Discussion sur les pensions

 

La lutte pour la sécurité de tous les retraités

Oui aux pensions publiques,
non au fonds d'épargne privatisé de Flaherty

Le 3 mars, le Congrès du travail du Canada et les Conseils du travail de Toronto-York et de Kitchener-Waterloo ont tenu des réunions pour discuter dees pensions et se mobiliser pour obtenir l'expansion du Régime de pension du Canada – des pensions publiques – afin de garantir une retraite en sécurité et avec dignité pour tous.

Réunion de Toronto

Plus de 250 travailleurs de tous les secteurs de l'économie de Toronto ont participé à une réunion spéciale du Conseil du travail de la région de Toronto et de York. Parmi les participants, on comptait une large délégation des travailleurs de la Commission de transport de Toronto (TTC) membres de la section 113 du Syndicat uni du transport (SUT) qui combattent les attaques de la Ville de Toronto et du gouvernement provincial pour leur nier leur droit de revendiquer des conditions de travail adéquates et pour ultimement privatiser le service. Une délégation de la section 1005 des Métallos de Hamilton présentement en lockout pour son refus de concessions sur les pensions des retraités et des futurs engagés était aussi présente. La réunion a reçu un invité spécial de Wisconsin, Mike Pyne, du district 2 du Syndicat des Métallos. Il a parlé de la lutte des travailleurs et de l'ensemble de la population de l'État du Wisconsin contre le soi-disant projet de loi le Budget Repair Bill du gouverneur républicain Scott Walker.

Le but de la réunion était d'intensifier la lutte pour l'expansion du régime public de pensions qu'est le Régime de pension du Canada (RPC) et pour faire échec au plan du gouvernement Harper d'imposer un fonds d'épargne privé déguisé en fonds de pensions. Le président du Conseil du travail John Cartwright, l'économiste en chef du CTC Andrew Jackson, le président de la Fédération des travailleurs de l'Ontario (FTO) Sid Ryan ainsi que Susan Eng, vice-présidente de l'Association canadienne des retraités (CARP), ont discuté de la nécessité d'élargir le RPC. Ils ont tous dénoncé le gouvernement Harper pour avoir renié son engagement d'élargir le RPC et ils ont rejeté son programme de Régimes de pension agréés collectifs (RPAC).


Toronto le 3 mars 2011.

Le président de la FTO Sid Ryan s'est engagé à mettre le plein poids de la fédération en appui à la lutte contre les efforts des entreprises privées pour éliminer les fonds de pension à prestations déterminées et les remplacer par des fonds de pension à contributions déterminées, qu'il a qualifiés de REER magnifiés. Il a dit que le plan du gouvernement Harper de renier ses responsabilités de garantir des pensions décentes pour tous les Canadiens ne doit pas passer. Plusieurs retraités sont intervenus de la salle. Ils ont exigé des pensions décentes garanties par le gouvernement pour tous ceux qui ont bâti le pays et sont maintenant à la retraite. Tous ont dit qu'il n'est pas question de permettre au gouvernement Harper de s'en tirer avec ses attaques contre les pensions et que la demande de pensions pour tous doit être un enjeu majeur dans les prochaines élections fédérales.

Suite à la discussion, le poète en résidence de la section 1005 Bill Mahoney a récité un poème appelant tous les travailleurs à se joindre aux Métallos sur la colline parlementaire le Premier Mai pour arrêter Harper et demander que les gouvernements soutiennent le droit public et non le droit de monopole.

Au nom des métallos du Wisconsin, Mike Pyne, un représentant régional du district 2 du Syndicat des Métallos a vivement dénoncé l'attaque du gouverneur du Wisconsin Scott Walker pour priver les travailleurs syndiqués du secteur public de leur droit de négocier leurs conditions de travail et les forcer à payer des montants plus élevés pour leur assurance-santé et leurs pensions au nom de la réduction du déficit de l'État. Il a dit que les actions massives au Wisconsin et dans d'autres États ont réuni travailleurs du privé et du public, étudiants, environnementalistes et des gens de tous milieux. Il a dit qu'en visitant et en occupant par centaines de milliers l'édifice du Capitole à Madison, les travailleurs et le peuple du Wisconsin ont exercé leur droit constitutionnel. Il a dénoncé le gouverneur Walker pour sa menace de faire appel à la Garde nationale contre les manifestants. La lutte continue, a-t-il conclu, jusqu'au retrait de ces attaques contre les travailleurs.

Les travailleurs à la réunion ont aussi discuté de la Journée d'action du 9 avril prochain organisée par la FTO, le CTC, le Conseil du Travail et d'autres organisations sous le thème : « Notre ville, nos services, notre avenir ». La Journée d'action vise à développer l'opposition aux attaques perpétrées contre les travailleurs de la ville de Toronto par le maire Ford et le gouvernement de l'Ontario, qui cherchent à privatiser les services publics. Plusieurs travailleurs sont intervenus au micro et se sont engagés à mobiliser des travailleurs de tout l'Ontario et à faire de la journée un événement déterminant dans la défense de tous les travailleurs du secteur public.

Forum à Kitchener-Waterloo

Environ 150 travailleurs ont participé au forum tenu à Kitchener-Waterloo. Des représentants du CTC ont fait des présentations qui illustraient la nécessité d'augmenter les prestations du RPC afin que les travailleurs puissent jouir d'une retraite en sécurité. Ont aussi pris la parole au forum, qui se tenait au bureau des Travailleurs canadiens de l'automobile (TCA), à Kitchener, le président national des TCA Ken Lewenza et le président de la section 1005 du Syndicat des Métallos, Rolf Gerstenberger. Lewenza a expliqué la position des TCA en appui à la proposition du CTC d'augmenter les prestations du RPC. Gerstenberger a présenté un bref historique de la lutte de la section 1005 d'abord pour empêcher Stelco, l'ancien propriétaire, de renier ses responsabilités face aux pensions en se plaçant sous la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies, puis pour empêcher US Steel, le propriétaire actuel, de renier ses obligations face aux pensions un lockout. Il a aussi lancé l'appel aux travailleurs à se rendre sur la colline parlementaire le Premier Mai pour y faire entendre leur voix sur l'importante question de la sécurité de la retraite pour tous.

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Le problème des pensions tel qu'il se présente

Aucun changement positif n'a lieu au Canada sans que la classe ouvrière
ne s'organise de façon consciente pour son propre programme prosocial.
Le problème des pensions ne fait pas exception à la règle.

Le problème existe depuis longtemps. Comment les Canadiens subviennent-ils à leurs besoins au moment de la retraite ? La question en soi n'a rien de facile puisque nos institutions et notre mode de pensée sont fortement influencés par des conditions complètement différentes, celles issues d'une époque d'économie de village et de production à petite échelle. Dans ces conditions depuis longtemps révolues, la seule institution en mesure de s'occuper des personnes aînées et des personnes handicapées était, à toutes fins pratiques, la famille élargie. Évidemment, la situation a bien changé. Une nouvelle institution doit être désignée qui est garante des droits et du bien-être des aînés. Rien de plus facile, à première vue, mais la réalité est tout autre. Plusieurs facteurs empêchent la classe ouvrière de faire une analyse concrète des conditions concrètes et de développer sa propre ligne de pensée sur cette question. Un des principaux facteurs en ce sens est la domination de notre pensée par un mode de pensée dépassé, issu de conditions antérieures. Un mode de pensée dépassé continue de dominer notre conscience et est promu par des individus ayant un statut d'autorité et un intérêt certain à ce que le statu quo soit maintenu et à ce que ne se développe ni une analyse des conditions concrètes ni un nouveau mode de pensée, de nouvelles formes sociales et de nouvelles institutions modernes.

Le fait que l'analyse et le nouveau mode de pensée sont bloqués explique pourquoi il est si important pour les travailleurs de se réunir pour discuter et pour analyser les conditions concrètes dans une ambiance qui n'est ternie ni par les préjugés ni par les idées préconçues issues du passé, pour qu'ils puissent ensuite planifier des actions avec analyse, s'y engager et se battre pour leur propre programme prosocial.

À vrai dire, dans ce Canada moderne, nous ne naissons pas à une famille élargie mais bien à la société. Ce simple fait est difficile à admettre parce que l'autorité au Canada refuse même d'admettre qu'il existe des conditions modernes socialisées propres à la vie économique ou encore la nécessité d'harmoniser nos approches politiques, notre gouvernance et nos formes sociales en fonction de cette réalité moderne. Les travailleurs se retrouvent de façon tout à fait aléatoire au sein de collectifs nés spontanément et pourtant on tente de les décourager devraient-ils s'unir pour discuter et pour analyser leurs conditions de travail et de vie en général, disséminer leurs conclusions et leurs points de vue parmi leurs pairs et faire connaître activement les solutions qu'ils proposent pour les problèmes auxquels ils sont confrontés, tel celui des pensions.

À la lumière des conditions modernes d'une vie largement urbaine, d'une production industrielle de masse et de monopoles mondiaux qui dominent les principaux secteurs de l'économie, quelle institution peut remplacer la famille élargie tout en étant garante du bien- être de tous à la retraite ? Les institutions économiques que sont les endroits de travail ne sont pas fiables en ce sens parce que les gens changent souvent d'emploi mais aussi parce que les entreprises elles-mêmes souffrent d'instabilité tandis que l'économie est, de façon générale, au prise avec un cycle économique incertain et voué à l'échec. Au-delà de la survie incertaine des entreprises plane une réalité : le but ultime des monopoles mondiaux n'est pas le bien-être de leurs employés, surtout pas au moment de leur retraite ou lorsqu'ils sont mis à pied ou dans l'incapacité de travailler pour une raison ou une autre. Le but ultime est la consolidation du capital entre les mains de quelques-uns ainsi que son expansion constante sous forme d'empires mondiaux, aussi désastreuses que soient les conséquences que cela entraîné pour l'environnement social et naturel. L'idéologie néolibérale ne cache pas le fait que sa valeur de base est que « l'avarice est une bonne chose », et qu'aussi longtemps que « je » suis bien, tout le reste peut aller au diable, y compris la société ; les êtres humains doivent subvenir à leurs propres besoins chacun de son côté même s'ils dépendent l'un sur l'autre pour survivre.

L'être humain moderne naît en société

La société elle-même est la seule constante des institutions modernes. S'il est vrai que nous naissons en société, il est aussi vrai qu'il est difficile pour nous d'harmoniser la relation entre l'autorité et la société. La société est assujettie à une autorité du nom de l'État qui consiste en de nombreuses institutions dont le gouvernement. Une question clé qui mérite d'être approfondie est la relation entre l'autorité de l'État et la société. L'autorité est-elle en harmonie avec les conditions modernes de la société ?

Lorsque le ministre fédéral des Finances en passe une petite vite comme il l'a fait en décembre dernier en revenant sur son engagement de renforcer le Régime de Pensions du Canada et en le remplaçant par un autre régime d'épargne servant à payer les riches et leurs institutions financières, les Canadiens se sont retrouvés face à face avec une autorité en conflit avec les conditions socialisées et les demandes de la société. Cette autorité est coincée dans une période antérieure, celle de la production à petite échelle et de la propriété privée de moyens de production éparpillés. Dans les conditions actuelles, cela veut dire que l'autorité est entre les mains des monopoles dominants – ceux-là mêmes qui ont concentré entre leurs mains des richesses phénoménales et, de ce fait, le pouvoir. Dans les conditions actuelles de production industrielle de masse, les travailleurs produisent la richesse de la société et fournissent tous ses services, et pourtant ils ne possèdent ni ne contrôlent les moyens de production de masse et concentrés qui sont leur source de travail. Les travailleurs, qui sont les producteurs de fait dans les secteurs de base dans des conditions de production industrielle de masse ne possèdent ni ne contrôlent les moyens de production qui sont leur source de travail et par lesquels ils produisent la richesse socialisée et fournissent les services publics et les programmes sociaux. Ceux-là mêmes qui possèdent et contrôlent les moyens de production, et qui prennent la forme d'institutions que sont les monopoles mondiaux, ne sont pas les producteurs de fait.

Ceux qui contrôlent et possèdent les moyens de production se servent de leur pouvoir économique pour dominer l'autorité que représente l'État ainsi que la direction de l'économie et de la société. Ceux qui contrôlent ne pensent pas mais agissent comme si la société était toujours à l'époque de la production à petite échelle, époque où les producteurs de fait contrôlaient et possédaient en apparence les moyens de production à petite échelle, et que la famille élargie était l'héritière de ces moyens de production et garante du bien-être de tout individu au travail ou dans ses vieux jours.

L'autorité au Canada est en négation des conditions socialisées actuelles et de la nécessité de renforcer la société pour qu'elle soit garante des droits et du bien-être de tout individu. Cette autorité nie que les êtres humains naissent en société et que la société a le devoir d'être garante de leur bien-être à tout moment, et que chaque individu a le devoir de travailler selon ses capacités pour contribuer des biens et des services qui renforcent la société et qui la font progresser de sorte à ce qu'elle puisse être garante des droits de tous. En contradiction avec cette réalité et avec la nécessité de renforcer la société et d'harmoniser l'autorité et les conditions socialisées, l'autorité actuelle, l'autorité du droit monopole, s'agrippe à ce mode de pensée dépassé selon lequel les familles élargies et leurs ressources accumulées et leurs épargnes peuvent en définitive être garantes du bien-être et des droits des individus. Le fait que Flaherty se refuse de renforcer le Régime de pensions du Canada est un reflet de ce mode de pensée dépassé et de cette autorité que la classe ouvrière doit surmonter.

Comment régler cette question, cette disjonction entre l'autorité et les conditions, ce maniement du pouvoir par le droit de monopole ainsi que son abus du pouvoir public et de la société, laquelle société a besoin d'investir davantage dans les programmes sociaux et d'humaniser l'environnement social et naturel ? Cette question, comme toute question s'étant posée aux êtres humains au cours de leur extraordinaire développement, est réglée au moyen d'actes conscients posés par les individus à la recherche de solutions. Les individus s'unissent à leurs pairs, discutent des problèmes auxquels ils font face, se mettent d'accord sur une voie d'action consciente, et se mettent en action pour mobiliser d'autres êtres humains pour le nouveau. Et c'est exactement ce que font les travailleurs canadiens présentement en ce qui concerne le problème des pensions.

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Bulletin du 14 mars 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca