|
Au
parlement canadien
Honteux appui unanime de la Chambre à
l'intervention militaire du Canada en Libye
Lundi le 21 mars les partis politiques ont
donné un spectacle honteux à la Chambre des communes,
cherchant à se surpasser l'un l'autre dans leur zèle
à appuyer
l'intervention militaire contre la Libye pour ensuite voter à
l'unanimité en faveur d'une motion appuyant la Résolution
1973 du Conseil de sécurité de l'ONU sur la
Libye.
Les représentants des partis sont tous intervenus
sur la motion pour appuyer la participation du Canada à cette
intervention militaire qui a reçu le sceau de
légalité du Conseil
de sécurité bien qu'il s'agisse d'une violation de la
Charte de l'ONU.
La réponse en coeur en appui à la doctrine
de « la responsabilité de
protéger » a suscité cette observation d'un
chroniqueur du Globe and
Mail : « Pendant que les avions de combat du
Canada
entraient dans l'espace aérien de la Libye, tous les quatre
partis politiques à la Chambre ont mis de
côté leurs acrimonies pré-électoralistes
pendant quelques heures pour exprimer leur appui à la
participation du Canada à la mission pour refreiner l'homme fort
de la Libye
Moammar Kadhafi. »
Le système parlementaire s'enlise dans ses
contradictions quand les partis de l'Opposition, qui cherchent à
soulever l'indignation populaire contre les manquements des
conservateurs à leur devoir moral, parlent de
l'« obligation morale » d'envahir la Libye.

Débat sur la motion au parlement
Prenant la parole lors du débat exploratoire
à la Chambre des communes, le ministre de la Défense
Peter MacKay a admis que depuis quelque temps le Canada joue un
rôle d'agresseur :
« Il s'agit d'une opération
d'envergure, mais elle n'est pas sans précédent. Les
députés se souviennent sans doute que des pilotes de
CF-18 canadiens ont
participé à une opération similaire visant
à faire respecter la zone d'exclusion aérienne au-dessus
du Kosovo, en 1999. Dans le cadre de cette mission, en tant que membre
de l'opération Force alliée de l'OTAN, les
équipages canadiens ont fait 678 sorties et cumulé
plus de 2 600 heures de vol entre mars et juin 1999. À eux
seuls,
ils ont effectué 10 p. 100 des frappes aériennes contre
la République fédérale de Yougoslavie pendant
cette opération », a dit le ministre.
Il a ajouté : « On peut affirmer
sans crainte de se tromper que les Forces canadiennes se trouvent
maintenant dans une situation similaire, sauf que cette
fois, elles ont de l'expérience. D'ailleurs, leur
réputation n'est plus à faire en ce qui concerne les
opérations de ce type : il est su et connu qu'elles sont
extrêmement
qualifiées dans ce domaine. »
Le ministre MacKay ment carrément quand il
dit : « Le Canada n'est pas un pays qui recherche les
conflits armés. En fait, nous n'avons jamais envahi ni
attaqué une autre nation sous le coup de la colère ou
sans être d'abord provoqués. Les Canadiens n'aiment pas
que leurs fils et leurs filles soient exposés au danger.
Cependant, à l'instar de la communauté internationale, le
gouvernement ne peut pas demeurer les bras croisés sans rien
faire, surtout dans la situation actuelle. »
Il répète ensuite le refrain des
agresseurs qui prétendent que l'intervention est
justifiée parce qu'il faut arrêter « la
campagne brutale » de Kadhafi qui a contre
lui « la quasi-totalité des gouvernements de la
planète ».
« Même s'il a désormais contre
lui la quasi-totalité des gouvernements de la planète,
Kadhafi continue d'afficher sa volonté de poursuivre sa
répression brutale
de la rébellion, en accusant ses adversaires de traîtres
et en obligeant son armée à bombarder sans relâche
les centres qui abritent des civils », a-t-il dit.
Il a ensuite fait cette remarque pour s'assurer que les
militaires obtiennent l'équipement que leur demandent les
États-Unis et l'OTAN :
« Fort heureusement, le Canada est en mesure
de réagir. Nous avons la chance d'avoir une marine bien
équipée, qui peut rassembler les équipages
nécessaires,
comme le Charlottetown, et prendre la mer dans les
24 heures. Nous avons la chance d'avoir une armée de l'air
bien équipée aux BFC Bagotville, Trenton,
Cold Lake et ailleurs, à qui il suffit de quelques heures pour
déployer six avions chasseurs extrêmement
sophistiqués et tout le matériel nécessaire vers
un théâtre d'opérations
situé à près de 7 000 km de
distance. »
Il a ajouté : « Et nous avons
surtout la chance d'avoir des militaires dévoués et
professionnels, qui sont prêts à intervenir à tous
moments et qui sont une
source d'inspiration pour tous les Canadiens. Ces gens-là sont
souvent informés de leur déploiement quelques heures
à l'avance, et ça fait partie de leur culture et de leur
sens du devoir. »
Le ministre de la Défense ensuite dit vouloir un
« débat inclusif et informé » en
ajoutant : « Je tiens à remercier nos soldats et
à leur souhaiter
de revenir sains et saufs. Personne ne veut voir nos soldats
exposés à des dangers plus qu'il ne faut. Par
conséquent, tout au long de cette opération, nous ne
ménagerons
pas nos efforts pour les aider de notre mieux.
« Nous demandons à tous les partis
représentés à la Chambre d'appuyer les forces
canadiennes dans leur mission et de nous aider à prendre toutes
les mesures
nécessaires pour que cette crise puisse être
réglée rapidement. [...] »
Le critique libéral
en matière d'affaires étrangères Bob Rae
Au nom du Parti libéral, Bob Rae a fait de son
mieux pour établir la prétendue légalité de
l'agression.
Parlant de la « responsabilité de
protéger », le critique libéral en
matières d'affaires étrangères a pondu cette
perle : « Cette transformation du
droit international a été lente. Elle n'a pas
été sans problèmes et sans heurts, mais son
importance ne peut être sous-estimée. Le Conseil de
sécurité, en adoptant ces deux
résolutions, l'une demandant le gel des actifs de Kadhafi et de
sa famille en plus d'imposer diverses autres sanctions
économiques contre la Libye, et l'autre, c'est-à-dire
cet accord qui, selon moi, a surpris bien des gens compte tenu de la
composition actuelle du Conseil de sécurité, qui instaure
une zone d'exclusion aérienne, n'est imaginable
que si nous réalisons le point en question, sur lequel
j'insisterai encore une fois. Ce qui arrive à la population,
tant à l'intérieur des États que dans le monde
entier, est tout
aussi important, sinon plus, que ce qui arrive aux États et aux
gouvernements. »
Cela ne semble pas déranger les libéraux
de dire des bêtises comme « ce qui arrive à la
population est tout aussi important que ce qui arrive aux États
et aux
gouvernements ». La réalité est que les
gouvernements des États-Unis, du Canada et d'Europe sont tous
plongés dans une grave crise constitutionnelle et qu'ils
cherchent
à se donner une nouvelle raison d'État pour justifier
leur trahison de la Charte de l'ONU qui a été
rédigée spécifiquement pour empêcher des
agressions comme celle
commises par Hitler durant la Deuxième Guerre mondiale.
L'opposition à la version hitlérienne de
la « responsabilité de protéger »
est précisément ce qui a été
enchâssée dans la Charte de l'ONU lorsqu'elle proclame
que le droit des nations à l'autodétermination et
l'inviolabilité de la souveraineté sont un principe
suprême. C'est la version hitlérienne de la
« responsabilité de
protéger » qui a précipité la guerre.
En 1939, Hitler a envahi la Tchécoslovaquie et la Pologne sous
prétexte de « protéger » les
citoyens allemands dans
ces pays contre la « répression » des
gouvernements. C'est contre cette doctrine et pour protéger la
souveraineté des États-nations que l'ONU a
proclamé après
la guerre le principe de la non-ingérence.
Aujourd'hui les États agresseurs ont besoin d'une
nouvelle raison d'État pour justifier leur quête de
domination mondiale au nom d'idéaux supérieurs. Bob Rae
raconte
des bêtises quand il parle d'une opposition entre les populations
et États puisque les citoyens n'existent qu'en tant que membre
d'un État.
Bob Rae admet que les États cherchent maintenant
à se donner une nouvelle raison qui ne défend plus le
droit à la souveraineté. Le fait que tout cela est fait
sans
cérémonie, avec « les bottes sur le
terrain » à la Hitler, ne doit pas nous faire oublier
que les peuples du monde ont défait l'agresseur dans le
passé et qu'ils
le feront à nouveau.
Le critique libéral essaie de formuler sa
nouvelle raison d'État comme suit :
« La soi-disant convention de 1648, la
convention de Westphalie, qui stipule que la souveraineté prime
le reste, que les gouvernements nationaux sont l'objectif
ultime et que la raison d'État l'emporte sur toute autre
considération, n'est plus une loi adéquate, comme nous
avions l'habitude de le dire à la faculté de droit. Ce
n'est pas
ainsi que les choses fonctionnent vraiment. En réalité,
les gouvernements ont des responsabilités à
l'égard de leurs citoyens et les citoyens du monde ont un
certain niveau
de responsabilité les uns envers les autres pour faire face
à leurs difficultés respectives. »
« Il ne s'agit pas d'une notion
vague », déclare-t-il, sans doute parce qu'il est
conscient de l'absurdité de ses propos. « Il ne
s'agit pas d'une notion
sans principes, sans signification particulière. Je suis
très fier du fait que le chef libéral, le
député d'Etobicoke–Lakeshore, ait participé
à la discussion menée par l'ancien
ministre des Affaires extérieures de l'Australie, Gareth Evans,
qui a conseillé le gouvernement canadien puis l'ONU sur la
façon de commencer à instaurer de nouvelles règles
du jeu, de nouvelles procédures qui donneraient un vrai sens
à la notion de responsabilité de protéger.
« Il est important de souligner que la
responsabilité de protéger, une notion qui a fini par
être adoptée par l'Assemblée générale
en 2005 et, malgré une
intense controverse et de nombreux débats à l'effet
qu'elle ne survivrait pas très longtemps, par être
réaffirmée par l'Assemblée générale
en 2009, comprend en fait plusieurs
éléments distincts. Il s'agit tout d'abord d'une
responsabilité d'empêcher les crises et les
préjudices, de faire tout notre possible pour empêcher les
crises de se produire. C'est
également une responsabilité de réaction aux
crises lorsqu'elles se produisent et finalement une
responsabilité de reconstruction. »
Tout cela sent l'hypocrisie libérale/fasciste
parce qu'il y a plusieurs moyens pacifiques d'éviter les crises
et M. Rae n'en parle pas. Il dit :
« Premièrement,
cela veut dire que nous nous attendons à ce que les
gouvernements protègent leurs citoyens. » Est-ce cela
que les gouvernements du Bahreïn et du Yémen font
lorsqu'ils
ouvrent le feu sur leurs citoyens ? Est-ce cela qu'a fait le
gouvernement Harper lors des protestations du G20 à
Toronto ? Est-ce cela que fait le gouvernement
israélien lorsqu'il tue des Palestiniens et emprisonnent des
enfants ?
Le sophisme est un moyen détourner de prouver ce
qu'on s'était donné comme but de prouver au
départ. C'est contraire à la recherche de la
vérité dans les faits. Le
sophisme est un « argument, raisonnement faux malgré
une apparence de vérité » et « se
dit d'un raisonnement conforme aux règles de la logique mais
aboutissant à une conclusion manifestement fausse ».
C'est la description parfaite du discours du critique libéral.
« C'est le critère auquel le colonel
Kadhafi n'a pas satisfait. Non seulement il n'a pas
protégé ses citoyens, mais comme il est au pouvoir depuis
45 ans,
nous avons eu maintes fois l'occasion de voir ce dont il est
capable », dit Bob Rae.
Il semble oublier que les Canadiens ont eu pendant des
années l'occasion de voir ce dont il est capable, lui, et ce
n'est pas un joli tableau. Mais pour cacher son illusion
de grandeur il enchaîne tout de suite à propos de
« ce que nous savons » au sujet de Kadhafi.
« Nous avons pu voir le dommage et le tort
qu'il peut causer. Nous savons qu'il est l'un des instigateurs de
l'attentat de Lockerbie. Nous savons qu'il voulait doter
la Libye de l'arme nucléaire. Nous savons également qu'il
a plié sous certaines pressions exercées par la
communauté internationale et qu'il a parfois accepté de
changer
sa façon de faire. Il a apparemment abandonné ses
ambitions nucléaires, à la satisfaction de l'Agence
internationale de l'énergie atomique. Nous savons aussi
pertinemment
qu'il a pris certaines mesures concernant le financement direct
d'activités terroristes dans d'autres pays. »
Mais que savons-nous d'autres que vous oublier de dire,
M. Rae ? Quelles ententes les chefs d'État ont-ils conclues
pour que les monopoles comme SNC Lavalin
réalisent des millions de dollars de profit de leurs projets en
Libye ?
C'est là que Bob Rae trahit son passé
tsariste : sa vraie plainte concernant « le dictateur
Kadhafi » est qu'il a renversé la
monachie ! ! !
« Mais il faut dire que le colonel Kadhafi
est toujours un dictateur, c'est-à-dire qu'il n'a pas
été élu et qu'il a pris le pouvoir
illégalement en détruisant la monarchie
en Libye. Ça fait plus de 40 ans qu'il est au pouvoir avec
l'appui de l'armée libyenne et que, comme tout dictateur, il
fait son travail en opprimant la population, en tuant
ceux qui s'opposent à lui, en torturant ceux qui ont des points
de vue différents et en insistant sur tout le pouvoir qu'il veut
avoir pour lui et sa famille. C'est une façon
complètement corrompue de diriger un pays [...] »
Puis, prévoyant qu'on pourrait lui reprocher de
condamner certains dictateurs et d'en appuyer d'autres, il
ajoute : « [...] mais comme on dit, le monde n'est
pas parfait. Nous savons qu'il y a des dictateurs dans le monde qui ne
respectent pas leurs obligations morales, politiques et humanitaires.
C'est difficile à dire, mais il y
a des chefs d'État et des situations que nous n'aimons pas, que
nous voulons changer et que le monde a essayé de changer. C'est
le cas du colonel Kadhafi. »
Il tente ensuite de reprendre ses sens :
« À notre avis, la mission ne peut pas
s'éterniser. Elle doit être bien définie. Les
propos que le ministre a tenus
aujourd'hui sur le caractère ambigu de l'objectif global de la
mission m'ont légèrement troublé. Je peux dire au
gouvernement que nous appuierons la motion, ainsi que la
détermination. En fait, nous défendons depuis fort
longtemps la nécessité, pour le monde, d'avoir les moyens
de répondre à des situations comme celle à
laquelle nous faisons
face en Libye. »
Cela est suivi de l'argument de la carotte et du
bâton, utilisé par ceux qui, comme le critique
libéral, prennent des peuples du monde pour des ânes. En
fait, c'est un
argument qui en dit long sur le genre de diplomatie que
privilégie Bob Rae, la diplomatie raciste et chauvine de
superpuissance.
« À mon avis, aucun d'entre nous n'a
l'impression qu'il existe une solution militaire à ce conflit.
Il est évident qu'il faut déployer une force de frappe,
comme
c'est le cas à l'heure actuelle, afin de permettre aux forces de
la raison de s'exercer. Nous devons continuer à encourager les
négociations, les voies de communication
officieuses et l'engagement politique. »
« Nous invitons fortement le gouvernement
à accroître sa capacité et son engagement
diplomatique dans ses efforts visant à apporter la paix à
une région qui ne
l'a pas connue souvent. À vrai dire, la seule paix que celle-ci
a connue était fondée sur la répression. Nous
souhaiterions plutôt voir une paix fondée sur la justice
et la
démocratie. Voilà qui reste un enjeu majeur de la
politique étrangère. [...] »
Le critique du Bloc
québécois Jean Dorion
Le critique du Bloc québécois en
matière d'affaires étrangères n'a aucun scrupule
à trahir la position anti-guerre
des Québécois. Dans la mesure où le Conseil de
sécurité a approuvé l'agression, dit-il, il n'y a
rien à redire.
« Le Bloc québécois est
favorable à cette participation armée canadienne à
l'intervention multilatérale en Libye. Nous appuyons les
militaires qui sont appelés
à y participer. C'est une opération parfaitement
légitime puisqu'elle est faite dans un cadre multilatéral
et qu'elle vise à protéger les populations
civiles », Jean
Dorion.
Sans gêne et sans honte il ajoute :
« Si le Bloc québécois appuie l'intervention
militaire du Canada dans cette entreprise internationale en Libye, il
exige,
par ailleurs, une extrême prudence de la part du Canada. Cette
intervention ne doit pas être l'occasion de pertes humaines chez
les civils libyens. Ce serait là une grossière
violation de la résolution 1973 du Conseil de
sécurité, qui prévoyait justement que la
protection des civils devait être l'objet premier de
l'intervention
prévue. »
M. Dorion a une image tout en rose de la machine de
guerre des États-Unis, de la Grande-Bretagne, de la France et
d'autres. C'est du pain et des roses qui sortiraient
des canons de leurs bâtiments à propulsion
nucléaire, pour protéger les civils. Le critique du Bloc
et le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr
Moussa, semblent partager
la même volonté de dénégation quant aux
objectifs d'une zone d'interdiction de vol. Demandez aux familles des
centaines de milliers de civils irakiens tués par les
bombardements étrangers ce qu'ils en pensent avant de
prétendre parler au nom des
Québécois ! ! !
Comme les autres représentants de l'opposition,
il se fait un devoir de reprendre le vieux refrain à l'effet que
le parlement doit être consulté si la mission est
prolongée.
« Nous réitérons notre conviction que le
gouvernement fédéral doit consulter les parlementaires
pour tout déploiement de troupes à l'étranger.
Nous condamnons par
ailleurs l'usage immoral de la force par le régime Kadhafi
contre des citoyens innocents, et nous considérons que les abus
de pouvoir du président Kadhafi doivent cesser.
Un cessez-le-feu de la part du régime Kadhafi à
l'égard des civils doit avoir lieu immédiatement et
être respecté, ce qui n'a pas été le cas
quand on en a annoncé un de la
part de ce régime. »
Comment M. Dorion sait-il cela ? D'où
tient-il ses informations ?
« Nous avons appuyé les mesures prises
par le Canada pour mettre en oeuvre les deux résolutions du
Conseil de sécurité sur la Libye, poursuit-il, notamment
le
gel des avoirs. Par ailleurs, nous saluons la décision du
procureur de la Cour pénale internationale d'enquêter sur
des actions commises en Libye et qui s'apparentent à des
crimes contre l'humanité. »
Le critique du Bloc québécois semble si
préoccupé par les crimes contre l'humanité qu'on
se demande s'il a jamais songé à des poursuites contre
George W. Bush.
Évidemment que non !
« De plus, nous croyons que le Canada doit
poursuivre ses discussions avec le Conseil national de transition mis
sur pied par l'opposition en Libye. Nous exprimons
enfin notre compassion et notre solidarité à tous nos
citoyens et citoyennes d'origine libyenne qui vivent des heures
d'inquiétude compte tenu de la situation dans leur pays
d'origine. »
M. Dorion est sans doute aussi ignorant en
matière de Cour pénale internationale et de Conseil
national de transition qu'il l'est sur le reste, mais le plus
répréhensible
est sa prétention que les Québécois appuient les
actions immorales tout juste parce qu'elles ont l'aval du Conseil de
sécurité de l'ONU.
« Nous appuyons l'envoi d'avions
CF-18 en Libye parce que cette intervention se déroule en
conformité avec une valeur fondamentale pour les
Québécois,
c'est-à-dire que les interventions militaires doivent être
faites dans un cadre multilatéral, dit-il. Le Bloc
québécois considère que les interventions
militaires devraient être
entreprises avec l'aval de l'ONU, organisation justement chargée
de faire en sorte qu'on trouve d'autres solutions à la guerre.
Nous sommes contre toute action unilatérale,
c'est-à-dire décidée par un seul pays ou un petit
nombre de pays. »
Puis, pour justifier son appui à la
« responsabilité de protéger » M.
Dorion déclare : « Le Bloc est aussi contre la
notion de guerre préventive,
c'est-à-dire une guerre faite pour empêcher un autre pays
d'en déclencher une, à ce que l'on s'imagine du moins. En
l'absence de menace imminente et établie, bien sûr,
on ne peut pas déclencher une guerre contre un pays sur le
simple fait d'avoir des appréhensions à son
sujet. »
Ne nous demandez pas comment le Bloc peut appuyer
l'intervention dans une guerre civile dans un pays souverain mais pas
une guerre préventive, mais pour M. Dorion
c'est un principe directeur !
« L'opposition à toute action
unilatérale et l'opposition aux guerres préventives sont
deux principes qui orientent nos prises de position en cas de conflits
auxquels
le Canada est éventuellement appelé à
participer. »
« Le multilatéralisme, en toute
logique, est dans l'intérêt du Québec. Il est dans
l'intérêt de pays qui ne sont pas des superpuissances,
comme le Canada ou un
éventuel Québec souverain, qu'il y ait une organisation
multilatérale de gestion des conflits. [...] »
Le critique du NPD Paul
Dewar
Le NDP ne cède pas sa place pour ce qui est de
défendre une position hypocrite. Le critique du parti en
matière d'affaires
étrangères, Paul Dewar, a dit : « Je
tiens à souligner que les néo-démocrates
appuieront la résolution 1973 de l'ONU et que, de toute
évidence, le présent
débat porte sur le rôle que prendra le Canada dans le
cadre de celle-ci. »
« [...] Le 26 février, nous avons
accueilli favorablement les sanctions imposées au régime
Kadhafi, mais nous étions aussi très inquiets – et nous
le sommes
toujours – au sujet de l'inaction du gouvernement du Canada en
matière d'évacuation et d'aide humanitaire. À
l'époque, nous étions d'avis – et nous l'avons
déclaré
publiquement – que le Canada aurait dû non seulement militer
auprès de l'ONU en faveur d'une zone d'exclusion
aérienne, mais aussi aider les réfugiés aux
frontières
égyptienne et tunisienne. Nous croyions également qu'il
était nécessaire de renvoyer les cas de Kadhafi et des
dirigeants de son régime devant la Cour pénale
internationale
de La Haye, ce qui a été fait par l'entremise des Nations
Unies », a dit Paul Dewar.
« On a également signalé
à cette époque que l'ONU et la Ligue arabe
réclamaient un cessez-le-feu. Nous étions d'avis qu'il
était important d'en prendre bonne
note », ajoute-t-il. « Comme certains de mes
collègues l'ont mentionné, d'autres institutions se
prononçaient aussi sur la situation à cette
époque. Nous avons
entendu le point de vue de membres de l'Union africaine, et il est
important de le mentionner. Ils condamnaient la violence
utilisée par le colonel Kadhafi. Nous avons aussi
entendu le point de vue de l'Organisation de la Conférence
islamique et, comme on l'a déjà dit, de la Ligue
arabe. »
Maintenant que ces organisations condamnent l'agression,
que dira-t-il ?
Il demande ensuite non seulement
l'« engagement militaire » mais aussi
l'« appui humanitaire », ce qui est assez
étrange puisqu'ils insistent
tous pour dire que l'engagement militaire en Libye est à des
fins humanitaires.
« Au cours du débat sur cette motion,
nous devons nous rappeler qu'il ne s'agit pas simplement d'un
engagement militaire. Nous croyons qu'une aide humanitaire
doit aussi être apportée. Au moins un ministre a
déclaré que le gouvernement envisageait la
possibilité de fournir de l'aide humanitaire. Nous encourageons
le gouvernement
à prendre des mesures concrètes en ce sens et à
les faire connaître à la population canadienne et à
la communauté internationale. Nous disposons d'une
capacité de transport
sur place », dit Paul Dewar.
Puis il précise que par
« humanitaire » il entend l'« envoi de
médecins canadiens d'origine libyenne ».
« Nous croyons également qu'il est
possible de faire intervenir la diaspora ici même, au pays. Comme
on l'a déjà noté, des activités de
financement ont surtout
été organisées par des Canadiens d'origine
libyenne. Des médecins canadiens d'origine libyenne ont dit
souhaiter participer à une mission humanitaire. Nous pensons
qu'il
faut aider ces gens à s'engager. Ils ont offert leur aide, et
nous ne devrions pas laisser passer cette occasion. »
Parlant de la nécessité
d'« être clair quant aux objectifs de la
mission », il dit : « J'ai
déjà mentionné la nécessité
d'être clair quant à la nature
de l'engagement du Canada en application de la résolution
1973 des Nations Unies. Nous l'avons certes fait savoir au
gouvernement aujourd'hui. Je dirai publiquement,
pour que ce soit bien clair, que nous exigerons du gouvernement qu'il
rende des compte sur le respect des points suivants : la mission
n'a pas pour but de déployer
des troupes terrestres, mais d'aider à faire respecter la zone
d'exclusion aérienne, et le gouvernement ne doit pas envisager
le déploiement terrestre de troupes. Une disposition
porte sur les efforts humanitaires et de secours, ce qui a
été mentionné et qui va de soi, comme on peut le
comprendre.
« Tout le monde doit comprendre l'engagement
que suppose cette motion. Nous voulons que le gouvernement dise qu'il
s'engage à prendre part à tous les aspects
de la mise en oeuvre de la résolution de l'ONU, par exemple
instaurer un cessez-le-feu, trouver une solution politique qui
permettra de répondre aux aspirations légitimes
du peuple libyen et veiller à ce que les autorités
libyennes respectent leurs obligations en vertu du droit
international. »
Il ajoute : « Nous aimerions aussi que
la motion fasse état du rôle de l'ONU. La
résolution confie au Secrétaire général un
rôle de coordination, qui est très
important. La participation du Canada devrait toujours être
liée à cet aspect de la résolution ; au bout
du compte, c'est l'ONU qui assure la supervision et la
coordination, non d'autres organisations. » Le NPD fait
preuve de dénégation totale puisque c'est la France qui a
mené la charge, pas l'ONU ni Ban Ki-moon, qui
s'est contenté ici de crier « Au
secours ! » parce que Kadhafi serait en train de tuer
des milliers de ses concitoyens.
Selon Paul Dewar, « Il s'agit là de la
seule façon de maintenir la confiance à l'égard de
cette résolution de l'ONU, et cela signifie qu'il faut
collaborer avec l'ONU
et la Ligue des États arabes. »
Cela reviendrait à dire qu'il n'a aucune
confiance dans l'action militaire puisque l'appui de la Ligue arabe est
maintenant remis en question.
« Nous voulons également que la
mission soit supervisée par le Parlement, ce que le gouvernement
a accepté », ajoute-t-il. « Les
députés du NPD
veulent que cette supervision soit assurée par le Comité
des affaires étrangères et par le Comité de la
défense. Nous voulons que cette mission soit de courte
durée, quelques
mois tout au plus. S'il faut poursuivre la mission plus longtemps, le
gouvernement devra demander l'avis de la Chambre pour qu'il puisse y
avoir un débat et un vote sur
la question. »

Motion appuyant la Résolution 1973
du Conseil de sécurité de l'ONU sur la Libye
« Que, en signe de solidarité envers
les personnes en quête de liberté en Libye, la Chambre
accueille la résolution 1973 du Conseil de
sécurité des Nations
Unies ;
« que la Chambre déplore le recours soutenu
à la violence par le régime libyen à l'endroit du
peuple ;
« reconnaisse le besoin manifeste, le soutien
régional et le fondement légal bien clair de mesures
urgentes visant à protéger le peuple libyen ;
« en conséquence, le gouvernement devrait
se joindre à ses alliés, partenaires et les Nations Unies
pour promouvoir tous les aspects de la résolution 1973 du
Conseil
de sécurité des Nations Unies, qui prévoit
l'adoption des mesures nécessaires pour protéger les
civils et les régions habitées par des civils, sur
lesquels pèse la menace d'une
attaque en Libye, et pour faire respecter la zone d'exclusion
aérienne, incluant le recours aux Forces canadiennes ainsi
qu'aux ressources militaires conformément à la
résolution 1973 du Conseil de sécurité des
Nations Unies ;
« que la Chambre demande à ce que le
Comité permanent des affaires étrangères et du
développement international et le Comité permanent de la
défense nationale
demeurent saisis des activités menées par le Canada en
application de la résolution 1973 du Conseil de
sécurité des Nations Unies ;
« que si le gouvernement doit prolonger
l'intervention des Forces canadiennes au-delà de trois mois
à partir de l'adoption de la présente motion, il
s'adresse à la Chambre
dans les plus brefs délais pour obtenir son consentement ;
« que la Chambre offre son soutien inconditionnel
aux hommes et aux femmes des Forces canadiennes. »

Bulletin du 23 mars 2011 • Retour à l'index • Écrivez
à: redaction@cpcml.ca
|