Mouvement ouvrier

Les travailleurs de l'industrie forestière se battent
pour leurs droits et pour les droits de tous

Les travailleurs du Québec s'opposent aux manigances du monopole échoué AbitibiBowater

Les éléments suivants montrent que de 2009 à 2010 le processus de faillite d'AbitibiBowater aux termes de la Loi sur les arrangements avec les créanciers de compagnies (LACC) a été une fraude. Cela n'a pas transformé le monopole échoué en une réussite et cela n'a rien fait pour résoudre les problèmes dans l'industrie forestière. AbitibiBowater continue d'attaquer les travailleurs actifs, les travailleurs retraités vivent encore dans la crainte pour leur avenir ; le monopole persiste dans la destruction de la production par des licenciements. Il menace de détruire encore plus d'usines avec sa vente de la production d'électricité en Ontario et la proposition de faire de même au Québec.

Le problème posé et à résoudre est comment les travailleurs et leurs alliés vont faire pour arrêter ce monopole échoué. Comment les travailleurs reprendront-ils possession de ces précieuses ressources forestières et établiront-ils l'économie forestière sur une base solide ? Comment cela peut-il être si difficile de faire vivre les gens et leurs communautés forestières avec une si merveilleuse ressource naturelle renouvelable que les forêts du Québec, du Canada et des États-Unis, surtout avec le niveau technique et scientifique atteint et les méthodes modernes de production et de distribution ?

Le monopole échoué AbitibiBowater est un désastre. Il doit être arrêté dans ses méthodes de démolition et de nouveaux arrangements doivent être mis en place pour la récolte, la fabrication et la distribution de produits forestiers contrôlés par les producteurs dans les communautés forestières. Ces ressources appartiennent au peuple, pas aux monopoles. Les travailleurs discutent de comment changer la situation ; il faut s'asseoir et proposer des actions avec analyse pour sauver leurs forêts, l'industrie, leurs collectivités et leurs moyens de subsistance. Ils doivent mettre un terme à cet échec et attaque constants contre leurs droits et avenir par les rapaces mondiaux comme AbitibiBowater. Il faut forcer les gouvernements à défendre le droit public, pas le droit de monopole. L'Opposition ouvrière doit forcer les gouvernements à rendre des comptes au peuple, pas aux riches et leurs monopoles mondiaux.

LML appelle les travailleurs à exprimer leur solidarité de classe envers les travailleurs forestiers d'AbitibiBowater au Québec, au Canada et en grève dans l'État du Washington en intensifiant leurs efforts pour organiser une puissante et efficace opposition ouvrière. Il faut arrêter Harper et exiger que les gouvernements défendent le droit public, PAS le droit de monopole !


Les travailleurs forestiers manifestent devant les bureaux d'AbitibiBowater à Montréal le 15 mai 2009 dans le cadre de la campagne nationale pour exiger que le gouvernement fédéral protège les emplois et les pensions dans l'industrie forestière. Sur les pancartes : « Les pensions avant les banques », « Protéger nos emplois, nos pensions et nos communautés », « Je suis un travailleur, pas un investisseur en capital de risque ».

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Les travailleurs forestiers de l'usine d'AbitibiBowater au Lac-Saint- Jean

Le 28 février, plus de 500 travailleurs forestiers à l'usine d'AbitibiBowater au Lac-Saint-Jean au Québec ont voté à 85 % pour le rejet de la plus récente demande de concessions du monopole. Ils ont dit qu'ils refusent de se plier aux diktats constants de ce monopole réputé pour ses demandes constantes de nouvelles concessions, qui comprennent, entre autres exigences, un gel des salaires de cinq ans et des réductions des avantages sociaux, qui représentent 8 % de leur réclamation sur la valeur qu'ils produisent.

La pression actuelle pour des concessions vient s'ajouter à la réduction de 17 % en salaires et avantages que les travailleurs du Québec et d'ailleurs ont déjà cédé en 2009-10, lorsque la compagnie s'est rangée sous la protection de la loi sur les faillites. Les demandes actuelles prouvent une fois de plus que les concessions ne sont pas des solutions aux problèmes économiques de l'économie capitaliste.

Le président d'AbitibiBowater, Richard Garneau, a rencontré le 4 mars les représentants syndicaux et leur a dit que les travailleurs doivent céder au diktat du monopole.

Le président du Syndicat canadien des communication, de l'énergie et du papier (SCEP) pour le secteur Mistassini, André Grimard, a exprimé sa déception face aux propos de Garneau : « Je m'attendais à mieux que cela, dit-il. Il n'y a pas de changements. Son approche est très peu différente. »

Le vice-président du SCEP au Québec, Renaud Gagné, n'a pas été surpris par la ligne dure de Garneau, alors que le monopole joue ses usines les unes contre les autres, montrant constamment ceux qui ont des rémunérations et avantages sociaux encore plus bas pour déclarer que ce sont les nouveaux points de référence que les autres doivent accepter.

Le comité de négociation du syndicat local se réunit pour discuter de la situation et dit qu'un vote de grève est possible.

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600 travailleurs retraités d'AbitibiBowater
expriment leur inquiétude face à l'avenir

Les travailleurs retraités se sont réunis à Saguenay, au Québec, pour s'informer de leurs pensions à prestations déterminées. Ils sont inquiets depuis que les représentants des propriétaires d'AbitibiBowater ont avoué leurs échecs et refus de continuer à contribuer des revenus suffisants au fonds de pension pour garantir sa solvabilité en cas de faillite. Après la réunion, le président de l'Association des retraités d'Abitibi-Consol (ARAC), Armand Gauthier, a déclaré : « Bien que cela a été une réunion très similaire à celle que nous avions convoquée le 7 décembre, nous avons constaté que la majorité des gens en étaient cette fois à une première présence. Ils ont donc pu être eux aussi informés sur ce qui se passait actuellement avec la compagnie, et aussi sur les avenues possibles quant à nos fonds de retraite. »

Le monopole a offert deux possibilités concernant le fonds de pension, aussi acceptable l'une que l'autre :

1) Laissez les fonds mis en place sous le contrôle d'AbitibiBowater avec tous les risques inhérents, tels qu'une autre faillite avant que le fonds de pension ne soit entièrement solvable. Cette option est également assombrie par le délai de 15 ans que le gouvernement a accordé à AbitibiBowater pour assurer la solvabilité de la caisse de retraite.

2) Le transfert du fonds à la Régie des rentes du Québec avec une perte de 25 % de sa valeur actuelle.

Parce que les représentants du gouvernement n'ont pas assisté à la réunion, la discussion sur l'option du transfert à la RRQ a été écourtée.

Les autres retraités d'AbitibiBowater des usines au sud du Lac-Saint-Jean, près du fleuve Saint-Laurent, à Clermont et Donnacona, ont également exprimé leur frustration avec le gouvernement sur son manque de soutien pour le droit public et de son à-plat-ventrisme face au droit de monopole ; ils ont exigé de rencontrer la ministre de l'Emploi et la Sécurité sociale, Julie Boulet.


Marche conter la fermeture de l'usine d'AbitibiBowater à Donnacona le 27 janvier 2008. Le 6 novembre 2008, 250 travailleurs de l'usine de Donnacona ont perdu leur moyen de subsistance après un an d'incertitude, de chantage et de tractations de coulisses entre la compagnie et le gouvernement Charest.

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D'autres mises à pied et arrêts de la production
des usines d'AbitibiBowater d'Alma au Québec
et de Fort Frances en Ontario

Un peu plus de deux mois après être sorti de la protection de faillite et le naufrage de plusieurs usines en Amérique du Nord, AbitibiBowater a annoncé des fermetures et des licenciements dans les usines à Alma, au Québec, et à Fort Frances, en Ontario.

Alma, Québec

Le président du Syndicat national des travailleurs et travailleuses des pâtes et papiers d'Alma, Daniel Paradis, a confirmé les nouvelles d'un arrêt lors d'une conférence de presse le 4 mars. La fermeture à Alma touche deux des trois machines et est prévue pour deux semaines, avec une possibilité de prolongement. La fermeture touche 200 des 465 travailleurs de l'usine.

Selon Daniel Paradis : « Cette décision reflète la nouvelle philosophie d'AbitibiBowater qui préfère cesser la production plutôt que d'accumuler des inventaires. Il ajoute en ce sens qu'un tel scénario faisait partie des principales craintes de l'organisation syndicale lorsque celle-ci a accepté le nouveau modèle d'affaires de la compagnie.

« Pour le moment, il n'est question que de deux semaines. Mais, précise-t-il, il n'est pas impossible que d'autres interruptions surviennent en cours d'année. »

Fort Frances, Ontario

Forest Talk rapporte que les travailleurs de l'usine d'AbitibiBowater, à Fort Frances, ont de plus en plus de périodes chômées. AbitibiBowater a annoncé qu'à partir du 28 mars elle va cesser la production à l'usine de pâtes et papiers pendant deux semaines. Plus de 500 employés seront touchés. La nouvelle arrive alors qu'environ 230 travailleurs sont déjà touchés par l'arrêt des machines à papier de l'usine. Cet arrêt est prévu se terminer le 7 mars. L'arrêt qui vient d'être annoncé permettra de réduire la production d'environ 8400 tonnes métriques de papier blanc. La production de pâtes et papier doit reprendre le 11 avril.

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Grève contre AbitibiBowater aux États-Unis

Le 1er mars, les travailleurs syndiqués à l'usine de Ponderay Newsprint ont cessé la production à l'usine près de Usk, dans l'État de Washington.

Greg Jones, représentant de l'Association of Western Pulp and Paper Workers, a déclaré que 92 membres de 422 locaux ont voté la grève lundi soir. La goutte d'eau qui a fait déborder le vase, dit-il, est une violation par la compagnie des termes d'un règlement temporaire négocié en novembre avec l'aide de la commission nationale des relations du travail. Sans parler des autres problèmes importants, l'entreprise refuse même de suivre la clause du règlement qui permet aux syndiqués de se désengager de comités bénévoles. L'entreprise a également modifié certaines pratiques en place avant le règlement, un changement au statu quo qui n'est pas autorisé, a déclaré Jones.


Piquetage devant l'usine de papier journal de Ponderay, dans l'État de Washington, le 1er mars 2011.

Les médias locaux à Spokane rapportent que les travailleurs à l'usine de Ponderay Newsprint sont mécontents de la façon dont ils ont été traités et ont commencé à faire du piquetage. En septembre 2009, les opérateurs et techniciens à l'emploi de Ponderay Newsprint ont formé un syndicat. Après un an de tentatives infructueuses de parvenir à un accord sur une convention collective, 90 travailleurs qui produisent le journal ont déclenché la grève en raison de ce qu'ils appellent un manque de respect.

« L'entreprise fait le choix de faire des compressions dans ses prestations et à réduire leurs 401 k (plan d'épargne des États-Unis), et les employés ont choisi de s'organiser », a dit Greg Jones.

Les négociations contractuelles entre le syndicat et l'usine de papier a commencé en janvier 2010, mais après plus d'un an, les travailleurs disent qu'ils n'ont pas été pris au sérieux. Ils veulent que leurs demandes soient prises en considération et ils sont fiers de leur communauté.

« J'ai été élevée ici, je voudrais rester ici », a dit Connie Norton.

Les travailleurs disent qu'ils vont rester en grève jusqu'à ce que l'entreprise commence à négocier de bonne foi, les respecte en tant que producteurs et prenne leur collectif au sérieux.

Les travailleurs de l'usine peuvent produire 250 000 tonnes de papier journal par année, fournissant de papier journal à plus de 100 journaux, y compris les publications de McClatchy Co. et Gannett Co. Inc, qui sont co-propriétaires.

AbitibiBowater s'est fait encore plus provocatrice, affirme son intention de redémarrer l'usine de papier journal en utilisant des briseurs de grève et des mercenaires. Immédiatement, elle a envoyé des lettres offrant aux syndiqués qui tiennent la ligne de piquetage devant l'usine « la possibilité de travailler s'ils le souhaitent ».

La lettre se lit comme suit : « Afin de maintenir notre base de clientèle et de satisfaire les commandes envers nos clients, nous faisons des plans pour relancer l'usine. Si vous souhaitez faire partie de l'horaire de travail, s'il vous plaît contacter le commandant des opérations. » Le monopole a également déclaré à la presse qu'il envisage de « faire venir des travailleurs de remplacement. Cela a toujours été une option. »

Le syndicat et ses membres ont juré qu'ils ne seront pas intimidés et continueront la grève jusqu'à ce que l'entreprise commence à négocier de bonne foi et parvienne à une convention collective acceptable sur toutes les questions. Ils maintiennent un piquet de grève jour et nuit aux portes de l'usine et on rapporte que les camionneurs syndiqués qui livrent les matériaux ont refusé de franchir le piquet de grève.

(Radio Canada, Le Quotidien, Miner Online, The Spokesman-Review, KXLY.com)

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À titre d'information

La loi sur les faillites est utilisée pour légaliser
le saccage de l'économie et les attaques contre
les travailleurs et la société

Aucun des problèmes fondamentaux des industries de l'acier et des forêts
n'a été résolu par la protection de la loi sur les faillites. Les attaques de US Steel
et d'AbitibiBowater contre les travailleurs, leurs communautés,
les installations de production et l'économie n'ont pas de cesse.

AbitibiBowater a annoncé le 9 décembre dernier qu'elle n'est plus désormais sous la protection sur la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies au Canada (LACC) et le Chapitre 11 aux États-Unis. La protection de faillite est une méthode pour tenter de se soustraire aux problèmes fondamentaux de l'économie capitaliste. Ces problèmes s'accumulent et deviennent destructeurs, ce qui mène à des crises économiques au sein de certains monopoles et à des crises générales, comme cela s'est produit en 2008.

La protection de faillite est une mesure parmi d'autres par laquelle on légalise la destruction de l'économie avec des mesures pour attaquer les droits des travailleurs, concentrer la richesse entre les mains d'un petit groupe et remettre une compagnie en position de prendre part à nouveau à la bataille de la concurrence, pour ensuite recréer les mêmes problèmes et attaquer de nouveau les travailleurs et le droit public.

Le ciel ne nous tombe pas sur la tête ;
il s'agit seulement d'un autre fiasco du capital monopolisé

La nature centrée sur le capital du processus de faillite a clairement été révélée dans le cas de l'aciérie Stelco de 2004 à 2006. Même avant que la compagnie ne se place sous la protection de la LACC en 2004, elle avait commencé une campagne pour dire que la résolution des problèmes de l'industrie de l'acier passait par l'acceptation par les métallos de concessions sur les salaires, les avantages sociaux et les pensions. Il fallait aussi que les gouvernements payent les monopoles pour faire des affaires en vue du profit privé, et qu'ils transfèrent leurs réclamations à titre d'impôts sur le revenu d'entreprise aux Canadiens individuellement. Le PDG de Stelco a commencé par prétendre que si les demandes du droit de monopole n'étaient pas satisfaites, Stelco serait condamné et la production d'acier au Canada ne survivrait pas. Cette propagande allait de pair avec la ligne générale de la mondialisation néolibérale, telle qu'exprimée et défendue par ses représentants flagorneurs au Parlement et à la législature de l'Ontario, et par les médias monopolisés.

La section locale 1005 du Syndicat des Métallos chez Stelco a qualifié la campagne du PDG de pitoyable tactique de peur pour répandre la panique et faire croire que le ciel nous tombait sur la tête. Le PDG espérait terroriser les métallos et leurs communautés et les obliger à penser que les concessions étaient une solution. La section locale 1005 a dit calmement que non, le ciel n'était pas en train de tomber, et qu'il était possible de comprendre les problèmes dans l'industrie de l'acier, qui n'avaient rien à voir avec les réclamations des travailleurs sur le plan des salaires, des avantages sociaux et des pensions. Par exemple, le bas prix de l'acier sur le marché constituait un problème immédiat qu'on pouvait régler avec un contrôle gouvernemental du marché du gros de l'acier et d'autres mesures pour déterminer les prix de production d'une nouvelle manière, d'une façon consciente, ce qui stabiliserait grandement l'industrie canadienne de l'acier.

La section locale 1005 a réfuté fermement les arguments néolibéraux et les tactiques de peur avec des arguments scientifiques solides. Elle a expliqué que les forces sociales qui contrôlent Stelco avaient des objectifs cachés, qu'elles cherchaient à faire un gros coup d'argent aux dépens des métallos, de la communauté, de l'économie et des détenteurs moins puissants des avoirs et de la dette de Stelco. Les forces sociales en contrôle n'avaient certainement pas l'intention de s'attaquer aux vrais problèmes de Stelco et de l'industrie de l'acier ; leurs misérables tactiques de peur le prouvaient. En opposition à ces manoeuvres, la section locale a inscrit sur sa bannière : « Les concessions ne sont pas une solution ! », « Unissons-nous à la défense des droits de tous ! », « Quelle économie ? Notre économie ! » et « Base manufacturière oui ! Destruction nationale non ! »

Les objectifs intéressés de ceux qui contrôlaient Stelco n'avaient rien à voir avec la résolution des problèmes du secteur de l'acier ou avec l'édification nationale. Les profits records alors qu'elle était sous la LACC, principalement grâce à l'augmentation substantielle des prix de l'acier de 2004 à 2008, et le grand coup assené subséquemment par les éléments privilégiés contrôlant le processus de faillite de la LACC, lorsqu'ils ont vendu Stelco à US Steel, prouvent que la section locale 1005 avait entièrement raison. Les forces sociales en contrôle de Stelco et maintenant de US Steel sont incapables de résoudre les problèmes de l'industrie de l'acier. C'est pourquoi une Opposition ouvrière résolue et unie est en train de se bâtir, avec son propre ordre du jour pour défendre les droits de tous, pour restreindre le droit de monopole et bâtir une économie qui suffit à ses besoins et qui est et diversifiée, avec une base manufacturière. Cette Opposition ouvrière peut ouvrir la voie au progrès et amener les Canadiens vers une alternative populaire.

Les contradictions entre la nature sociale de la production de masse moderne et la nature privée de son contrôle et de sa propriété

La protection sur la faillite essaie sert à esquiver ou encore à dissimuler un problème fondamental du système capitaliste, qui est l'expansion hypertrophiée de la propriété privée et de ses réclamations sur le revenu d'une entreprise. Les entreprises modernes ou les monopoles sont en essence de nature sociale et opèrent au sein d'une économie complètement socialisée. Chaque entreprise privée accumule graduellement une quantité disproportionnée de propriété d'avoirs et de dettes comparativement au revenu que l'entreprise est capable de générer. Cette propriété étendue en avoirs et en dette est contrôlée paradoxalement par un nombre moindre de propriétaires de capital monopolisé plus puissants. La manifestation physique de cette augmentation de la concentration du capital peut se voir dans n'importe quelle entreprise de production d'acier ou de papier, ou d'autres monopoles. La valeur des avoirs et de la dette recelée dans l'usine et la machinerie croît d'année en année comparée au nombre de travailleurs et le revenu total que ces travailleurs peuvent générer. Le produit social (l'acier, les billots de bois, le papier) croît en quantité et en qualité mais la valeur de celui-ci, telle que calculée par le temps de travail et le prix de vente, descend en comparaison de ce qu'il valait des années auparavant en termes réels et avec le montant de capital en avoirs et dette recelé dans les usines. Pourquoi ? Parce que la valeur est déterminée par la moyenne de temps de travail nécessaire pour produire une unité donnée de produit social, comme des rouleaux de papier ou d'acier. La productivité est l'ennemi de la valeur - un autre paradoxe du système capitaliste et qui montre sa nature transitoire, puisqu'il ne permet pas d'utiliser pleinement l'énorme produit social que la production industrielle de masse est capable de produire. L'économie socialisée a besoin de relations de production socialisées pour que ses composantes humaines et matérielles fonctionnent harmonieusement et bénéficient pleinement de sa capacité productive.

Combien de travailleurs dans les usines de papier ou d'acier aujourd'hui produisent la même quantité de produits qu'il y a vingt ans ? Quelle quantité de capital est rattachée aux usines et à la machinerie comparé à il y a vingt ans ? Le temps de travail par unité de production décline inexorablement avec l'application de la science et de la technologie. Donc, la valeur par unité de produit social baisse aussi mais la quantité de capital rattaché aux usines et à la machinerie continue de croître. Le taux de rendement sur le capital investi doit baisser. Le capital monopolisé veut continuer à extraire la même quantité de revenus d'une tonne d'acier et de papier qu'il y a vingt ans mais la loi de la valeur lui enlève cette possibilité. Tant et aussi longtemps que le contrôle privé des composantes en compétition de l'économie persiste, le taux de rendement sur le capital investi doit plonger pendant que la productivité augmente. Le capital monopolisé doit être forcé de regarder en face la réalité de son propre système désuet. Aussi longtemps que le contrôle et la propriété privés des composantes en concurrence de l'économie socialisée existent, la loi de la chute du taux de rendement sur le capital investi aura son effet. Les efforts du droit de monopole pour contourner cette loi (en manipulant les prix et en extorquant des revenus aux travailleurs et à la société) intensifient les crises économiques récurrentes, causent des souffrances parmi la population et détruisent l'économie et la société. Le capital monopolisé veut extirper une quantité de sang (de revenu) d'une tonne d'acier ou de papier qui n'est plus là. Au lieu de cela, le droit de monopole extirpe le sang des travailleurs et de la société. Nous devons arrêter cela ! Les propriétaires de l'avoir et de la dette en expansion rattachées aux usines et à la machinerie exigent leur livre de chair mais le revenu disponible ne peut pas satisfaire leurs attentes. Pour les propriétaires du capital, c'est une crise, et ils se mettent à clamer sur tous les toits que le ciel va s'effondrer à moins que le revenu soit extorqué de partout chez les travailleurs et dans la société. Ce n'est pas que les travailleurs dans leurs usines et leurs moulins ne peuvent pas produire, ils produisent magnifiquement. Le problème créé par la contradiction entre le caractère social de la production et le caractère privé du contrôle de la propriété est que l'augmentation du produit social est inutile à moins qu'il soit vendu et transformé en revenu. Mais plus il y a de travailleurs qui produisent avec moins de temps de travail, plus le revenu disponible s'amenuise comparé au montant de capital rattaché aux usines et aux machines. Quel dilemme ! De plus en plus de produit social avec de moins en moins de temps de travail, alors que les propriétaires du capital ne veulent pas plus de produit social, ils veulent l'argent des ventes, et il n'y a simplement pas assez de revenu pour satisfaire leurs attentes de rendement sur l'investissement.

La propriété privée a de plus en plus d'argent rattaché aux usines et à la machinerie, sous la forme d'avoirs et de dettes, et exige un rendement sur son investissement en rapport avec le montant investi. Mais l'accroissement des réclamations des propriétaires devient trop rapide pour le revenu disponible. Un énorme fossé se creuse entre les attentes des propriétaires du capital sur ce qu'ils ont investi dans une entreprise sous forme d'avoirs et de dette, et la capacité de l'entreprise à générer assez de revenus pour satisfaire leurs réclamations. Et ce n'est pas vrai que personne n'a besoin ou ne veut de l'accroissement du produit social. Si c'était le cas, pourquoi les médias seraient- ils saturés des demandes sans fin d'organismes de charité et d'histoire de gens appauvris ici au Canada, aux États-Unis et à travers le monde ? La vérité est que le système capitaliste n'est pas conçu pour combler les besoins du peuple en produit social. Si le produit social était vendu à sa vraie valeur, les capitalistes devraient accepter moins de revenus, un rendement moindre. Ils préféreraient ruiner nos usines d'acier et de papier et d'autres entreprises plutôt que de vendre le produit social à sa vraie valeur, et d'être forcés d'accepter un rendement inférieur. Les propriétaires du capital veulent restreindre la quantité de produit social disponible pour forcer la hausse des prix. C'est une façon par laquelle ils tentent de surmonter leur dilemme entre un rendement plus bas et les inévitables ralentissements du cycle des affaires. Dans des documents juridiques soumis par US Steel l'an dernier, la compagnie a admis avoir essayé de faire grimper les prix de l'acier en fermant deux usines de Stelco au Canada. AbitibiBowater a coupé la production de papier de 30 %, pas parce que la planète a besoin de moins de papier – imaginez seulement la demande de produits de papier renouvelables en Chine et en Inde, en pleine modernisation et en plein développement – mais parce que les propriétaires du capital monopolisé vont vendre le papier à des prix de monopole, de manière à faire des réclamations de super profits.

Restreindre le droit de monopole

Nous pouvons commencer à résoudre les problèmes dans l'économie en restreignant les réclamations des propriétaires du capital et en orientant l'économie dans le sens de l'objectif général de servir les besoins de la population et d'édifier la nation, en mettant plus dans l'économie (travailleurs, moyens de production, infrastructures, services publics, programmes sociaux) qu'il en est retiré. Cela veut dire défendre le droit public en opposition au droit de monopole. Cela veut dire surmonter le blocage du progrès imposé par les propriétaires du capital. Cela veut dire par exemple élaborer dans la pratique une formule moderne pour déterminer des prix de production qui tiennent compte de la loi de la valeur et la tendance du taux de profit à baisser – une formule qui restreint l'anarchie destructrice des prix lorsqu'ils sont sous le contrôle des monopoles, comme nous en sommes témoins aujourd'hui avec les prix de l'essence et d'autres produits du pétrole. Cela veut dire réfléchir à la manière de résoudre la contradiction entre la production et la distribution, de façon à ce que tous les avantages de la production industrielle de masse puissent être utilisés pour garantir le bien-être du peuple et les intérêts généraux de la société, et ne pas se retrouver paralysés par ce que le produit social se heurte à un mur, comme de ne pas trouver acheteur ou ne pas générer assez de revenu.

Le droit de monopole fait tout en son pouvoir pour bloquer l'émergence d'un plan de résolution des problèmes économiques parmi les travailleurs. Le blocage se fait notamment en écartant les travailleurs du pouvoir politique. Grâce à sa domination de l'économie et des affaires politiques, le droit de monopole passe par dessus les problèmes inhérents à l'économie et les présente sous un angle intéressé, comme avec cette manie de toujours tout réduire à une affaire d'argent du trésor public pour payer les riches ; comme l'hystérie à propos des déficits et de la dette qui mène à des appels à couper dans les dépenses pour les services publics et les programmes sociaux ; comme les appels absurdes à réduire les impôts des entreprises et à privatiser tous les aspects de la vie moderne pour que les riches sucent le sang de chaque cellule vivante de l'économie et laisser le peuple et la société avec à peine les moyens de respirer. Les objectifs des riches et de leurs monopoles n'ont rien à voir avec la résolution des problèmes de l'économie et tout à faire avec retirer des valeurs de l'économie pour servir leurs intérêts étroits. Le fait que cela mène à d'autres crises et à d'autres guerres est sans conséquence pour eux. Cette conception centrée sur le capital n'a rien à voir avec la résolution de la contradiction entre les réclamations étroites des propriétaires privés du capital et les lois fondamentales de l'économie socialisée et les besoins et droits du peuple et de la société. Si cette contradiction entre le privé et le social n'est pas au centre de chaque programme et de chaque politique, les mesures proposées ne peuvent être autre chose qu'une façade pour payer les riches et protéger leurs empires monopolistes d'une façon ou d'une autre.

La protection de faillite aux termes de la LACC
et le Chapitre 11 est une façade pour payer les riches

La protection de faillite vise à secourir les propriétaires du capital de l'échec de leur système dépassé de deux manières. Premièrement, on attaque les droits des travailleurs et leurs réclamations à la richesse qu'ils produisent, surtout au niveau des pensions et des avantages sociaux. Or, l'offensive contre les pensions, les avantages sociaux et les salaires ne résout pas le problème fondamental du manque de revenus pour répondre aux réclamations accrues des propriétaires du capital. Les travailleurs pourraient même n'avoir aucun salaire et cela ne réglerait pas le problème des propriétaires du capital.

Deuxièmement, continuer de sauver le système ou l'entreprise par la protection de faillite sans régler les problèmes signifie que certains parmi les propriétaires du capital doivent assumer des pertes. Mais comme toute chose sous le capitalisme, lorsque les capitalistes subissent des pertes cela se traduit par des pertes pour les travailleurs et leurs communautés par les fermetures d'usines et les mises à pied. Stelco et AbitibiBowater ont tous deux fermé des usines et vendu des installations à la pièce. Cela entraîne des mises à pied et des pertes pour les communautés touchées, qui ont besoin de ces usines pour assurer la viabilité économique et sociale de leur région. Cela veut dire également que certains propriétaires du capital (ceux qui n'ont pas directement de contrôle sur le processus) doivent accepter une réduction du pourcentage de leur propriété ou une nouvelle forme de propriété, par exemple de la propriété de dettes à la propriété d'avoirs. C'est ce qui s'est produit avec AibitibiBowater : environ 6 milliards $ en propriété de dette ont été convertis en propriété d'actions. Dans le cas de Stelco, ce sont les actions ordinaires qui ont été éliminées. Dans le monde d'aujourd'hui, ce sont les fonds de pension et les fonds mutuels qui encaissent la baisse du prix ou l'élimination des actions et au bout du compte ce sont les travailleurs qui y perdent leurs épargnes. Dans la crise du secteur immobiliser aux États-Unis, les pertes ont été encourues principalement par les propriétaires individuels, qui ont vu leur propriété saisie, tandis que les grandes entreprises financières privées qui ont provoqué la hausse des prix à des niveaux absurdes ont été pour la plupart secourues par Bush et Obama sous prétexte qu'elles étaient « trop grandes pour qu'on les laisse tomber ». Les propriétaires individuels sont trop petits pour être sauvés tandis que les monopoles sont « trop grands pour qu'on les laisse tomber ». Chez Stelco, les propriétaires des actions ordinaires (beaucoup de personnes avaient acheté des actions durant les années 1990, incitées par une campagne de publicité de la compagnie qui demandait à tout le monde de faire sa part pour « sauver l'entreprise ») ont perdu la somme totale de leurs actions et certains propriétaires de la dette ont également subi des pertes importantes, tandis qu'un nouveau groupe de propriétaires s'est emparé du contrôle du processus de faillite et s'est arrangé pour faire des milliards de dollars de profits directement par l'élimination des réclamations des actionnaires précédents et l'infusion d'argents publics.

Sortir des sentiers battus, l'esprit de 46

La section locale 1005 du Syndicat des Métallos de Stelco a riposté d'une façon consciente et organisée pour défendre les droits de tous face à la campagne antiouvrière et antisociale menée sous couvert de fraude de faillite. Les métallos se sont défendus et ont défendu leurs droits et ceux de la communauté et l'économie. Ce faisant, ils sont sortis des sentiers battus dans la lutte syndicale, tout comme leurs parents et grands-parents l'avaient fait durant les grèves de 1946 dans les industries de l'acier et de l'automobile. La section locale 1005 a su, dans les conditions de la mondialisation néolibérale, trouver les moyens de mettre à profit la force du nombre, de la conscience sociale moderne, de l'unité, de la détermination et de la justesse de sa cause. Elle a adopté comme mots d'ordre : « Les concessions ne sont pas des solutions ! », « Unis à la défense des droits de tous ! », « Quelle économie ? Notre économie ! », « Base manufacturière oui, destruction nationale non ! » et « Oui au droit public, non au droit de monopole ! ». C'est avec ces mots d'ordre qu'elle a mobilisé les métallos actifs et à la retraite et l'ensemble de la communauté.

Une fois sortis de la fraude de faillite, les propriétaires du « nouveau » capital de Stelco ont poursuivi leur offensive contre les métallos et l'économie en vendant l'aciérie à US Steel. Ils ont par là réalisé un énorme coup d'argent. US Steel s'est ensuite servi de son contrôle pour poursuivre la destruction des aciéries canadiennes pour satisfaire ses intérêts étroits en concentrant la production aux États-Unis, en fermant les aciéries (concurrentes) au Canada et en privant les travailleurs de leurs droits par les mises à pied, les fermetures et les ultimatums « concessions ou mises à pied » plutôt que de négocier de bonne foi. US Steel a renié des ententes conclues avec le Canada et l'Ontario sur le maintien de certains niveaux d'emploi et de production et les obligations envers le régime de retraite, bafouant l'intégrité du Canada et son droit souverain de contrôler son économie et ses affaires politiques.

Le droit de monopole de US Steel se heurte à une vaste mobilisation pour le droit public, qui grandit et qui se dirige vers un Rassemblement du Premier Mai et une manifestation sur la colline parlementaire pour arrêter Harper et exiger que les gouvernements défendent le droit public, pas le droit de monopole !

AbitibiBowater


Avec AbitibiBowater, la destruction de la propriété sous la protection de la loi sur les faillites s'est faite principalement par le transfert d'environ 6 millions $ de propriété de la dette en actions. Cela a fait baisser considérablement les réclamations en intérêts des propriétaires de la dette. Au terme du droit commercial en vigueur, la propriété de la dette comporte un droit légal d'intérêts et de frais tandis que la propriété d'action comporte une réclamation ajustable pour les dividendes et une possibilité d'augmentation des actions à la bourse. Le transfert de la propriété de la dette d'AbitibiBowater s'est fait parallèlement à la destruction des usines et de la capacité productive. Cela s'est traduit par des fermetures, des mises à pied et des demandes de concessions sur les pensions, notamment l'élimination de l'indexation des pensions au coût de la vie. Nous reviendrons dans d'autres articles sur la destruction causée par ceux qui contrôlent AbitibiBowater grâce à la loi sur les faillites et sur les attaques contre les travailleurs et leurs communautés et la résistance grandissante au droit de monopole.

Aucun problème fondamental des industries de l'acier et des forêts n'a été résolu par la protection de faillite. Les attaques de US Steel et d'AbitibiBowater contre les travailleurs, leurs communautés, les usines et l'économie n'ont pas de cesse. Les propriétaires du capital sont enfermés dans leur système dépassé et démodé et aveuglés par l'avidité et l'intérêt étroit. Ils sont un obstacle à la résolution des problèmes. Il devient clair pour de plus en plus de travailleurs au Canada que seule une Opposition ouvrière peut mener le pays vers une résolution des problèmes de l'économie et des affaires politiques à l'avantage du peuple et ouvrir la voie au progrès de la société.

(Traduction: LML)

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Bulletin du 14 mars 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca