Japon

Un moment décisif dans l'histoire du Japon

Le séisme, le tsunami et l'échappement de radiations d'une usine nucléaire endommagée au Japon sont un moment décisif pour le pays. Ils constituent les plus grands désastres depuis la Deuxième Guerre mondiale et pourrait bien être un point tournant. Les histoires de pertes et d'héroïsme arrachent le coeur. La réaction immédiate, hautement organisée et disciplinée des résidents au désastre sont le reflet des meilleures traditions de cette civilisation ancienne.

Un correspondant du LML qui a des contacts dans la région, témoigne des réactions de gens au moment même où le séisme a frappé, comme celle de cette femme qui travaillait au sud-ouest de la ville tentaculaire de Sendai, qui s'est vite rendu compte qu'il se passait un événement peu ordinaire. Avant même que les sirènes d'alerte au tsunami se mettent à hurler, elle sautait dans sa voiture et fonçait vers ses deux filles qui se trouvaient à la maison, près de la côte, et possiblement en danger. Elle a trouvé ses filles, l'aînée qui fréquentait l'école secondaire et l'autre de niveau élémentaire, les a embarqué rapidement dans la voiture, et a foncé vers les collines, vers la sécurité. Mais il était trop tard. Le tsunami, « qui lèche la terre », comme disent les gens de la côte, les a vite submergées. Toutes les personnes comme elles sont extrêmement regrettées par tous ceux qui les connaissaient et les aimaient.

Plusieurs reportages racontent les histoires de gens âgés qui ont lutté pour évacuer et que la vague a noyés, ou qui ont perdu leur maison ou encore leur petit commerce. La région de la côte est parsemée de petites communautés de pêche, d'aquaculture et d'agriculture, où les gens âgés prédominent à présent. Les jeunes, comme cela se produit dans tous les systèmes capitalistes, sont attirés par les monopoles vers les grands centres urbains, la plupart du temps vers Sendai, mais aussi plus loin vers le sud-ouest, dans les trois métropoles géantes de Tokyo, Osaka et Nagoyan.

Certains aînés ont survécu, de nombreux d'entre eux sont morts. Un couple de plus de 80 ans, qui vivait à cinq kilomètres de distance du port de pêche de Yuriage, à l'intérieur des terres, s'est accroché à un pilier solide au premier étage de leur maison de ferme. L'eau a fait éclater les fenêtres et a ébranlé la maison jusque dans ses fondations, a emporté leur voiture et leur camion. Mais ils ont résisté et réussi à garder la tête hors de l'eau jusqu'à ce que la vague monstrueuse se retire. Ils se sont rendus dehors en trébuchant, pour apercevoir les rizières jonchées de débris, et encore couvertes par l'eau de mer. Mais ils étaient vivants et ont juré de rebâtir et de replanter le riz bientôt, peut-être l'an prochain, lorsque les pluies de juin auront lavé la terre.

Un nouveau départ

Jusqu'à maintenant, le matériel de pensée dans le Japon d'après-guerre a été dominé par l'impérialisme américain. La défaite de l'empire japonais en 1945 face à un empire encore plus puissant, les États-Unis, a ébranlé le pays jusque dans ses fondations. Une génération complète d'hommes a été perdue dans les ravages de la guerre impérialiste, mais ces jeunes hommes n'étaient pas tout à fait disparus.

De la période de l'occupation de la Corée par l'empire nippon en 1911, en passant par la guerre d'agression et la conquête de la Chine, pour finir par le bras de fer avec l'impérialisme américain pour le contrôle de l'Asie de l'Est, le peuple du Japon ancien s'est perdu. Le matériel de pensée de ce peuple qui a façonné une remarquable civilisation au cours de milliers d'année a été foulé aux pieds au lieu d'être modernisé et renouvelé. Le passage de la petite production de l'économie de village à la production industrielle de masse des centres urbains géants, comme dans la plupart des régions du monde, a donné lieu à une descente vers l'édification d'empires. Le rêve de domination de l'Asie de l'Est est vite devenu un champ de bataille cauchemardesque, aggravé par les armes de destruction massive. L'empire nippon a été réduit en poussière à cause du soulèvement héroïque des peuples coréens et chinois à la défense de leurs droits, de l'annihilation américaine de Okinawa, des bombes incendiaires sur Tokyo, Sendai et sur presque toutes les autres villes, excepté la capitale médiévale Kyoto, du nuage nucléaire de Hiroshima et Nagasaki, et finalement de l'humiliation ultime de l'occupation américaine. Les îles qui ne s'étaient jamais rendues auparavant à la domination étrangère sont tombées devant l'empire impérialiste venu de l'autre côté du Pacifique. La terre et la puissance industrielle du Japon ont enrichi l'empire américain et ont servi de base militaire pour l'expansion avec la guerre contre la Corée et autres.

Le peuple du Japon a vite connu une dégradation culturelle avec le consumérisme américain, et le manque de sens d'une constitution et d'un système imposés par les États-Unis, conçus pour assurer la servitude de la classe ouvrière et des classes moyennes. Encore plus important, l'occupation militaire américaine a brouillé le lien avec le passé et la nécessité de son renouveau. L'occupation présentait l'idéologie et les pratiques capitalistes américaines comme quelque chose représentant le nouveau, corrompant en particulier la jeunesse et de nombreuses organisations politiques de la classe ouvrière et des syndicats, qui ont été criminalisés pendant des années sous le régime militaire. En effet, une fausse impression de renouveau, que nous voyons maintenant se répéter chez plusieurs des civilisations anciennes, a étouffé les possibilités pour le nouveau d'émerger de l'ancien, puisque la connexion a été perdue d'avec les racines du peuple et son ancien matériel de pensée, façonné au cours de milliers d'années, qui ont servi le peuple pendant de nombreuses crises, en se développant, en mûrissant et en se renouvelant avec les changements de conditions.

Un matériel de pensée en harmonie avec les nouvelles conditions de production industrielle de masse et d'une économie socialisée est resté hors de portée jusqu'à présent du peuple japonais, submergé tout d'abord par l'édification de l'empire, et ensuite par l'occupation américaine. Le prolétariat nippon, le facteur humain capable d'amener le renouveau de la conscience sociale et des relations de production, est cruellement opprimé depuis sa naissance et, contrairement aux dires des idéologues libéraux de l'exceptionnalisme des États-Unis, est encore plus opprimé et égaré sous l'occupation américaine.

Même Tokyo Denryoku, le monopole privé qui contrôle l'installation nucléaire maintenant accidentée de Fukushima, est une créature de l'occupation. Les autorités d'occupation américaines l'ont mis sur pied en 1951 lors de la rupture et de la privatisation de l'ancien service public. Tout le monde sait que les monopoles privés ont leurs propres priorités pour servir les propriétaires du capital, et non le peuple et la Terre Mère.

La réhabilitation des anciens monopoles contrôlés par les familles les plus puissantes de l'empire, les monopoles financiers et industriels, ou zaibatsa, comme on les appelle au Japon, a été un grand crime de l'occupation. À présent, l'usine la plus puissante de Tokyo Denryoku couve la menace de laisser s'échapper des radiations qui pourraient rappeler les bombes nucléaires américaines.

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Bulletin du 4 avril 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca