Plans du gouvernement Harper pour
l'annexion du Canada aux États-Unis

Non au périmètre de sécurité nord-américain!

Le 3 juin, le gouvernement du Canada a conclu sa consultation publique sur « la vision commune de la sécurité du périmètre et de la compétitivité économique » (Voir LML du 14 février 2011). D'aucune façon le gouvernement peut-il prétendre que les Canadiens ont eu la chance de dire ce qu'ils pensent de l'établissement d'un périmètre de sécurité avec l'impérialisme américain. Le processus était conçu pour obtenir des propositions des monopoles nord-américains favorisés par l'annexion du Canada.

Selon un communiqué du gouvernement, « cette consultation servira à élaborer un plan d'action bilatéral Canada-États-Unis, qui définira une série d'initiatives touchant quatre principaux domaines de coopération et destinées à promouvoir la sécurité et à soutenir le commerce et la croissance économique ».

Le Conseil canadien des chefs d'entreprises (CCCE), qui regroupe les plus grands monopoles d'Amérique du Nord, a répondu à l'invitation avec plusieurs propositions, dont le déploiement de membres du personnel de sécurité étasunien dans des usines canadiennes et ailleurs où les marchandises sont expédiées en direction des États-Unis.

Cela montre à quel point il est urgent que l'Opposition ouvrière poursuive ses efforts pour formuler un projet indépendant d'édification nationale.

Le CCCE propose d'« élaborer, d'ici deux ans, une stratégie intégrée de sécurité du fret depuis le point d'expédition au Canada ou aux États-Unis. Les inspections qui sont présentement effectuées à la frontière devraient être menées à la sortie du fabricant ou de l'usine. Les pré-dédouanements à la sortie de l'usine devraient commencer avec les transporteurs qui participent déjà aux programmes des négociants dignes de confiance (par ex., dans les secteurs de l'automobile et de l'alimentation). »

Il est peu probable que le département de la sécurité intérieure des États-Unis permette à des agents de l'immigration et des douanes du Canada d'inspecter des marchandises apprêtées pour l'expédition aux des États-Unis. En fait, c'est précisément ce qu'ils n'accepteront pas puisque leur but est de placer les forces de sécurité étasuniennes aux commandes des infrastructures et capacités productives clés du Canada. D'autres mesures vont sans doute suivre, comme l'exigence d'une « autorisation sécuritaire » pour les personnes pouvant être employées dans des secteurs dont la « sécurité » est considérée comme primordiale pour les intérêts économiques des monopoles.

On peut certainement prévoir qu'avec ces mesures les travailleurs qui font la grève ou dressent des lignes de piquetage pour tenter de restreindre le droit de monopole, comme les métallos de Hamilton qui tentent en ce moment d'empêcher la sortie du coke de l'aciérie canadienne, pourraient être considérés comme « une menace à la sécurité nationale des États-Unis » et de « la chaîne d'approvisionnement nord-américaine », quand en fait les travailleurs tentent d'empêcher le vol des ressources naturelles et de la capacité productive du Canada.

Ces propositions du CCCE, qui prévoient la présence de forces policières et militaires étasuniennes au Canada, comme avec NORAD par exemple, sous prétexte de « coopération » et de « sécurité commune », ne doivent pas être prises à la légère. Le CCCE représente précisément les monopoles qui ont intérêt à soumettre des usines canadiennes au contrôle d'agents de sécurité des États-Unis. Les propositions révèlent que dans la vision d'avenir des monopoles, l'économie canadienne est entièrement soumise à l'empire américain et les travailleurs canadiens sont sous la vigilante surveillance de département de la sécurité intérieure des États- Unis.

Cela ne doit pas passer !

Haut de page


Le périmètre de sécurité est en train
d'être mis en place à notre insu

Le 24 mars, alors que tout le monde regardait ailleurs avec la crise au parlement qui a mené au déclenchement de l'élection, le projet de loi 42, Loi modifiant la Loi sur l'aéronautique, recevait la sanction royale. Le projet de loi a été voté par les conservateurs, libéraux et bloquistes à 246 contre 34. L'amendement à la loi permet aux autorités canadiennes de transmettre des renseignements sur les passagers à bord d'un avion devant survoler le territoire des États-Unis à « une autorité compétente de ce pays ».

Stephen Harper a beau répéter que le périmètre de sécurité qu'il a annoncé en février « ne concerne pas la souveraineté », il demeure que les renseignements sur les passagers seront utilisés entre autres par les agences du renseignement américain. La loi ne dit rien sur comment ces renseignements seront utilisés mais le monde est déjà très au fait de la persécution de gens en fonction des opinions politiques par l'appareil de sécurité des États-Unis.

Élection fédérale

La seule « discussion », si l'on veut, que les conservateurs ont entretenue sur le périmètre de sécurité durant l'élection est une annonce faite sur un site officiel du gouvernement canadien. On y apprenait que le gouvernement a bel et bien l'intention de mettre en oeuvre le périmètre de sécurité. Elle a été affichée la nuit précédant le mariage royal, de manière à échapper à l'attention médiatique. Pourquoi les conservateurs fuient-ils tant la discussion ?

Immédiatement après l'annonce du périmètre de sécurité le 4 février, les commentateurs prédisaient que les partis d'opposition ne s'y opposeraient pas par crainte de perdre leurs appuis dans les circonscriptions frontalières, qui sont dans bien des cas des centres industriels, comme Windsor, Sarnia et Niagara. Beaucoup de ces circonscriptions étaient représentées par des députés néodémocrates ou libéraux avant l'élection. Ces prédictions étaient en fait une déclaration de la part des médias monopolisés, et de leurs propriétaires qui sont favorables à l'annexion, qu'ils allaient avoir une couverture préjudiciable contre les candidats qui s'opposent à l'annexion du Canada aux États-Unis.

À titre d'exemple, dans les circonscriptions de Windsor Ouest et de Windsor-Tecumseh, le quotidien Windsor Star disait que la clé de la stabilité économique du Canada est de ne pas donner de mauvais signaux aux gouvernements du Michigan et des États-Unis. Comme il l'explique dans son éditorial du 23 avril, il a fait campagne en faveur d'un gouvernement conservateur majoritaire « pour de nombreuses raisons bien connues, à commencer par la question frontalière. Le gouvernement de Stephen Harper a forgé de solides liens avec le gouverneur du Michigan Rick Snyder et les députés de l'assemblée législative de cet État, et ce rapport ne doit pas être mis en péril. »

Le quotidien écrit que l'État du Michigan s'apprête à approuver la construction d'un deuxième pont public reliant les villes de Détroit et de Windsor, un projet « qui va créer des milliers de nouveaux emplois dans cette communauté tout en améliorant le libre mouvement du commerce entre le Canada et les États-Unis ».

Les gouvernements de l'Ontario et du Canada doivent remettre plus de 550 millions $ à l'État du Michigan pour la construction du nouveau pont public. Le gouvernement du Michigan a pour sa part décidé qu'il n'investira pas de fonds publics dans ce projet, ce qui veut dire que le Canada devra également payer la part des États- Unis.

Récemment, Wikileaks a rendu publique une note de l'ambassadeur des États-Unis au Canada à ses supérieurs à Washington, en date de novembre 2005, dans lequel on lit : « Près de 25 % du commerce total entre les États-Unis et le Canada (environ 100 milliards $US par année) passe par le pont de l'Ambassadeur et le tunnel de Détroit dans le corridor Détroit-Windsor. On peut affirmer qu'il s'agit des deux éléments de l'infrastructure critique les plus importants de toute la frontière. » Selon le gouvernement étasunien, cette infrastructure est « critique » pour l'intérêt national de l'impérialisme américain. Le pont actuel est une propriété privée du milliardaire Matty Maroun, citoyen des États-Unis. C'est pourquoi il est maintenant question d'un pont public sous contrôle d'État.

Les députés néodémocrates sortants des deux circonscriptions ont été réélus sans difficulté. On pourrait croire que le Windsor Star n'a pas atteint son objectif de faire élire des députés conservateurs à Windsor, mais ce serait faire fi de la pression qui a été exercée pour forcer les candidats à appuyer le projet de pont public et ses visées stratégiques. L'essence du discours des partis rivalisant pour le pouvoir était de savoir qui était le mieux placé pour assurer le financement du projet au complet par le Canada. Après l'élection, le Windsor Star a exprimé comme suit le désir des cercles dominants d'accélérer le processus d'annexion : « Les Canadiens se sont exprimés et ont choisi un gouvernement dirigé par Stephen Harper. Les affaires du Canada sont en attente depuis suffisamment longtemps. Aucune autre région du pays ne le sait mieux que la nôtre, où il est temps de recentrer l'attention sur les initiatives qui encouragent la croissance économique et de bâtir le nouveau pont [...]. Cela veut dire que les nouveaux élus du Canada doivent se remettre au travail le plus tôt possible. »

Maintenant qu'il a obtenu sa majorité, Stephen Harper s'en sert pour déclarer qu'il a un mandat pour poursuivre l'annexion du Canada à l'impérialisme américain. Dans son discours de victoire il a déclaré que les valeurs canadiennes sont fondées sur la soumission du Canada à l'impérialisme américain sur tous les fronts, disant que le caractère essentiel des Canadiens est d'être « des voisins compatissants, des guerriers courageux et des partenaires fiables ».

Ces développements révèlent à quel point il est important que l'Opposition ouvrière identifie concrètement les actions à mener pour réaliser un projet moderne d'édification nationale qui sert le peuple du Canada plutôt que l'impérialisme américain. Cela peut se faire !

Haut de page


À titre d'information

Consultation publique sur la vision commune du Canada et des États-Unis concernant la sécurité et la compétitivité économique à l'intérieur du périmètre

Le 4 février 2011, le premier ministre Stephen Harper et le président des États-Unis Barack Obama ont fait une déclaration intitulée Par-delà la frontière : une vision commune de la sécurité et de la compétitivité économique à l'intérieur du périmètre, qui crée un partenariat nouveau et de longue durée pour accélérer la circulation légitime des personnes et des biens entre les deux pays.

Le Canada et les États-Unis élaboreront un plan d'action conjoint qui définira une série d'initiatives dans quatre domaines essentiels de coopération afin de promouvoir la sécurité et de soutenir le commerce et la croissance économique. Le Groupe de travail par-delà la frontière, composé de représentants des deux gouvernements, élaborera le plan d'action et en supervisera la mise en oeuvre. Il étudiera également les moyens de préserver et d'accroître les avantages découlant des liens étroits entre le Canada et les États-Unis, afin de créer et de soutenir les millions d'emplois qui dépendent de ce partenariat économique vital.

Les chiffres sur la circulation et le commerce transfrontaliers démontrent l'interaction profonde entre le Canada et les États-Unis, ce qui est la preuve des liens étroits unissant les deux pays :

* Chaque jour, près de 200 000 personnes traversent la frontière, que ce soit pour affaires, par plaisir ou pour rendre visite à des parents ou amis.

* Le commerce bilatéral de biens entre le Canada et les États-Unis a atteint 501,4 milliards de dollars en 2010, comparativement à 456,9 milliards de dollars l'année précédente.

* Chaque minute, des biens et des services d'une valeur de plus d'un million de dollars sont échangés de part et d'autre de la frontière canado-américaine.

* L'investissement direct de chaque pays chez son voisin s'établit à plus de 250 milliards de dollars.

* Le Canada est le fournisseur d'énergie le plus important, le plus sûr et le plus stable du marché des États-Unis.

* Le Canada est le marché d'exportation le plus important des États-Unis ainsi que le plus grand marché d'exportation de 34 États américains.

* Un emploi sur sept au Canada dépend des exportations canadiennes aux États-Unis.

Les principaux domaines visés par la déclaration

La déclaration Par-delà la frontière : une vision commune de la sécurité et de la compétitivité économique à l'intérieur du périmètre se fonde sur les principes qui reconnaissent et respectent les cadres constitutionnels et juridiques distincts des deux pays en ce qui concerne la protection de la vie privée, les libertés civiles et les droits de la personne. La déclaration reconnaît également le droit souverain de chaque pays d'agir en toute indépendance, dans son propre intérêt et conformément à ses lois.

La déclaration porte sur quatre domaines clés de coopération. Nous reproduisons ci-après quelques extraits de la déclaration.

1. Agir tôt pour éliminer les menaces

« En collaborant pour éliminer les menaces avant qu'elles n'atteignent nos rives, nous prévoyons acquérir une compréhension commune du contexte de la menace grâce à un échange amélioré du renseignement et de l'information, ainsi qu'à des évaluations conjointes des menaces qui étayeront des décisions éclairées de gestion des risques. »

2. Facilitation du commerce, croissance économique et emplois

« Nous avons l'intention d'adopter des solutions créatives et efficaces pour gérer la circulation entre le Canada et les États-Unis. Nous concentrerons l'investissement dans la modernisation de l'infrastructure et de la technologie aux points d'entrée terrestres les plus achalandés, qui sont essentiels à notre bien-être économique. »

3. Intégration transfrontalière en matière d'application de la loi

« Nous avons l'intention de prolonger les programmes bilatéraux existants de police pour définir la prochaine génération d'opérations policières transfrontalières intégrées en faisant jouer l'effet de levier des agents et ressources désignés de part et d'autre pour identifier, évaluer et interdire conjointement les personnes et les organisations impliquées dans des activités criminelles transnationales. »

4. Infrastructure essentielle et cybersécurité

« Nous avons l'intention de travailler ensemble pour prévenir des perturbations physiques ou cybernétiques de l'infrastructure essentielle, pour y réagir et pour les surmonter, ainsi que pour implanter une approche transfrontalière exhaustive, qui renforcera la résilience de notre infrastructure essentielle et cybernétique grâce à un solide engagement transfrontalier. »

Le but de la vision commune

La vision commune a pour but, non de remplacer ou d'éliminer la frontière, mais plutôt d'en améliorer la gestion, de simplifier les programmes et de concevoir un plan permettant d'assurer la modernisation continue de l'infrastructure frontalière. Les deux pays ont une responsabilité commune à l'égard de leur sécurité et de leur résilience mutuelles dans un monde de plus en plus intégré et globalisé.

Le conseil de coopération en matière de réglementation

Le Canada et les États-Unis sont deux des économies les plus intégrées du monde. Cette relation économique, dont sont tributaires des millions d'emplois de chaque côté de la frontière, est indispensable à la prospérité des deux pays.

En plus de la déclaration, les deux dirigeants ont annoncé la création d'un Conseil de coopération Canada-États-Unis en matière de réglementation (CCR), qui simplifiera la réglementation dans plusieurs secteurs et la rendra plus compatible dans les deux pays, ce qui est particulièrement important pour les petites entreprises.

Les deux dirigeants sont d'avis que les citoyens des deux pays méritent des approches plus intelligentes et plus efficaces de la réglementation qui renforceront la compétitivité économique tout en maintenant des normes élevées en matière de santé publique et de sécurité et en protégeant l'environnement.

La mise en place du Conseil de coopération en matière de réglementation n'amoindrit en rien la souveraineté du Canada ou des États-Unis, chaque gouvernement continuant d'exercer ses fonctions de réglementation conformément aux lois et aux politiques nationales applicables.

Lorsque les travaux du CCR seront amorcés, d'autres renseignements seront fournis aux Canadiens. Pour de plus amples renseignements, prière de consulter le Document d'information – Déclaration du Conseil de coopération en matière de réglementation.

Le processus de consultation publique

Le gouvernement du Canada s'est engagé à consulter, par l'intermédiaire du Groupe de travail par-delà la frontière, les Canadiens au sujet de la déclaration concernant une vision commune de la sécurité et de la compétitivité économique à l'intérieur du périmètre. Les priorités qui émergeront de la consultation publique aideront à orienter le plan d'action, qui contiendra des initiatives destinées à protéger la frontière commune des deux pays tout en renforçant les échanges commerciaux entre eux, générateurs d'emplois et de prospérité.

Haut de page


Bulletin du 20 juin 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca