommation individuelle dans les exportations au profit des matières premières ou des produits semi-finis pour la consommation industrielle et les variations subites des prix n'ont pas été favorables au peuple. Quel est le rapport entre les crises périodiques et les politiques conscientes des gouvernements au fédéral et au provincial, comme les budgets, et quelles alternatives peut proposer la classe ouvrière qui soient au profit du peuple, qui restreignent le droit de monopole en faveur du droit public et qui défendent l'économie contre les crises périodiques ?

Le droit de monopole exige que les intérêts étroits des monopoles mondiaux les plus puissants doivent dominer et que la force des facteurs spontanés de l'économie socialisée doit servir ces intérêts étroits et non ceux de l'édification nationale et du peuple. Ce diktat perturbe le mouvement spontané de l'économie vers un équilibre des deux sections de l'économie, notamment par l'établissement de prix du marché qui reflètent les prix de production plutôt que des prix dictés par les monopoles, et il engendre cette tendance, que la FBN reconnaît dans son rapport, contre la production de produits finis pour la Section 2 au profit de la concentration de produits non finis ou partiellement manufacturés de la Section 1.

La FBN présente les résultats de son enquête sans analyser l'impact de cette tendance pour les communautés manufacturières, le taux de chômage général et régional ou tout autre aspect de l'économie pour lequel un programme alternatif d'intervention consciente aurait donné des résultats plus favorables pour le peuple. Les lecteurs doivent également noter que ces économistes de la FBN, avec leur conception du monde centrée sur le capital, pensent exactement comme les experts auxquels les gouvernements recourent dans la préparation des budgets.

Le mouvement ouvrier doit relever le défi de combattre la manipulation consciente de l'économie socialisée par le droit de monopole et de mettre de l'avant son propre programme d'intervention consciente pour établir et renforcer le droit public et, dans le cas présent, l'équilibre entre les deux sections de la production sociale, le contrôle des prix du marché et du commerce du gros et une politique d'importations et exportations au profit du peuple et de l'édification nationale et qui renforce l'économie intérieure. Le but est de développer un mouvement conscient de la classe ouvrière pour une action avec analyse et pour un programme d'intervention dans l'économie qui défend les grands intérêts de la classe ouvrière, le droit public, l'édification nationale et l'intérêt général de la société.

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La classe ouvrière est en droit de demander
des comptes aux monopoles pour
leurs décisions antiouvrières

Avec l'élection d'un gouvernement majoritaire conservateur à Ottawa et l'arrivée d'une nouvelle opposition social-démocrate, la situation pour la classe ouvrière continue de se détériorer. Suite aux résultats du scrutin du 2 mai, plusieurs ont avancé l'idée qu'une vague de changement avait déferlé sur le Québec; pourtant, la destruction nationale et l'offensive antiouvrière sont toujours à l'ordre du jour.

Au cours de la campagne électorale, Harper menaçait la classe ouvrière canadienne en répétant que seul un gouvernement majoritaire conservateur pourrait mettre fin à l'incertitude économique et consolider une « reprise » de l'économie. Malgré toutes ces belles paroles, les travailleurs vivent l'incertitude économique à chaque seconde de leur vie et tout cela découle de l'actuelle offensive des monopoles contre l'intégrité de l'économie et l'édifice national. Ce qui ressort toujours lors d'annonces de fermetures d'usines sont les raisons invoquées par les directions d'entreprises et les politiciens des riches. Leurs décisions, non seulement ne seraient pas discutables, mais elles seraient les seules raisons possibles. La classe ouvrière est en droit de rendre ces « dirigeants » de monopoles responsables de leurs décisions qui affectent la vie des travailleurs.

La classe ouvrière a également le droit de contester ces décisions antisociales si elle croit que cela endommage l'économie et le bien-être de la société. Bien plus, c'est un devoir de rappeler à l'ordre ceux pour qui la vie n'est que phrases creuses et dogmes antiouvriers. Voici à titre d'information et également à titre d'exemples, quelques faits sur les fermetures d'usines qu'a subi la classe ouvrière du Québec depuis les dernières semaines et les raisons invoquées par les entreprises pour justifier leurs décisions antisociales.

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Nouvelle série de fermetures d'usines au Québec

Les travailleuses du fabricant de harnais électriques Prodam ont été informées le 3 mai dernier de la fermeture de leur usine de Saint-Hubert, sur la rive Sud de Montréal. La direction a décidé de transférer la production à une usine au Mexique. Au total, une quarantaine de personnes, pour la plupart des femmes affiliées au syndicat des Métallos, seront mises à pied progressivement d'ici octobre prochain. Selon le communiqué des Métallos, le propriétaire de la compagnie québécoise soutient que certains clients, tels Electrolux, Corbeil ou Frigidaire, exigent que les contrats soient effectués à l'usine mexicaine, en opération depuis quelques années. Le représentant syndical des Métallos a dit qu'il comprenait mal cette décision puisqu'une partie de la production de cette usine de Saint-Hubert dessert des clients qui vendent leurs produits au Québec. Les travailleuses de Prodam ne gagnaient en moyenne qu'un salaire moyen de 12,50 $ l'heure.

Le monopole agro-alimentaire Olymel a annoncé le 29 avril dernier la fermeture totale de son usine de transformation de volailles secteur Iberville, de nouveau sur la Rive Sud de Montréal, à Saint-Jean-sur-Richelieu. Cent vingt personnes perdront leur emploi définitivement le 19 août prochain Cette fermeture survient à peine un an après la mise à pied de 183 personnes à l'été 2010 et quelques mois après la ratification d'une nouvelle convention collective avec les 120 employés restants. En 2010, Olymel avait transféré une partie de sa production dans ses usines de Berthier, Sainte-Rosalie et à Brampton en Ontario. Cette fois-ci, elle transfert sa production à son autre usine située à Saint-Jean-sur-Richelieu. Mais seulement une trentaine de personnes se verront offrir un nouvel emploi dans cette usine qui en compte 85. Les travailleurs de l'usine du secteur Iberville ont accepté diverses concessions depuis 2006 sous peine de fermeture. Malgré les concessions, la direction d'Olymel a mis sa menace à exécution et procède à la fermeture. La haute direction d'Olymel invoque les conditions du marché qui ne se sont pas améliorées et la baisse des volumes de tournedos et de brochettes pour justifier sa décision. Seul un entrepôt de distribution voué à l'exportation de produit du porc reste en opération. Une quinzaine de personnes travaillent dans cet entrepôt.

La même journée, le 29 avril, l'usine Les Aliments Deli Chef à Gatineau a fermé ses portes. Cent quinze employés spécialisés dans la confection et la distribution d'aliments prêts à consommer sont touchés par cette fermeture. Fait à noter, les travailleurs venaient de se syndiquer mais n'avaient toujours pas de convention collective. La direction affirme que la syndicalisation n'avait rien à voir et que la décision s'expliquait par « la concurrence de plus en plus féroce dans le secteur de l'alimentation » et qu'elle devait consolider ses opérations dans son usine de Laval.

Plus tôt ce printemps, soit le 2 mars, c'est le fabricant de tissus cosmétique et médical US Cotton qui a fermé son usine de Lachine à Montréal et transféré sa production aux États-Unis. Cette mesure touche environ 70 travailleurs. Les explications de la compagnie américaine sont les mêmes qu'à l'habitude, soit des « coûts de main-d'oeuvre » trop élevés. Selon le magazine Jobboom, les travailleurs américains exécuteront le même travail à 10 $ l'heure plutôt qu'entre 15 $ et 20 $ pour les travailleurs de Lachine.

La même logique antiouvrière a été utilisée par la direction du groupe RGR à la mi-mars pour expliquer la fermeture de cinq usines dans la région de la Beauce. Quatre cents ouvrières du textile vont voir leurs usines fermer, en plus probablement, selon Jobboom, de voir cette production relocalisée à l'étranger.

Dans la région de l'Estrie, c'est la compagnie Hexpol qui a annoncé la fermeture définitive de son usine de mélange de caoutchouc de Magog, une décision qui affectera 40 employés syndiqués. Selon la Presse canadienne, l'entreprise suédoise a invoqué la « très faible » demande pour ses produits, particulièrement de la part de l'industrie automobile, pour expliquer l'accélération de son programme de « réduction de coûts ». Il s'agit de la seule usine canadienne de ce groupe, qui compte 2200 employés répartis dans neuf pays. Cette nouvelle fermeture dans le quartier industriel de Magog est un autre choc pour la ville et la communauté. Les fermetures se succèdent rapidement, particulièrement depuis le début de la crise en 2008, ce qui a fait dire à un travailleur d'Hexpol que le quartier industriel de Magog ressemble plus à un cimetière qu'à un centre industriel.

Dans le secteur forestier, le monopole spécialisé dans la coupe et de sciage Commonwealth Plywood fermera deux usines cet été au Québec. Il s'agit des usines de Princeville et de Shawinigan qui comptent respectivement 124 et 45 employés. Les fermetures seront effectives le 9 août prochain. La loi du code de travail prévoit pour ce genre de fermeture un préavis de deux mois pour les employés et un mois de vacances payées. Les raisons invoquées par la direction sont surprenantes. En ce qui concerne l'usine de Shawinigan, ce serait des problèmes d'approvisionnement qui ont poussé la direction à fermer l'usine. Selon Robert Kieffer, porte-parole de la compagnie, « nous avions de la difficulté à mettre la main sur le type de bois que nous avions besoin. Le bois au Québec a généralement trop de noeuds pour faire du beau placage, nous devions importer du bois des États-Unis et réexporter de nouveau. » Selon ce même porte-parole, d'autres fermetures sont à venir parmi les 15 usines que possède la compagnie au Québec et en Ontario. Pour ce qui est des usines de Sainte-Thérèse et de Témiscaming, elles roulent au ralenti. Les fermetures de Princeville et de Shawinigan sont d'une durée indéterminée et pourraient se prolonger pendant plus de six mois.

À Trois-Rivières, dans le centre du Québec, la section locale 145 du SCEP et le conseil régional FTQ Mauricie-Centre du Québec dénoncent la nouvelle fermeture de l'usine d'impression Transcontinental. Ce sont 59 travailleurs bien payés qui perdront leur emploi dans cette région. Le seul journal toujours imprimé à l'usine, le quotidien Le Nouvelliste, imprimé à Trois-Rivières depuis 1920, sera maintenant imprimé à Montréal. L'an dernier, le local 145 et le centre régional de la FTQ dénonçaient également la délocalisation vers Montréal de l'impression des autres hebdos régionaux, ce qui avait alors entraîné la perte de plus d'une vingtaine d'emplois et affaibli d'avantage l'usine, selon les dirigeants syndicaux. Le président de conseil régional FTQ Mauricie et Centre du Québec, Jacques Aubry, a commenté cette décision en déplorant les impacts économiques sérieux d'une telle fermeture et indiquant que la saignée des emplois se poursuit dans la région: « Quand même ton journal régional s'en va se faire imprimer à Montréal, le symbole est fort », a-t-il dit. Rappelons que Transcontinental a fermé l'automne dernier son usine de Boucherville affectant ainsi la vie de 200 travailleurs. Selon les derniers résultats obtenus dans le journal Les Affaires, leurs profits auraient augmenté substantiellement au cours du premier trimestre de cette année.

(Sources : Telbec, La Presse, Radio-Canada, site web Les Métallos, Jobboom, La Presse canadienne, Argent)

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Bulletin du 20 juin 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca