Les politiques du gouvernement Harper majoritaire

Non au le plan du gouvernement Harper
de détruire la Commission nationale du blé

Le nouveau gouvernement conservateur majoritaire a déjà annoncé plusieurs de ses priorités dans son plan de démantèlement de la société canadienne au service des monopoles. La liquidation de Commission nationale du blé en est une. Le 18 mai, le ministre de l'Agriculture Gerry Ritz a annoncé que son gouvernement déposera un projet de loi, sans doute à l'automne, abolissant le monopole public de la Commission canadienne du blé (CCB) en 2012. Il affirme que l'initiative a l'appui de l'industrie, c'est-à-dire des grandes entreprises agricoles.

Le gouvernement Harper mène une guerre de tranchée contre la CCB depuis 2006, après avoir fait campagne pour l'abolition du monopole public de la commission avec le soutien financier des grands monopoles privés. Il veut éliminer cette mesure de protection des agriculteurs et consommateurs canadiens contre la rapacité des monopoles privés. Suite à l'annonce du 18 mai, la valeur des actions du plus grand manutentionnaire de céréales au Canada, Viterra, qui avait lui-même commencé comme une coopérative publique dans les années 1920, a augmenté de 2 %.

Les conservateurs s'en prennent spécifiquement au « guichet unique » de la CCB. Ironie du sort, c'est le vieux Parti progressiste conservateur de R.B. Bennett qui avait fait adopter la Loi sur la Commission canadienne du blé en 1935 avec un appui écrasant des provinces de l'Ouest, dans le cadre du vieux projet d'édification nationale. La clause sur le « guichet unique » fut ajoutée en 1942, sujette à un nouveau vote à tous les cinq ans jusqu'à ce qu'elle devienne permanente en 1967. En 1947 le vote avait été quasi unanime : seuls sept députés de l'Est du pays s'y étaient opposés. Le guichet unique fait de la Commission le seul responsable de la mise en marché du blé et de l'orge de qualité supérieure dans l'Ouest canadien, ce qui donne un important poids de mise en marché aux agriculteurs individuels. En vendant l'ensemble de leur produit par un seul guichet, ils ont plus de poids sur les marchés mondiaux et ne s'affaiblissent pas les uns les autres par la concurrence entre eux.

Stephen Harper a déclaré la guerre à la CCB dès 1997, lorsqu'il a démissionné en tant que député réformiste à l'assemblée législative de l'Alberta pour devenir vice- président (puis président) de la « Coalition nationale des citoyens », formée en 1967 contre l'institution du système de santé public. Cette coalition aux ambitions antisociales et financées par les grandes entreprises privées fait depuis longtemps campagne pour l'abolition de la CCB et de la Loi canadienne de la santé et pour les syndicats fermés et a joué un rôle important dans l'élection du gouvernement archi-réactionnaire de Mike Harris en Ontario. Elle est aussi à l'origine de la campagne pour refuser le statut de réfugiés aux réfugiés de la mer vietnamiens. Elle a compté parmi ses directeurs et membres des institutions comme la Banque de Montréal, la CIBC, Power Corporation, le Canadien pacifique, Brascan, Goodyear et plusieurs grandes compagnies d'assurances.

Les conservateurs sous Stephen Harper ont tout essayé depuis 2006 pour détruire la CCB : plébiscite avec un faux choix, imposition du bâillon aux directeurs et au personnel de la Commission, congédiement du président de la Commission Arian Measner, modification des listes de votes pour éliminer les électeurs favorables au maintien de la Commission, interdiction du vote secret, levée des limites de dépenses des tiers partis faisant campagne contre la CCB, et ainsi de suite. Mais ils ont échoué à chaque coup à cause du grand appui dont joint la commission parmi les agriculteurs canadiens et la population en général. Et maintenant ils vont se prévaloir de leur majorité pour abolir le monopole public de la CCB par la force.

Le véritable objectif des conservateurs est, bien entendu, l'ouverture du marché canadien des céréales, qui vaut 5,2 milliards $, aux monopoles privés. De grandes sociétés multinationales comme Viterra, Richardson International, Cargill, Archer-Daniels-Midland, Bunge et Louis Dreyfus attendent impatiemment. Si l'on veut savoir ce qui arrive quand le monopole public est détruit, on n'a qu'à regarder l'exemple de la commission du blé en Australie fondée en 1939 et privatisée en 1999. Elle a été achetée en 2010 par la firme privée Agrium, qui vend maintenant les actions au monopole américain Cargill, la plus grande société privée au monde.[1] Autre exemple : jusqu'au milieu des années 1990 les éleveurs de porc en Saskatchewan et au Manitoba vendaient leur produit par des commissions de mise en marché provinciales contrôlées par les éleveurs. Les deux gouvernements provinciaux ont aboli le guichet unique et aujourd'hui la société Maple Leaf Foods, partie de l'empire McCain, possède 80 % de la capacité de production du porc du Manitoba et de la Saskatchewan.

Dans un contexte plus grand, les conservateurs s'en prennent au monopole public de la CCB parce qu'il est un obstacle à la prise de contrôle de la production et de la distribution mondiales des produits alimentaires par les monopoles privés et l'empire américain. La CCB, qui a des racines solides dans les communautés agricoles du Canada, a une fière histoire de résistance à l'avidité et aux pratiques destructrices des entreprises internationales de mise en marché, des entreprises privées des céréales et des géants mondiaux du transport. La commission a également combattu le diktat et les pressions du gouvernement des États-Unis qui voulaient utiliser l'exportation des produits alimentaires comme une arme pour l'expansion de l'empire américain et pour attaquer les pays récalcitrants, une stratégie qu'ils doivent à l'Allemagne nazie.[2] Les cercles dominants des États-Unis ont continuellement tenté de subvertir et de détruire la CCB, comme en attestent les nombreuses plaintes contre leurs pratiques à l'Organisation mondiale du commerce et à l'ALÉNA.

La lutte pour la CCB n'est pas seulement l'affaire des agriculteurs, elle concerne l'ensemble de la classe ouvrière et du peuple. Les politiciens ouvriers, les organisations ouvrières et organisations de la société civile doivent se ranger du côté des agriculteurs et de la CCB. La défense du monopole public de la CCB et l'élargissement du monopole public à d'autres secteurs de l'économie s'inscrivent dans la défense du droit public contre le droit des monopoles privés et dans l'effort pour stopper la destruction nationale par le gouvernement Harper et ceux qui tirent les ficelles parmi les grandes entreprises privées.

Notes

1. Cargill et Agrium sont aussi en partie propriétaires de Canpotex, qui gère toute l'exportation de la potasse de la Saskatchewan.

2. Les nazis ont utilisé le contrôle des produits alimentaires pour venir à bout de leurs ennemis dans les pays neutres avant l'occupation militaire. Une des méthodes utilisées consistait à concentre soudainement les offres d'achat, à des prix ridiculement élevés, dans un pays donné, un pays à la fois. Le gouvernement neutre du pays agricole qui accepte l'offre d'achat est forcé de payer ses agriculteurs avec sa monnaie nationale en attendant le paiement de l'Allemagne. Puis la chute soudaine de la demande fait chuter les prix, après quoi les agriculteurs ne peuvent plus payer les hypothèques et les impôts.

(Traduction : LML)

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Les politiques Harper et la nécessité
d'une nouvelle direction pour l'économie

Oui à la construction navale,
mais pas à sa militarisation

La construction navale est l'une des industries traditionnelles des Maritimes qui est présentement en crise. Mais plutôt que de résoudre la crise en faveur du peuple, le gouvernement Harper, motivé par sa vision guerrière, veut saisir l'occasion pour militariser l'industrie de la construction navale. Le plan du NPD pour que « tous navires et vaisseaux militaires soient construits au Canada » n'est pas différent de celui des conservateurs.[1] Lors de la 40e session parlementaire, le NPD a désigné une critique parlementaire en matière de construction navale, Peter Stouffer, qui défend l'occupation indéfinie de l'Afghanistan. Lors des élections de 2008, le NPD et le Parti vert ont tous deux demandé que le budget de 3 milliard $ destiné aux navires et aux caboteurs soit « maximisé sur la base d'une campagne en faveur d'achats au Canada ». Lors du « grand débat » dans la circonscription de Central Nova, Elizabeth May a accusé à la fois Harper et son ministre de la Défense Peter MacKay « d'hypothéquer notre avenir en se tournant vers l'étranger pour l'achat de navires de la Marine et de la Garde côtière ». Le ministre MacKay a pour sa part a accusé les Verts de supercherie, et il a fait une promesse à l'emporte-pièce : « Nous allons sans aucun doute construire des navires – brise-glace, destroyers – ici au Canada. C'est d'être alarmiste que de suggérer que ces navires viendront de l'étranger. »

Voilà qu'en un clin d'oeil la question de la participation du Canada aux plans de guerre de l'empire américain devient un débat à savoir s'il faut d'acheter ou pas à l'étranger. Si les navires de guerre sont construits au Canada, tout sera bien.

Au cours des élections fédérales 2011, le sujet numéro un traditionnellement lié à l'économie – les « emplois », et « achetons Canadien » en tant que stimulation économique – même s'il est toujours soulevé dans la perspective la plus étroite et la plus intéressée, a brillé par son absence. En Nouvelle-Écosse, par contre, une ambiance persiste à l'effet que la militarisation de l'économie et un budget de guerre de 20 milliard $ sont la solution à la crise économique et aux disparités régionales et que c'est une question d'« acheter au Canada » ou d'« acheter en Nouvelle-Écosse » contre acheter à l'étranger ou ailleurs, comme le Québec. Les conséquences de la militarisation de l'économie ne sont pas soulevées. Seul le Parti marxiste-léniniste du Canada a parlé de la nécessité d'un projet d'édification nationale, lequel projet comprend la construction navale, la marine marchande, la pêche et la métallurgie.

L'armada de Stephen Harper

Ottawa se prépare à une expansion massive de ses préparations pour une guerre sanguinaire et pour des interventions à l'étranger au service de l'empire étasunien, une guerre profitable aux grands banquiers, et les appels d'offres vont bon train pour des commandes militaires exorbitantes. La « Stratégie de défense Le Canada d'abord » de Harper consiste en un budget militaire de 490 milliard $ ainsi qu'en une stratégie nationale d'approvisionnement en matière de construction navale pour des dépenses de 35 milliard $ pour jusqu'à 100 navires pour les 30 prochaines années.

Cette dernière comprend un contrat de construction navale doté d'un programme qui transférera des fonds publics aux monopoles privés de construction navale et des armements. Ce programme a vu le jour avec les libéraux de Jean Chrétien et fut adopté par Paul Martin en avril 2004 en tant que partie intégrante de la « modernisation » et de la « transformation » des Forces canadiennes selon les exigences imposées aux « alliés » de l'OTAN par Donald Rumsfeld et le Pentagone.

Pour satisfaire ces demandes, Harper et MacKay ont mis en place de nouvelles règles de soumissions pour les monopoles situés au Canada et à l'étranger sous prétexte que les normes de conception étaient trop élevées. Donc pour expliquer davantage : ces mesures incluent 324 million $ pour l'approvisionnement, l'exploitation et l'entretien de six nouveaux navires de Garde côtière – ainsi que le 2,9 milliard $ en approvisionnement de navires de soutien interarmées tel qu'annoncé et dont le coût est maintenant estimé à 3,5 milliard $ à lui seul.

La modernisation des navires de Garde côtière est la conséquence directe des conflits d'intérêts au sujet des routes de navigation dans l'Actique et des réserves pétrolières, des « conséquences positives » des changements climatiques. La Garde côtière canadienne, dont les poursuites contre les pétrolières pour cause de déversement de pétrole ont été réduites de plus d'un tiers depuis 1994, est sous commande de la US Homeland Security depuis les attentats du 11 septembre 2011 en tant que partie des nouveaux r5glements de « sécurité » États-Unis-Canada.

Les trois « navires de soutien interarmées » qui doivent être commandés sont des bâtiments de guerre massifs de commande et contrôle, à la fine pointe de la technologie et uniques au monde. Ils sont destinés à devenir une arme de prédilection pour des opérations offensives dans les sept mers du monde, pour subvenir aux besoins de l'empire. Ces navires arrivent alors qu'il a été révélé que 92 % de ses navires de surface des forces navales des États-Unis sont soit désuets, soit déployés ailleurs dans le monde. Les « navires de soutien interarmées » jouent à la fois le rôle d'approvisionner des opérations avant de combat et celui de centre du commandement, ayant la capacité de diriger l'invasion amphibie de pays côtiers et souverains. Selon Wikipédia, « le navire de soutien interarmées permettra à un groupe opérationnel maritime de rester en mer jusqu'à six fois plus longtemps qu'il ne l'est possible aujourd'hui ». Ils sont conçus pour leur supériorité en électronique de pointe et en armure, plus que tout navire existant.

Voilà la source des rêves mondiaux et des ambitions mégalomanes de l'élite dominante. De vastes sommes atteignant les dizaines de milliard de dollars – dépassant de beaucoup les 3 milliard $ en question – étaient en jeu afin d'honorer la demande étasunienne que le Canada finance une plus grande part de la défense de la Forteresse Amérique et que les Forces canadiennes soient intégralement annexées sous les auspices du Pentagone. Et dire que la « stratégie nationale canadienne d'approvisionnement en matière de construction navale » se fait passer pour une « stratégie de construction navale canadienne ». Les politiques néolibérales et impérialistes n'ont rien à voir avec la défense du Canada ou avec le développement d'un secteur de construction navale moderne, mais le NPD en fait la promotion sous prétexte d'« acheter Canadien », de « protéger la souveraineté du Canada » et d'« assurer du travail permanent dans chaque chantier naval ».

Les politiques d'Ottawa en approvisionnement militaire (« production pour la défense ») ont toujours été conçues pour que le capital financier puisse se s'approprier les avoirs du secteur particulier de l'économie impliqué, comme l'exemple notoire de l'affaire AVRO Arrow l'a abondamment illustré. À l'heure actuelle, la rivalité intermonopoliste pour les contrats prend une dimension nationale autant qu'internationale, une dimension où prédomine la cartélisation du secteur économique des armements et de la construction navale au sein du bloc US-OTAN, et qui n'a pas encore été résolue.

Parmi les monopoles situés au Canada, il y a le chantier naval Kiewit de Marystown, Terre-Neuve, propriété étasunienne, les chantiers de Halifax appartenant à Irving, les chantiers MIL-Davie, Inc., aujourd'hui oisifs, à Lévis, au Québec (ou s'entremêlent aussi des intérêts norvégiens et italiens), la cale sèche de Port Weller à St-Catharines, en Ontario, et les chantiers navals de Vancouver appartenant aux États-Unis.

La société de construction navale allemande, ThyssenKrupp Marine Systems Canada, bien que rarement nommée, rôde aussi dans l'ombre. Il en va de même pour SNC Lavalin avec ses liens désormais célèbres avec l'ancien premier ministre Paul Martin, dont la famille est propriétaire de Canada Steamship Lines. En février 2006, les deux sociétés ont été retenues pour un contrat de la phase « Projet définition » du navire de soutien interarmées et chacune a reçu 12,5 million $ pour la conception de dessins industriels et pour faire des soumissions avant l'été 2008. Les propositions soumises, qu'on jugeait hors prix, furent refusées, bien qu'il ait été annoncé avec fanfare que le concept des navires de soutien interarmées serait une réplique des navires de guerre allemands ou espagnols.[2]

Voilà pour ce qui est de la désinformation à l'effet que tout se résume à une affaire d' « achat à l'étranger ». Ces navires de guerre auront besoin de coques, et les ouvriers des chantiers navals canadiens sont maîtres en ce domaine, mais aussi d'armements et d'appareils électroniques qui seront tous importés, sans mentionner les profits faramineux qui les accompagnent. Aucun des monopoles domestiques n'a révélé ses cartes. À cet égard, Lockheed Martin a conclu un droit d'opération au coeur même de CFB Stadacona à Halifax. En prolongeant les soumissions, Harper cherchait à faire naître de nouveaux règlements. Par exemple, des efforts ont été déployés pour former une compagnie de construction navale européenne – une production France/Allemagne sous la direction de la société industrielle et métallurgique ThyssenKrupp Steel. Par contre, comme au temps de Hitler, la France résiste à une concentration des chantiers de construction navale européenne sous les auspices de l'Allemagne. La France recherche elle-même une position prédominante dans la production de navires de combat, tout comme l'Espagne.

ThyssenKrupp est le plus grand constructeur de navires de combat au sein de l'Union européenne et il a des plans pour sa propre Force de réaction rapide, non liée à l'OTAN. ThyssenKrupp représente un conglomérat des plus puissantes fiducies d'armements allemandes-nazies (Thyssen et Krupp) réunies sous les auspices des États-Unis après la Deuxième Guerre mondiale, en violation de l'Accord de Potsdam. Il est important de retenir les importantes ficelles politiques liant les conservateurs à l'Allemagne, lesquelles furent mises en relief par l'affaire des airbus de Schreiber, entente impliquant Brian Mulroney et Elmer MacKay, l'ancien membre du cabinet et agent de financement (c'est lui qui finança le cautionnement de Schreiber). Cette entente prévoyait aussi la mise sur pied d'une usine d'armements à Bear Head, en Nouvelle- Écosse.[3]

Un ancien membre du personnel des services juridiques de ThyssenKrupp est l'ancien avocat Peter MacKay, qui travaillait à partir du bureau de Kassel, en Allemagne, en 1991 (c'est la page manquante dans son c.v.). Aujourd'hui, MacKay est le ministre de la Défense du Canada et le représentant canadien de l'OTAN. Comme le dit un blogueur : « La réalité dépasse la fiction ».[4]

La Stratégie en matière d'approvisionnement de navires prévoit un grand nombre de navires moins volumineux. Le gouvernement Harper, sous la bannière du « libre-échange », a éliminé des tarifs afin de permettre à des intérêts liés à la zone européenne de libre-échange (ZELÉ) – l'Islande, la Norvège, la Suisse et le Liechtenstein – de se débarrasser des petits chantiers et de s'emparer de leur marché réduit de navires de moyenne puissance. Conformément à l'accord de la ZELÉ négocié en juin 2007, un important tarif de construction navale de 25 % imposé à tous navires construits à l'étranger a été progressivement éliminé. Des intérêts norvégiens ont alors investi dans le chantier de MIL-Davie à Lévis dans le but d'y construire des installations de forage pétrolier destiné au forage dans la mer du Nord. (Bien que MIL-Davie ait en mains des commandes de l'ordre de 500 million $, il a tout de même été placé sous la protection de la loi sur les faillites et a fermé ses portes, jetant 1 100 travailleurs à la rue).

Le gouvernement Harper et les monopoles exigent aussi des travailleurs de chantiers navals qu'ils fassent des concessions au capital au nom de la « restructuration » afin que chaque monopole de construction navale individuel soit fin prêt dans chaque région – les Maritimes, le Québec, l'Ontario et la Colombie-britannique – pour la concurrence sans merci pour obtenir le contrat ultime.

Voici donc la « vision canadienne » – la vision et le programme des riches pour que les monopoles réussissent sur le marché mondial et pour que s'enrichisse l'oligarchie financière, tout en tentant de liquider le mouvement indépendant de la classe ouvrière et du peuple en leur imposant le programme néolibéral, tout au nom de la sécurité d'emploi, de la sécurité nationale et des intérêts nationaux.

Il existe une alternative

L'alternative devient évidente dès que nous nous débarrassons de la désinformation à l'effet que la question en est une d' « acheter au Canada » (« Acheter Canadien » ; « protéger la souveraineté économique du Canada ») versus acheter à l'étranger. Une propagande intéressée réclame l'appui à la militarisation au service des bâtisseurs d'empires en autant qu'est maintenu le frauduleux « équilibre » consistant à assurer des « emplois pour les gens de l'Atlantique ». En d'autres mots, c'est moins une question d'alternative que de qui obtiendra la soumission ! L'animosité entre régions et entre travailleurs est fomentée en appui à la rivalité pour la soumission. Les travailleurs des chantiers sont ainsi sensés faire toutes les concessions imaginables pour rendre leurs monopoles compétitifs.

Le premier point au sujet d'une alternative est qu'il faut rejeter la logique qui veut qu'il n'y ait pas d'alternative – sauf joindre les rangs de l'empire Irving et se battre pour des « emplois pour les Canadiens de l'Atlantique » ou pour s'aligner avec un quelconque groupe de monopoles.

Il n'existe pas d'alternative tant que les travailleurs adoptent la conception du monde des riches selon laquelle le profit capitaliste maximum est la force motrice de la production, que rendre les entreprises compétitives sur le marché mondial est la grande priorité, que le gouvernement n'a aucune responsabilité d'assurer un moyen de subsistance pour chaque membre de la société et pour chaque région du pays. Voilà la logique de « pas d'alternative ». En d'autres mots, les travailleurs, sans aucune réflexion, devraient accepter qu'il est impossible d'avoir une économie capable de suffire à ses besoins et de subvenir aux besoins sociaux et pacifiques du peuple au pays et à l'étranger.

Les conséquences sont brutales et ne mènent même pas à la création d'emplois. Par exemple, en 1977, les libéraux de Trudeau accordèrent aux Irving un contrat pour la construction de neuf bâtiments sur une flotte de douze navires de combat de classe Halifax. La soumission était d'environ 1,2 milliard $. Les frégates de 4 750 tonnes de classe Halifax furent construites selon les normes « standardisées » des États-Unis et de l'OTAN dans les années 80 dans le but d'opérer en haute mer. Seul l'assemblage s'est fait au Canada. Tous les armements et les systèmes de navigation et électroniques furent importés et achetés des marchands de guerre – arme principale suédoise, conduite de tir hollandaise, radar de veille aérienne, turbine à gaz, missile de défense ponctuelle, missiles antinavire et système de détection et de défense, tous en provenance des États-Unis.[5] Les frégates conçues pour la défense côtière sont en moyenne de 3000 tonnes. La frégate de classe Halifax, pour sa part, a été conçue pour bombarder un objectif le long des côtes de pays étrangers et pour servir contre des aéronefs et des navires ennemis. Lorsqu'elles quittent les eaux canadiennes, elles opèrent directement sous le commandement global des États-Unis et de l'OTAN.

Lorsque le contrat fut mené à terme, à la fin des années 80, les Irving avaient facturé le trésor public pour au delà de 9 milliard $, dépassant la soumission de départ de 800 %. On dépensa des dizaines de million de dollars pour moderniser le chantier de Saint John pour les construire. Que s'est-il passé ? Les travailleurs ont été forcés d'abandonner leurs droits. Cinq mille travailleurs furent jetés à la rue, et le chantier remisé. En 2003, le gouvernement fédéral a donné à J.D. Irving Ltd. la somme de 55 million $ pour qu'il ferme le chantier de construction navale de Saint John, un des plus grands chantiers à la fine pointe de la technologie au Canada. Le Syndicat des travailleurs canadiens de l'automobile a déclaré : « Ce chantier contient toujours ses équipements, ses services, et des travailleurs qualifiés sont toujours disponibles pour construire des navires dans ce chantier. La problématique provient du fait qu'en tant que partie intégrante de son entente avec le gouvernement, J. D. Irving s'est engagé à ne pas construire des navires dans ce chantier pour une période de vingt ans. »

Ce transfert spécifique de richesse n'a pas non plus donné lieu à des progrès sur le plan de la recherche et du développement dans l'industrie de la construction navale, et encore moins en armements. En outre, la ligne de navigation Irving, Kent Lines, est elle-même incorporée dans une zone extracôtière aux Bermudes. Et voilà pour la fausse « alternative » fondée sur la création d'emplois. Plus tard, le monopole Irving a pris en charge les chantiers de Halifax et de Shelburne.

Il fut un temps ou les chantiers de construction navale au Canada, avec une main-d'oeuvre de 16 0000 travailleurs il y a deux décennies, c'est-à-dire deux fois plus que le nombre actuel, produisaient des navires commerciaux de la plus haute qualité, ce qui nécessitait bien sûr l'acier de la plus haute qualité. Maintenant les usines d'acier de la Nouvelle-Écosse ont été détruites. Il en va de même pour un grand nombre de petits et de moyens chantiers. C'est un désastre. Entre-temps, le gouvernement fédéral a facilité la cannibalisation de Stelco et son annexion par US Steel, ignorant l'appel audacieux des métallos de Hamilton que le Canada adopte un projet d'édification nationale.

Comme ils le font partout au pays, les gouvernements et les partis politiques de l'establishment, de concert avec les médias de masse monopolisés, présentent la pratique de payer les riches comme étant bénéfique pour le peuple afin de justifier que les sommes puisées à même les fonds publics leur soient ainsi transférées. Comme ils le font partout au pays, ils associent les riches au peuple, et les bénéfices annoncés et leurs effets de retombée pour la population d'une région, généralement sans travail, sont déclarés raison suffisante pour attaquer le droit des travailleurs à des conditions de travail, à des avantages sociaux et à des pensions correspondant au travail qu'ils accomplissent. Cette pratique d'imposer ce chantage aux travailleurs est corrompue et devrait être déclarée illégale. Toute manoeuvre frauduleuse de dépenses ou de programme publics qui ne se base pas sur le bien public général mais sur le sort électoral d'un parti politique en particulier et sur l'accumulation de fortunes personnelles doit être condamnée.

Les travailleurs doivent prendre position contre la manipulation des disparités régionales pour entretenir des conflits régionaux dans le but de transférer la richesse publique collective dans les mains privées.

Par exemple, J.D. Irving – le plus grand pollueur au Nouveau-Brunswick et le plus grand supporteur de la taxe sur les émissions carboniques du Parti libéral (rappelez- vous IrvingAir) – a menacé de transférer la production du papier de Saint John vers une région du Québec ou les réclamations de la classe ouvrière et du gouvernement sur la valeur ajoutée sont inférieures, ou les terres sont meilleur marché et les règlements plus flexibles, comme tactique de pression pour exiger de plus grandes subventions du gouvernement du Nouveau-Brunswick.

À ce mêmes fins, Irving est un champion du projet Porte de l'Atlantique qui vise à convertir la région des Maritimes en zone de transit vers les États-Unis pour les marchandises et les ressources provenant des régions stratégiques de l'Asie du sud par le biais du canal de Suez et de la Méditerranée, et par lequel les droits syndicaux et sociaux ainsi que les normes environnementales ne pèsent pas lourds dans la balance. Ce n'est pas par hasard que Peter MacKay, le ministre de la Défense, est aussi ministre de la Porte de l'Atlantique.

Prenons comme mot d'ordre que les gouvernements
doivent arrêter de payer les riches.

La question centrale pour les gouvernements est d'arrêter de payer les riches. Les travailleurs et le peuple doivent soutenir un projet d'édification nationale qui se sert du caractère intégré et socialisé de l'économie moderne pour renforcer le contrôle public sur ses secteurs qui sont entre mains privées et en compétition et qui bloquent présentement le développement d'une économie globale et autosuffisante dans toutes les régions du Canada.

La militarisation de la construction navale nie la nécessité pour le Canada d'avoir sa propre flotte de pêche, marchande, et côtière, ce qui serait dans les intérêts des travailleurs de la construction navale, des régions des Maritimes et du pays.

Le Canada de l'Atlantique, le Québec, l'Ontario, les Prairies, la Colombie-britannique et d'autres régions du Canada ont besoin d'usines d'acier, d'usines industrielles qui sont la base d'une économie qui suffit à ses besoins et qui subvient aux besoins du peuple.

Si une véritable souveraineté était exercée présentement sur les limites territoriales canadiennes de 200 milles, cela créerait des possibilités pour l'expansion des pêches et de son développement pour subvenir aux besoins alimentaires de la population canadienne plutôt que pour le marché commercial des États-Unis, ce qui créerait un besoin pour des navires de pêche modernes ou rénovés. La conséquence de la crise dans l'industrie de la pêche est que plusieurs navires du Canada et de l'Union européenne sont présentement transférés vers les régions de pêche en Afrique et en Asie, un transfert inégal financé par les programmes d'« aide » et par des prêts de la part de la Banque de développement de l'Asie, la Banque mondiale et l'ACDI. Sur le plan international, la construction navale pourrait être faite en échange de pétrole et d'autres ressources requises avec l'Amérique latine sur une base égalitaire.

La nécessité d'un gouvernement anti-guerre et de mettre un terme à la participation du Canada dans les guerres d'agression et d'occupation des États-Unis et des grandes puissances européennes est de plus en plus urgente. Cela est nécessaire afin de pouvoir contrer le danger du cataclysme d'une guerre mondiale ainsi que les crimes commis dans les guerres locales et régionales. Les Canadiens peuvent jouer un rôle important en prenant position contre l'utilisation des fonds publics, des forces militaires, des produits finis tels l'acier et les matières premières, surtout le pétrole et le gaz, pour consolider le militaire étasunien et le bloc de l'OTAN.

Notes

1. Tel que cité lors des élections fédérales de 2008 par la candidate du NPD, Megan Leslie, à Halifax. Leslie a été réélus en tant que député pour Halifax en 2011.

2. Il est dit que KarlHeinz Schreiber dans la même période a remis à Walther Leisler Kiep, le trésorier du Parti démocratique chrétien allemand une somme de 1 million de Deutch Mark après une entente conclue avec Thyssen pour vendre des chars d'assaut à l'Arabie saoudite – une vente d'armes qui avait été approuvée par le chancelier de l'époque, Helmut Kohl, un proche confident de Mulroney et de Ronald Reagan.

3. Le programme de « normalisation » a servi à unifier le marché de l'OTAN pour l'industrie des armes des États-Unis aux dépens de l'Europe et pour intégrer les marines nationales, au nom de l'« interopérabilité » sous les auspices des États-Unis dont les commandants sont à la tête de l'OTAN.

4. Les Canadiens auraient intérêt à se pencher sur le scandale impliquant Thyssen et une vente d'armes de plusieurs milliard de dollars en Afrique du Sud. Les documents révélés par le périodique allemand Der Spiegel ont démontré que, afin de compléter l'entente visant à construire et à approvisionner l'Afrique du Sud en navires de combat, Thyssen avait eu recours à des pots-de-vin et des incitatifs de millions de dollars à des hauts fonctionnaires et membres du cabinet du gouvernement sud-africain. Thyssen Krupp a ensuite désespérément fait pression sur le gouvernement de l'Afrique du Sud pour tenter d'empêcher une enquête allemande sur le scandale. Thyssen a réussi à empêcher que d'importants documents soient saisis et que des témoins en Afrique du Sud soient interrogés. Sans surprise, un tribunal a par la suite exonéré Thyssen des accusations de pots-de-vin et de corruption portées contre lui. En Afrique du Sud, par contre, les effets du scandale persistent toujours.

5. Buzz Hargrove, Globe and Mail, le 3 mai 2004

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