Discussion

La fin du contrat social et la nécessité
d'ouvrir une nouvelle voie


L'esprit de 46 à la grève historique des travailleurs industriels des États-Unis et du Canada. De gauche à droite:
Grève de 113 jours des Travailleurs unis de l'automobile à GM; grève des travailleurs du charbon bitumineux
aux États-Unis; grève à Stelco.

Le mouvement ouvrier discute présentement de la fin du contrat social. Que s'est-il passé ? Comment l'élite dominante a-t-elle réussi à détruire le contrat social ? Les divers aspects marquant la fin du contrat social se manifestent ainsi : la pression exercée pour que les travailleurs abandonnent leurs droits syndicaux, leurs droits salariaux et leurs pensions ; la privatisation des services publics ; des coupures générales dans les services sociaux y inclus les soins de santé publics ; la hausse du chômage permanent officiel affectant au-delà d'un million de travailleurs ; l'insécurité et l'itinérance avec comme corollaire la mentalité médiévale que chacun doit subvenir à ses propres besoins ; les arrestations de masse lors du sommet du G20 ; le recours aux certificats de sécurité ; les attaques contre les réfugiés, y inclus ceux provenant des États-Unis et qui refusent de se battre en Irak et en Afghanistan ; les accords de libre-échange ; l'annexion du Canada à l'empire étasunien, à ses guerres d'agression et à son économie militarisée ; le déclin de l'industrie manufacturière ; un climat de toute-puissance et d'impunité pour les monopoles mondiaux, avec la complicité des gouvernements. Le mouvement ouvrier n'a certainement pas souhaité un tel développement, mais il a été impuissant à l'arrêter.

Les phénomènes sociaux sont le produit de la lutte de classe. Au Canada, deux grandes classes s'affrontent : la classe ouvrière et les propriétaires de capital. Le contrat social de l'après-Deuxième Guerre mondiale était basé sur les luttes de la classe ouvrière pour défendre les droits de tous. La victoire de 1945 sur le fascisme, qui est l'aile la plus agressive des propriétaires de capital, a donné au mouvement ouvrier un sentiment de confiance dans ses propres possibilités de changer le monde pour le mieux. Mais il s'agit de plus encore : la victoire sur le fascisme a aussi porté un dur coup aux forces qui conciliaient avec le fascisme, cette conciliation étant une caractéristique du libéralisme et de son anticommunisme. Après la guerre, le mouvement ouvrier ne tolérait aucune conciliation avec le fascisme. Dans le contexte de cette époque, cela se traduisait en une opposition à toute conciliation avec les propriétaires de capital ainsi que leurs représentants politiques qui cherchaient à nier les droits de la classe ouvrière et qui refusaient que la richesse produite par la classe ouvrière serve à résoudre les problèmes sociaux propres à une société moderne.

Le mouvement ouvrier, par le biais de ses grèves imposantes dans les industries de l'acier, de l'auto et autres et sur la base de sa politique pratique, a exprimé clairement qu'il voulait de nouveaux arrangements favorables aux travailleurs et que, peu importe le gouvernement au pouvoir, celui-ci serait tenu redevable.

En même temps, les propriétaires de capital étaient déterminés à s'assurer que le mouvement ouvrier n'embrasse pas la cause du socialisme. Ils ont déclenché la plus grande offensive contre le communisme, qui est devenue la Guerre froide, et une campagne de désinformation massive sur la question même du communisme qui créa une division dans le monde entre « la liberté et la démocratie » et une soi-disant dictature communiste incarnant « le mal ». On attribua au communisme tous les maux et les dangers dans le monde et on réussit à arracher un compromis avec la destruction des syndicats communistes et procommunistes et la promesse d'une paix ouvrière en échange de la reconnaissance du droit de grève des travailleurs, de la formule Rand et de lois ouvrières et de conventions collectives obtenues par des négociations collectives. Ces dernières restreindraient les « droits » des propriétaires de mines, de manufactures et d'usines d'exploiter le travail avec impunité. Le mouvement syndical est devenu un partenaire du contrat social d'après-guerre et les arrangements conclus ont donné lieu à un État providence. Tant et autant que la perspective de la classe ouvrière réussissait à s'imposer, le contrat social se consolidait par sa force et par son influence de telle sorte qu'éventuellement, il a même influencé le mouvement de la jeunesse et des étudiants qui se sont rebellés dans les années 1960.

La rétrogression s'installe

L'État providence s'est vu aux prises avec une crise irréversible d'endettement au milieu des années 1970. La minorité riche a exigé que le fardeau de la classe soit rejeté sur le dos des travailleurs et du peuple et cela a vite fait d'imposer un changement de direction à l'économie en faveur du néo-conservatisme de Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Cela allait prendre la forme du néo-libéralisme mondial, celui du « libre-échange » pour rendre les monopoles compétitifs sur les marchés mondiaux. Cela s'est accompagné du vol du trésor public en coupant massivement dans les programmes sociaux, et du pillage des fonds comme l'assurance-chômage et les fonds de pension. On retira aussi les transferts de paiements et les prêts à taux d'intérêt inférieur aux provinces. Les fonds publics furent mis à la disposition des riches par le biais du remboursement de l'intérêt sur la dette, pour réduire la dette et favoriser la spéculation sur les marchés boursiers. Ayant adopté la perspective des capitalistes, le mouvement syndical appuya les contre-révolutions en Europe de l'Est et applaudit l'effondrement de l'URSS, il soumit la classe ouvrière aux demandes de concessions des monopoles et à la concurrence entre travailleurs. La conception du monde des riches à l'effet que le travail est un coût de production, et non la source de toute richesse dont dépendent les sociétés pour vivre, fut adoptée intégralement.

Même si le mouvement syndical s'est montré conciliant envers l'offensive néolibérale au départ, il n'est pas responsable de la rupture du contrat social. Le contrat social a pris fin parce que les arrangements basés sur un État providence ne font plus l'affaire des propriétaires de capital, dans une situation où la richesse est de plus en plus concentrée entre les mains de quelques-uns. Ils ne sont pas intéressés à en arriver à des accommodements raisonnables d'aucune sorte. Aujourd'hui, le « droit » des monopoles l'emporte sur le droit public et c'est la politique de payer les riches qui prime.

Les gouvernements répondent aux exigences des monopoles alors qu'ils devraient défendre le droit public. Ils devraient réagir à la crise en y trouvant des solutions favorables aux travailleurs. Ils devraient renouveler les arrangements de partage des pouvoirs entre le gouvernement fédéral et les provinces et entre les citoyens et les élus. Ils devraient reconnaître les droits des Premières Nations et du peuple québécois, les droits des minorités et les droits de tous les collectifs de la société à des conditions de vie et de travail, à des conditions sociales, économiques et culturelles favorisant leur droit de s'épanouir en tant qu'êtres humains. À la place, toutes les mesures qu'ils ont prises ont polarisé la société entre nantis et démunis, non seulement en termes de richesse, mais aussi en termes d'accès au pouvoir politique. Les riches deviennent scandaleusement riches puisque le système est supposément fondé sur le « mérite », tandis que les pauvres deviennent plus pauvres et la pauvreté n'est plus le propre d'une frange dépossédée aux marges de la société. Des sections entières de la classe ouvrière sont dépossédées et réduites à la pauvreté.

Lorsque la logique que les concessions sont la solution aux difficultés économiques a commencé à prendre de l'ampleur, il devenait de plus en plus difficile de contenir l'arrogance des monopoles. Lorsque les années 80 et 90 sont arrivées, avec, l'arrivée de Mulroney puis Chrétien, les accords de libre-échange, la TPS, la destruction des programmes sociaux, les concessions de la classe ouvrière dans tous les aspects du contrat social et l'annexion à l'empire étasunien ; il est devenu clair que le mouvement ouvrier de l'après- guerre avait perdu son chemin et avait besoin de renouveau. C'est pourquoi aujourd'hui, d'un bout à l'autre du pays, le mouvement ouvrier s'attaque à la nécessité d'empêcher le pouvoir absolu du droit de monopole sans restriction sur le droit public. Il faut donc reprendre la politique pratique du mouvement ouvrier dans l'esprit des années 1940.

Sortir des sentiers battus

Ce qui nous ramène au moment présent et à la nécessité d'ouvrir une nouvelle voie dans les conditions d'aujourd'hui. Si les travailleurs discutent aujourd'hui de la fin du contrat social, c'est qu'ils cherchent un revirement de la situation. Ce qui ne veut pas dire un retour au contrat social, puisque l'histoire ne se répète pas de cette façon. Cela veut plutôt dire sortir des sentiers battus en organisant une Opposition ouvrière avec sa propre politique pratique qui peut tenir non seulement l'employeur redevable, mais aussi les gouvernements à tous les niveaux. Cela veut dire trouver les moyens d'arrêter la destruction nationale et de s'assurer que l'industrie manufacturière se développe en fonction des besoins de l'économie canadienne et en voyant à ce que nos ressources servent à bénéficier au peuple au pays et à l'étranger, et non à le soumettre. Cela veut dire mettre tout notre poids en appui aux travailleurs qui se battent pour défendre leurs emplois et leurs droits, tels que les postiers, les métallos, les travailleurs forestiers, les mineurs et toutes les sections du peuple. Cela veut dire s'armer une fois de plus l'esprit de la victoire sur le fascisme et des grandes possibilités et de l'enthousiasme qu'une telle victoire apporte. Cela veut dire organiser et sortir des sentiers battus pour mettre la force du nombre, la détermination et la politique pratique de la classe ouvrière à contribution pour défendre les droits de tous, tenir les gouvernements redevables et faire avancer la société.

Une attaque contre un est une attaque contre tous ! Tous pour un et un pour tous ! Consolidons le mouvement syndical et bâtissons l'Opposition ouvrière ! Ouvrons une nouvelle voie dans notre lutte pour défendre les droits de tous, tenir les gouvernements redevables et faire progresser la société !

Haut de page


Bulletin du 9 juin 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca