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Le
gangstérisme international contre la Libye
L'OTAN «conclut un accord pour prendre le relais
des opérations militaires en Libye»
Tel est le titre d'Al Arabiya, qui
annonce que « l'OTAN a conclu un accord jeudi pour prendre
le relais du commandement des États-Unis
de toutes les opérations militaires alliées en Libye
après des jours de querelles parfois houleuses avec le membre
musulman qu'est la Turquie.
« Un compromis a été atteint
en principe dans un temps très court », a
déclaré aux journalistes à Ankara le ministre turc
des Affaires étrangères Ahmet
Davutoglu. « L'opération sera remise
complètement à l'OTAN. »
« L'accord est intervenu après une
conférence téléphonique à quatre entre la
secrétaire d'État américaine Hillary Clinton et
les ministres des Affaires
étrangères de la Turquie, de la France et de la
Grande-Bretagne. Plus tôt, les dirigeants turcs avaient
émis de nouveaux soupçons sur les motivations de
l'intervention
occidentale en Libye, suggérant que l'action a été
alimentée par le pétrole et les richesses
minérales, plutôt que le désir de protéger
les civils contre les forces de Mouammar
Kadhafi. »
Xinhua rapporte que « Les
28 États membres de l'OTAN ont formé un consensus
sur l'application d'une zone d'exclusion aérienne sur
la Libye, alors que la Turquie, le seul membre musulman de l'OTAN, a
accepté de soutenir le plan jeudi.
« Après s'être opposé
à l'intervention militaire de l'OTAN en Libye, le ministre turc
des Affaires étrangères Ahmet Davutoglu a
déclaré jeudi que
« toutes les préoccupations de la Turquie et les
demandes sur la question ont été
respectées. »
Dans un communiqué publié par la suite,
le Secrétaire général de l'OTAN Anders Fogh
Rasmussen a déclaré : « Tous les
alliés de l'OTAN se sont
engagés à s'acquitter de leurs obligations en vertu de la
résolution de l'ONU. C'est pourquoi nous avons
décidé d'assumer la responsabilité de la zone
d'interdiction de
vol. »
Rasmussen a déclaré à CNN jeudi
soir
que
l'alliance reprendra « dans quelques
jours » des États-Unis le commandement de
l'application
de la zone d'exclusion aérienne. Si l'OTAN prendra une
« responsabilité élargie » est
encore incertain, a-t-il dit.
La secrétaire d'État américaine
Hillary Clinton a déclaré au Département
d'État : « Nous sommes à l'étape
suivante -- nous avons convenu avec nos
alliés de l'OTAN de remettre à l'OTAN le commandement et
le contrôle pour la zone d'exclusion aérienne sur la
Libye. »
Après avoir éliminé la
défense aérienne libyenne, des responsables militaires
américains ont dit que la campagne se concentre é
décimer les forces terrestres du
dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, avec de nouvelles attaques visant
les dépôts de carburant et les installations militaires
à Tripoli.
Pendant ce temps, le Département de la
Défense des États-Unis a déclaré jeudi que
de nouvelles attaques ont été menées contre la
défense aérienne libyenne et
d'autres cibles militaires, tandis que les États-Unis cherchent
à transférer le contrôle de la mission à la
coalition.
Bill Gortney, directeur de l'état-major
interarmées américain, a dit lors d'une réunion
d'information du Pentagone que les attaques ont été
menées à la fois par
des avions de combat et des missiles. Il a dit que 14 missiles
Tomahawk ont été lancés contre des sites libyen de
défense aérienne.
Selon Gortney, des avions de combat de la coalition ont
continué à cibler les sites libyens de missiles de
défense aérienne, les noeuds de communication, les
centres
de commandement et les dépôts de munitions.
Alors que les attaques se poursuivent, Gortney a
exprimé l'espoir que le contrôle de la campagne pourrait
être remis à la coalition cette fin de semaine, en
disant : « la coalition grandit quotidiennement en
taille et en capacité. »
Il a dit que les avions de la coalition ont
patrouillé toutes les zones interdites de vol au cours des
24 dernières heures, lesquelles visent à
empêcher les avions
libyens de décoller, alors que des avions américains ont
effectué d'autres missions.
Mais le transfert peut être délicat,
puisque les États-Unis ont le plus d'avions dans la mission,
malgré l'absence de porte-avions américains, rapporte
Xinhua.
Gortney a déclaré que plus de 350 aéronefs
prennent maintenant part aux opérations de la coalition contre
la Libye, un peu plus de la moitié sont américains.
Gortney a déclaré qu'après le
transfert l'armée américaine continuera de fournir une
certaine capacité unique à la coalition, y compris le
ravitaillement aérien,
la surveillance et la reconnaissance pour le renseignement, ainsi que
des missions de frappe d'interdiction, ce qui peut signifier la guerre
électronique et le brouillage. Il
s'attend à ce que des avions américains effectuent des
missions de combat après le transfert.

Les États-Unis cherchent
à se débarrasser de Kadhafi
Al Arabiya rapporte que « Ayant fait l'objet
de pressions pour ne pas avoir énoncé clairement les
objectifs de sa guerre contre la Libye, la Maison Blanche
a déclaré que l'objectif de l'administration Obama est de
voir Mouammar Kadhafi écarté du pouvoir. »
« Nous essayons de convaincre le colonel Kadhafi, son
régime et ses associés, qu'ils ont besoin de se retirer
du pouvoir », a déclaré le porte-parole du
département d'État Mark Toner. « Cela demeure
notre but ultime
ici. »
« Nos actions militaires sont prises en
charge par le Conseil de sécurité des Nations unies, qui
a approuvé une mission humanitaire dans ce pays »,
a dit Obama à Santiago du Chili, ajoutant que le dirigeant
libyen Mouammar Kadhafi « doit quitter » le
pouvoir.
Obama a dit que les États-Unis « ne
feront pas pas preuve de compassion envers une personne qui tue et
assassine son peuple » et a souligné
l'importance d'appliquer des sanctions bilatérales et
internationales contre le gouvernement libyen, rapporte Xinhua.
Obama dit que l'intervention en Libye a
été fondée sur « un accord
international contre Kadhafi et en appui aux actions militaires en
Libye » qui
comporte même une demande de la Ligue arabe pour la
création d'une zone d'exclusion aérienne sur la Libye en
vue de défendre les populations civiles, écrit l'agence Xinhua.
« Je tiens à dire que nous
travaillons avec nos partenaires internationaux et nous avons
neutralisé les forces aériennes de Kadhafi et nous avons
une large
coalition, formée même par la Ligue arabe »,
a-t-il dit.
« Pendant deux jours nous avons
arrêté les forces Kadhafi et nous continuons
d'évaluer la situation dans le pays, à mesure que le
Pentagone nous rapporte
l'évolution de ces opérations », a-t-il dit.
« Lorsqu'il ya une crise humanitaire, que le
dirigeant a perdu la confiance de son peuple et qu'il utilise des armes
contre eux, nous devons agir »,
a dit Obama et a ajouté que ce ne sont pas seulement les
États-Unis qui mènent des raids mais une coalition
internationale.
« Je suis fier du développement de
nos forces armées en Libye. Notre armée a beaucoup de
travail partout dans le monde et maintenant nous devons recevoir
de l'aide d'autres pays alors nous aurons donc une mission
internationale », a-t-il dit.
La coalition prend maintenant le contrôle de la
zone aérienne afin de soutenir la population civile, a-t-il
ajouté.
Le secrétaire américain à la
Défense Robert Gates a déclaré que
« les forces internationales ont essayé de minimiser
les pertes civiles en Libye » et
que « les combats militaires importants qui sont en cours
vont diminuer dans les prochains jours », disent les agences
de nouvelles.
« Je pense qu'à mesure que nous
réussissons à supprimer leurs défenses
aériennes, le niveau d'activité cinétique va
diminuer », a-t-il déclaré aux
journalistes voyageant avec lui à Moscou où il rencontre
son homologue Anatoli Serdioukov.
Le président russe Dmitri Medvedev a
exprimé ses préoccupations à Gates au sujet de
l'usage de la force « aveugle » par des
puissances étrangères
en Libye, rapportent les journaux.
Ils disent que lundi, Medvedev a paru faire des
reproches à Vladimir Poutine, le premier ministre du pays, pour
avoir comparé les appels de l'Ouest pour une action
contre la Libye à des croisades.
Poutine a dit aux travailleurs à une usine de
missiles que la résolution du Conseil de sécurité
autorisant l'usage de la force contre Kadhafi « ressemble
aux
appels médiévaux pour les croisades ». Peu de
temps après, Medvedev a déclaré que l'utilisation
de tels termes est inacceptable et peut susciter davantage de violence.
« Medvedev n'a pas mentionné le nom de Poutine mais
les commentaires équivalent à sa plus forte critique
publique jamais adressée à son mentor et soulevent des
préoccupations de discorde entre les deux dirigeants aà
la veille de l'élection présidentielle de
2012 », a dit Al Jazeera.
Mardi, Poutine a rejeté les allégations.
« Quant à l'accord ou au désaccord d'opinion
de la direction russe sur les événements ayant lieu en
Libye, dans notre
pays, le président russe dirige la politique
étrangère et il ne peut y avoir de
divergence » de vues, les agences de nouvelles citant les
paroles de Poutine lors d'une
visite à Ljubljana, capitale de la Slovénie.

Manifestations à l'échelle internationale
contre le bombardement de la Libye
Canada
Depuis qu'il est devenu évident que les
États-Unis et l'OTAN ont manoeuvré par les relations
internationales pour attaquer la Libye, les militants contre la guerre
au Canada tiennent des manifestations et autres activités pour
exprimer leur opposition à l'agression et au bombardement de la
Libye ainsi qu'aux tentatives de justification des crimes commis au nom
de l'humanitarisme.
À Vancouver, samedi le 19 mars, des
activistes du PCC(M-L) ont organisé une manifestation contre le
bombardement impérialiste
américain de la Libye. Les activités d'agitation ont
commencé à la Art Gallery, se sont poursuivies à
la Public Library, pour aboutir à l'intersection principale de
Granville
et Georgia, où se tenait le Festival celtique. En plus d'avoir
la bannière qui affichait « Pour un gouvernement
anti-guerre », les activistes ont distribué plus de
400 déclarations du Parti aux gens dans le centre-ville.
Malgré la pression énorme exercée par les
médias monopolisés et le gouvernement pour faire accepter
le plus récent
acte de gangstérisme international contre le droit des peuples
de décider de leur destin, de nombreuses personnes se sont
arrêtées pour engager la discussion et prendre la
déclaration.
Le jeudi 22 mars,
à 17 heures, plus de 60 personnes se sont
rassemblées
devant le consulat américain et ont tenu une action militante
contre le bombardements
impérialiste de la Libye et contre la résolution
1973 du Conseil de sécurité de l'ONU. Trois
bannières ont été hissées lors de cette
action conjointe pour dénoncer le
bombardement : Mobilization Against War and Occupation (MAWO), qui
a organisé l'action, le Parti communiste du Canada
(marxiste-léniniste), et le Parti communiste
du Chili (marxiste-léniniste). Plusieurs orateurs ont pris la
parole. Alison Bodine, une organisatrice de MAWO, a parlé des
crimes contre la Libye qui ont lieu à l'anniversaire
de l'invasion impérialiste américaine de l'Irak. Elle a
noté la ressemblance de la démagogie fasciste
utilisée par les impérialistes pour justifier leurs
crimes. Que ce soit pour
« détruire des armes de destruction de
masse », ou pour « sauver des
civils », le but est le même, s'emparer du pouvoir
politique et des ressources
de ces pays arabes, a-t-elle souligné. Charles Boylan du
PCC(M-L) a condamné tous les partis politiques au Parlement, qui
ont voté pour appuyer l'usage par le Canada
d'avions de combat pour appuyer un acte criminel contre la Libye, en
niant totalement le droit international. Il a aussi noté que
c'est le ministre libéral des Affaires étrangères
de l'époque, Lloyd Arworthy, qui a formulé la
thèse de la « responsabilité de
protéger » à l'époque des bombardements
contre la Yougoslavie, thèse qui est
maintenant utilisée pour justifier les bombardements contre la
Libye. Il a souligné que les sections avancées de la
classe ouvrière au Canada à travers le Canada
dénoncent
avec vigueur ces crimes de guerre et a lu la déclaration du
Parti marxiste-léniniste du Québec aux activistes. Aaron
Mercredi, un jeune électricien autochtone, a
dénoncé
les États-Unis et a souligné le besoin des travailleurs
de s'unir contre la guerre et l'occupation, quelqu'en soient les
prétextes. Finalement, Janine Solanki, une étudiante
activiste de MAWO, a parlé de l'irresponsabilité
criminelle du Conseil de sécurité, qui a donné le
feu vert à l'impérialisme américain et ses
alliés et rivaux impérialistes de
mener la guerre contre la Libye. Elle a dénoncé le
Conseil de sécurité, qu'elle a qualifié d'outil
pour la guerre et l'agression impérialistes.
Vancouver le 22 mars 2011
Les activistes, parmi lesquels on comptait plusieurs
jeunes travailleurs, ont scandé avec militantisme
« Mettez fin au bombardement de la Libye »,
« Impérialisme américain , bas les pattes de
la Libye », et plusieurs autres slogans pendant qu'ils
piquetaient en face du consulat américain. Une troisième
action
est prévue à 14 heures le samedi 26 mars,
à la Art Gallery.
Toutes les organisations anti-guerre sont
appelées à prendre une position tranchée contre
les bombardements, à se joindre aux actions publiques ou
à organiser les leurs,
de façon à élargir la résistance à
cette guerre injuste.
Caracas, Venezuela
«Obama, si tu a
reçu le prix Nobel de la paix, pourquoi fais-tu la
guerre?»
Londres, Angleterre
Bruxelles, Belgique; Naple, Italie

Patras, Canée et Athènes,
Grèce

Tokyo, Japon;
Manille, Philippines
 

Les intérêts étrangers dans la
guerre en Libye
- Entrevue avec le professeur Francis
Boyle -
Nous reproduisons ci-dessous une entrevue avec Francis
Boyle, professeur à l'université College d'Illinois
à la faculté de Droit et expert en droit humanitaire.
L'entrevue
a été réalisée par Gail Davidson de
l'organisation Avocats contre la guerre, et diffusée le
23 mars à l'émission Wake Up With Co-op !,
animée
par
Charles
Boylan à CFRO, 102.7 FM (servant les basses-terres
continentales de la Colombie-britannique).
Gail Davidson : Nous sommes
accompagnés ce matin par Francis Boyle de la faculté de
Droit de l'université College d'Illinois. Francis est un
invité fréquent à
notre émission. Il est un expert de renommée
internationale en droit humanitaire. Il a agi en faveur d'individus,
de pays et de groupes dans des causes légales ayant
créé
des précédents jurisprudentiels. [...]
Le 17 mars, le Conseil de sécurité de
l'ONU a adopté une résolution autorisant l'usage de la
force militaire sous prétexte de protéger la population
civile de la
Libye, de renforcer l'embargo sur les armes et de créer une zone
d'interdiction aérienne au-dessus de ce pays. Des troupes
étatsuniennes et britanniques, assistées de troupes
armées provenant de la France, du Canada, de la Belgique, de
l'Espagne, du Danemark, du Qatar et de l'Italie ont commencé
à bombarder la Libye au cours de la nuit de
samedi [le 19 mars]. Le premier ministre du Canada dit de cette
guerre qu'elle est une guerre contre la Libye. Il a aussi
affirmé que les attaques militaires visent à
imposer un changement de régime. Francis, est-ce qu'il s'agit
d'une intervention humanitaire pour protéger la Libye, ou est-ce
bel et bien une guerre ?
Francis Boyle: Il
ne
s'agit
pas du tout d'une intervention humanitaire. Si vous
décortiquez la résolution du Conseil de
sécurité élaborée par les
États-Unis, la Grande-Bretagne
et la France, vous constaterez qu'elle autorise clairement une guerre
totale menée par ces pays de l'OTAN [...] contre la Libye. En
somme, l'objectif est de voler le pétrole
de la Libye. La Libye possède d'énormes quantités
de pétrole et de gaz. Les États-Unis ont en effet
établi l'État de la Libye, sous les auspices des Nations
unies, au lendemain
de la Deuxième Guerre mondiale , et ils ont installé un
pantin du nom du roi Idris à la tête du pays, et les
États-Unis et les compagnies de pétrole
étasuniennes et britanniques
sont rentrées et ont dérobé ces ressources au
peuple libyen. En plus, les États-Unis ont établi la base
aérienne Wheelus en Libye, base qui a servi à
contrôler et à dominer
la Méditerranée du sud en entier. La révolution de
Kadhafi s'est enclenchée, elle s'est débarrassée
des compagnies de pétrole des États-Unis et du
Royaume-Uni, elle a fermé
la base de Wheelus et a commencé à distribuer, en grande
partie, les revenus provenant du pétrole et du gaz au peuple
libyen. Ce dernier avait le niveau de vie le plus élevé
en Afrique et un des plus élevé au Moyen-Orient. Je
dirais, selon l'expérience de mes trois voyages en ce pays, que
le niveau de vie y était comparable à celui que l'on
retrouve dans certaines îles au sud de la
Grèce, ou quelque chose de semblable.
Les États-Unis ont depuis ce temps nourri une
rancune envers Kadhafi et attendent depuis toujours que se
présente une occasion leur permettant de s'en
débarrasser, de
s'emparer à nouveau du pétrole et du gaz et de
réétablir une base militaire officielle en Libye,
laquelle base, une fois de plus, pourrait servir à
contrôler et à dominer la
ceinture de la Méditerranée du sud en entier, domination
que nous avons, en tant qu'Étasuniens, perdue. L'emprise des
États-Unis sur l'Égypte s'est écroulée.
Nous n'avons
jamais vraiment eu de base en cet endroit. La Tunisie s'est
effrondrée, etc. Donc, voilà ce qui se passe
réellement dans cette région. Si nous observons la
campagne de
bombardements intensifs, le mitraillage au sol et tout le reste qui a
eu lieu au cours de la fin de semaine, de toute évidence, tout
cela n'a rien à voir avec le fait d'aider le
peuple libyen. Nous savons aussi, sur la base de sources fiables
provenant de la Grande-Bretagne, qu'au tout début des
manifestations à Benghazi, les Britanniques ont fait
entrer des forces SAS. Elles y étaient, à mon avis, pour
fournir des armes et organiser une rébellion armée contre
le gouvernment de Kadhafi dans ces mêmes objectifs
stratégiques et économiques. Ainsi, en fin de compte,
nous verrons les États-Unis et l'OTAN faire subir à la
Libye vraisemblablement le même sort réservé
à l'Irak. En
passant, votre collègue, Michael Mandel, semble être
d'accord avec moi. Il a émis une déclaration. Il est
là, au Canada. Il travaille avec les Avocats contre la guerre.
C'est
du bon travail.
GD : Vous
vous attendez donc à une participation militaire en Libye [comme
celle vécue par l'Irak] ?
FB : La
différence étant que l'Irak,
pour sa part, avait une force militaire considérable capable de
résister aux États-Unis, à la Grande-Bretagne et
aux autres pays
membres de l'OTAN. La Libye n'a pas la même capacité
militaire et ne saura se défendre aussi bien. C'est ce que les
néoconservateurs appellent des fruits mûrs à
être cueillis.
Je crois qu'ils peuvent ni plus ni moins entrer au Libye et la
contrôler. Il est évident que l'énorme puissance de
feu dont nous sommes témoins et qui a été
planifié en trois
semaines est le résultat d'un plan de guerre qui a
été conçu par le Commandement unifié pour
l'Afrique des États-Unis, lequel commandement est maintenant
responsable
de cette opération. Ce commandement avait été
depuis longtemps préparé à la tâche. Je
spécule que l'ordre d'exécuter et de mettre en oeuvre ce
plan de guerre a été donné
dès les premiers signes de manifestations dans les rues de
Benghazi.
Combien de temps tout cela prendra-t-il, je ne peux
deviner. Encore là, il semblerait que les États-Unis
veulent alimenter une guerre civile en Libye, dans l'espoir et
dans le but de mettre un terme au régime de Kadhafi pour le
remplacer par quelque pantin. On pourra ensuite souhaiter la bienvenue
aux compagnies de pétrole étasuniennes
et britanniques pour qu'elles se remettent à piller les
ressources du peuple libyen. Est-ce que le plan se déroulera tel
que prévu ? Je ne peux l'affirmer. Combien de
temps les États-Unis resteront-ils ? Je ne peux le
prédire. Le seul antécédent qui pourrait nous
éclairer à ce sujet est le bombardement de la Serbie par
les États-Unis
et l'OTAN en 1999. Ce bombardement était lui aussi d'une
illégalité sans équivoque. Ce fut une campagne de
bombardement d'une durée de 78 jours. Ce qui diffère
de la Yougoslavie c'est que ses institutions militaires étaient
parmi les plus puissantes de l'Europe, lesquelles institutions avaient
été conçues pour combattre une invasion
de l'Union soviétique. La Libye n'a rien de tout ça.
Je crois qu'on s'attend à ce que la campagne de
bombardement des États-Unis, conjointement avec l'appui
militaire offert aux forces rebelles, réussiront à
renverser le
régime de Kadhafi. Mais, advenant qu'ils n'y réussissent
pas, je crois que les États-Unis, la Grande-Bretagne, et
peut-être la France et certains autres pays de l'OTAN, sont
prêts à faire intervenir des forces terrestres. Si on lit
la résolution du Conseil de sécurité, il s'agit
d'exclure nommément une « force d'occupation
militaire
étrangère » et cette formulation a
été soigneusement choisie afin d'ouvir la porte à
une force envahissante. Selon les lois de la guerre, une force
envahissante, une force
impliquée dans le combat, n'est pas une force d'occupation
militaire étrangère. Il est donc clair qu'ils ont
préparé le terrain légal pour une invasion de la
Libye, advenant
que la présente stratégie n'apporte pas les
résultats attendus. En effet, même le premier ministre
britannique, David Cameron, a fait des commentaires en ce sens,
à l'effet
que la résolution du Conseil de sécurité donnerait
le feu vert à la présence de troupes terrestres. Prenez
la lettre du président Obama au Congrès. Elle est
très intéressante.
Elle prétend qu'il n'y a aucune force armée des
États-Unis en Libye aujourd'hui. Par contre, Obama ne promet
rien pour ce qui est de l'avenir. Donc c'est clair pour moi
que si la stratégie actuelle de se débarrasser de Kadhafi
et de le remplacer par un pantin ne fonctionne pas, ils se
préparent à passer à la phase deux. Rappelez-vous,
pendant
le bombardement illégal de la Serbie par les États-Unis
et l'OTAN, toute la pression exercée sur Clinton pour qu'il
déploie des troupes terrestres pour envahir la Serbie lorsque
la campagne de bombardement à elle seule ne semblait pas donner
les résultats escomptés. Le général Wesley
Clark avait été démis de ses fonctions [en tant
que Commandant
suprême des forces alliées en Europe] parce qu'il avait
prôné [une invasion terrestre]. Si la stratégie
actuelle ne fonctionne pas pour faire tomber Kadhafi, je pense
qu'après
un certain temps, nous verrons le déploiement de forces
terrestres en provenance des États-Unis, du Royaume-Uni et
peut-être de la France, en Libye.
GD : La
formulation de la résolution n'impose aucune limite temporelle
pour ce qui est des troupes de combat terrestre, engagées dans
le combat, et de leur
présence en Libye. Je crois qu'il est important de rappeler
à nos auditeurs que les États-Unis avaient
déclaré que leur invasion de l'Irak, la guerre,
était terminée en mai 2003.
Depuis ce temps, ils sont une force d'occupation.
FB : Nous
devons comprendre qu'un grand nombre de ces gens entourant Obama sont
de soi-disant faucons néolibéraux qui ont
travaillé pour le président Clinton,
y incluant Mme Clinton elle-même, [l'ambassadrice Susan] Rice aux
Nations unies, et plusieurs autres d'entre eux. Ce sont les mêmes
qui ont été responsables de la campagne
de bombardement de la Serbie et aussi de l'invasion par les
États-Unis de l'Haïti en 1994. Dans ce dernier cas, sous le
président Clinton, approximativement de 24 à
25 000 troupes armées ont atterri en Haïti et pourtant
on prétendait que les États-Unis ne constituaient pas une
force d'occupation militaire étrangère. Il semble
évident
qu'en dépit des formulations, celles-ci seront oubliées
lorsque l'occasion se présentera.
[Pour ce qui s'agit des objections actuelles aux
attaques contre la Libye, objections émises par la Chine et la
Russie en tant que membres du Conseil de sécurité], ce ne
sont que des larmes de crocodile. La Chine et la Russie auraient pu
facilement imposer leur véto pour empêcher que cette
résolution ne soit adoptée, et aujourd'hui ils la
critiquent. Je pense qu'ils ont acquiescé pour les mêmes
raisons que Chamberlain et Deladier l'ont fait à Munich en 1938.
Pour ces derniers, il s'agissait d'inciter Hitler vers
l'est, vers la Tchéchoslovaquie, plutôt que vers l'ouest,
vers eux. Les Chinois et les Russes ont constaté que ce serait
soit l'Iran ou la Libye, alors ne serait-il pas
préférable
de voir Obama s'en prendre à la Libye plutôt qu'à
l'Iran, celui-ci étant aux frontières de la Russie sans
parler des intérêts stratégiques et
économiques majeurs que les Russes
et les Chinois entretiennent avec l'Iran. Ce ne sont que des larmes de
crocodile de la part des Russes et des Chinois. C'est la même
chose pour Zuma de l'Afrique du sud
qui a aussi voté en faveur de la résolution. On peut voir
jusqu'à quel point ce Zuma est une farce et une fraude. La pente
est abrupte, de Mandela à Mbeki [et Motlanthe],
et maintenant, Zuma. La Ligue arabe est aussi une farce et une fraude.
Traditionnellement, si les États-Unis ordonnent à la
Ligue arabe de sauter, leurs potentats et leurs
dictateurs demandent toujours « comment
haut ? » Prétendre qu'il existe un appui arabe
est une fraude. Les Arabes qui se trouvent dans la Ligue arabe
n'ont jamais représenté personne d'autre
qu'eux-mêmes, encore moins le peuple arabe.
GD : Même
à
ça,
Francis, il n'y a pas eu d'appui important à
la résolution, même à la lumière de ces
faits. Des 22 membres, 11 étaient présents
à
la réunion et seulement 9 ont voté en faveur de la
résolution.
FB : Vous
avez parfaitement raison. Ce soi-disant « appui
arabe » est des plus frauduleux. Le seul pays qu'ils peuvent
convaincre à contribuer à quoi
que ce soit est le Qatar. L'émir du Qatar, évidemment,
est le propriétaire d'Al Jazeera. Le Qatar est à toutes
fins pratiques sous occupation des États-Unis. Il y a au Qatar
une immense base aérienne étasunienne qui permet aux
États-Unis de contrôler et de dominer le Golfe persique en
entier. Des chasseurs à réaction étasuniens
décollent du
Qatar pour atterrir en Afghanistan. Dire qu'il y a un appui arabe pour
cela est ridicule. Ils tentent tout simplement de se donner un semblant
de crédibilité pour rehausser
leur image.
GD : Francis,
le
temps
est écoulé et pourtant, je voulais que nous
discutions de deux questions importantes , et peut-être
pourrons-nous le faire la semaine prochaine.
La première est d'examiner la résolution de Conseil de
sécurité de l'ONU afin de conclure si oui ou non cette
résolution est en elle-même une violation du droit
international
et si elle outrepasse le mandat juridictionnel du Conseil de
sécurité. La deuxième est d'avoir un brin de
discussion sur comment la communauté internationale peut
participer
aux futures délibérations du Conseil de
sécurité de l'ONU.
FB :
Laisse-moi prendre le temps de répondre à votre
première question. Cette résolution est sans conteste ultra
vires, elle outrepasse les pouvoirs
du Conseil de sécurité. Elle viole l'article 2,
paragraphe 3, qui stipule que les conflits internationaux doivent
être réglés de façon pacifique, et elle
viole le paragraphe
7 qui interdit à l'ONU de s'ingérer dans les
affaires internes d'un pays, à moins qu'il n'existe une menace
à la paix et à la sécurité internationales,
ce qui n'était, en
définitive, pas le cas pour la Libye. [...]

Bulletin du 28 mars 2011 • Retour à l'index • Écrivez
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