Le Japon: le risque et le bon sens

Sans vouloir minimiser la gravité de la situation dans la centrale nucléaire de Fukushima, sérieusement endommagée par le séisme et le tsunami qui ont dévasté le nord-est du Japon la semaine dernière, il faut dire que plusieurs des grands médias occidentaux en profitent pour augmenter leurs ventes avec des gros titres plus sensationnalistes qu'objectifs.

Des expressions comme « terreur nucléaire », « Apocalypse » ou « Cauchemar atomique » abondent dans les reportages sur la situation qui règne dans ce pays. L'achat massif de pastilles d'iode aux États-Unis en résulte et cela bien que les experts aient assuré qu'il n'y a aucune possibilité que les radiations arrivent jusque là.

Nous sommes tous d'accord sur le fait que la catastrophe survenue dans cette centrale nucléaire devrait conduire à un débat sérieux, profond et surtout serein, sur le modèle de développement et de consommation qui règne sur la planète et qui a été imposé par le système capitaliste et les nations industrialisées, ainsi que sur la nécessité d'aboutir à une relation plus harmonieuse et équilibrée entre notre espèce et la nature.

Aucune personne au monde, même en disposant de la technologie de pointe la plus moderne et sophistiquée, n'aurait pu prévoir le tremblement de terre de vendredi, l'un des plus puissants de l'histoire de l'humanité, qui a causé de graves dégâts au pays qui est pourtant le mieux préparé pour faire face à de tels phénomènes.

Nous tous, nous avons été frappés par les images dantesques de la dévastation, qui en quelques minutes à peine, ont fait le tour du monde.

Une fois ces premières impressions passées, le devoir des médias aurait dû être de donner des informations objectives sur le déroulement des événements, d'appeler à la solidarité internationale pour commencer le plus vite possible les travaux de reconstruction.

Les médias parlent à peine de la situation dramatique des dizaines de milliers de blessés et des sinistrés qui ont tout perdu et pour lesquels rien ne sera plus pareil. Les caméras, l'attention est centrée sur Fukushima où prétendument « un holocauste atomique » met aux aguets l'Humanité toute entière.

Le représentant de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) en Chine, Michael O'Leary, a signalé qu'il n'y a aucun indice ou preuve sur le fait que les radiations émises par cette centrale puissent avoir une extension significative à niveau mondial.

Il a assuré dans un communiqué, qu'il y a une invasion de textos sur Internet et d'autres médias sur une menace de radiation qui s'étend en Asie et bien au-delà et il a demandé aux gouvernements et aux citoyens de mettre un frein à cette vague de rumeurs.

L'Humanité, il faut le dire, court un risque constant, mais non pas à cause de la situation dans la centrale de Fukushima, mais des milliers d'armes qui se trouvent dans des mains qui ont fait preuve tout au long de l'histoire, d'une grande irresponsabilité. Rappelons que c'est justement le Japon qui a été la cible du seul bombardement nucléaire jusqu'à maintenant.

Sans doute il faut réfléchir à la question : est-ce qu'il convient ou non d'utiliser du matériel atomique pour produire de l'énergie électrique ? Mais à vrai dire ce serait illusoire et irresponsable de croire qu'il ne sera plus utilisé du jour au lendemain et surtout de s'y attendre.

Le changement vers une technologie plus sûre prendrait des années et des années et il faut dire que le premier pas dans cette direction n'a pas encore été fait.

Peut être que ce qui arrive à l'heure actuelle, est une occasion propice pour le faire.

La peur, cependant, n'est pas le meilleur argument pour contraindre les gouvernements, les responsables à prendre des décisions. Seul le bon sens peut nous aider à séparer, dans toute catastrophe, la part qui revient à la nature et la part qui revient au modèle de vie que nous nous sommes donné. Seul le bons sens nous permettra d'avoir, comme le conseillait le philosophe médiéval Agustín de Hipona, la sérénité pour accepter ce que nous ne pouvons pas changer et le courage pour changer ce que nous sommes en mesure de changer et surtout la sagesse nécessaire pour comprendre la différence.

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Bulletin du 21 mars 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca