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Mouvement
ouvrier
Oui au droit public! Non au droit de monopole!
Les principes économiques de base et la
privatisation de services publics
- K. C. Adams -
À des fins intéressées, les
néolibéraux sèment la confusion sur la
privatisation de l'économie.
L'Opposition ouvrière doit s'armer de faits et de principes
économiques de base lui permettant de voir
à travers la désinformation à
ce sujet.
Les services publics et les entreprises font partie de
deux grandes catégories qui souvent s'enchevêtrent.
1) Les services publics qui ne sont pas vendus au public
ou qui le sont à un prix minime, inférieur aux
coûts
de production.
Ces services sont livrés sans frais, à des
frais nominaux ou à prix minime. Ces services publics
reçoivent un revenu du gouvernement
leur permettant de fournir ce service.
La tendance antisociale rétrograde est de
graduellement augmenter le prix des services et d'avoir recours
à l'entreprise privée par
la sous-traitance. Sous-jacente à cette tendance
rétrograde est la vision centrée sur le capital qui veut
que les propriétaires du capital soient partie intégrante
de toute activité
économique, sans quoi cette activité ne sert aucunement
leurs intérêts de classe
consistant à devenir riches et puissants.
La tendance progressive, pour sa part, cherche à
fournir un service sans frais en se servant des revenus gouvernementaux
pour payer
les employés de l'État pour leur travail, sans la
participation des propriétaires du capital et en
s'approvisionnant, autant que
possible, auprès d'entreprises publiques pour toutes
fournitures, usines et machineries. Sous-jacente à cette
tendance progressive est
la vision centrée sur 'être humain qui dit que toute
activité économique doit être organisée sur
une base sociale afin de subvenir aux
besoins, aux droits et aux intérêts du peuple, de
l'économie et de la société, sans la participation
égocentrique et destructive des propriétaires du capital .
Les services les plus importants à cet effet sont
les services de santé publics, l'éducation publique, la
protection policière et les
services d'incendie, le militaire, les gouvernements et
l'infrastructure telles les autoroutes, les voies publiques et les
parcs.
Les
autres services publics qui sont généralement sans frais
incluent les services municipaux tels les bibliothèques, la
collecte des
ordures, les systèmes d'aqueducs, l'entretien municipal ainsi
que divers programmes sociaux pour toute personne ayant perdu son
emploi
ou en besoin d'assistance sociale. La pression
néolibérale s'exerce présentement sur tous ces
services pour qu'ils soient privatisés ou
supprimés.
2) Les services publics qui sont vendus au public
conformément à leur prix de production.
Ces services publics sont généralement
organisés en grandes entreprises telles que la
Société canadienne des Postes, les producteurs
et distributeurs d'électricité et d'eau, le
système de transport collectif, les succursales d'alcool et de
bière et, anciennement, les
compagnies nationales et régionales de chemins de fer, de
transport aérien et d'acier.
Ces entreprises publiques – telles les entreprises
provinciales d'Hydro, les sociétés d'alcool et la
Société canadienne des Postes –
génèrent souvent des revenus considérables par la
vente de leurs produits, ce qui génère des revenus pour
les gouvernements. Ces
services publics offrent aussi une forme déguisée de
profits d'entreprise aux propriétaires de capitaux en leur
offrant des produits à
moindre prix tels que des taux préférentiels pour
l'électricité ainsi que pour la livraison du courrier
commercial via la Société
canadienne des Postes. Une autre source de profit pour les entreprises
privées provient du système de transport public. Les plus
puissants monopoles parmi les magasins de détail profitent
grandement de coûts de transport qui sont inférieurs aux
prix de production
pour les travailleurs et les clients, incluant les trains, les autobus
et les métros, mais aussi les voies publiques, les ponts et les
systèmes d'autoroutes urbains. Le transport collectif urbain est
essentiel pour les propriétaires de capitaux pour le transport
des
travailleurs vers leurs lieux de travail, pour celui des clients vers
les magasins, et pour ouvrir de nouveaux secteurs à des fins de
développement immobilier.
Bien que le tout soit tenu loin de toute
comptabilité directe, les propriétaires profitent de la
valeur ajoutée créée par les
travailleurs qui fournissent ces services et ces produits publics, y
inclus l'éducation des générations de travailleurs
à venir ainsi
que le maintien de leur état de santé. Un programme de la
classe ouvrière soutient la demande que les monopoles retournent
à l'économie
les bénéfices qu'ils obtiennent de ces services publics.
La privatisation rend une telle demande impossible. Celle-ci ne peut
être
réalisée que si les gouvernements tiennent les monopoles
redevables et que si nous forçons ces gouvernements à
défendre le droit
public et non le droit de monopole.
D'ailleurs, la privatisation des services publics ne
fait pas l'affaire de tous les propriétaires de capitauxl, par
exemple ceux qui
profitent indirectement des produits obtenus à prix
réduits tels que l'électricité, ou ceux qui
vendent des produits aux entreprises
publiques à des prix de soutien ou encore ceux qui sont
propriétaires de dette provenant des entreprise publiques. Les
défenseurs les
plus volubiles de la privatisation sont les propriétaires de
capitaux qui veulent tirer directement profit de la rentabilité
d'entreprise d'un service privatisé. Afin de promouvoir leurs
intérêts étroits, ces propriétaires de
capitaux en particulier prétendent
qu'ils offrent un « choix » et qu'ils brisent le
contrôle « monopoliste » du service par le
gouvernement et les
travailleurs. Cette argumentation vise simplement à ouvrir la
voie à une autre couche de propriétaires de capitaux pour
qu'ils puissent
retirer des revenus de l'économie.
L'entreprise publique et
les revenus disponibles
Une entreprise publique fournissant des services ou des
produits a à sa
disposition un montant de revenus pour l'année. Ce revenu
provient de la vente d'un produit ou des gouvernements par le biais des
fonds
publics. Une entreprise pourrait être engagée dans
plusieurs secteurs d'affaires au sein de l'économie
socialisée tels la livraison du
courrier, la production d'acier ou d'autos, la construction
domiciliaire ou le maintien de l'infrastructure.
Afin de simplifier l'argumentation, oublions pour
l'instant les montants dépensés pour les usines et la
machinerie. Ces coûts de
production sont redevables, que l'entreprise soit publique ou qu'elle
soit privée. Oublions aussi la dette accumulée d'une
entreprise,
qu'elle soit publique ou privée. La réclamation sur le
revenu par les propriétaires du capital est à peu
près la même pour les
entreprises publiques que pour les entreprises privées. La
question de remplacer le financement privé à but lucratif
par un financement
public de l'économie par des entreprises financières
publiques à but non lucratif est le sujet d'une autre
discussion. Selon les
arrangements actuels, les propriétaires de dette tels que les
grandes banques perçoivent leur frais de service de la dette,
que
l'emprunteur soit une entreprise publique ou privée.
Traitons d'abord des sommes nécessaires pour
gérer une entreprise publique en mettant de côté
les dépenses pour l'usine, la
machinerie et la dette, puisque ces catégories sont applicables,
que l'entreprise soit publique ou privée.
Les services ou entreprises
publics – les
deux principales sources de réclamation
Les services ou entreprises publics
ont deux principales sources de réclamation sur le revenu fourni
par le gouvernement ou sur le revenu provenant de la vente d'une
marchandise produite. Ces deux sources de réclamation sont les
travailleurs et les gouvernements. Les travailleurs sont, à
toutes fins
pratiques, toute personne employée au sein de la compagnie. Les
salaires faramineux des hauts gestionnaires des entreprises publiques,
leur positionnement en opposition aux droits et à la
dignité des travailleurs productifs, ainsi que les pratiques
corrompues qui
consistent à ce que les individus en autorité se
remplissent les poches sont des questions séparées
auxquelles une Opposition ouvrière
doit s'adresser en temps et en lieu.
La réclamation des travailleurs sur le revenu
consiste en des salaires, des avantages sociaux et des fonds de
pension. La
réclamation gouvernementale consiste principalement de la
taxation individuelle imposée au montant réclamé
par les travailleurs (impôts
sur le revenu, taxes de vente, taxes de propriété, frais
d'utilisation) bien que certaines entreprises publiques telles que les
entreprises hydroélectriques et la Société
canadienne des Postes donnent lieu à des profits d'entreprise
qui reviennent à l'entreprise
elle-même ainsi qu'au trésor public.
Les gouvernements fournissent les revenus pour les
services publics qui ne génèrent pas – ou pas assez –
leur propre revenu pour
fonctionner. Une partie de ce revenu revient au gouvernement sous forme
de taxes réclamées pour les salaires, les avantages
sociaux et
les fonds de pension des travailleurs. Il est important de noter que
les deux principales sources de réclamations sur le revenu des
services publics (le gouvernement et les travailleurs, sans compter les
bénéficiaires des services) représentent des
sommes qui sont
généralement retournées à
l'économie, tandis que les réclamations des
propriétaires du capital des services privatisés
représentent des
sommes qui sont souvent retirées de l'économie et
consommées ou investies ailleurs.
Les entreprises ou services
privatisés – les
trois principales sources de réclamation
Une entreprise ou un service privé
a trois principales sources de réclamation – les travailleurs,
le gouvernement et les propriétaires du capital. Les
propriétaires du capital représentent une source de
réclamation
supplémentaire par rapport au revenu fourni par le gouvernement
ou obtenu suite à la
vente d'un produit.
Si le revenu total pouvant être
réclamé demeure le même lorsqu'un service est
privatisé, alors les réclamations des travailleurs et
du gouvernement auprès du service public privatisé
doivent être réduites en conséquence afin de
prévoir le montant additionnel
nouvellement réclamé par les propriétaires du
capital. Un service privatisé qui ne génère pas un
revenu suffisant ou encore qui n'en
génère aucun sur la base de ses ventes ou des frais
d'utilisateurs reçoit en partie ou en totalité son revenu
du gouvernement.
Lorsqu'un service public devient une entreprise privée qui
dépend uniquement de la vente d'un produit, la source du revenu
provient des
individus qui achètent le produit plutôt que du
gouvernement. Ce même revenu est ensuite divisé entre
trois sources de réclamation –
celle des travailleurs, celle du gouvernement et celle des
propriétaires du capital. La source de réclamation
supplémentaire (celle des propriétaires du capital)
réduit le revenu disponible
pour les travailleurs et le gouvernement. Aussi, le fait que la source
des
revenus passe du gouvernement à des individus est une autre
tendance rétrograde qui accentue les divisions de classe et qui
exerce une
pression à la baisse sur la société.
L'entreprise privée
et l'entreprise publique
Le fait qu'une entreprise ou qu'un service privés
deviennent une entreprise
ou un service publics affecte aussi la distribution du revenu
disponible. La transformation d'une entreprise ou d'un service
privés en
une entreprise ou un service publics, élimine la
réclamation des propriétaires du capital sur le profit de
l'entreprise. L'élimination
de profit d'entreprise privé accroît le montant de revenu
pouvant être réclamé par les travailleurs et le
gouvernement.
Transformer des fournisseurs privés, tels que des
monopoles pharmaceutiques, en entreprises publiques est un défi
de taille pour les
secteurs de la santé, de l'éducation, de l'infrastructure
et d'autres secteurs alors que les revenus publics sont
épuisés par les
fournisseurs privés des usines, de la machinerie et du
matériel requis. Transformer du tout au tout les secteurs de
base de l'économie
en services publics pleinement intégrés est un aspect
important du programme de la classe ouvrière.
À noter aussi que le montant de revenu
supplémentaire provenant de la transformation d'un service ou
d'une entreprise privés en
service ou entreprise publics est affecté par le montant
alloué par le gouvernement aux propriétaires du capital
du fait que le
gouvernement a pris contrôle du service ou de l'entreprise. Le
prix de l'achat doit être comptabilisé en tant que
réclamation sur le
revenu annuel jusqu'à ce qu'il ait été
remboursé dans sa totalité au trésor public. Une
fois payée dans sa totalité, la réclamation des
propriétaires du capital basée sur la vente de leur
entreprise privée au gouvernement disparaît des livres.
Le point central est que la source de tout revenu
provient de la transformation par les travailleurs de l'abondance de
Mère Nature en
valeur d'usage par le biais de moyens de production modernes. C'est
à même ce revenu que puise le gouvernement pour financer
les
services publics qui ne génèrent pas leur propre revenu.
La distribution du revenu au sein de l'économie
dépend des relations de production et du pouvoir relatif des
classes sociales à
l'oeuvre. Plus les services publics et les entreprises publiques seront
répandus dans l'ensemble des secteurs de base de
l'économie,
plus des revenus seront mis à la disposition de la classe
ouvrière, des couches moyennes et des gouvernements pour
investir dans des
programmes sociaux et dans des services publics améliorés.
Des buts économiques
divergents
Le but des propriétaires du capital qui se
saisissent des contrats des services publics
privatisés, ou qui prennent contrôle d'entreprises
publiques, est d'accroître l'ampleur de leur réclamation
sur le revenu le plus vite
possible. Le but n'est pas de produire ou de fournir un service pour le
peuple mais d'accroître leur réclamation sur le revenu
disponible. Ce phénomène réduit
nécessairement le montant de revenu pouvant être
réclamé par la classe ouvrière, les couches
moyennes
et les gouvernements.
Le but de la classe ouvrière et de ses
alliés est de mobiliser les ressources du pays afin de servir le
peuple et l'économie
socialisée et de réaliser son programme progressiste qui
consiste à humaniser l'environnement social et naturel. Ce
programme, lorsque
mis en application, réduira forcément le montant des
revenus que pourront réclamer les propriétaires du
capital.
Les buts et les réclamations de la classe
ouvrière et des propriétaires du capital sont
diamétralement opposés. Cette confrontation
entre buts et volontés est inévitable dans une
société divisée en deux grandes classes sociales –
la classe ouvrière et les propriétaires du capital.
La tendance progressiste qui sert la classe
ouvrière, les couches moyennes et la société
comprend de façon générale une extension
graduelle des services publics et des entreprises publiques dans tous
les secteurs de base de l'économie. Mettre cette tendance de
l'avant accroît le pouvoir économique et politique de la
classe ouvrière et des couches moyennes et fait progresser la
cause du droit
public sur le droit de monopole. Cette tendance progressiste ne se
développe pas de façon spontanée mais compte sur
une Opposition
ouvrière organisée et consciente qui affiche haut et fort
ses responsabilités sociales et qui persiste à faire
avancer l'économie et la
société vers le nouveau.
En résumé
L'entreprise privée a trois sources de
réclamation directe sur le revenu – celle des travailleurs,
celle des
gouvernements et celle des propriétaires du capital. Le revenu
disponible est divisé entre ces trois sources de
réclamation. La
réclamation dominante provient des propriétaires du
capital qui exercent une dictature sur la production et sur la
distribution des
biens et des services.
L'entreprise publique a deux sources de
réclamation directe sur le revenu – les travailleurs et le
gouvernement. Le revenu
disponible est divisé entre ces deux sources de
réclamation.
Ainsi s'exprime la différence radicale dans la
structure économique de l'économie socialisée qui
pointe vers un autre arrangement au
sein de la société, lequel comprend deux sources de
réclamation sur le revenu produit par la classe ouvrière
– les travailleurs et le
gouvernement – et l'élimination des propriétaires du
capital en tant que source de réclamation sur le revenu dans les
secteurs de base
de l'économie.
Cette différence radicale exige qu'une rupture
s'opère, laquelle s'éloigne de la politique et du
système de gouvernance actuels pour
aller vers de nouveaux arrangements par lesquels les producteurs de
fait, la classe ouvrière et les couches moyennes exercent un
contrôle sur la production de la valeur d'usage et de sa
distribution, sans l'ingérence ni le contrôle des
propriétaires du capital.
L'organisation des services publics, comment ils
devraient être livrés, et comment la valeur qu'ils
créent ou qu'ils requièrent est
distribuée et tarifiée sont des questions d'ordre
politique. Les travailleurs et leurs alliés doivent
reconnaître la nature politique
de toutes les décisions touchant aux affaires économiques
et devenir eux-mêmes politiques. Les travailleurs en tant
qu'individus
doivent être politiques afin de défendre leurs droits et
leurs intérêts de base. Au-delà des actions
individuelles, ils doivent s'unir
avec les autres travailleurs et leurs alliés en un mouvement
politique collectif visant à défendre les droits et les
intérêts de tous
ainsi que les intérêts généraux de la
société.

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