Le gangstérisme international contre la Libye

L'OTAN «conclut un accord pour prendre le relais des opérations militaires en Libye»

Tel est le titre d'Al Arabiya, qui annonce que « l'OTAN a conclu un accord jeudi pour prendre le relais du commandement des États-Unis de toutes les opérations militaires alliées en Libye après des jours de querelles parfois houleuses avec le membre musulman qu'est la Turquie.

« Un compromis a été atteint en principe dans un temps très court », a déclaré aux journalistes à Ankara le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu. « L'opération sera remise complètement à l'OTAN. »

« L'accord est intervenu après une conférence téléphonique à quatre entre la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton et les ministres des Affaires étrangères de la Turquie, de la France et de la Grande-Bretagne. Plus tôt, les dirigeants turcs avaient émis de nouveaux soupçons sur les motivations de l'intervention occidentale en Libye, suggérant que l'action a été alimentée par le pétrole et les richesses minérales, plutôt que le désir de protéger les civils contre les forces de Mouammar Kadhafi. »

Xinhua rapporte que « Les 28 États membres de l'OTAN ont formé un consensus sur l'application d'une zone d'exclusion aérienne sur la Libye, alors que la Turquie, le seul membre musulman de l'OTAN, a accepté de soutenir le plan jeudi.

« Après s'être opposé à l'intervention militaire de l'OTAN en Libye, le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a déclaré jeudi que « toutes les préoccupations de la Turquie et les demandes sur la question ont été respectées. »

Dans un communiqué publié par la suite, le Secrétaire général de l'OTAN Anders Fogh Rasmussen a déclaré : « Tous les alliés de l'OTAN se sont engagés à s'acquitter de leurs obligations en vertu de la résolution de l'ONU. C'est pourquoi nous avons décidé d'assumer la responsabilité de la zone d'interdiction de vol. »

Rasmussen a déclaré à CNN jeudi soir que l'alliance reprendra « dans quelques jours » des États-Unis le commandement de l'application de la zone d'exclusion aérienne. Si l'OTAN prendra une « responsabilité élargie » est encore incertain, a-t-il dit.

La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a déclaré au Département d'État : « Nous sommes à l'étape suivante -- nous avons convenu avec nos alliés de l'OTAN de remettre à l'OTAN le commandement et le contrôle pour la zone d'exclusion aérienne sur la Libye. »

Après avoir éliminé la défense aérienne libyenne, des responsables militaires américains ont dit que la campagne se concentre é décimer les forces terrestres du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, avec de nouvelles attaques visant les dépôts de carburant et les installations militaires à Tripoli.

Pendant ce temps, le Département de la Défense des États-Unis a déclaré jeudi que de nouvelles attaques ont été menées contre la défense aérienne libyenne et d'autres cibles militaires, tandis que les États-Unis cherchent à transférer le contrôle de la mission à la coalition.

Bill Gortney, directeur de l'état-major interarmées américain, a dit lors d'une réunion d'information du Pentagone que les attaques ont été menées à la fois par des avions de combat et des missiles. Il a dit que 14 missiles Tomahawk ont été lancés contre des sites libyen de défense aérienne.

Selon Gortney, des avions de combat de la coalition ont continué à cibler les sites libyens de missiles de défense aérienne, les noeuds de communication, les centres de commandement et les dépôts de munitions.

Alors que les attaques se poursuivent, Gortney a exprimé l'espoir que le contrôle de la campagne pourrait être remis à la coalition cette fin de semaine, en disant : « la coalition grandit quotidiennement en taille et en capacité. »

Il a dit que les avions de la coalition ont patrouillé toutes les zones interdites de vol au cours des 24 dernières heures, lesquelles visent à empêcher les avions libyens de décoller, alors que des avions américains ont effectué d'autres missions.

Mais le transfert peut être délicat, puisque les États-Unis ont le plus d'avions dans la mission, malgré l'absence de porte-avions américains, rapporte Xinhua. Gortney a déclaré que plus de 350 aéronefs prennent maintenant part aux opérations de la coalition contre la Libye, un peu plus de la moitié sont américains.

Gortney a déclaré qu'après le transfert l'armée américaine continuera de fournir une certaine capacité unique à la coalition, y compris le ravitaillement aérien, la surveillance et la reconnaissance pour le renseignement, ainsi que des missions de frappe d'interdiction, ce qui peut signifier la guerre électronique et le brouillage. Il s'attend à ce que des avions américains effectuent des missions de combat après le transfert.

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Les États-Unis cherchent
à se débarrasser de Kadhafi

Al Arabiya rapporte que « Ayant fait l'objet de pressions pour ne pas avoir énoncé clairement les objectifs de sa guerre contre la Libye, la Maison Blanche a déclaré que l'objectif de l'administration Obama est de voir Mouammar Kadhafi écarté du pouvoir. » « Nous essayons de convaincre le colonel Kadhafi, son régime et ses associés, qu'ils ont besoin de se retirer du pouvoir », a déclaré le porte-parole du département d'État Mark Toner. « Cela demeure notre but ultime ici. »

« Nos actions militaires sont prises en charge par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui a approuvé une mission humanitaire dans ce pays », a dit Obama à Santiago du Chili, ajoutant que le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi « doit quitter » le pouvoir.

Obama a dit que les États-Unis « ne feront pas pas preuve de compassion envers une personne qui tue et assassine son peuple » et a souligné l'importance d'appliquer des sanctions bilatérales et internationales contre le gouvernement libyen, rapporte Xinhua.

Obama dit que l'intervention en Libye a été fondée sur « un accord international contre Kadhafi et en appui aux actions militaires en Libye » qui comporte même une demande de la Ligue arabe pour la création d'une zone d'exclusion aérienne sur la Libye en vue de défendre les populations civiles, écrit l'agence Xinhua.

« Je tiens à dire que nous travaillons avec nos partenaires internationaux et nous avons neutralisé les forces aériennes de Kadhafi et nous avons une large coalition, formée même par la Ligue arabe », a-t-il dit.

« Pendant deux jours nous avons arrêté les forces Kadhafi et nous continuons d'évaluer la situation dans le pays, à mesure que le Pentagone nous rapporte l'évolution de ces opérations », a-t-il dit.

« Lorsqu'il ya une crise humanitaire, que le dirigeant a perdu la confiance de son peuple et qu'il utilise des armes contre eux, nous devons agir », a dit Obama et a ajouté que ce ne sont pas seulement les États-Unis qui mènent des raids mais une coalition internationale.

« Je suis fier du développement de nos forces armées en Libye. Notre armée a beaucoup de travail partout dans le monde et maintenant nous devons recevoir de l'aide d'autres pays alors nous aurons donc une mission internationale », a-t-il dit.

La coalition prend maintenant le contrôle de la zone aérienne afin de soutenir la population civile, a-t-il ajouté.

Le secrétaire américain à la Défense Robert Gates a déclaré que « les forces internationales ont essayé de minimiser les pertes civiles en Libye » et que « les combats militaires importants qui sont en cours vont diminuer dans les prochains jours », disent les agences de nouvelles.

« Je pense qu'à mesure que nous réussissons à supprimer leurs défenses aériennes, le niveau d'activité cinétique va diminuer », a-t-il déclaré aux journalistes voyageant avec lui à Moscou où il rencontre son homologue Anatoli Serdioukov.

Le président russe Dmitri Medvedev a exprimé ses préoccupations à Gates au sujet de l'usage de la force « aveugle » par des puissances étrangères en Libye, rapportent les journaux.

Ils disent que lundi, Medvedev a paru faire des reproches à Vladimir Poutine, le premier ministre du pays, pour avoir comparé les appels de l'Ouest pour une action contre la Libye à des croisades.

Poutine a dit aux travailleurs à une usine de missiles que la résolution du Conseil de sécurité autorisant l'usage de la force contre Kadhafi « ressemble aux appels médiévaux pour les croisades ». Peu de temps après, Medvedev a déclaré que l'utilisation de tels termes est inacceptable et peut susciter davantage de violence. « Medvedev n'a pas mentionné le nom de Poutine mais les commentaires équivalent à sa plus forte critique publique jamais adressée à son mentor et soulevent des préoccupations de discorde entre les deux dirigeants aà la veille de l'élection présidentielle de 2012 », a dit Al Jazeera.

Mardi, Poutine a rejeté les allégations. « Quant à l'accord ou au désaccord d'opinion de la direction russe sur les événements ayant lieu en Libye, dans notre pays, le président russe dirige la politique étrangère et il ne peut y avoir de divergence » de vues, les agences de nouvelles citant les paroles de Poutine lors d'une visite à Ljubljana, capitale de la Slovénie.

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Manifestations à l'échelle internationale contre le bombardement de la Libye

Canada

Depuis qu'il est devenu évident que les États-Unis et l'OTAN ont manoeuvré par les relations internationales pour attaquer la Libye, les militants contre la guerre au Canada tiennent des manifestations et autres activités pour exprimer leur opposition à l'agression et au bombardement de la Libye ainsi qu'aux tentatives de justification des crimes commis au nom de l'humanitarisme.

À Vancouver, samedi le 19 mars, des activistes du PCC(M-L) ont organisé une manifestation contre le bombardement impérialiste américain de la Libye. Les activités d'agitation ont commencé à la Art Gallery, se sont poursuivies à la Public Library, pour aboutir à l'intersection principale de Granville et Georgia, où se tenait le Festival celtique. En plus d'avoir la bannière qui affichait « Pour un gouvernement anti-guerre », les activistes ont distribué plus de 400 déclarations du Parti aux gens dans le centre-ville. Malgré la pression énorme exercée par les médias monopolisés et le gouvernement pour faire accepter le plus récent acte de gangstérisme international contre le droit des peuples de décider de leur destin, de nombreuses personnes se sont arrêtées pour engager la discussion et prendre la déclaration.

Le jeudi 22 mars, à 17 heures, plus de 60 personnes se sont rassemblées devant le consulat américain et ont tenu une action militante contre le bombardements impérialiste de la Libye et contre la résolution 1973 du Conseil de sécurité de l'ONU. Trois bannières ont été hissées lors de cette action conjointe pour dénoncer le bombardement : Mobilization Against War and Occupation (MAWO), qui a organisé l'action, le Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste), et le Parti communiste du Chili (marxiste-léniniste). Plusieurs orateurs ont pris la parole. Alison Bodine, une organisatrice de MAWO, a parlé des crimes contre la Libye qui ont lieu à l'anniversaire de l'invasion impérialiste américaine de l'Irak. Elle a noté la ressemblance de la démagogie fasciste utilisée par les impérialistes pour justifier leurs crimes. Que ce soit pour « détruire des armes de destruction de masse », ou pour « sauver des civils », le but est le même, s'emparer du pouvoir politique et des ressources de ces pays arabes, a-t-elle souligné. Charles Boylan du PCC(M-L) a condamné tous les partis politiques au Parlement, qui ont voté pour appuyer l'usage par le Canada d'avions de combat pour appuyer un acte criminel contre la Libye, en niant totalement le droit international. Il a aussi noté que c'est le ministre libéral des Affaires étrangères de l'époque, Lloyd Arworthy, qui a formulé la thèse de la « responsabilité de protéger » à l'époque des bombardements contre la Yougoslavie, thèse qui est maintenant utilisée pour justifier les bombardements contre la Libye. Il a souligné que les sections avancées de la classe ouvrière au Canada à travers le Canada dénoncent avec vigueur ces crimes de guerre et a lu la déclaration du Parti marxiste-léniniste du Québec aux activistes. Aaron Mercredi, un jeune électricien autochtone, a dénoncé les États-Unis et a souligné le besoin des travailleurs de s'unir contre la guerre et l'occupation, quelqu'en soient les prétextes. Finalement, Janine Solanki, une étudiante activiste de MAWO, a parlé de l'irresponsabilité criminelle du Conseil de sécurité, qui a donné le feu vert à l'impérialisme américain et ses alliés et rivaux impérialistes de mener la guerre contre la Libye. Elle a dénoncé le Conseil de sécurité, qu'elle a qualifié d'outil pour la guerre et l'agression impérialistes.


Vancouver le 22 mars 2011

Les activistes, parmi lesquels on comptait plusieurs jeunes travailleurs, ont scandé avec militantisme « Mettez fin au bombardement de la Libye », « Impérialisme américain , bas les pattes de la Libye », et plusieurs autres slogans pendant qu'ils piquetaient en face du consulat américain. Une troisième action est prévue à 14 heures le samedi 26 mars, à la Art Gallery.

Toutes les organisations anti-guerre sont appelées à prendre une position tranchée contre les bombardements, à se joindre aux actions publiques ou à organiser les leurs, de façon à élargir la résistance à cette guerre injuste.

Caracas, Venezuela

«Obama, si tu a reçu le prix Nobel de la paix, pourquoi fais-tu la guerre?»


Londres, Angleterre



Bruxelles, Belgique; Naple, Italie



Patras, Canée et Athènes, Grèce




Tokyo, Japon; Manille, Philippines


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Les intérêts étrangers dans la guerre en Libye

Nous reproduisons ci-dessous une entrevue avec Francis Boyle, professeur à l'université College d'Illinois à la faculté de Droit et expert en droit humanitaire. L'entrevue a été réalisée par Gail Davidson de l'organisation Avocats contre la guerre, et diffusée le 23 mars à l'émission Wake Up With Co-op !, animée par Charles Boylan à CFRO, 102.7 FM (servant les basses-terres continentales de la Colombie-britannique).

Gail Davidson : Nous sommes accompagnés ce matin par Francis Boyle de la faculté de Droit de l'université College d'Illinois. Francis est un invité fréquent à notre émission. Il est un expert de renommée internationale en droit humanitaire. Il a agi en faveur d'individus, de pays et de groupes dans des causes légales ayant créé des précédents jurisprudentiels. [...]

Le 17 mars, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté une résolution autorisant l'usage de la force militaire sous prétexte de protéger la population civile de la Libye, de renforcer l'embargo sur les armes et de créer une zone d'interdiction aérienne au-dessus de ce pays. Des troupes étatsuniennes et britanniques, assistées de troupes armées provenant de la France, du Canada, de la Belgique, de l'Espagne, du Danemark, du Qatar et de l'Italie ont commencé à bombarder la Libye au cours de la nuit de samedi [le 19 mars]. Le premier ministre du Canada dit de cette guerre qu'elle est une guerre contre la Libye. Il a aussi affirmé que les attaques militaires visent à imposer un changement de régime. Francis, est-ce qu'il s'agit d'une intervention humanitaire pour protéger la Libye, ou est-ce bel et bien une guerre ?

Francis Boyle: Il ne s'agit pas du tout d'une intervention humanitaire. Si vous décortiquez la résolution du Conseil de sécurité élaborée par les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France, vous constaterez qu'elle autorise clairement une guerre totale menée par ces pays de l'OTAN [...] contre la Libye. En somme, l'objectif est de voler le pétrole de la Libye. La Libye possède d'énormes quantités de pétrole et de gaz. Les États-Unis ont en effet établi l'État de la Libye, sous les auspices des Nations unies, au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale , et ils ont installé un pantin du nom du roi Idris à la tête du pays, et les États-Unis et les compagnies de pétrole étasuniennes et britanniques sont rentrées et ont dérobé ces ressources au peuple libyen. En plus, les États-Unis ont établi la base aérienne Wheelus en Libye, base qui a servi à contrôler et à dominer la Méditerranée du sud en entier. La révolution de Kadhafi s'est enclenchée, elle s'est débarrassée des compagnies de pétrole des États-Unis et du Royaume-Uni, elle a fermé la base de Wheelus et a commencé à distribuer, en grande partie, les revenus provenant du pétrole et du gaz au peuple libyen. Ce dernier avait le niveau de vie le plus élevé en Afrique et un des plus élevé au Moyen-Orient. Je dirais, selon l'expérience de mes trois voyages en ce pays, que le niveau de vie y était comparable à celui que l'on retrouve dans certaines îles au sud de la Grèce, ou quelque chose de semblable.

Les États-Unis ont depuis ce temps nourri une rancune envers Kadhafi et attendent depuis toujours que se présente une occasion leur permettant de s'en débarrasser, de s'emparer à nouveau du pétrole et du gaz et de réétablir une base militaire officielle en Libye, laquelle base, une fois de plus, pourrait servir à contrôler et à dominer la ceinture de la Méditerranée du sud en entier, domination que nous avons, en tant qu'Étasuniens, perdue. L'emprise des États-Unis sur l'Égypte s'est écroulée. Nous n'avons jamais vraiment eu de base en cet endroit. La Tunisie s'est effrondrée, etc. Donc, voilà ce qui se passe réellement dans cette région. Si nous observons la campagne de bombardements intensifs, le mitraillage au sol et tout le reste qui a eu lieu au cours de la fin de semaine, de toute évidence, tout cela n'a rien à voir avec le fait d'aider le peuple libyen. Nous savons aussi, sur la base de sources fiables provenant de la Grande-Bretagne, qu'au tout début des manifestations à Benghazi, les Britanniques ont fait entrer des forces SAS. Elles y étaient, à mon avis, pour fournir des armes et organiser une rébellion armée contre le gouvernment de Kadhafi dans ces mêmes objectifs stratégiques et économiques. Ainsi, en fin de compte, nous verrons les États-Unis et l'OTAN faire subir à la Libye vraisemblablement le même sort réservé à l'Irak. En passant, votre collègue, Michael Mandel, semble être d'accord avec moi. Il a émis une déclaration. Il est là, au Canada. Il travaille avec les Avocats contre la guerre. C'est du bon travail.

GD : Vous vous attendez donc à une participation militaire en Libye [comme celle vécue par l'Irak] ?

FB : La différence étant que l'Irak, pour sa part, avait une force militaire considérable capable de résister aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et aux autres pays membres de l'OTAN. La Libye n'a pas la même capacité militaire et ne saura se défendre aussi bien. C'est ce que les néoconservateurs appellent des fruits mûrs à être cueillis. Je crois qu'ils peuvent ni plus ni moins entrer au Libye et la contrôler. Il est évident que l'énorme puissance de feu dont nous sommes témoins et qui a été planifié en trois semaines est le résultat d'un plan de guerre qui a été conçu par le Commandement unifié pour l'Afrique des États-Unis, lequel commandement est maintenant responsable de cette opération. Ce commandement avait été depuis longtemps préparé à la tâche. Je spécule que l'ordre d'exécuter et de mettre en oeuvre ce plan de guerre a été donné dès les premiers signes de manifestations dans les rues de Benghazi.

Combien de temps tout cela prendra-t-il, je ne peux deviner. Encore là, il semblerait que les États-Unis veulent alimenter une guerre civile en Libye, dans l'espoir et dans le but de mettre un terme au régime de Kadhafi pour le remplacer par quelque pantin. On pourra ensuite souhaiter la bienvenue aux compagnies de pétrole étasuniennes et britanniques pour qu'elles se remettent à piller les ressources du peuple libyen. Est-ce que le plan se déroulera tel que prévu ? Je ne peux l'affirmer. Combien de temps les États-Unis resteront-ils ? Je ne peux le prédire. Le seul antécédent qui pourrait nous éclairer à ce sujet est le bombardement de la Serbie par les États-Unis et l'OTAN en 1999. Ce bombardement était lui aussi d'une illégalité sans équivoque. Ce fut une campagne de bombardement d'une durée de 78 jours. Ce qui diffère de la Yougoslavie c'est que ses institutions militaires étaient parmi les plus puissantes de l'Europe, lesquelles institutions avaient été conçues pour combattre une invasion de l'Union soviétique. La Libye n'a rien de tout ça.

Je crois qu'on s'attend à ce que la campagne de bombardement des États-Unis, conjointement avec l'appui militaire offert aux forces rebelles, réussiront à renverser le régime de Kadhafi. Mais, advenant qu'ils n'y réussissent pas, je crois que les États-Unis, la Grande-Bretagne, et peut-être la France et certains autres pays de l'OTAN, sont prêts à faire intervenir des forces terrestres. Si on lit la résolution du Conseil de sécurité, il s'agit d'exclure nommément une « force d'occupation militaire étrangère » et cette formulation a été soigneusement choisie afin d'ouvir la porte à une force envahissante. Selon les lois de la guerre, une force envahissante, une force impliquée dans le combat, n'est pas une force d'occupation militaire étrangère. Il est donc clair qu'ils ont préparé le terrain légal pour une invasion de la Libye, advenant que la présente stratégie n'apporte pas les résultats attendus. En effet, même le premier ministre britannique, David Cameron, a fait des commentaires en ce sens, à l'effet que la résolution du Conseil de sécurité donnerait le feu vert à la présence de troupes terrestres. Prenez la lettre du président Obama au Congrès. Elle est très intéressante. Elle prétend qu'il n'y a aucune force armée des États-Unis en Libye aujourd'hui. Par contre, Obama ne promet rien pour ce qui est de l'avenir. Donc c'est clair pour moi que si la stratégie actuelle de se débarrasser de Kadhafi et de le remplacer par un pantin ne fonctionne pas, ils se préparent à passer à la phase deux. Rappelez-vous, pendant le bombardement illégal de la Serbie par les États-Unis et l'OTAN, toute la pression exercée sur Clinton pour qu'il déploie des troupes terrestres pour envahir la Serbie lorsque la campagne de bombardement à elle seule ne semblait pas donner les résultats escomptés. Le général Wesley Clark avait été démis de ses fonctions [en tant que Commandant suprême des forces alliées en Europe] parce qu'il avait prôné [une invasion terrestre]. Si la stratégie actuelle ne fonctionne pas pour faire tomber Kadhafi, je pense qu'après un certain temps, nous verrons le déploiement de forces terrestres en provenance des États-Unis, du Royaume-Uni et peut-être de la France, en Libye.

GD : La formulation de la résolution n'impose aucune limite temporelle pour ce qui est des troupes de combat terrestre, engagées dans le combat, et de leur présence en Libye. Je crois qu'il est important de rappeler à nos auditeurs que les États-Unis avaient déclaré que leur invasion de l'Irak, la guerre, était terminée en mai 2003. Depuis ce temps, ils sont une force d'occupation.

FB : Nous devons comprendre qu'un grand nombre de ces gens entourant Obama sont de soi-disant faucons néolibéraux qui ont travaillé pour le président Clinton, y incluant Mme Clinton elle-même, [l'ambassadrice Susan] Rice aux Nations unies, et plusieurs autres d'entre eux. Ce sont les mêmes qui ont été responsables de la campagne de bombardement de la Serbie et aussi de l'invasion par les États-Unis de l'Haïti en 1994. Dans ce dernier cas, sous le président Clinton, approximativement de 24 à 25 000 troupes armées ont atterri en Haïti et pourtant on prétendait que les États-Unis ne constituaient pas une force d'occupation militaire étrangère. Il semble évident qu'en dépit des formulations, celles-ci seront oubliées lorsque l'occasion se présentera.

[Pour ce qui s'agit des objections actuelles aux attaques contre la Libye, objections émises par la Chine et la Russie en tant que membres du Conseil de sécurité], ce ne sont que des larmes de crocodile. La Chine et la Russie auraient pu facilement imposer leur véto pour empêcher que cette résolution ne soit adoptée, et aujourd'hui ils la critiquent. Je pense qu'ils ont acquiescé pour les mêmes raisons que Chamberlain et Deladier l'ont fait à Munich en 1938. Pour ces derniers, il s'agissait d'inciter Hitler vers l'est, vers la Tchéchoslovaquie, plutôt que vers l'ouest, vers eux. Les Chinois et les Russes ont constaté que ce serait soit l'Iran ou la Libye, alors ne serait-il pas préférable de voir Obama s'en prendre à la Libye plutôt qu'à l'Iran, celui-ci étant aux frontières de la Russie sans parler des intérêts stratégiques et économiques majeurs que les Russes et les Chinois entretiennent avec l'Iran. Ce ne sont que des larmes de crocodile de la part des Russes et des Chinois. C'est la même chose pour Zuma de l'Afrique du sud qui a aussi voté en faveur de la résolution. On peut voir jusqu'à quel point ce Zuma est une farce et une fraude. La pente est abrupte, de Mandela à Mbeki [et Motlanthe], et maintenant, Zuma. La Ligue arabe est aussi une farce et une fraude. Traditionnellement, si les États-Unis ordonnent à la Ligue arabe de sauter, leurs potentats et leurs dictateurs demandent toujours « comment haut ? » Prétendre qu'il existe un appui arabe est une fraude. Les Arabes qui se trouvent dans la Ligue arabe n'ont jamais représenté personne d'autre qu'eux-mêmes, encore moins le peuple arabe.

GD : Même à ça, Francis, il n'y a pas eu d'appui important à la résolution, même à la lumière de ces faits. Des 22 membres, 11 étaient présents à la réunion et seulement 9 ont voté en faveur de la résolution.

FB : Vous avez parfaitement raison. Ce soi-disant « appui arabe » est des plus frauduleux. Le seul pays qu'ils peuvent convaincre à contribuer à quoi que ce soit est le Qatar. L'émir du Qatar, évidemment, est le propriétaire d'Al Jazeera. Le Qatar est à toutes fins pratiques sous occupation des États-Unis. Il y a au Qatar une immense base aérienne étasunienne qui permet aux États-Unis de contrôler et de dominer le Golfe persique en entier. Des chasseurs à réaction étasuniens décollent du Qatar pour atterrir en Afghanistan. Dire qu'il y a un appui arabe pour cela est ridicule. Ils tentent tout simplement de se donner un semblant de crédibilité pour rehausser leur image.

GD : Francis, le temps est écoulé et pourtant, je voulais que nous discutions de deux questions importantes , et peut-être pourrons-nous le faire la semaine prochaine. La première est d'examiner la résolution de Conseil de sécurité de l'ONU afin de conclure si oui ou non cette résolution est en elle-même une violation du droit international et si elle outrepasse le mandat juridictionnel du Conseil de sécurité. La deuxième est d'avoir un brin de discussion sur comment la communauté internationale peut participer aux futures délibérations du Conseil de sécurité de l'ONU.

FB : Laisse-moi prendre le temps de répondre à votre première question. Cette résolution est sans conteste ultra vires, elle outrepasse les pouvoirs du Conseil de sécurité. Elle viole l'article 2, paragraphe 3, qui stipule que les conflits internationaux doivent être réglés de façon pacifique, et elle viole le paragraphe 7 qui interdit à l'ONU de s'ingérer dans les affaires internes d'un pays, à moins qu'il n'existe une menace à la paix et à la sécurité internationales, ce qui n'était, en définitive, pas le cas pour la Libye. [...]

(Traduction : LML)

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Bulletin du 28 mars 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca