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Non
à la destruction du système d'éducation public
Qui va définir l'avenir du système
d'éducation du Québec?
- Fernand Deschamps et Geneviève
Royer -
Pour les plus de 90 000 enseignantes et enseignants du
Québec, les 15 dernières années ont
été marquées par l'intensification
de l'offensive antisociale dans leur secteur. Les coupures de centaines
de millions de dollars sous le gouvernement Bouchard à la fin
des années 90, le décret de Charest pour faire taire
leurs demandes d'investissement en éducation en 2010 et le
dernier
« contrat » de travail signé en
2011 dans la crainte d'un nouveau décret... tout cela sans
qu'aucun des problèmes portés
par les travailleurs de l'éducation sur la place publique ne
soit résolu. Au contraire, les conditions de crise en
éducation sont
maintenues et s'aggravent à mesure que l'éducation est
soumise à la vision
centrée sur le
capital.
Le gouvernement Charest a annoncé dans le cadre
de son budget de mars dernier, pour l'exercice financier 2011-12, des
« augmentations de 345 millions $ » en
l'éducation, soit 4 % de plus que l'an passé. Puis,
le 2 mai,
journée des élections fédérales, sa
ministre de l'Éducation Lyne Beauchamp annonçait une
réduction de 110 millions $, ce qui ne
représente finalement qu'une somme additionnelle de
235 millions $, soit 3 % de plus par rapport à
l'an passé, ce qui ne
correspond même pas au coût de l'inflation qui est
estimé à plus de 4 %. Selon les dires mêmes de
la ministre, les commissions
scolaires doivent accepter de se serrer la ceinture en sabrant les
dépenses administratives, tout en affirmant du même
souffle :
« Je n'accepterai pas qu'on touche aux services aux
élèves. » Si un autre mégalomane dans
sa cuisine lançait des oeufs par
terre et disait : « J'exige qu'ils ne se brisent
pas », cela attirerait le sourire dans la maisonnée.
Mais qu'une
représentante du gouvernement, à la tête du
système d'éducation, tienne de tels propos et que
personne à l'Assemblée nationale ne s'y
oppose, cela en dit long sur le refus de prendre toute
responsabilité politique pour les décisions prises au
parlement.
Pour les enseignants et le personnel non enseignant dans
les écoles, la responsabilité se pose ainsi : faire
acte publiquement
des difficultés auxquelles ils font face et mettre de l'avant
des solutions. Leurs demandes sont les mêmes depuis plus de 10
ans :
moins d'élèves dans les classes pour donner du support
à tous les élèves et des ressources
spécialisées pour venir en aide aux élèves
en difficulté et à ceux qui leur enseignent. Les deux
principales organisations syndicales des enseignants du Québec,
la Fédération des
syndicats de l'enseignement (FSE) et la Fédération
autonome de l'enseignement (FAE), sont à l'heure actuelle en
action pour dénoncer
sur la place publique le refus du gouvernement de répondre aux
demandes des enseignants concernant les besoins de leurs
élèves. Comment
doivent-ils se consolider et consolider leur organisation syndicale
pour que leurs revendications aient force de loi dans le système
d'éducation au Québec ?
Un sauveur ?
Arrive François Legault, ancien ministre de
l'Éducation sous Lucien Bouchard et porte-parole de
la Coalition pour l'avenir du Québec (CAQ). Dans son annonce du
22 février 2011, il proposait un « plan d'action
rassembleur » pour le Québec afin de le sortir, selon
lui, du « cul-de-sac de la question nationale »
causé par l'absence
du « renouvellement constitutionnel » et de
« la souveraineté (...) dans un avenir
prévisible ». Selon le second
porte-parole de la CAQ, Charles Sirois, président du conseil
l'administration de la Banque CIBC, ce plan d'action consiste avant
tout à
« rehausser la qualité de
l'éducation » au Québec, dont « la
revalorisation du métier d'enseignant ».
Manifestation
de
15
000
enseignants
de
la
FAE
à
Montréal le 8 juin 2010
dans le cadre de la journée de grève.
Que propose la CAQ du tandem Legault-Sirois pour
remédier à cette situation ? Est-ce qu'elle
reconnaît le besoin criant en
ressources humaines que tous les intervenants scolaires jugent comme le
plus important besoin à combler ? Est-ce que la CAQ juge
que le budget Bachand du gouvernement Charest est une attaque contre
les droits de tous, avant tout contre nos droits humains les plus
fondamentaux qui comprennent, entre autres, le droit à la plus
haute qualité d'éducation pour tous ? La CAQ parle
de
« procéder à un vigoureux virage »
où « nous devons augmenter l'autonomie et les
responsabilités des directeurs d'école
et des enseignants » de pair avec des salaires plus
élevés pour les enseignants tout en mettant fin à
la sécurité d'emploi de ces
derniers. Les enseignants seraient évalués et
rémunérés selon leur performance à faire
réussir le plus grand nombre d'élèves. Advenant
qu'un enseignant ne réussisse pas après 2 ou
3 ans, il verrait son contrat résilié.
Des notions d'autonomie et de responsabilité sont
lancées sans même faire l'effort de leur donner une
définition moderne, basée sur
les besoins du Québec en éducation. Parler de
réussite des élèves sans s'adresser aux conditions
sociales et économiques nécessaires
démontre un mépris pour la science moderne. De plus, il
n'y a là rien que Charest ne souhaite faire ou ne fait
déjà.
La discussion sur l'avenir de l'éducation ne peut
être qu'entre les mains de ceux qui ont comme perspective que
la nation du
Québec doit former ses fils et ses filles pour être en
position de régler les problèmes politiques, sociaux,
économiques et culturels
auxquels elle fait face et ce, pour le bénéfice de tous
les membres de la société. Quiconque est sérieux
face à l'avenir de l'éducation
se pencherait tout d'abord sur ce que les travailleurs de ce secteur
ont à dire et les appuierait, ne serait-ce que sur la base que
ce
sont eux qui, à chaque jour, sont confrontés aux forces
et aux faiblesses de ce milieu. Une force politique socialement
responsable se
pencherait sur la partie de la richesse sociale créée par
les travailleurs du Québec qu'il est nécessaire
d'investir dans ce secteur,
confrontant ainsi l'orientation de l'économie centrée sur
le capital, censée payer les riches au détriment du
projet d'édification
nationale du peuple du Québec, dont fait partie
l'éducation. Cette volonté et ce courage ne se trouvent
pas chez les Charest et les
Legault de ce monde qui ne veulent rien changer à l'orientation
actuelle de l'économie et prendre des mesures pour qu'elles
serve les
travailleurs et leurs besoins.
Qui décide ?
Les enseignants et les travailleurs de
l'éducation ne peuvent compter que sur eux-mêmes, leurs
alliés et sur la responsabilité sociale qu'ils prennent
en exigeant de meilleures conditions de travail, pour définir
l'avenir du
système d'éducation au Québec. Les conditions
doivent être créées pour que le gouvernement soit
redevable envers le peuple pour les
décisions qu'il prend. Les enseignants peuvent avoir pleine
confiance en la justesse de leurs demandes et le démontrer en
restreignant
l'espace occupé par les forces qui ne désirent pas
résoudre la crise en éducation en faveur du peuple. Ce
faisant, ils verront quels
nouveaux arrangements sont nécessaires pour que leurs demandes
soient la base sur laquelle sera bâti un système
d'éducation public à la
hauteur des besoins du peuple du Québec.

Des réponses aux besoins
des élèves en difficulté maintenant!
-
Geneviève
Royer -
Les deux principales
organisations des enseignants du Québec, la
Fédération des syndicats de l'enseignement (FSE) et la
Fédération
autonome de l'enseignement (FAE), luttent présentement pour
l'obtention de services pour les élèves handicapés
ou en difficulté
d'apprentissage ou d'adaptation (EHDAA) et pour les conditions de
travail des enseignants qui oeuvrent avec eux. Les points concernant
ces élèves n'ayant toujours pas été
réglés lors du dernier contrat de travail entre les
près de 90 000 enseignants du Québec et le
ministère de l'Éducation, les enseignants sont toujours
en période de négociation sur les services à
donner aux élèves et aux
enseignants.
Les actions des syndicats visent à faire
connaître le plus largement possible la situation de crise dans
les écoles et ses
répercussions sociales. En effet, le nombre
d'élèves en difficulté ne cessent de grandir alors
que les services qui leur sont alloués
diminuent dramatiquement année après année. Le
14 mai dernier, la FSE a organisé un grand rassemblement
populaire à Québec auquel
enseignants, personnel non enseignant des écoles et parents ont
participé pour exiger que le gouvernement pose des gestes
concrets pour
investir les ressources nécessaires afin qu'aucun
élève et qu'aucun enseignant ne soit laissé pour
compte.
Le 29 mai, c'était au tour de la FAE, avec
l'aide de la Coalition pour une intégration réussie, de
prendre position
publiquement contre l'abandon des responsabilités du
gouvernement face à une génération de jeunes et
à leurs besoins pour apprendre et
participer à la construction de la société. La
Coalition est née des besoins des travailleurs de
l'éducation, de la santé, de parents,
d'individus, et d'autres organisations de défense des droits,
que les conditions soient créées dans les écoles
pour que tous les élèves
puissent bénéficier d'une éducation de la plus
haute qualité.
Au rassemblement, les orateurs ont mis de l'avant les
exigences contenues dans la déclaration de principes de la
Coalition :
que le gouvernement du Québec reconnaisse que la classe
ordinaire ne peut inclure tous les types d'élèves et tous
les services, qu'il
garantisse que pour venir en aide aux élèves en
difficulté, les services soient dispensés par le
réseau public et qu'il assure, par le
financement adéquat du réseau public l'accès
à des services adaptés réels et suffisants et ce,
dès l'entrée au préscolaire.
Le 31 mai, la FAE annonçait la conclusion
d'une entente de principe avec le gouvernement sur la question des
EHDAA. Cette
entente sera soumise aux enseignants dans les semaines à venir.
La lutte que mènent les enseignants et le
personnel non enseignant des écoles est importante. Ils
réclament les conditions
spécifiques nécessaires pour les élèves aux
prises avec un handicap ou une difficulté leur causant obstacle
pour apprendre. Ces jeunes
doivent avoir accès aux ressources nécessaires afin de
pouvoir s'épanouir et exprimer pleinement leur humanité.
Ce n'est pas une
question de choix pour un gouvernement socialement responsable. C'est
la question de reconnaître un droit humain et de prendre les
mesures nécessaires pour y répondre.

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