Le mouvement ouvrier s'oppose à l'abus de pouvoir
des monopoles et de leur gouvernement

Tembec poursuit ses attaques
contre les communautés d'Abitibi-Témiscamingue

Le 22 février dernier, le monopole forestier Tembec a annoncé la fermeture définitive de sa scierie de Taschereau en Abitibi-Témiscamingue. L'usine était fermée depuis octobre 2009. Taschereau est une petite municipalité d'environ 1000 personnes qui va être grandement affectée par la fermeture, comme le sont les nombreuses communautés forestières de la région qui ont aussi subi de telles fermetures. L'aggravation de la crise forestière en Abitibi-Témiscamingue, dont les fermetures sont le trait le plus aigu, démontre la nécessité de renouveler l'industrie afin qu'elle serve les travailleurs, leurs communautés et une économie prosociale souveraine. LML s'est entretenu récemment avec Carl Proulx, un représentant national du SCEP pour l'Abitibi-Témiscamingue au sujet des ramifications de cette fermeture.

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LML : La fermeture récente de la scierie de Taschereau arrive dans un contexte de fermetures qui ne s'arrêtent pas.

Carl Proulx : Avec la fermeture définitive de la scierie de Taschereau, ce sont 120 emplois qui disparaissent. Tembec opérait, il y a quelques années, deux scieries à La Sarre et il a fermé une d'entre elles en 2008, ce qui a causé encore une centaine de pertes d'emplois. La scierie de Tembec à la Sarre qui opère encore ouvre et ferme de façon périodique, selon les besoins de l'usine de papier de Témiscamingue. Tembec a une scierie à Senneterre, qui elle aussi ferme et rouvre périodiquement. Tembec a également une scierie à Béarn au Témiscamingue, qui elle a fermé et rouvert plus qu'à son tour. C'est ce qui est arrivé aux 4 scieries de Tembec dans la région et la dernière nouvelle c'est la fermeture celle-là définitive de la scierie de Taschereau.

LML : Pourquoi Tembec a-t-il mis 18 mois à annoncer la fermeture définitive de sa scierie de Taschereau ?

Carl Proulx : Nous, on le savait que ça s'en venait. Pendant ces 18 mois, Tembec a donné des primes de séparation aux gens qui voulaient quitter tout de suite. Il y a des travailleurs qui sont partis en pré-retraite. D'autres travailleurs ont attendu. Ils ont attendu pour d'abord épuiser leur assurance-emploi puis après cela aller chercher leur prime de séparation sinon ils sont pénalisés.

Je suis convaincu que Tembec a utilisé les 18 mois afin d'être certain de ne pas perdre son CAAF (Contrat d'approvisionnement et d'aménagement forestier) parce que le CAAF est rattaché aux usines. Cela leur a pris 18 mois pour négocier en secret avec le ministère pour transférer leur bois dans deux autres scieries de la région, celle de La Sarre qui est située à environ 50 km de Taschereau et celle de Béarn qui est dans le Témiscamingue à environ 120 km de là. Cela leur a pris du temps pour négocier cela parce que le bois va sortir de la région immédiate. On va prendre le bois de l'Abitibi-Ouest pour le transférer au Témiscamingue. Cela prend l'autorisation de la ministre. La loi dit qu'après six mois, si le bois alloué par le CAAF n'est pas coupé, la ministre peut le retirer au récipiendaire du CAAF. Tembec ne voulait pas que cela se produise et il a pris ce temps pour négocier avec le gouvernement. Cela a fait en sorte que nos travailleurs ont dû attendre 18 mois avant d'avoir la confirmation que l'usine est fermée définitivement. Tout se fait dans le dos des travailleurs et des communautés.

Les conséquences de la fermeture et de la façon dont elle a été faite sont multiples. Quand il y a fermeture définitive et licenciement massif, il y a des programmes gouvernementaux qui entrent en jeu pour les travailleurs, pour de la formation, le retour à l'école, certaines sommes d'argent qui permettent aux travailleurs de se recycler, trouver un nouvel emploi, partir à la retraite, etc. Nos travailleurs n'ont pas eu accès à ces programmes parce que l'annonce de la fermeture définitive a pris 18 mois à venir.

L'employeur ne s'est pas soucié que le travailleur soit lésé en plus de perdre son emploi. Ce sont 120 travailleurs à Taschereau qui ont perdu leur emploi définitivement. Il s'est soucié uniquement de sa propre poche.

LML : Que penses-tu de l'argument avancé par Tembec à l'effet que la fermeture est justifiée par un manque d'approvisionnement en bois pour ses scieries dans la région ?

CP : Ce n'est pas un argument valable. Comment peuvent-ils dire qu'ils n'ont pas d'approvisionnement en bois suffisant alors qu'ils ne le coupaient même pas. Leurs usines étaient fermées. Non seulement Taschereau, mais Senneterre et La Sarre ont été régulièrement fermées puis rouvertes.

En réalité, Tembec a des CAAF suffisants pour opérer ses scieries dans la région. C'est vrai que cela leur coûte plus cher pour aller chercher leur bois. Ils doivent maintenant aller le chercher plus au nord dans le secteur de Matagami. Mais maintenant, avec la fermeture de Taschereau, ils vont aller jusqu'à Matagami chercher leur bois et en envoyer une partie tout à fait au sud à leur scierie de Béarn. Cela va leur coûter encore plus cher. Alors où est la logique de cette décision ? Peut-être qu'ils pensent que c'est plus facile pour eux de s'en prendre à un petit village comme Taschereau qu'à La Sarre qui est une des villes les plus importantes de l'Abitibi. N'oublions pas non plus que Tembec a déjà fermé il y a quelques années une de ses deux scieries à La Sarre de façon définitive.

Cela va être très difficile pour la petite municipalité de Taschereau de combler le manque de taxes qui va être causé par la fermeture. Et il y a d'autres effets collatéraux. Les gens qui demeurent dans la municipalité vont voir l'évaluation de leurs maisons diminuer et leurs comptes de taxes augmenter. Ces gens-là ont investi de l'argent dans leur maison pour des rénovations, disons 30 000 $. Aujourd'hui, la valeur de la maison ne vaudra même pas l'argent qu'ils y ont investi. En plus de perdre leur emploi, ils voient leurs actifs baisser. Il y a des travailleurs qui se sont trouvés et vont se trouver de l'emploi ailleurs. Mais ils ne sont pas capables de vendre leur maison. Ils restent à Taschereau mais doivent voyager de plus longues distances pour aller travailler et doivent payer de fortes sommes en essence. Cette fermeture a des ramifications complexes qui n'ont pas fini de se manifester.

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Bulletin du 28 mars 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca