Le Japon: le risque et le bon sens
- Éditorial de Radio Havane Cuba,
17 mars 2011-
Sans vouloir minimiser la gravité de la situation
dans la centrale
nucléaire de Fukushima, sérieusement endommagée
par le séisme et le
tsunami qui ont dévasté le nord-est du Japon la semaine
dernière, il
faut dire que plusieurs des grands médias occidentaux en
profitent pour
augmenter leurs ventes avec des gros titres plus sensationnalistes
qu'objectifs.
Des expressions comme « terreur
nucléaire », « Apocalypse » ou
« Cauchemar atomique » abondent dans les
reportages sur la situation
qui règne dans ce pays. L'achat massif de pastilles d'iode aux
États-Unis en résulte et cela bien que les experts aient
assuré qu'il
n'y a aucune possibilité que les radiations
arrivent jusque là.
Nous sommes tous d'accord sur le fait que la catastrophe
survenue
dans cette centrale nucléaire devrait conduire à un
débat sérieux,
profond et surtout serein, sur le modèle de développement
et de
consommation qui règne sur la planète et qui a
été imposé par le
système capitaliste et les nations industrialisées, ainsi
que sur la
nécessité d'aboutir
à une relation plus harmonieuse et équilibrée
entre notre espèce et la
nature.
Aucune personne au monde, même en disposant de la
technologie de
pointe la plus moderne et sophistiquée, n'aurait pu
prévoir le
tremblement de terre de vendredi, l'un des plus puissants de l'histoire
de l'humanité, qui a causé de graves dégâts
au pays qui est pourtant le
mieux préparé pour faire face à de tels
phénomènes.
Nous tous, nous avons été frappés
par les images dantesques de la
dévastation, qui en quelques minutes à peine, ont fait le
tour du monde.
Une fois ces premières impressions
passées, le devoir des médias
aurait dû être de donner des informations objectives sur le
déroulement
des événements, d'appeler à la solidarité
internationale pour commencer
le plus vite possible les travaux de reconstruction.
Les médias parlent à peine de la situation
dramatique des dizaines
de milliers de blessés et des sinistrés qui ont tout
perdu et pour
lesquels rien ne sera plus pareil. Les caméras, l'attention est
centrée
sur Fukushima où prétendument « un holocauste
atomique » met aux aguets
l'Humanité toute entière.
Le représentant de l'Organisation mondiale de la
santé (OMS) en
Chine, Michael O'Leary, a signalé qu'il n'y a aucun indice ou
preuve sur
le fait que les radiations émises par cette centrale puissent
avoir une
extension significative à niveau mondial.
Il a assuré dans un communiqué, qu'il y a
une invasion de textos sur
Internet et d'autres médias sur une menace de radiation qui
s'étend en
Asie et bien au-delà et il a demandé aux gouvernements et
aux citoyens
de mettre un frein à cette vague de rumeurs.
L'Humanité, il faut le dire, court un risque
constant, mais non pas
à cause de la situation dans la centrale de Fukushima, mais des
milliers
d'armes qui se trouvent dans des mains qui ont fait preuve tout au long
de l'histoire, d'une grande irresponsabilité. Rappelons que
c'est
justement le Japon qui a été la cible du seul
bombardement nucléaire
jusqu'à maintenant.
Sans doute il faut réfléchir à la
question : est-ce qu'il convient
ou non d'utiliser du matériel atomique pour produire de
l'énergie
électrique ? Mais à vrai dire ce serait illusoire et
irresponsable de
croire qu'il ne sera plus utilisé du jour au lendemain et
surtout de
s'y attendre.
Le changement vers une technologie plus sûre
prendrait des années et
des années et il faut dire que le premier pas dans cette
direction n'a
pas encore été fait.
Peut être que ce qui arrive à l'heure
actuelle, est une occasion propice pour le faire.
La peur, cependant, n'est pas le meilleur argument pour
contraindre
les gouvernements, les responsables à prendre des
décisions. Seul le
bon sens peut nous aider à séparer, dans toute
catastrophe, la part qui
revient à la nature et la part qui revient au modèle de
vie que nous
nous sommes donné. Seul le bons sens nous permettra d'avoir,
comme
le conseillait le philosophe médiéval Agustín de
Hipona, la sérénité
pour accepter ce que nous ne pouvons pas changer et le courage pour
changer ce que nous sommes en mesure de changer et surtout la sagesse
nécessaire pour comprendre la différence.