Mouvement ouvrier

Les travailleurs des services publics à Toronto
poursuivent leur lutte contre la privatisation

Au sujet du «monopole» des employés
municipaux syndiqués de Toronto

Ceux qui appuient le plan de l'administration Ford de privatiser une plus grande partie de la collecte des déchets disent s'opposer au statu quo et le statu quo selon eux c'est le soi-disant monopole dont jouiraient les employés municipaux syndiqués au détriment du reste de la société. Voici comment le maire adjoint Doug Holiday présente la chose :

« Dans le monde entier on s'est débarrassé des monopoles. En général ils coûtent plus cher et ils contrôlent les prix qu'ils demandent, ce qui n'est pas toujours dans le meilleur intérêt des consommateurs. Nous vivons ici même une situation de monopole dans un certain nombre de domaines et il est grand temps de faire les choses un peu différemment. » John Mraz, un autre idéologue antisocial, utilise le mot « cartel » pour caractériser les employés syndiqués de la ville.

Ces champions du néolibéralisme essaient de se présenter comme des adversaires de la plaie de la monopolisation. Ce sont pourtant les filiales canadiennes de grands monopoles internationaux comme GDF Suez, Republic Services Inc. et Waste Management Inc. qui vont profiter des projets de privatisation du maire Ford. L'objet de l'opposition du maire et de ses acolytes n'est certainement pas la plaie pour l'humanité que représentent les monopoles, les oligopoles et les cartels de l'ordre capitaliste actuel. En fait, c'est la course pour de nouvelles sources de profit, pour l'abaissement de la rémunération des travailleurs et pour soutirer un plus grand tribut à la société sous l'impulsion de la crise persistante qui est derrière l'assaut du maire Ford contre les employés municipaux et les programmes et services publics.

C'est l'expérience amère des travailleurs aux XIXe et XXe siècles face à l'expansion des entreprises privées et aux gouvernements de tous niveaux qui sont tombés sous leur domination qui a donné naissance au mouvement ouvrier basé sur l'unité et la lutte. En tant qu'individus isolés, les travailleurs étaient impuissants devant le pouvoir immense de leurs employeurs. En s'unissant dans des syndicats et en menant des combats courageux, ils se sont constitués en un pouvoir capable de restreindre leurs adversaires et de gagner un peu de sécurité et de bien-être. Après la Deuxième Guerre mondiale, dans le contexte de l'expansion économique et de la domination de la société par des intérêts privés parvenus au stade de monopole et dans le contexte également de le menace que représentait pour ces monopoles la construction du socialisme, un arrangement est survenu entre les travailleurs organisés et ces cercles dirigeants. Ceux-ci, de concert avec leur État, se sont engagés à respecter le droit des travailleurs de s'organiser en syndicats (cela comprenait des exceptions) et le droit de négocier collectivement leurs conditions de travail et d'aspirer à un niveau de vie et de sécurité plus élevé grâce à des programmes comme l'Assurance-Emploi, le Régime de pension du Canada et le régime de santé public, tout cela en échange d'un engagement des travailleurs à maintenir la paix sociale.

La récurrence et l'approfondissement des crises à la fin du siècle dernier, ajoutées à la perception par les cercles dirigeants que la menace des transformations socialistes a été éliminée dans les années 1990, ont conduit à la mise au rancart de cet arrangement. Conséquemment, les travailleurs ont fait face à un assaut renouvelé contre leur sécurité et leur bien-être, aux menaces et à la détérioration des programmes sociaux comme les pensions, à la déindustrialisation et à l'élimination des emplois qui assuraient un certain niveau de sécurité et de bien-être, à la croissance du travail temporaire, à temps partiel et contractuel, à la réforme régressive des lois du travail, etc. Tout cela s'accompagne d'un assaut idéologique tapageur de la part des intérêts monopolistes qui dominent le pays. Cela comprend cette déclaration farfelue que le problème aujourd'hui est que les travailleurs de la Ville de Toronto sont un « monopole ».

Cette accusation est présentée comme quelque chose de caractéristique de la réalité d'aujourd'hui, comme le prétend Holiday. Mais ce n'est pas la réalité d'aujourd'hui, c'est une régression, qui efface 140 ans de luttes de la classe ouvrière. C'est en 1872 que le droit britannique datant du XXVIIe siècle a été invoqué pour la dernière fois. Vingt-quatre travailleurs en grève à Toronto furent condamnés pour conspiration criminelle dans le but de restreindre le commerce, en d'autres mots d'avoir formé un cartel ou un monopole. George Brown, le père de la Confédération et du libéralisme canadien, s'est senti si criminellement abusé par ces imprimeurs à son journal The Globe, qui revendiquaient collectivement la limitation de leurs heures de travail à 9 heures par jour et six jours semaine, qu'il a utilisé son influence pour que ces accusations soient portées.

Cela nous montre bien le statut social que les travailleurs ont surmonté par leur lutte unie et déterminée. La loi empêchait le travailleur individuel et isolé de s'unir à d'autres pour faire face au pouvoir des propriétaires du capital dans le but de changer leur situation, qui était souvent proche de la misère totale. C'est à ce statut que des néolibéraux comme Ford voudraient nous ramener, un statut de personne sans défense face au pouvoir économique et politique aujourd'hui beaucoup plus grand des propriétaires du capital, qui sont les véritables monopoles du monde actuel.

(Traduction : LML)

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Dénonçons les attaques contre les travailleurs
des transports en commun!

Le projet de loi 150 du gouvernement de l'Ontario, la Loi prévoyant le règlement des conflits de travail à la Commission de transport de Toronto (CTT), qui rend illégales les grèves à la CTT, a maintenant passé l'étape de la deuxième lecture. Lors du débat, le gouvernement a essayé de justifier le projet de loi en invoquant une « impasse » dans les négociations. Le gouvernement dit avoir rencontré les dirigeants de la CTT, de la ville et des syndicats concernés et avoir conclu que les négociations entre les parties ne mènent nulle part. Selon lui, pour que les négociations mènent « quelque part », il faudrait que les travailleurs du transport en commun acceptent d'être privés à jamais de leur droit de faire la grève comme moyen de faire pression sur la CTT pour leurs revendications concernant leurs conditions de travail. S'ils acceptent le diktat, alors cela signifie que les négociations vont bon train et « mènent quelque part ». S'ils le rejettent ou exigent que l'offre de la CTT soit négociée, alors on dit que les négociations sont dans une « impasse » et cela devient un « motif » pour nier aux travailleurs le droit de faire la grève.

Voici un extrait d'un communiqué émis le 10 février par la section 113 du Syndicat uni du transport qui représente la grande majorité des travailleurs de la CTT au sujet de ces soi-disant négociations :

« Ce matin, la section 113 du SUT a présenté un projet d'entente de deux pages qui élimine la possibilité d'une grève ou d'un lockout dans les négociations qui s'amorcent. Selon cette entente, proposée par le syndicat, toute question non résolue à minuit le 31 mars, soit le moment où la convention collective actuelle se termine, sera référée à l'arbitrage exécutoire en vertu de l'article 40 de la Loi sur les relations de travail. L'entente prévoit que l'arbitre rendra son jugement d'ici le 15 mai 2011. Plus de cinq heures plus tard, la CTT, représentée par des responsables de la ville, a refusé de rencontrer le syndicat et a donné au médiateur provincial une lettre d'entente de 8 pages à être livrée au syndicat. Cette entente prévoit que les trois syndicats représentant les travailleurs de la CTT acceptent de déclarer que tous leurs membres sont ‘essentiels' et cela tant que la CTT ne révoque pas la lettre d'entente.

« Ce que la Commission demande, c'est que les syndicats signent une renonciation à la grève à perpétuité... La CTT et la ville ont présenté cette lettre d'entente délibérément provocatrice nous demandant de court-circuiter le processus législatif et de renoncer volontairement et à jamais à notre droit de négocier, sans que nous puissions faire des représentations au gouvernement sur l'étendue et les paramètres de quelque projet de loi sur les services essentiels. On nous demande aussi de renoncer à notre droit d'intenter un recours légal si nous pensons qu'une telle loi viole, aujourd'hui ou dans l'avenir, les droits de nos membres en vertu de la Charte des droits et libertés. »

Cette attaque contre les droits et la lutte des travailleurs de la CTT est un abus de pouvoir flagrant. Les travailleurs de la CTT ont le droit, c'est une question de principe, à des conditions de travail qui correspondent aux services qu'ils dispensent et ils ont aussi le droit comme une question de principe de combattre pour ces conditions. Ils sont conscients et fiers du haut niveau de services qu'ils dispensent ainsi que de leur importance et il n'est pas possible d'assurer que ces services soient dispensés si les travailleurs renoncent à leur droit et à leur capacité de demander des conditions de travail adéquates. Agir autrement ne ferait que jouer le jeu du maire Ford et son objectif avoué de privatiser la CTT. L'attaque contre les travailleurs de la CTT par le biais de la loi 150 et des médias vise à supprimer l'opposition à la destruction et à la privatisation des services publics, surtout celle des premiers visés, ceux qui dispensent ces services, les connaissent bien et les maintiennent en dépit de tous les obstacles.

Tout ceci démontre que s'il y a impasse, elle est causée par l'abus de pouvoir des autorités municipales. En étouffant les luttes des travailleurs au nom de la défense de l'intérêt public, la ville et le gouvernement provincial essaient de se donner l'impunité, alors qu'ils déclarent le transport public à Toronto un service essentiel et privatisent le système. Cela ne doit pas passer !

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Bulletin du 14 mars 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca