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Mouvement
ouvrier
Les travailleurs des services publics
à Toronto
poursuivent leur lutte contre la privatisation
Au sujet du «monopole» des employés
municipaux syndiqués de Toronto
- David Greig -
Ceux qui appuient le plan
de l'administration Ford de privatiser une plus grande partie de la
collecte des déchets disent s'opposer
au statu quo et le statu quo selon eux c'est le soi-disant monopole
dont jouiraient les employés municipaux syndiqués au
détriment du
reste de la société. Voici comment le maire adjoint Doug
Holiday présente la chose :
« Dans le monde entier on s'est
débarrassé des monopoles. En général ils
coûtent plus cher et ils contrôlent les prix qu'ils
demandent, ce qui n'est pas toujours dans le meilleur
intérêt des consommateurs. Nous vivons ici même une
situation de monopole dans un
certain nombre de domaines et il est grand temps de faire les choses un
peu différemment. » John Mraz, un autre
idéologue
antisocial, utilise le mot « cartel » pour
caractériser les employés syndiqués de la ville.
Ces champions du néolibéralisme essaient
de se présenter comme des adversaires de la plaie de la
monopolisation. Ce sont pourtant
les filiales canadiennes de grands monopoles internationaux comme GDF
Suez, Republic Services Inc. et Waste Management Inc. qui vont
profiter des projets de privatisation du maire Ford. L'objet de
l'opposition du maire et de ses acolytes n'est certainement pas la
plaie pour l'humanité que représentent les monopoles, les
oligopoles et les cartels de l'ordre capitaliste actuel. En fait, c'est
la
course pour de nouvelles sources de profit, pour l'abaissement de la
rémunération des travailleurs et pour soutirer un plus
grand
tribut à la société sous l'impulsion de la crise
persistante qui est derrière l'assaut du maire Ford contre les
employés municipaux et
les programmes et services publics.
C'est l'expérience amère des travailleurs
aux XIXe et XXe siècles face à l'expansion des
entreprises privées et aux gouvernements de
tous niveaux qui sont tombés sous leur domination qui a
donné naissance au mouvement ouvrier basé sur
l'unité et la lutte. En tant
qu'individus isolés, les travailleurs étaient impuissants
devant le pouvoir immense de leurs employeurs. En s'unissant dans des
syndicats et en menant des combats courageux, ils se sont
constitués en un pouvoir capable de restreindre leurs
adversaires et de
gagner un peu de sécurité et de bien-être.
Après la Deuxième Guerre mondiale, dans le contexte de
l'expansion économique et de la
domination de la société par des intérêts
privés parvenus au stade de monopole et dans le contexte
également de le menace que
représentait pour ces monopoles la construction du socialisme,
un arrangement est survenu entre les travailleurs organisés et
ces
cercles dirigeants. Ceux-ci, de concert avec leur État, se sont
engagés à respecter le droit des travailleurs de
s'organiser en
syndicats (cela comprenait des exceptions) et le droit de
négocier collectivement leurs conditions de travail et d'aspirer
à un niveau
de vie et de sécurité plus élevé
grâce à des programmes comme l'Assurance-Emploi, le
Régime de pension du Canada et le régime de santé
public, tout cela en échange d'un engagement des travailleurs
à
maintenir la paix sociale.
La récurrence et l'approfondissement des crises
à la fin du siècle dernier, ajoutées à la
perception par les cercles dirigeants que
la menace des transformations socialistes a été
éliminée dans les années 1990, ont conduit
à la mise au rancart de cet arrangement.
Conséquemment, les travailleurs ont fait face à un assaut
renouvelé contre leur sécurité et leur
bien-être, aux menaces et à la
détérioration des programmes sociaux comme les pensions,
à la déindustrialisation et à l'élimination
des emplois qui assuraient un
certain niveau de sécurité et de bien-être,
à la croissance du travail temporaire, à temps partiel et
contractuel, à la réforme
régressive des lois du travail, etc. Tout cela s'accompagne d'un
assaut idéologique tapageur de la part des intérêts
monopolistes qui
dominent le pays. Cela comprend cette déclaration farfelue que
le problème aujourd'hui est que les travailleurs de la Ville de
Toronto
sont un « monopole ».
Cette accusation est présentée comme
quelque chose de caractéristique de la réalité
d'aujourd'hui, comme le prétend Holiday. Mais ce
n'est pas la réalité d'aujourd'hui, c'est une
régression, qui efface 140 ans de luttes de la classe
ouvrière. C'est en 1872 que le
droit britannique datant du XXVIIe siècle a été
invoqué pour la dernière fois. Vingt-quatre travailleurs
en grève à Toronto furent
condamnés pour conspiration criminelle dans le but de
restreindre le commerce, en d'autres mots d'avoir formé un
cartel ou un monopole.
George Brown, le père de la Confédération et du
libéralisme canadien, s'est senti si criminellement abusé
par ces imprimeurs à son
journal The Globe, qui revendiquaient collectivement la
limitation de leurs heures de travail à 9 heures par jour
et six
jours semaine, qu'il a utilisé son influence pour que ces
accusations soient portées.
Cela nous montre bien le statut social que les
travailleurs ont surmonté par leur lutte unie et
déterminée. La loi empêchait le
travailleur individuel et isolé de s'unir à d'autres pour
faire face au pouvoir des propriétaires du capital dans le but
de changer
leur situation, qui était souvent proche de la misère
totale. C'est à ce statut que des néolibéraux
comme Ford voudraient nous ramener,
un statut de personne sans défense face au pouvoir
économique et politique aujourd'hui beaucoup plus grand des
propriétaires du
capital, qui sont les véritables monopoles du monde actuel.

Dénonçons les attaques contre les
travailleurs
des transports en commun!
- Pierre Chénier -
Le projet de loi 150 du
gouvernement de l'Ontario, la Loi prévoyant le
règlement des conflits de travail à la Commission de
transport de Toronto (CTT), qui rend illégales les
grèves à la CTT, a maintenant passé l'étape
de la deuxième lecture. Lors du
débat, le gouvernement a essayé de justifier le projet de
loi en invoquant une « impasse » dans les
négociations. Le
gouvernement dit avoir rencontré les dirigeants de la CTT, de la
ville et des syndicats concernés et avoir conclu que les
négociations
entre les parties ne mènent nulle part. Selon lui, pour que les
négociations mènent « quelque
part », il faudrait que les
travailleurs du transport en commun acceptent d'être
privés à jamais de leur droit de faire la grève
comme moyen de faire pression sur
la CTT pour leurs revendications concernant leurs conditions de
travail. S'ils acceptent le diktat, alors cela signifie que les
négociations vont bon train et « mènent
quelque part ». S'ils le rejettent ou exigent que l'offre de
la CTT soit négociée,
alors on dit que les négociations sont dans une
« impasse » et cela devient un
« motif » pour nier aux travailleurs
le droit de faire la grève.
Voici un extrait d'un communiqué émis le
10 février par la section 113 du Syndicat uni du transport
qui représente la grande
majorité des travailleurs de la CTT au sujet de ces soi-disant
négociations :
« Ce matin, la section 113 du SUT a
présenté un projet d'entente de deux pages qui
élimine la possibilité d'une grève ou
d'un lockout dans les négociations qui s'amorcent. Selon cette
entente, proposée par le syndicat, toute question non
résolue à minuit
le 31 mars, soit le moment où la convention collective
actuelle se termine, sera référée à
l'arbitrage exécutoire en vertu de
l'article 40 de la Loi sur les relations de travail.
L'entente prévoit que l'arbitre rendra son jugement d'ici le
15 mai
2011. Plus de cinq heures plus tard, la CTT, représentée
par des responsables de la ville, a refusé de rencontrer le
syndicat et a
donné au médiateur provincial une lettre d'entente de
8 pages à être livrée au syndicat. Cette
entente prévoit que les trois
syndicats représentant les travailleurs de la CTT acceptent de
déclarer que tous leurs membres sont ‘essentiels' et cela tant
que la
CTT ne révoque pas la lettre d'entente.
« Ce que la Commission demande, c'est que les
syndicats signent une renonciation à la grève à
perpétuité... La CTT et la ville
ont présenté cette lettre d'entente
délibérément provocatrice nous demandant de
court-circuiter le processus législatif et de renoncer
volontairement et à jamais à notre droit de
négocier, sans que nous puissions faire des
représentations au gouvernement sur l'étendue
et les paramètres de quelque projet de loi sur les services
essentiels. On nous demande aussi de renoncer à notre droit
d'intenter un
recours légal si nous pensons qu'une telle loi viole,
aujourd'hui ou dans l'avenir, les droits de nos membres en vertu de la Charte
des
droits
et
libertés. »
Cette attaque contre les droits et la lutte des
travailleurs de la CTT est un abus de pouvoir flagrant. Les
travailleurs de la CTT
ont le droit, c'est une question de principe, à des conditions
de travail qui correspondent aux services qu'ils dispensent et ils ont
aussi le droit comme une question de principe de combattre pour ces
conditions. Ils sont conscients et fiers du haut niveau de services
qu'ils dispensent ainsi que de leur importance et il n'est pas possible
d'assurer que ces services soient dispensés si les travailleurs
renoncent à leur droit et à leur capacité de
demander des conditions de travail adéquates. Agir autrement ne
ferait que jouer le jeu du
maire Ford et son objectif avoué de privatiser la CTT. L'attaque
contre les travailleurs de la CTT par le biais de la loi 150 et des
médias vise à supprimer l'opposition à la
destruction et à la privatisation des services publics, surtout
celle des premiers visés,
ceux qui dispensent ces services, les connaissent bien et les
maintiennent en dépit de tous les obstacles.
Tout ceci démontre que s'il y a impasse, elle est
causée par l'abus de pouvoir des autorités municipales.
En étouffant les luttes
des travailleurs au nom de la défense de l'intérêt
public, la ville et le gouvernement provincial essaient de se donner
l'impunité,
alors qu'ils déclarent le transport public à Toronto un
service essentiel et privatisent le système. Cela ne doit pas
passer !

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