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Les
politiques du gouvernement Harper majoritaire
Non au le plan du gouvernement Harper
de détruire la Commission nationale du blé
- Dougal MacDonald -
Le nouveau gouvernement conservateur majoritaire a
déjà annoncé plusieurs de ses priorités
dans son plan de démantèlement de la
société canadienne au service des
monopoles. La liquidation de Commission nationale du blé en est
une. Le 18 mai, le ministre de l'Agriculture Gerry Ritz a
annoncé que son gouvernement déposera
un projet de loi, sans doute à l'automne, abolissant le monopole
public de la Commission canadienne du blé (CCB) en 2012. Il
affirme que l'initiative a l'appui de l'industrie,
c'est-à-dire des grandes entreprises agricoles.
Le gouvernement Harper mène une guerre de
tranchée contre la CCB depuis 2006, après avoir fait
campagne pour l'abolition du monopole public de la commission avec
le soutien financier des grands monopoles privés. Il veut
éliminer cette mesure de protection des agriculteurs et
consommateurs canadiens contre la rapacité des monopoles
privés. Suite à l'annonce du 18 mai, la valeur des
actions du plus grand manutentionnaire de céréales au
Canada, Viterra, qui avait lui-même commencé comme une
coopérative publique dans les années 1920, a
augmenté de 2 %.
Les conservateurs s'en prennent spécifiquement au
« guichet unique » de la CCB. Ironie du sort,
c'est le vieux Parti progressiste conservateur de R.B. Bennett
qui avait fait adopter la Loi sur la Commission canadienne du
blé en 1935 avec un appui écrasant des
provinces de l'Ouest, dans le cadre du vieux projet
d'édification nationale. La clause sur le « guichet
unique » fut ajoutée en 1942, sujette à un
nouveau vote à tous les cinq ans jusqu'à ce qu'elle
devienne
permanente en 1967. En 1947 le vote avait été quasi
unanime : seuls sept députés de l'Est du pays s'y
étaient opposés. Le guichet unique fait de la Commission
le seul responsable de la mise en marché du blé et de
l'orge de qualité supérieure dans l'Ouest canadien, ce
qui donne un important poids de mise en marché aux agriculteurs
individuels. En vendant l'ensemble de leur produit par un seul guichet,
ils ont plus de poids sur les marchés mondiaux et ne
s'affaiblissent pas les uns les autres par la
concurrence entre eux.
Stephen Harper a déclaré la guerre
à la CCB dès 1997, lorsqu'il a démissionné
en tant que député réformiste à
l'assemblée législative de l'Alberta pour devenir vice-
président (puis président) de la « Coalition
nationale des citoyens », formée en 1967 contre
l'institution du système de santé public. Cette coalition
aux
ambitions antisociales et financées par les grandes entreprises
privées fait depuis longtemps campagne pour l'abolition de la
CCB et de la Loi canadienne de la
santé et pour les syndicats fermés et a joué
un rôle important dans l'élection du gouvernement
archi-réactionnaire de Mike Harris en Ontario. Elle est aussi
à l'origine
de la campagne pour refuser le statut de réfugiés aux
réfugiés de la mer vietnamiens. Elle a compté
parmi ses directeurs et membres des institutions comme la Banque de
Montréal, la CIBC, Power Corporation, le Canadien pacifique,
Brascan, Goodyear et plusieurs grandes compagnies d'assurances.
Les conservateurs sous Stephen Harper ont tout
essayé depuis 2006 pour détruire la CCB :
plébiscite avec un faux choix, imposition du bâillon aux
directeurs
et au personnel de la Commission, congédiement du
président de la Commission Arian Measner, modification des
listes de votes pour éliminer les électeurs favorables au
maintien de la Commission, interdiction du vote secret, levée
des limites de dépenses des tiers partis faisant campagne contre
la CCB, et ainsi de suite. Mais ils ont échoué
à chaque coup à cause du grand appui dont joint la
commission parmi les agriculteurs canadiens et la population en
général. Et maintenant ils vont se prévaloir de
leur
majorité pour abolir le monopole public de la CCB par la force.
Le véritable objectif des conservateurs est, bien
entendu, l'ouverture du marché canadien des
céréales, qui vaut 5,2 milliards $, aux
monopoles privés. De
grandes sociétés multinationales comme Viterra,
Richardson International, Cargill, Archer-Daniels-Midland, Bunge et
Louis Dreyfus attendent impatiemment. Si l'on veut
savoir ce qui arrive quand le monopole public est détruit, on
n'a qu'à regarder l'exemple de la commission du blé en
Australie fondée en 1939 et privatisée en 1999.
Elle a été achetée en 2010 par la firme
privée Agrium, qui vend maintenant les actions au monopole
américain Cargill, la plus grande société
privée au monde.[1] Autre
exemple : jusqu'au milieu des années 1990 les
éleveurs de porc en Saskatchewan et au Manitoba vendaient leur
produit par des commissions de mise en marché
provinciales contrôlées par les éleveurs. Les deux
gouvernements provinciaux ont aboli le guichet unique et aujourd'hui la
société Maple Leaf Foods, partie de l'empire
McCain, possède 80 % de la capacité de production du
porc du Manitoba et de la Saskatchewan.
Dans un contexte plus
grand, les conservateurs s'en prennent au monopole public de la CCB
parce qu'il est un obstacle à la prise de contrôle de la
production et de la
distribution mondiales des produits alimentaires par les monopoles
privés et l'empire américain. La CCB, qui a des racines
solides dans les communautés agricoles du Canada,
a une fière histoire de résistance à
l'avidité et aux pratiques destructrices des entreprises
internationales de mise en marché, des entreprises
privées des céréales et des géants
mondiaux du transport. La commission a également combattu le
diktat et les pressions du gouvernement des États-Unis qui
voulaient utiliser l'exportation des produits
alimentaires comme une arme pour l'expansion de l'empire
américain et pour attaquer les pays récalcitrants, une
stratégie qu'ils doivent à l'Allemagne nazie.[2] Les
cercles
dominants des États-Unis ont continuellement tenté de
subvertir et de détruire la CCB, comme en attestent les
nombreuses plaintes contre leurs pratiques à l'Organisation
mondiale du commerce et à l'ALÉNA.
La lutte pour la CCB n'est pas seulement l'affaire des
agriculteurs, elle concerne l'ensemble de la classe ouvrière et
du peuple. Les politiciens ouvriers, les organisations
ouvrières et organisations de la société civile
doivent se ranger du côté des agriculteurs et de la CCB.
La défense du monopole public de la CCB et
l'élargissement du
monopole public à d'autres secteurs de l'économie
s'inscrivent dans la défense du droit public contre le droit des
monopoles privés et dans l'effort pour stopper la destruction
nationale par le gouvernement Harper et ceux qui tirent les ficelles
parmi les grandes entreprises privées.
Notes
1. Cargill et Agrium sont aussi en partie
propriétaires de Canpotex, qui gère toute l'exportation
de la potasse de la Saskatchewan.
2. Les nazis ont utilisé le contrôle
des produits alimentaires pour venir à bout de leurs ennemis
dans les pays neutres avant l'occupation militaire. Une des
méthodes
utilisées consistait à concentre soudainement les offres
d'achat, à des prix ridiculement élevés, dans un
pays donné, un pays à la fois. Le gouvernement neutre du
pays agricole
qui accepte l'offre d'achat est forcé de payer ses agriculteurs
avec sa monnaie nationale en attendant le paiement de l'Allemagne. Puis
la chute soudaine de la demande fait
chuter les prix, après quoi les agriculteurs ne peuvent plus
payer les hypothèques et les impôts.

Les politiques Harper et la
nécessité
d'une nouvelle direction pour l'économie
Oui à la construction navale,
mais pas à sa militarisation
- Tony Seed -
La construction navale est
l'une des industries traditionnelles des Maritimes qui est
présentement en crise. Mais plutôt que de résoudre
la crise en faveur du peuple, le
gouvernement Harper, motivé par sa vision guerrière, veut
saisir l'occasion pour militariser l'industrie de la construction
navale. Le plan du NPD pour que « tous
navires et vaisseaux militaires soient construits au
Canada » n'est pas différent de celui des
conservateurs.[1] Lors de la 40e session parlementaire, le NPD a
désigné
une critique parlementaire en matière de construction navale,
Peter Stouffer, qui défend l'occupation indéfinie de
l'Afghanistan. Lors des élections de 2008, le NPD et le
Parti vert ont tous deux demandé que le budget de
3 milliard $ destiné aux navires et aux caboteurs soit
« maximisé sur la base d'une campagne en faveur
d'achats au Canada ». Lors du « grand
débat » dans la circonscription de Central Nova,
Elizabeth May a accusé à la fois Harper et son ministre
de la
Défense Peter MacKay « d'hypothéquer notre
avenir en se tournant vers l'étranger pour l'achat de navires de
la Marine et de la Garde côtière ». Le ministre
MacKay a pour sa part a accusé les Verts de supercherie, et il a
fait une promesse à l'emporte-pièce :
« Nous allons sans aucun doute construire des navires
– brise-glace, destroyers – ici au Canada. C'est d'être alarmiste
que de suggérer que ces navires viendront de
l'étranger. »
Voilà qu'en un clin d'oeil la question de la participation du
Canada aux plans de guerre de l'empire américain devient un
débat à savoir s'il faut d'acheter ou pas à
l'étranger.
Si les navires de guerre sont construits au Canada, tout sera bien.
Au cours des élections fédérales
2011, le sujet numéro un traditionnellement lié à
l'économie – les « emplois », et
« achetons Canadien » en
tant que stimulation économique – même s'il est toujours
soulevé dans la perspective la plus étroite et la plus
intéressée, a brillé par son absence. En
Nouvelle-Écosse, par
contre, une ambiance persiste à l'effet que la militarisation de
l'économie et un budget de guerre de 20 milliard $ sont la
solution à la crise économique et aux disparités
régionales et que c'est une question d'« acheter au
Canada » ou d'« acheter en
Nouvelle-Écosse » contre acheter à
l'étranger ou ailleurs, comme
le Québec. Les conséquences de la militarisation de
l'économie ne sont pas soulevées. Seul le Parti
marxiste-léniniste du Canada a parlé de la
nécessité d'un projet
d'édification nationale, lequel projet comprend la construction
navale, la marine marchande, la pêche et la métallurgie.
L'armada
de Stephen Harper
Ottawa se prépare à une expansion massive
de ses préparations pour une guerre sanguinaire et pour des
interventions à l'étranger au service de l'empire
étasunien,
une guerre profitable aux grands banquiers, et les appels d'offres vont
bon train pour des commandes militaires exorbitantes. La
« Stratégie de défense Le Canada
d'abord » de Harper consiste en un budget militaire de
490 milliard $ ainsi qu'en une stratégie nationale
d'approvisionnement en matière de construction
navale pour des dépenses de 35 milliard $ pour
jusqu'à 100 navires pour les 30 prochaines années.
Cette dernière comprend un contrat de construction navale
doté d'un programme qui transférera des fonds publics aux
monopoles privés de construction navale et des
armements. Ce programme a vu le jour avec les libéraux de Jean
Chrétien et fut adopté par Paul Martin en avril
2004 en tant que partie intégrante de la
« modernisation » et de la
« transformation » des Forces canadiennes selon
les exigences imposées aux
« alliés » de l'OTAN par Donald
Rumsfeld et le Pentagone.
Pour satisfaire ces demandes, Harper et MacKay ont mis
en place de nouvelles règles de soumissions pour les monopoles
situés au Canada et à l'étranger sous
prétexte
que les normes de conception étaient trop élevées.
Donc pour expliquer davantage : ces mesures incluent
324 million $ pour l'approvisionnement,
l'exploitation et l'entretien de six nouveaux navires de Garde
côtière – ainsi que le 2,9 milliard $ en
approvisionnement de navires de soutien interarmées tel
qu'annoncé et dont le coût est maintenant estimé
à 3,5 milliard $ à lui seul.
La modernisation des navires de Garde côtière est la
conséquence directe des conflits d'intérêts au
sujet des routes de navigation dans l'Actique et des réserves
pétrolières,
des « conséquences positives » des
changements climatiques. La Garde côtière canadienne, dont
les poursuites contre les pétrolières pour cause de
déversement
de pétrole ont été réduites de plus d'un
tiers depuis 1994, est sous commande de la US Homeland Security depuis
les attentats du 11 septembre 2011 en tant
que partie des nouveaux r5glements de
« sécurité »
États-Unis-Canada.
Les trois « navires de soutien
interarmées » qui doivent être commandés
sont des bâtiments de guerre massifs de commande et
contrôle, à la fine pointe de la
technologie et uniques au monde. Ils sont destinés à
devenir une arme de prédilection pour des opérations
offensives dans les sept mers du monde, pour subvenir aux besoins
de l'empire. Ces navires arrivent alors qu'il a été
révélé que 92 % de ses navires de surface des
forces navales des États-Unis sont soit désuets, soit
déployés ailleurs
dans le monde. Les « navires de soutien
interarmées » jouent à la fois le rôle
d'approvisionner des opérations avant de combat et celui de
centre du
commandement, ayant la capacité de diriger l'invasion amphibie
de pays côtiers et souverains. Selon Wikipédia,
« le navire de soutien interarmées permettra à
un groupe
opérationnel maritime de rester en mer jusqu'à six fois
plus longtemps qu'il ne l'est possible aujourd'hui ». Ils
sont conçus pour leur supériorité en
électronique de
pointe et en armure, plus que tout navire existant.
Voilà la source des rêves mondiaux et des
ambitions mégalomanes de l'élite dominante. De vastes
sommes atteignant les dizaines de milliard de dollars –
dépassant
de beaucoup les 3 milliard $ en question – étaient en
jeu afin d'honorer la demande étasunienne que le Canada finance
une plus grande part de la défense de
la Forteresse Amérique et que les Forces canadiennes soient
intégralement annexées sous les auspices du Pentagone. Et
dire que la « stratégie nationale canadienne
d'approvisionnement en matière de construction
navale » se fait passer pour une
« stratégie de construction navale
canadienne ». Les politiques néolibérales
et impérialistes n'ont rien à voir avec la défense
du Canada ou avec le développement d'un secteur de construction
navale moderne, mais le NPD en fait la promotion sous
prétexte d'« acheter Canadien », de
« protéger la souveraineté du
Canada » et d'« assurer du travail permanent dans
chaque chantier
naval ».
Les politiques d'Ottawa en approvisionnement militaire
(« production pour la défense ») ont
toujours été conçues pour que le capital financier
puisse se
s'approprier les avoirs du secteur particulier de l'économie
impliqué, comme l'exemple notoire de l'affaire AVRO Arrow l'a
abondamment illustré. À l'heure actuelle, la
rivalité intermonopoliste pour les contrats prend une dimension
nationale autant qu'internationale, une dimension où
prédomine la cartélisation du secteur économique
des
armements et de la construction navale au sein du bloc US-OTAN, et qui
n'a pas encore été résolue.
Parmi les monopoles situés au Canada, il y a le
chantier naval Kiewit de Marystown, Terre-Neuve,
propriété étasunienne, les chantiers de Halifax
appartenant à Irving,
les chantiers MIL-Davie, Inc., aujourd'hui oisifs, à
Lévis, au Québec (ou s'entremêlent aussi des
intérêts norvégiens et italiens), la cale
sèche de Port Weller à St-Catharines,
en Ontario, et les chantiers navals de Vancouver appartenant aux
États-Unis.
La société de construction navale
allemande, ThyssenKrupp Marine Systems Canada, bien que rarement
nommée, rôde aussi dans l'ombre. Il en va de même
pour SNC
Lavalin avec ses liens désormais célèbres avec
l'ancien premier ministre Paul Martin, dont la famille est
propriétaire de Canada Steamship Lines. En février 2006,
les deux
sociétés ont été retenues pour un contrat
de la phase « Projet définition » du
navire de soutien interarmées et chacune a reçu
12,5 million $ pour
la conception de dessins industriels et pour faire des soumissions
avant l'été 2008. Les propositions soumises, qu'on
jugeait hors prix, furent refusées, bien qu'il ait
été
annoncé avec fanfare que le concept des navires de soutien
interarmées serait une réplique des navires de guerre
allemands ou espagnols.[2]
Voilà pour ce qui est de la désinformation
à l'effet que tout se résume à une affaire d'
« achat à l'étranger ». Ces navires
de guerre auront besoin de coques,
et les ouvriers des chantiers navals canadiens sont maîtres en ce
domaine, mais aussi d'armements et d'appareils électroniques qui
seront tous importés, sans mentionner les
profits faramineux qui les accompagnent. Aucun des monopoles
domestiques n'a révélé ses cartes. À cet
égard, Lockheed Martin a conclu un droit d'opération au
coeur même
de CFB Stadacona à Halifax. En prolongeant les soumissions,
Harper cherchait à faire naître de nouveaux
règlements. Par exemple, des efforts ont été
déployés pour former
une compagnie de construction navale européenne – une production
France/Allemagne sous la direction de la société
industrielle et métallurgique ThyssenKrupp Steel. Par
contre, comme au temps de Hitler, la France résiste à une
concentration des chantiers de construction navale européenne
sous les auspices de l'Allemagne. La France recherche
elle-même une position prédominante dans la production de
navires de combat, tout comme l'Espagne.
ThyssenKrupp est le plus grand constructeur de navires
de combat au sein de l'Union européenne et il a des plans pour
sa propre Force de réaction rapide, non liée à
l'OTAN. ThyssenKrupp représente un conglomérat des plus
puissantes fiducies d'armements allemandes-nazies (Thyssen et Krupp)
réunies sous les auspices des États-Unis
après la Deuxième Guerre mondiale, en violation de
l'Accord de Potsdam. Il est important de retenir les importantes
ficelles politiques liant les conservateurs à l'Allemagne,
lesquelles furent mises en relief par l'affaire des airbus de
Schreiber, entente impliquant Brian Mulroney et Elmer MacKay, l'ancien
membre du cabinet et agent de
financement (c'est lui qui finança le cautionnement de
Schreiber). Cette entente prévoyait aussi la mise sur pied d'une
usine d'armements à Bear Head, en Nouvelle-
Écosse.[3]
Un ancien membre du personnel des services juridiques de
ThyssenKrupp est l'ancien avocat Peter MacKay, qui travaillait à
partir du bureau de Kassel, en Allemagne,
en 1991 (c'est la page manquante dans son c.v.). Aujourd'hui,
MacKay est le ministre de la Défense du Canada et le
représentant canadien de l'OTAN. Comme le
dit un blogueur : « La réalité
dépasse la fiction ».[4]
La Stratégie en matière
d'approvisionnement de navires prévoit un grand nombre de
navires moins volumineux. Le gouvernement Harper, sous la
bannière du
« libre-échange », a éliminé
des tarifs afin de permettre à des intérêts
liés à la zone européenne de libre-échange
(ZELÉ) – l'Islande, la Norvège, la Suisse
et le Liechtenstein – de se débarrasser des petits chantiers et
de s'emparer de leur marché réduit de navires de moyenne
puissance. Conformément à l'accord de la ZELÉ
négocié en juin 2007, un important tarif de construction
navale de 25 % imposé à tous navires construits
à l'étranger a été progressivement
éliminé. Des intérêts
norvégiens ont alors investi dans le chantier de MIL-Davie
à Lévis dans le but d'y construire des installations de
forage pétrolier destiné au forage dans la mer du Nord.
(Bien que MIL-Davie ait en mains des commandes de l'ordre de 500
million $, il a tout de même été placé
sous la protection de la loi sur les faillites et a fermé ses
portes, jetant 1 100 travailleurs à la rue).
Le gouvernement Harper et les monopoles exigent aussi
des travailleurs de chantiers navals qu'ils fassent des concessions au
capital au nom de la
« restructuration » afin que chaque monopole de
construction navale individuel soit fin prêt dans chaque
région – les Maritimes, le Québec, l'Ontario et la
Colombie-britannique – pour la concurrence sans merci pour obtenir le
contrat ultime.
Voici donc la « vision
canadienne » – la vision et le programme des riches pour que
les monopoles réussissent sur le marché mondial et pour
que
s'enrichisse l'oligarchie financière, tout en tentant de
liquider le mouvement indépendant de la classe ouvrière
et du peuple en leur imposant le programme néolibéral,
tout
au nom de la sécurité d'emploi, de la
sécurité nationale et des intérêts nationaux.
Il
existe une alternative
L'alternative devient évidente dès que
nous nous débarrassons de la désinformation à
l'effet que la question en est une d' « acheter au
Canada »
(« Acheter Canadien » ;
« protéger la souveraineté économique
du Canada ») versus acheter à
l'étranger. Une propagande
intéressée réclame l'appui à la
militarisation au service des bâtisseurs d'empires en autant
qu'est maintenu le frauduleux
« équilibre » consistant à assurer
des
« emplois pour les gens de l'Atlantique ». En
d'autres mots, c'est moins une question d'alternative que de qui
obtiendra la soumission ! L'animosité entre
régions et entre travailleurs est fomentée en appui
à la rivalité pour la soumission. Les travailleurs des
chantiers sont ainsi sensés faire toutes les concessions
imaginables
pour rendre leurs monopoles compétitifs.
Le premier point au sujet d'une alternative est qu'il faut rejeter la
logique qui veut qu'il n'y ait pas d'alternative – sauf joindre les
rangs de l'empire Irving et se battre pour
des « emplois pour les Canadiens de
l'Atlantique » ou pour s'aligner avec un quelconque groupe
de monopoles.
Il n'existe pas d'alternative tant que les travailleurs
adoptent la conception du monde des riches selon laquelle le profit
capitaliste maximum est la force motrice de la
production, que rendre les entreprises compétitives sur le
marché mondial est la grande priorité, que le
gouvernement n'a aucune responsabilité d'assurer un moyen de
subsistance pour chaque membre de la société et pour
chaque région du pays. Voilà la logique de
« pas d'alternative ». En d'autres mots, les
travailleurs, sans
aucune réflexion, devraient accepter qu'il est impossible
d'avoir une économie capable de suffire à ses besoins et
de subvenir aux besoins sociaux et pacifiques du peuple
au pays et à l'étranger.
Les conséquences sont brutales et ne
mènent même pas à la création d'emplois. Par
exemple, en 1977, les libéraux de Trudeau accordèrent aux
Irving un contrat pour
la construction de neuf bâtiments sur une flotte de douze navires
de combat de classe Halifax. La soumission était d'environ
1,2 milliard $. Les frégates de
4 750 tonnes de classe Halifax furent construites selon les normes
« standardisées » des États-Unis et
de l'OTAN dans les années 80 dans le but d'opérer
en haute mer. Seul l'assemblage s'est fait au Canada. Tous les
armements et les systèmes de navigation et électroniques
furent importés et achetés des marchands de guerre
– arme principale suédoise, conduite de tir hollandaise, radar
de veille aérienne, turbine à gaz, missile de
défense ponctuelle, missiles antinavire et système de
détection
et de défense, tous en provenance des États-Unis.[5] Les
frégates conçues pour la défense
côtière sont en moyenne de 3000 tonnes. La frégate
de classe Halifax, pour sa
part, a été conçue pour bombarder un objectif le
long des côtes de pays étrangers et pour servir contre des
aéronefs et des navires ennemis. Lorsqu'elles quittent les eaux
canadiennes, elles opèrent directement sous le commandement
global des États-Unis et de l'OTAN.
Lorsque le contrat fut mené à terme,
à la fin des années 80, les Irving avaient facturé
le trésor public pour au delà de 9 milliard $,
dépassant la soumission
de départ de 800 %. On dépensa des dizaines de
million de dollars pour moderniser le chantier de Saint John pour les
construire. Que s'est-il passé ? Les
travailleurs ont été forcés d'abandonner leurs
droits. Cinq mille travailleurs furent jetés à la rue, et
le chantier remisé. En 2003, le gouvernement
fédéral a donné à J.D. Irving
Ltd. la somme de 55 million $ pour qu'il ferme le chantier de
construction navale de Saint John, un des plus grands chantiers
à la fine pointe de la technologie
au Canada. Le Syndicat des travailleurs canadiens de l'automobile a
déclaré : « Ce chantier contient toujours
ses équipements, ses services, et des travailleurs
qualifiés sont toujours disponibles pour construire des navires
dans ce chantier. La problématique provient du fait qu'en tant
que partie intégrante de son entente avec le
gouvernement, J. D. Irving s'est engagé à ne pas
construire des navires dans ce chantier pour une période de
vingt ans. »
Ce transfert spécifique de richesse n'a pas non
plus donné lieu à des progrès sur le plan de la
recherche et du développement dans l'industrie de la
construction navale,
et encore moins en armements. En outre, la ligne de navigation Irving,
Kent Lines, est elle-même incorporée dans une zone
extracôtière aux Bermudes. Et voilà pour la fausse
« alternative » fondée sur la
création d'emplois. Plus tard, le monopole Irving a pris en
charge les chantiers de Halifax et de Shelburne.
Il fut un temps ou les chantiers de construction navale
au Canada, avec une main-d'oeuvre de 16 0000 travailleurs il y a
deux décennies, c'est-à-dire deux fois
plus que le nombre actuel, produisaient des navires commerciaux de la
plus haute qualité, ce qui nécessitait bien sûr
l'acier de la plus haute qualité. Maintenant les usines
d'acier de la Nouvelle-Écosse ont été
détruites. Il en va de même pour un grand nombre de petits
et de moyens chantiers. C'est un désastre. Entre-temps, le
gouvernement
fédéral a facilité la cannibalisation de Stelco et
son annexion par US Steel, ignorant l'appel audacieux des
métallos de Hamilton que le Canada adopte un projet
d'édification
nationale.
Comme ils le font partout au pays, les gouvernements et les partis
politiques de l'establishment, de concert avec les
médias de masse monopolisés, présentent
la pratique de payer les riches comme étant
bénéfique pour le peuple afin de justifier que les sommes
puisées à même les fonds publics leur soient ainsi
transférées. Comme
ils le font partout au pays, ils associent les riches au peuple, et les
bénéfices annoncés et leurs effets de
retombée pour la population d'une région,
généralement sans travail,
sont déclarés raison suffisante pour attaquer le droit
des travailleurs à des conditions de travail, à des
avantages sociaux et à des pensions correspondant au travail
qu'ils
accomplissent. Cette pratique d'imposer ce chantage aux travailleurs
est corrompue et devrait être déclarée
illégale. Toute manoeuvre frauduleuse de dépenses ou de
programme publics qui ne se base pas sur le bien public
général mais sur le sort électoral d'un parti
politique en particulier et sur l'accumulation de fortunes personnelles
doit être condamnée.
Les travailleurs doivent prendre position contre la manipulation des
disparités régionales pour entretenir des conflits
régionaux dans le but de transférer la richesse publique
collective dans les mains privées.
Par exemple, J.D. Irving – le plus grand pollueur au
Nouveau-Brunswick et le plus grand supporteur de la taxe sur les
émissions carboniques du Parti libéral (rappelez-
vous IrvingAir) – a menacé de transférer la production du
papier de Saint John vers une région du Québec ou les
réclamations de la classe ouvrière et du gouvernement
sur la valeur ajoutée sont inférieures, ou les terres
sont meilleur marché et les règlements plus flexibles,
comme tactique de pression pour exiger de plus grandes subventions
du gouvernement du Nouveau-Brunswick.
À ce mêmes fins, Irving est un champion du
projet Porte de l'Atlantique qui vise à convertir la
région des Maritimes en zone de transit vers les
États-Unis pour les
marchandises et les ressources provenant des régions
stratégiques de l'Asie du sud par le biais du canal de Suez et
de la Méditerranée, et par lequel les droits syndicaux et
sociaux ainsi que les normes environnementales ne pèsent pas
lourds dans la balance. Ce n'est pas par hasard que Peter MacKay, le
ministre de la Défense, est aussi ministre
de la Porte de l'Atlantique.
Prenons comme mot d'ordre
que les gouvernements
doivent arrêter de payer les riches.
La question centrale pour les gouvernements est
d'arrêter de payer
les riches. Les travailleurs et le peuple doivent soutenir un projet
d'édification nationale qui se sert du caractère
intégré et socialisé de l'économie moderne
pour renforcer
le contrôle public sur ses secteurs qui sont entre mains
privées et en compétition et qui bloquent
présentement le développement d'une économie
globale et autosuffisante
dans toutes les régions du Canada.
La militarisation de la construction navale nie la
nécessité pour le Canada d'avoir sa propre flotte de
pêche, marchande, et côtière, ce qui serait dans les
intérêts des
travailleurs de la construction navale, des régions des
Maritimes et du pays.
Le Canada de l'Atlantique, le Québec, l'Ontario,
les Prairies, la Colombie-britannique et d'autres régions du
Canada ont besoin d'usines d'acier, d'usines industrielles
qui sont la base d'une économie qui suffit à ses besoins
et qui subvient aux besoins du peuple.
Si une véritable souveraineté était
exercée présentement sur les limites territoriales
canadiennes de 200 milles, cela créerait des possibilités
pour l'expansion des pêches
et de son développement pour subvenir aux besoins alimentaires
de la population canadienne plutôt que pour le marché
commercial des États-Unis, ce qui créerait un besoin
pour des navires de pêche modernes ou rénovés. La
conséquence de la crise dans l'industrie de la pêche est
que plusieurs navires du Canada et de l'Union européenne sont
présentement transférés vers les régions de
pêche en Afrique et en Asie, un transfert inégal
financé par les programmes d'« aide » et
par des prêts de la part
de la Banque de développement de l'Asie, la Banque mondiale et
l'ACDI. Sur le plan international, la construction navale pourrait
être faite en échange de pétrole et d'autres
ressources requises avec l'Amérique latine sur une base
égalitaire.
La nécessité d'un gouvernement anti-guerre
et de mettre un terme à la participation du Canada dans les
guerres d'agression et d'occupation des États-Unis et des
grandes
puissances européennes est de plus en plus urgente. Cela est
nécessaire afin de pouvoir contrer le danger du cataclysme d'une
guerre mondiale ainsi que les crimes commis
dans les guerres locales et régionales. Les Canadiens peuvent
jouer un rôle important en prenant position contre l'utilisation
des fonds publics, des forces militaires, des
produits finis tels l'acier et les matières premières,
surtout le pétrole et le gaz, pour consolider le militaire
étasunien et le bloc de l'OTAN.
Notes
1. Tel que cité lors des élections
fédérales de 2008 par la candidate du NPD, Megan
Leslie, à Halifax. Leslie a été
réélus en tant que député
pour Halifax en 2011.
2. Il est dit que KarlHeinz Schreiber dans la
même période a remis à Walther Leisler Kiep, le
trésorier du Parti démocratique chrétien allemand
une somme de
1 million de Deutch Mark après une entente conclue avec
Thyssen pour vendre des chars d'assaut à l'Arabie saoudite – une
vente d'armes qui avait été approuvée
par le chancelier de l'époque, Helmut Kohl, un proche confident
de Mulroney et de Ronald Reagan.
3. Le programme de
« normalisation » a servi à unifier le
marché de l'OTAN pour l'industrie des armes des
États-Unis aux dépens de l'Europe et pour
intégrer les marines nationales, au nom de
l'« interopérabilité » sous les
auspices des États-Unis dont les commandants sont à la
tête de l'OTAN.
4. Les Canadiens auraient intérêt à se pencher sur
le scandale impliquant Thyssen et une vente d'armes de plusieurs
milliard de dollars en Afrique du Sud. Les documents
révélés par le périodique allemand Der
Spiegel ont démontré que, afin de compléter
l'entente visant à construire et à approvisionner
l'Afrique du Sud en navires
de combat, Thyssen avait eu recours à des pots-de-vin et des
incitatifs de millions de dollars à des hauts fonctionnaires et
membres du cabinet du gouvernement sud-africain.
Thyssen Krupp a ensuite désespérément fait
pression sur le gouvernement de l'Afrique du Sud pour tenter
d'empêcher une enquête allemande sur le scandale. Thyssen a
réussi à empêcher que d'importants documents soient
saisis et que des témoins en Afrique du Sud soient
interrogés. Sans surprise, un tribunal a par la suite
exonéré Thyssen
des accusations de pots-de-vin et de corruption portées contre
lui. En Afrique du Sud, par contre, les effets du scandale persistent
toujours.
5. Buzz Hargrove, Globe and Mail, le
3 mai 2004

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