15e Journée internationale contre la brutalité policière
Le gouvernement du Québec doit sortir de son silence et prendre des mesures immédiates pour mettre fin à la brutalité policière et l'impunité

Le 15 mars se tiendra la 15e Journée internationale contre la brutalité policière. Des actions et réunions publiques sont prévues partout dans le monde. L'intensification de la répression, de la brutalité policière et de l'impunité est intimement liée au refus des gouvernements de répondre aux demandes légitimes de la population pour la reconnaissance de ses droits.

À Montréal, le Collectif opposé à la brutalité policière(COBP) invite la population à une manifestation qui se tiendra au centre-ville. Comme le souligne le communiqué du COBP, le harcèlement des populations marginalisées du centre-ville par les forces policières et ce, avec la bénédiction des gens d'affaires et des élu-e-s municipaux, a pris une ampleur sans précédent avec le nouveau Quartier des spectacles. « Imposition de quadrilatère, distribution massive de tickets pour des infractions mineures, intimidation, harcèlement, arrestations brutales ; les moyens utilisés dans le but de "nettoyer" les quartiers, afin de favoriser les développements immobiliers et commerciaux pour les biens nantis, sont nombreux et critiquables.»

Cette 15e Journée se tient moins d'un an après la tenue du Sommet du G-20 qui a donné lieu à la plus vaste opération d'arrestations de masse et de répression policière au Canada.

Elle se tient également au moment où vient de prendre fin l'enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva, une enquête qui, après 100 journées d'audience, 45 témoins et 398 pièces déposées, a laissé un goût amer aux activistes et à la population. On a pu y constater l'acharnement de la Ville de Montréal et de la Fraternité des policiers et policières de la Ville de Montréal à tout faire pour empêcher que la justice et la vérité triomphent. On se souviendra que la Ville de Montréal et la Fraternité des policiers se sont adressés à la Cour supérieure pour empêcher le juge Perreault d'aborder publiquement la question des mécanismes de sécurité des étuis des policiers, un enjeu capital puisque l'agent Jean-Loup Lapointe avait prétendu qu'il avait peur d'être désarmé pour justifier le fait qu'il ait tiré quatre balles sur Fredy Villanueva et ses amis. Ils ont l'intention de mener la bataille jusqu'en Cour suprême s'il le faut. « On va attendre ce rapport pendant cinq ans au moins », se désole l'avocat d'un des blessés, Alain Arsenault.

Le 14 octobre dernier, la Cour suprême du Canada a décidé de ne pas entendre la Fraternité des policiers et policières de Montréal qui tentait de faire annuler l'enquête publique sur la mort de Michel Berniquez depuis des années. Michel Berniquez est mort d'un arrêt cardio-resipartoire le 28 juin 2003 à Montréal-Nord suite à une arrestation brutale par six agents du poste 40 du SPVM. Les six policiers l'avaient maîtrisé avec des coups de bâton télescopique avant de lui passer les menottes aux chevilles et aux poignets. Un coroner, les policiers et la déontologie ont déjà blanchi les policiers, blâmant Berniquez pour sa propre mort. Comme le souligne Sophie Sénécal, porte-parole du COBP : « le rapport du coroner Ferland est rempli de préjugés envers le phénomène de la toxicomanie et témoigne d'un parti pris évident envers les policiers».

Un juge de la Cour du Québec a aussi rejeté la poursuite intentée par la mère de la victime, sous prétexte que les policiers ne sont pas responsables de sa mort et que sa mère n'avait plus de contact avec lui.

Au premier jour de la nouvelle enquête sur la mort de Michel Berniquez, la coroner Andrée Kronström a dit que la brutalité n'était pas la cause de sa mort. Comment est-ce possible que les conclusions soient tirées avant la fin de l'enquête ? Le mandat de la coroner qui s'intéresse presque uniquement à la prise en charge par la police des personnes en proie à une vive agitation et intoxiquées soulève l'indignation du COBP qui s'est également vu refuser le statut de partie intéressée aux fins de l'enquête.

L'enquête sur la mort de Mohamed Anas Bennis débutera également bientôt. Dans cet autre cas de brutalité policière, la Fraternité a tenté de freiner l'enquête. Quant aux agents Yannick Bordeleau et Steve Thibert impliqués dans la mort de Quilem Registre qui a reçu 6 décharges électriques de Taser le 14 octobre 2007 à Saint-Michel lors de son arrestation pour n'avoir pas fait un stop, ils devront faire face au Comité de déontologie policière ce printemps.

Pour le COBP, si la Ville et le SPVM veulent vraiment s'attaquer au phénomène du profilage social, ils doivent tout d'abord se positionner sur les recommandations contenues dans l'avis de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse paru en 2009 qui affirme que la surjudiciarisation des personnes itinérantes repose sur des pratiques policières ciblées destinées à libérer l'espace public plutôt qu'à l'application neutre et impartiale de la loi.

Le COBP exige : que le SPVM mette fin à toutes formes de profilage qu'il soit social, racial ou politique ; la reconnaissance du principe selon lequel tant qu'il y aura des inégalités économiques, il y aura de l'insécurité sociale ; la fin de l'impunité et des abus policiers ; que les policier-ère-s ayant commis des abus soient jugé-e-s comme tout autre citoyen-ne, devant un tribunal impartial ; l'abolition de tout règlement restreignant le libre accès aux espaces publics, tels que le règlement interdisant la présence de chiens dans les parcs du centre-ville ; la fin de la vente des services du SPVM à des intérêts privés.

Le silence du gouvernement du Québec face à ces très graves violations des droits humains est tout à fait inadmissible. Il doit sortir de son mutisme et prendre des mesures immédiates pour mettre un terme à cette brutalité policière et à l'impunité. Il a tous les outils en main pour le faire.

Que le plein poids de la loi s'abatte sur tous ceux qui commettent des crimes contre la population !

Non à la brutalité policière ! Non à l'impunité !

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Appel du Collectif opposé
à la brutalité policière


En juin dernier, des milliers de militant-e-s anticapitalistes convergèrent vers la ville de Toronto afin de dénoncer la tenue du Sommet du G20. Tout au long de la fin de semaine, nous avons été témoins de la plus vaste opération d'arrestations de masse et de répression policière au Canada. En seulement 3 jours, plus de mille personnes ont été arrêtées de façon arbitraire, et détenues pendant des dizaines d'heures, souvent sans accusations, dans des conditions qui relèvent de la torture. On ne compte plus les bavures policières ayant eu lieu lors de ce week-end de juin à Toronto. Si ces évènements passeront dans l'histoire comme une opération de répression policière inégalée, il ne faut pas oublier que cette violence de la part des « forces de l'ordre » est le lot de plusieurs au quotidien. Parce que la police se met au service de l'État, un système dominant, exploiteur et oppresseur.

Les politiques d'une clique comme le G20 font sentir leurs effets nocifs dans nos vies quotidiennes. C'est la job non-syndiquée au salaire minimum, c'est les milliers de pubs qu'on croise, le loyer trop cher qu'on n'arrive plus à payer, c'est la rue. Pour les populations marginalisées du centre-ville, ses effets se font sentir de façon encore plus évidente. Avec la complicité des élu-e-s et des gens d'affaires, le SPVM pratique un profilage social qui cible les itinérant-e-s ,les jeunes de la rue et les travailleuses et travailleurs du sexe. Imposition de quadrilatère, distribution massive de tickets pour des infractions mineures, intimidation, harcèlement, arrestations brutales ; les moyens utilisés dans le but de « nettoyer » les quartiers, afin de favoriser les développements immobiliers et commerciaux pour les biens nantis, sont nombreux et critiquables. Le chantier du futur Quartier des spectacles est un exemple flagrant de ce nettoyage social orchestré par les gens d'affaires, avec les élu-e-s municipaux-ales dans leur poche et appliqué par les agent-e-s du SPVM. Désormais, les marginaux ne sont plus les bienvenus dans un tout nouveau centre-ville embourgeoisé, prestigieux et propre.

Dans ces « nouveaux » quartiers aseptisés, la notion d'espace public est de plus en plus restreinte pour celles et ceux qui vivent dans la rue. Pour en rajouter, le SPVM ne se satisfait plus seulement de défendre les intérêts des plus riches comme « service public », mais vend ses services de sécurité au plus offrant. En 2009, la location de policier-ère-s a permis au SPVM d'amasser 4,2 millions de dollars . Les commerçant-e-s de la Place Dupuis font partie des entreprises qui achètent les services du SPVM afin d'augmenter la présence policière autour du centre commercial. Ainsi, non content de contrôler l'accès au Carré Berri par une présence massive de policier-ère-s qui harcèlent ceux et celles qui le fréquentent, le SPVM intensifie sa main-mise sur cette partie du centre-ville en vendant ses services aux commerçant-e-s.

Et ce n'est certainement pas la prétendue aura de sainteté du nouveau directeur du SPVM, Marc Parent, qui viendra changer la donne. Celui que l'on surnomme le « Obama » de la police, issu d'une supposée « aile gauche » du SPVM est dans les faits un ardent défenseur de l'utilisation du Taser . Sur la question du profilage, Tremblay et Parent ont bien beau affirmé sur toutes les tribunes vouloir mettre un terme aux profilages, dans les faits, ils contribuent à maintenir en place ces attitudes discriminatoires. Si la Ville et le SPVM veulent véritablement s'attaquer au phénomène du profilage social, ils devraient tout d'abord se positionner sur les recommandations contenues dans l'avis de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse paru en 2009 qui affirme que la surjudiciarisation des personnes itinérantes repose sur des pratiques policières ciblées destinées à libérer l'espace public plutôt qu'à l'application neutre et impartiale de la loi.

Depuis une quinzième année, le Collectif Opposé à la Brutalité Policière invite toute la population à prendre part à une manifestation dans le cadre de la Journée Internationale contre la brutalité policière. Cette année, nous occupons l'espace public dans le centre-ville de Montréal ! Nous en avons assez des tickets, assez de nous faire repousser toujours plus loin. Cette fois-ci nous restons !

Revendications

Nous exigeons :

* Que le SPVM mette fin à toutes formes de profilage qu'il soit social, racial ou politique.

* La reconnaissance du principe selon lequel tant qu'il y aura des inégalités économiques, il y aura de l'insécurité sociale

* La fin de l'impunité et des abus policiers.

* Que les policier-ère-s ayant commis des abus soient jugé-e-s comme tout autre citoyen-ne, devant un tribunal impartial.

* L'abolition de tout règlement restreignant le libre accès aux espaces publics, tel que le règlement interdisant la présence de chiens dans les parcs du centre-ville.

* La fin de la vente des services du SPVM à des intérêts privés.

Comment appuyer l'appel du Collectif Opposé à la Brutalité Policière

Le succès de cette manifestation ne peut être garanti sans l'appui et l'apport de la communauté. D'ailleurs, à chaque année, le Collectif Opposé à la Brutalité Policière invite les groupes à contribuer de différentes façons. C'est pourquoi nous sollicitons le soutien de votre groupe dans la réalisation de ce projet. Votre appui peut s'exercer de différentes façons :

Un appui symbolique de votre organisme ;

Un coup de main au niveau de la diffusion de l'événement dans vos réseaux (du matériel de mobilisation est disponible à cet effet) ;

Un appui financier ;

En rédigeant un article pour le journal du 15 mars (pour plus d'informations à ce sujet, lire appel de contributions pour le journal du 15 mars au bas de ce message) ;

En organisant une vigile contre la brutalité policière durant le mois de mars (pour plus d'informations à ce sujet, lire l'appel pour l'organisation de vigiles au bas de ce message) ;

Ou toute autre forme de contribution, laquelle serait aussi grandement appréciée.

Nous vous remercions de l'intérêt et de la solidarité dont vous faites preuve envers les victimes de brutalité policière.

Si vous avez des questions ou si vous voulez en savoir plus au sujet de l'organisation de la manif, n'hésitez pas à nous contacter.

Le Collectif Opposé à la Brutalité Policière
http ://www.cobp.resist.ca/


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Bulletin du 7 mars 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca