Non à l'occupation «humanitaire» impérialiste de la Libye!


Opposition aux plans de l'OTAN et des États-Unis d'invasion de la Libye

Déclaration du ministère des Relations extérieures de Cuba au Conseil des droits de l'Homme

Cuba s'oppose catégoriquement à toute tentative de tirer profit de la situation tragique qui s'est créée pour occuper la Libye et contrôler son pétrole.

M. le Président :

La conscience humaine rejette la mort de personnes innocentes, peu importe les circonstances et le lieu. Cuba partage pleinement la préoccupation mondiale devant les pertes de civils en Libye, et souhaite que son peuple puisse trouver une solution pacifique et souveraine à la guerre civile qui déchire ce pays, sans aucune ingérence étrangère, et qui puisse garantir l'intégrité de cette nation.

Il ne fait aucun doute que le peuple libyen s'oppose à toute intervention militaire étrangère, qui ne ferait qu'éloigner un arrangement et provoquerait des milliers de morts, de déplacés et d'énormes dommages à la population.

Cuba s'oppose catégoriquement à toute tentative de tirer profit de la situation tragique qui s'est créée pour occuper ce pays et contrôler son pétrole.

Il est notoire que c'est la voracité pour les hydrocarbures et non pas la paix ni la protection de la vie des Libyens qui anime les forces politiques, notamment conservatrices, qui appellent aujourd'hui, aux États-Unis et dans certains pays d'Europe, à une intervention militaire de l'OTAN en territoire libyen. L'objectivité, l'exactitude et la recherche de la vérité ne semblent pas être non plus les tendances prédominantes dans une partie de la presse, utilisée par les grands managers des médias pour attiser le feu.

Devant l'ampleur des événements qui se déroulent en Libye comme dans le monde arabe en général, et dans des circonstances de crise économique mondiale, les gouvernements des pays développés devraient faire preuve de responsabilité et se doter d'une vision à long terme. Même si l'on peut induire en erreur une bonne partie de l'opinion publique, il est évident qu'une intervention militaire conduira à une guerre et entraînera de graves conséquences en termes de vies humaines, notamment pour les milliards de pauvres qui constituent les quatre cinquièmes de l'humanité.

Même si pour l'instant nous manquons encore d'informations, la réalité est que la situation au Moyen-Orient et en Afrique du Nord a ses origines dans la crise de la politique de pillage imposée par les États-Unis et leurs alliés de l'OTAN dans cette région. Les prix des aliments ont triplé, la pénurie d'eau règne, les déserts progressent, la pauvreté s'aggrave et, comme corollaire, des outrageantes inégalités sociales et une exclusion dans la distribution des grandes richesses pétrolières de la région.

Le droit humain fondamental est le droit à la vie que l'on ne mériterait pas de vivre sans dignité humaine.

Nous voyons avec une profonde préoccupation la manière dont le droit à la vie est foulé aux pieds. D'après des sources diverses, plus de 111 millions de personnes sont mortes dans des conflits armés associés aux guerres modernes. On ne saurait oublier dans cette salle que si pendant la Première Guerre mondiale les morts civils n'avaient constitué que 5 % du total des pertes, dans les guerres de conquêtes ultérieures à 1990, notamment en Irak, avec plus d'un million, et en Afghanistan avec plus de 70 000, les morts innocentes totalisent plus de 90 %. La proportion d'enfants comprise dans ces chiffres est horrible et inédite.

La doctrine militaire de l'OTAN et des nations les plus puissantes a introduit le concept de « dommages collatéraux », qui constitue une insulte à la nature humaine. Au cours de la dernière décennie, le Droit international humanitaire a été bafoué, comme en témoignent les violations commises dans la base navale étasunienne de Guantanamo, qui usurpe une portion du territoire de Cuba.

Du fait de ces guerres, le total mondial de réfugiés a augmenté de 34 %, c'est-à-dire à plus de 26 millions de personnes.

Les dépenses militaires se sont accrues de 49 % en dix ans et se chiffrent à 1,5 billion de dollars, dont plus de la moitié sont à mettre au compte des États-Unis. Le complexe militaro-industriel continue de provoquer des guerres.

Chaque année, environ 740 000 personnes sont tuées dans actes violents liés au crime organisé, et non seulement à des conflits.

Dans un pays d'Europe, une femme meurt tous les cinq jours victime de la violence domestique. Dans les pays du Sud, un demi million de femmes meurt de complications liées à l'accouchement.

Chaque jour, 29 000 enfants sont emportés par la faim et la maladie. Pendant les minutes où j'ai pris la parole, pas moins de 120 enfants sont morts. Quatre millions d'enfants meurent pendant leur premier mois de vie. Au total, 11 millions d'enfants meurent chaque année.

On enregistre 100 000 décès chaque jour – 30 millions par an – de causes liées à la dénutrition.

1 836 personnes – noires et pauvres dans la quasi-totalité – sont mortes rien que pendant l'ouragan Katrina, dans le pays le plus développé du monde. Au cours des deux dernières années, 470 000 personnes sont mortes dans le monde victimes de catastrophes naturelles, 97 % d'entre elles aux faibles revenus.

En Haïti, le tremblement de terre de janvier 2010 a tué plus de 250 000 personnes qui vivaient presque toutes dans des logements précaires. C'est aussi le cas des victimes des inondations provoquées par les pluies torrentielles à Rio de Janeiro et Sao Paulo, au Brésil.

Si les pays en développement pouvaient afficher des taux de mortalité infantile et maternelle comme ceux de Cuba, on pourrait sauver chaque année 8,4 millions d'enfants et 500 mères. Dans l'épidémie de choléra qui sévit dans la République soeur d'Haïti, les médecins cubains assurent la prise en charge de près de la moitié des malades, avec un taux de mortalité cinq fois inférieur à celui enregistré chez les patients soignés par les médecins d'autres pays. La coopération médicale internationale cubaine a permis de sauver plus de 4,4 millions de vies dans des dizaines de pays de quatre continents.

La dignité humaine est un droit fondamental. Aujourd'hui, 1,4 milliards de personnes vivent dans l'extrême pauvreté. Il y a 1,2 milliards d'affamés et 2 autres milliards souffrant de dénutrition. Et 759 millions d'analphabètes.

M. le Président :

Le Conseil a fait preuve de sa capacité à aborder les situations de violation de droits de l'Homme dans le monde, y compris celles revêtant un caractère urgent et exigeant l'attention et l'action de la communauté internationale. L'utilité de l'Examen périodique universelle en tant que mécanisme de coopération internationale pour évaluer le comportement en la matière de tous les pays sans exception, a été confirmée.

Préserver, perfectionner et renforcer ce Conseil dans sa fonction de promotion et protection efficace de tous les droits humains pour tous, tel est l'esprit qui a animé notre démarche lors du processus de révision de cet organe.

Les résultats de cet exercice constituent une reconnaissance des importants succès obtenus par le Conseil pendant sa courte existence. Même si les accords obtenus sont encore insuffisants à la lumière des revendications des pays en développement, cet organe a été préservé de ceux qui prétendaient le réformer à leur guise pour satisfaire leurs appétits hégémoniques et ressusciter le passé de conflits, de double standard, de sélectivité et d'impositions.

Les débats de ces jours-ci devraient nous faire espérer que ce Conseil des droits de l'Homme continuera d'avancer dans son processus de création et de perfectionnement institutionnel, dans le plein exercice de son mandat.

Il serait très négatif que sous prétexte de révision de la construction institutionnelle du Conseil et en abusant de circonstances dramatiques précises, le réexamen du fonctionnement du Conseil soit l'objet de manipulation et de pression opportuniste pour établir des précédents et modifier les règles communes.

Si le droit humain essentiel est celui à la vie, le Conseil sera-t-il prêt à suspendre les pays membres qui déclenchent une guerre ?

Le Conseil apporterait-il une contribution substantielle pour juguler la principale menace à la vie de l'espèce humaine que constituent les énormes arsenaux d'armes nucléaires, dont l'infime partie, l'explosion de 100 ogives, provoquerait l'hiver nucléaire, comme l'indiquent des preuves scientifiques irréfutables ?

Mettra-t-il en place une thématique sur l'impact du changement climatique dans l'exercice des droits humains et proclamera-t-il le droit à un environnement sain ?

Suspendra-t-il les États qui financent et fournissent l'aide militaire utilisée pour les violations massives, flagrantes et systématiques des droits de l'Homme et pour lancer des attaques contre les populations civiles comme elles ont lieu en Palestine ?

Appliquera-t-il des mesures à l'encontre des pays puissants qui se servent de la haute technologie pour procéder à des exécutions extrajudiciaires sur le territoire d'autres États, à l'aide de munitions intelligentes et de drones ?

Qu'adviendra-t-il des États qui acceptent des prisons illégales secrètes sur leur territoire et les vols secrets transportant des personnes séquestrées, ou participent à des actes de torture ?

Le Conseil pourra-t-il adopter une Déclaration sur le droit des peuples à la paix ?

Adoptera-t-il un Programme d'action comportant des engagements concrets pour garantir le droit à l'alimentation en ces temps de crise alimentaire marqués par la spirale des coûts des denrées alimentaires et l'utilisation des céréales pour la production des biocarburants ?

M. le Président :

Illustres ministres et délégués :

Quelles mesures adoptera ce Conseil contre un État membre qui commettra des actes qui causeront de grandes souffrances et une grave atteinte à l'intégrité physique ou mentale, comme le blocus imposé à Cuba, typifié comme un génocide à l'Article 2, alinéas b et c de la Convention de Genève de 1948 ?

Merci beaucoup

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Commentaires et analyses
La guerre inévitable de l'OTAN

Le 2 mars 2011

À la différence de l'Égypte et de la Tunisie, la Libye occupe la première place de toute l'Afrique en Indice du développement humain et en espérance de vie. L'éducation et la santé y reçoivent une attention spéciale de l'État Le niveau culturel de sa population est sans doute plus élevé. Ses problèmes sont d'une autre nature. La population ne manquait pas d'aliments ni des services sociaux indispensables. Le pays avait besoin d'une importante main-d'oeuvre étrangère pour concrétiser ses plans de production et de développement social ambitieux.

Aussi fournissait-il du travail à des centaines de milliers d'Égyptiens, de Tunisiens, de Chinois et d'autres nationalités. Il disposait d'énormes ressources et réserves en devises convertibles, déposées dans les banques des pays riches, ce qui lui permettait d'acheter des biens de consommation, voire des armes perfectionnées, auprès de ces mêmes pays qui veulent aujourd'hui l'envahir au nom des droits humains.

La colossale campagne de mensonges orchestrée par les médias a provoqué une grande confusion dans l'opinion publique mondiale. Il se passera du temps avant qu'on puisse reconstruire ce qu'il s'est vraiment passé en Libye et trier les faits réels des mensonges divulgués.

Des chaînes sérieuses et prestigieuses comme TeleSur ont été contraintes d'envoyer des reporters et des opérateurs dans un camp et dans l'autre pour informer de ce qu'il se passe vraiment.

Les communications étaient bloquées, les diplomates honnêtes risquaient leur vie en parcourant les quartiers et en observant les activités, de jour ou de nuit, pour faire connaître les événements. L'Empire et ses principaux alliés recourent aux moyens les plus perfectionnés pour diffuser des informations dont il faut déduire des brins de vérité.

Les visages des jeunes qui protestaient à Benghazi, des hommes et des femmes portant ou non le voile, exprimaient sans aucun doute une indignation réelle.

On peut apprécier l'influence qu'exerce encore la composante tribale dans ce pays arabe où 95 p. 100 de la population est musulmane.

L'Empire et l'OTAN – sérieusement inquiets devant la vague révolutionnaire déclenchée dans le monde arabe qui produit une grande partie du pétrole sur lequel repose l'économie de consommation des pays développés et riches – ne pouvaient pas laisser filer l'occasion du conflit interne surgi en Libye pour promouvoir une intervention militaire. Les déclarations formulées par l'administration étasunienne dès le premier moment ont été catégoriques à cet égard.

Les circonstances ne pouvaient être plus propices. La droite républicaine a, aux élections de novembre dernier, assené un coup très fort au président Obama, cet expert en rhétorique.

Le groupe fasciste de la « mission remplie », soutenu maintenant sur le plan idéologique par les extrémistes du Tea Party, a réduit les possibilités du président à un rôle tout simplement décoratif ; son programme de santé est en danger, ainsi que la douteuse relance de l'économie à cause du déficit budgétaire et du gonflement incontrôlable de la dette publique qui bat désormais tous les records historiques.

Malgré leur déluge de mensonges et la confusion qu'ils ont semée, les États-Unis ne sont pas parvenus à entraîner la Chine et la Fédération de Russie à faire adopter par le Conseil de sécurité une intervention militaire en Libye, bien qu'ils aient obtenu en revanche l'approbation de leur objectif momentané au Conseil des droits de l'homme. La secrétaire d'État n'a laissé planer aucun doute quant à une intervention militaire : « Nous n'écartons aucune option. »

Le fait est que, comme je l'avais prévu, la Libye est désormais en proie à une guerre civile que les Nations Unies n'ont rien pu faire pour éviter, même si leur secrétaire général a jeté sa bonne part d'huile sur le feu.

Le hic – ce que les différents acteurs n'imaginaient sans doute pas – c'est que les chefs de la rébellion ont déclaré qu'ils refusaient toute intervention militaire étrangère.

Selon différentes agences de presse, Hafiz Ghoga, porte-parole du Comité de la révolution, a déclaré le lundi 28 février :

« "C'est le peuple libyen qui libérera le reste du pays". »

« "Nous avons l'armée requise pour libérer Tripoli" – a-t-il assuré en annonçant la formation d'un "Conseil national" pour représenter les villes du pays aux mains de l'insurrection.

« "Ce que nous voulons, ce sont des informations secrètes, mais absolument pas qu'on touche à notre souveraineté aérienne, terrestre et maritime", a-t-il ajouté lors d'une rencontre avec les journalistes dans cette ville située à mille kilomètres à l'est de Tripoli.

Selon une dépêche de l'AFP de lundi dernier, « l'intransigeance des responsables de l'opposition en matière de souveraineté nationale reflétait l'opinion que de nombreux Libyens ont manifestée spontanément à la presse internationale à Benghazi ».

Une professeure de sciences politiques de l'université de Benghazi, Abeir Imneina, a affirmé ce même jour :

« " Il y a un très fort sentiment national en Libye."

« "De plus, l'exemple de l'Irak fait peur dans l'ensemble du monde arabe", souligne-t-elle, en référence à l'invasion américaine de 2003, censée apporter la démocratie dans le pays, puis par contagion à l'ensemble de la région, un scénario totalement démenti par les faits.

« "On sait bien comment cela s'est passé en Irak, qui se trouve en pleine instabilité, ça ne donne vraiment pas envie de suivre le même chemin. On ne veut pas que les Américains viennent pour finir par devoir regretter Kadhafi".

« Selon Abeir Imneina, "il y a aussi le sentiment que c'est notre révolution, que c'est à nous qu'il appartient de la faire". »

Quelques heures après la diffusion de cette dépêche, deux des principaux journaux des USA, The New York Times et The Washington Post, s'empressèrent d'offrir de nouvelles versions sur ce point, que rapporte l'agence DPA le 1er mars :

« L'opposition libyenne pourrait demander à l'Occident de bombarder par air des positions stratégiques occupées par des forces fidèles au président Mouammar el-Kadhafi, fait savoir aujourd'hui la presse étasunienne.

« La question est discutée par le Conseil révolutionnaire libyen, précisent The New York Times et The Washington Post dans leurs versions numériques.

« Selon The New York Times, ces discussions traduisent la frustration croissante des chefs rebelles devant la possibilité que Kadhafi récupère le pouvoir.

« Au cas où les actions aériennes se réaliseraient dans le cadre des Nations unies, cela n'impliquerait aucun intervention internationale, a expliqué le porte-parole du Conseil, cité par The New York Times.

« Le Conseil est constitué d'avocats, d'universitaires, de juges et de notables de la société libyenne.

« The Washington Post a cité des rebelles qui reconnaissent que, sans l'appui de l'Occident, les combats contre les forces loyales à Kadhafi pourraient durer longtemps et coûter beaucoup de vies. »

Il est curieux que cette liste du Conseil ne signale aucun ouvrier, aucun paysan, aucun bâtisseur, aucune personne en rapport avec la production matérielle, ou un jeune étudiant ou un combattant de ceux qu'on voit dans les manifestations. Pourquoi cette insistance à présenter les rebelles comme des membres éminents de la société libyenne en train d'inviter les États-Unis et l'OTAN à bombarder et à tuer des Libyens ?

On saura un jour la vérité à travers des gens comme la professeure de sciences politiques de l'Université de Benghazi, si éloquente quand elle raconte la terrible expérience qu'ont vécue des millions d'Iraquiens, tués, sans abri, sans emploi ou contraints d'émigrer.

Aujourd'hui, mercredi 2 mars, l'agence EFE présente ce porte-parole rebelle faisant des déclarations qui, à mon avis, infirment et confirment à la fois celles de lundi :

« Benghazi (Libye), 2 mars. La direction rebelle en Libye a demandé aujourd'hui au Conseil de sécurité de l'ONU de lancer une attaque aérienne "contre les mercenaires" du régime Mouammar el-Kadhafi.

« "Notre armée ne peut pas lancer des attaques contre les mercenaires en raison de son rôle défensif", a affirmé le porte-parole rebelle Hafiz Ghoga en conférence de presse à Benghazi.

« "Une attaque aérienne stratégique est différente d'une intervention étrangère, que nous refusons", a souligné le porte-parole de forces d'opposition qui se sont montrées contraires à tout moment à une intervention militaire étrangère dans le conflit libyen. »

À laquelle des nombreuses guerres impérialistes ressemblerait celle-ci ?

À celle d'Espagne en 1936, à celle de Mussolini contre l'Éthiopie en 1935, à celle de George W. Bush contre l'Iraq en 2003, ou à n'importe laquelle des dizaines de guerres lancées par les États-Unis contre les peuples d'Amérique, depuis l'invasion du Mexique en 1846 jusqu'à celle des Malvinas en 1982 ?

Sans exclure, bien entendu, l'invasion mercenaire de Playa Girón, la sale guerre et le blocus contre notre patrie, une invasion dont nous fêterons le cinquantième anniversaire le 16 avril prochain.

Toutes ces guerres, comme celle du Viet Nam qui a coûté des millions de vies, ont eu pour points de départ les justifications et les mesures les plus cyniques.

Pour ceux qui doutent encore qu'une intervention militaire aura forcément lieu en Libye, je tiens à citer l'agence de presse AP, que je considère bien informée, dont un dépêche d'aujourd'hui affirme :

« Les pays de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) élaborent un plan d'urgence qui prend pour modèle les zones d'exclusion de vols établies dans les Balkans dans les années 90, au cas où la communauté internationale déciderait d'imposer un embargo aérien sur la Libye, ont affirmé des diplomates. »

Et de conclure :

« Selon ces fonctionnaires, qui devaient conserver l'anonymat en raison du caractère délicat de la question, les options envisagées reprennent l'idée de la zone d'exclusion de vols imposée par l'alliance militaire occidentale sur la Bosnie en 1993, qui eut l'aval du Conseil de sécurité, et lors des bombardements de l'OTAN sur le Kosovo en 1999, QUI NE L'EURENT PAS. »

À suivre demain

* * *

Le 3 mars 2011 

Quand, s'inspirant de son collègue égyptien Abdel Gamal Nasser, le colonel de l'armée libyenne, Mouammar el-Kadhafi, alors âgé de vingt-sept ans, renversa le roi Idris Ier, il prit d'importantes mesures révolutionnaires comme la réforme agraire et la nationalisation du pétrole. Il consacra les revenus croissants au développement économique et social, en particulier aux services éducationnels et sanitaires de la peu nombreuse population d'un immense pays majoritairement désertique aux rares terres cultivables.

Une mer d'eau fossile très étendue et profonde gît sous ce désert. Et il m'avait semblé, après avoir connu une zone de culture expérimentale, que ces eaux seraient à l'avenir plus précieuses que le pétrole.

La foi religieuse, prêchée avec la ferveur qui caractérise les peuples musulmans, aidait en partie à compenser la forte tendance tribale qui caractérise encore ce pays arabe.

Les révolutionnaires libyens élaborèrent leurs propres idées et les appliquèrent dans des institutions juridiques et politiques que Cuba se fit une norme de respecter.

Elle s'abstint absolument d'émettre des vues sur les conceptions de la direction libyenne.

Mais je constate clairement que les États-Unis et l'OTAN s'inquiètent surtout, non de ce qu'il se passe en Libye, mais de la vague révolutionnaire qui déferle dans le monde arabe et qu'ils veulent freiner à tout prix.

Car il est incontestable que, ces dernières années, les rapports des USA et de leurs alliés de l'OTAN avec la Libye étaient excellents..., jusqu'à la rébellion en Égypte et en Tunisie.

Aucun dirigeant des pays de l'OTAN ne faisait état de problèmes quand il rencontrait Kadhafi ; la Libye était devenue une source sûre de pétrole de grande qualité, de gaz, voire de potasse. Les difficultés surgies entre eux dans les premières décennies avaient été surmontées.

Le pays s'était ouvert à l'investissement étranger dans des secteurs stratégiques comme la production et la distribution du pétrole.

La privatisation avait touché de nombreuses sociétés publiques. Le Fonds monétaire international jouait son rôle béatifique dans la mise en place de ces opérations.

Bien entendu, Aznar ne tarissait pas d'éloges envers Kadhafi. Et, à sa suite, Blair, Berlusconi, Sarkozy, Zapatero et jusqu'à mon ami le roi d'Espagne défilèrent sous le regard narquois du leader libyen. Ils étaient heureux.

J'ai l'air de me moquer, mais c'est faux. Car je me demande tout simplement : pourquoi veulent-ils maintenant envahir la Libye et traduire Kadhafi devant la Cour pénale internationale de La Haye ?

On l'accuse du matin au soir d'avoir fait tirer contre des citoyens désarmés qui protestaient. Pourquoi ne dit-on pas au monde que ce sont les États-Unis, la Grande-Bretagne et d'autres hôtes illustres de Kadhafi qui lui ont fourni les armes et surtout les équipements de répression sophistiqués qu'il possède ?

Je m'oppose aux mensonges cyniques par lesquels on prétend justifier l'invasion et l'occupation de la Libye.

Ma dernière visite à Kadhafi remonte à mai 2001. Quinze années s'étaient écoulées depuis que Reagan avait attaqué sa résidence plutôt modeste, mais il avait tenu à me faire constater les grandes destructions qu'y avait causées la frappe directe de l'aviation, laquelle avait aussi tué sa petite fille de trois ans... Assassinée par Ronald Reagan ! Il n'y avait pas eu dans ce cas d'accord préalable de l'OTAN, du Conseil des droits de l'homme ni du Conseil de sécurité.

Ma visite antérieure datait de 1977, huit ans après le début de la révolution en Libye. J'avais visité Tripoli ; j'avais participé au Congrès du peuple libyen à Sebha ; j'avais parcouru les zones agricoles où se déroulaient les premières expérimentations à partir des eaux tirées de l'immense mer fossile ; j'avais connu Benghazi où j'avais fait l'objet d'un accueil chaleureux. La Libye était un pays légendaire qui avait été le théâtre de batailles historiques durant la dernière guerre mondiale. Elle ne comptait même pas six millions d'habitants, et ses énormes réserves de pétrole léger et d'eau fossile n'avaient pas encore été découvertes. Et les anciennes colonies portugaises d'Afrique s'étaient déjà libérées.

En Angola, nous avions lutté quinze années durant contre les bandes mercenaires organisées par les États-Unis sur des bases tribales, contre le gouvernement de Mobutu et contre l'armée raciste de l'apartheid, bien équipée et bien entraînée. Celle-ci, obéissant – on le sait aujourd'hui – à des instructions des États-Unis, avait envahi l'Angola en 1975 pour empêcher son indépendance, et ses forces motorisées étaient parvenues aux portes de Luanda. Plusieurs instructeurs cubains moururent durant cette invasion brutale face à laquelle nous dépêchâmes de toute urgence des ressources.

Une fois expulsées du pays par les troupes internationalistes cubaines et les troupes angolaises jusqu'à la frontière de la Namibie occupée par l'Afrique du Sud raciste, celle-ci reçut pendant treize ans la mission de liquider la révolution en Angola.

Elle mit au point l'armée atomique avec l'appui des États-Unis et d'Israël. Et elle la possédait déjà quand les troupes cubaines et angolaises mirent en déroute ses forces terrestres et aériennes à Cuito Cuanavale et, bravant les risques, utilisant les tactiques et les moyens classiques, progressèrent jusqu'à la frontière namibienne où les troupes de l'apartheid prétendaient résister. Nos troupes ont, deux fois dans leur histoire, couru le risque d'être attaquées par ce genre d'arme : en octobre 1962 et dans le Sud angolais, mais, dans ce second cas, même l'arme nucléaire n'aurait pas empêché la défaite de l'Afrique du Sud qui marqua la fin de son système odieux. Tout ceci se passait sous l'administration Ronald Reagan aux USA et sous Pieter Botha en Afrique du Sud.

Nul ne parle de cette aventure impérialiste, ni des centaines de milliers de vies qu'elle a coûtées.

Je regrette d'avoir à rappeler ces faits quand un autre grand risque pèse sur les peuples arabes parce qu'ils ne se résignent plus au pillage et à l'oppression dont ils sont victimes.

La révolution dans le monde arabe, que redoutent tant les États-Unis et l'OTAN, est la révolution de ceux qui n'ont aucun droit face à ceux qui font étalage de tous les privilèges et elle est donc appelée à être plus profonde que celle qui éclata en Europe à partir de la prise de la Bastille en 1789.

Même Louis XIV, qui proclama : « L'État, c'est moi ! », ne bénéficiait pas des prébendes du roi Abdallah d'Arabie saoudite, encore moins de l'immense richesse qui git sous la surface de ce pays quasi désertique où les transnationales yankees décident de l'extraction du pétrole et contrôlent donc les cours mondiaux de ce produit.

Depuis que la crise a éclaté en Libye, l'extraction du pétrole en Arabie saoudite a augmenté d'un million de barils par jour, à un coût minime, de sorte que les revenus de ce pays et de ceux qui le contrôlent s'élèvent, rien qu'à ce titre, à un milliard de dollars par jour.

Mais que personne ne pense que le peuple saoudien baigne dans la richesse. Les récits des conditions de vie de nombreux travailleurs du bâtiment et d'autres secteurs, contraints de travailler treize ou quatorze heures par jour pour des salaires misérables, sont émouvants.

Effrayée par la vague révolutionnaire qui ébranle le système de pillage en place depuis les faits dont les travailleurs ont été les protagonistes en Égypte et en Tunisie, mais aussi par les actions des jeunes chômeurs en Jordanie, dans les territoires occupés de Palestine, au Yémen, et même au Bahreïn et dans les Émirats arabes aux revenus plus élevés, la haute hiérarchie saoudite vit sous l'impact des événements.

À la différence de ce qu'il se passait autrefois, les peuples arabes reçoivent aujourd'hui des informations presque immédiates, quoiqu'extraordinairement manipulées, sur le cours des événements.

Le pire pour le statut des secteurs privilégiés, c'est que les faits – qui sont têtus, on le sait – coïncident avec une hausse considérable des cours des aliments et avec les retombées dévastatrices des changements climatiques, tandis que les États-Unis, le plus gros producteur de maïs au monde, utilisent presque 40 p. 100 de ce produit subventionné et une part importante de leur soja pour fabriquer des biocarburants destinés aux moteurs de voitures. Lester Brown, l'écologiste étasunien le mieux informé au monde sur les produits agricoles, peut nous offrir sûrement une idée de la situation alimentaire actuelle.

Le président bolivarien Hugo Chávez tente un vaillant effort pour trouver un règlement en Libye sans intervention de l'OTAN. Ses possibilités de succès augmenteraient s'il parvenait – ce qui serait un exploit – à créer un vaste mouvement d'opinion avant, et non après, l'intervention, afin que les peuples ne voient pas se répéter dans d'autres pays l'atroce expérience de l'Iraq.

Je conclus ici ces Réflexions.

Fidel Castro Ruz
Le 3 mars 2011
22 h 32

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L'invasion de la Libye serait un acte de guerre

Le vendredi 25 février, le premier ministre Stephen Harper a annoncé aux journalistes réunis au foyer de la Chambre des communes que le Canada s'apprêtait à prêter son nom à une panoplie de sanctions ayant comme but de mettre un terme au règne du colonel libyen, Mouammar Kadhafi. Cette annonce a été faite presque simultanément avec celle des États-Unis. Harper a aussi déclaré que le gouvernement explorerait la possibilité de trouver de nouvelles sanctions qui s'ajouteraient à la liste des sanctions étasuniennes.

Se prêter à des sanctions, qu'elles soient autorisées par le Conseil de sécurité des Nations unies ou qu'elles soient une initiative des impérialistes étasuniens, est un acte de guerre contre le peuple souverain de la Libye. L'ingérence sous toutes ses formes constitue une attaque contre le droit de ce peuple de régler ses problèmes internes sans ingérence étrangère. Selon la secrétaire d'État des États-Unis, Hillary Clinton, la « responsabilité de protéger » est un des principes « universellement accepté par la communauté internationale ». Or, une « communauté internationale » ne peut être digne de ce nom qu'en défendant le principe de la non-ingérence. Aussi, en l'absence de défendre le droit des nations et des peuples à l'autodétermination, cette « communauté internationale » ne devient rien de moins qu'une jungle faite de prédateurs à l'affût constant de proies.

L'annonce de Harper fut précédée d'un ordre de sanctions unilatérales signé par le président étasunien Obama, ordre qui inclut le gel de tous les avoirs du gouvernement libyen par les institutions financières étasuniennes. Cette mesure sert de prélude à l'imposition de sanctions plus vastes qui seront à l'ordre du jour de la session du Conseil de sécurité de l'ONU le samedi 26 février. La majorité de ces avoirs gouvernementaux est composée des redevances provenant de la vaste richesse qu'est le pétrole du pays vendu aux grandes compagnies pétrolières étrangères telles que l'ÉNI de l'Italie, le monopole anglo-étasunien BP et le monstre anglo-hollandais Shell. La Libye est le quatrième plus grand exportateur de pétrole au monde, et on rapporte que l'extraction se fait au rythme de 1,8 baril par jour, dont 20 % répondent aux besoins d'États membres de l'Union européenne. À qui de telles sanctions viennent-elles donc en aide ? L'administration étasunienne de Jimmy Carter avait gelé les avoirs du gouvernement iranien il y a 32 ans alors que le régime du chah d'Iran s'effondrait. Pourtant, depuis la mise sur pied définitive d'un nouveau gouvernement à Téhéran jusqu'à ce jour, pas un sou n'a été retourné à l'Iran. Déguisé en mesure visant à punir le régime de Kadhafi pour son présumé recours à la force militaire contre des manifestants et à resserrer l'étau autour de sa famille et des forces de l'oligarchie financière qui l'appuient toujours, ce gel ressemble plutôt à un coup d'argent pour les grandes compagnies pétrolières.

Reprenant la campagne lancée quatre jours plus tôt par l'ancien secrétaire aux Affaires étrangères britannique, Lord David Owen, le chef de l'Opposition, Michael Ignatieff, a réagi à l'annonce de Harper en demandant une riposte plus « corsée », telle l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne sur l'espace aérien libyen. Le porte-parole du NPD en matière d'affaires étrangères, Paul Dewar, a abondé dans le même sens, donnant le sceau d'approbation de la soi-disant « aile gauche » de l'Opposition à l'invasion imminente de la Libye au nom de grands idéaux.

Au moyen de clips sonores et de tweets demandant « quoi faire » au sujet de la crise libyenne, la CBC sonde le terrain au bénéfice des forces impérialistes. Quel en est le but ? Dans le contexte d'une vaste propagande d'hystérie créée de toutes pièces par les impérialistes, le but n'est nul autre que d'abasourdir le peuple canadien pour qu'il accepte les actes de guerre commis par le Canada contre le gouvernement et le peuple d'un autre État souverain. À défaut de convaincre le peuple canadien d'accepter activement un tel état de fait, ils espèrent voir la formation d'un groupe de pression qui se fait entendre et qui prétend les représenter. Cette méthode consiste à créer l'apparence d'un « consensus » tout en évitant les méandres imprévisibles et potentiellement fractionnels d'un débat parlementaire. Toute cette activité sert à légitimer la prérogative du premier ministre, lui accordant le privilège de prendre unilatéralement des décisions politiques sur les questions de guerre et de paix au grand détriment des intérêts de la classe ouvrière et du peuple canadiens ainsi que des peuples du monde.

L'essentiel de la prise de position du gouvernement canadien appuyée par l'Opposition libérale et néo-démocrate est, une fois de plus, qu'elle défend les impérialistes étasuniens dans leurs efforts visant à dominer les sources de matières premières, les zones d'exportation de capital et les sphères d'influence.

Cependant, la Libye n'est pas l'unique préoccupation des impérialistes étasuniens en ce moment. Les préoccupations des États-Unis devant les vagues d'insurrections balayant l'ensemble de l'Afrique du Nord et le Moyen Orient ont été principalement concentrées sur l'Égypte. Ils y ont remué ciel et terre au début de février pour sauvegarder leur influence en fabriquant une soi-disant transition pacifique vers un régime militaire pouvant perpétuer le système de pouvoir et les politiques de Hosni Moubarak en son absence. Plus récemment, les impérialistes étasuniens se sont vus interpellés par le soulèvement au Bahreïn qui abrite la cinquième flotte étasunienne en plein dans le golfe Persique et qui sert de base stratégique pour mener des menaces contre la République islamique d'Iran. Enfin, les États-Unis s'inquiètent aussi de la situation peu reluisante du régime Saleh, régime qu'ils maintiennent au pouvoir depuis des décennies au Yémen. Entre autres, le Yémen leur sert de base afin de surveiller de près les provisions de pétrole que l'Arabie saoudite et le Soudan font parvenir à la Chine. En ce qui concerne l'Arabie saoudite, son monarque souffrant aurait quitté les États-Unis pour y retourner avec en poche une somme de 37 milliards $ pour essayer de faire avorter toute manifestation du peuple dans le Royaume saoudien.

Même si l'attroupement d'États impérialistes concentre présentement toute son attention sur la Libye et se prépare à intervenir dans la région par le biais de ce pays, rien ne garantit qu'une guerre serait confinée à la Libye. Dans tous ces développements, les principales préoccupations des États-Unis sont les mêmes qu'avant la vague des mouvements populaires, c'est-à-dire :

1- Quels intérêts contrôlent le pétrole ?

2- Comment continuer de répondre aux besoins et aux préoccupations de l'État d'Israël et comment protéger celui-ci en tant qu'occupant des terres arabes et en tant que garde prétorienne du canal de Suez dans les intérêts du système impérialiste d'États ?

(Traduction : LML)

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L'hypocrisie du gouvernement canadien pour justifier des sanctions contre la Libye

Il semble qu'il n'y a pas de limite à l'hypocrisie, la duplicité et l'arrogance du gouvernement Harper, la classe dirigeante canadienne et la prétendue opposition officielle.

Le 21 février, le premier ministre Harper a déclaré, entre autres choses : « Nous trouvons que les actions du gouvernement [libyen], faire feu contre ses propres citoyens, sont scandaleuses et inacceptables. Nous demandons au gouvernement de cesser immédiatement cette violence. » « Le Canada exhorte les forces libyennes à respecter les droits fondamentaux des manifestants, y compris leur droit à la liberté d'expression et de réunion », a ajouté M. Harper. « Nous encourageons le gouvernement de la Libye à engager un dialogue pacifique avec son peuple, vers la réforme politique et économique. Au nom de notre gouvernement, je tiens à exprimer mes condoléances aux familles de ceux qui ont été tués pendant les manifestations », a-t-il dit.

De toute évidence, la détention de plus de 1 000 personnes lors d'une manifestation contre les réunions du G8 et du G20 à Toronto et les mauvais traitements qu'elles ont subis, dans de nombreux cas carrément brutaux et inhumains, ne sont pas un problème pour Harper parce que, vraisemblablement, il considère cela comme une juste cause.

Le ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon a également déclaré le 21 février : « Le Canada condamne fermement la répression violente des manifestants innocents qui s'est soldée par de nombreux blessés et tués. Nous appelons les forces de sécurité libyennes à respecter les droits fondamentaux des manifestants et à défendre leur attachement à la liberté d'expression et le droit de réunion. Les autorités libyennes doivent faire preuve de retenue et cesser l'utilisation de la force meurtrière contre les manifestants. »

Sanctions

En dépit de ne pas geler les avoirs de l'ancien président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali et sa famille tel que demandé par l'actuel gouvernement tunisien, Harper a annoncé le 27 février des sanctions canadiennes contre la Libye en plus de celles imposées par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il a déclaré : « Le Canada a décidé d'aller au-delà des sanctions du Conseil de sécurité. Notre gouvernement va imposer un gel des avoirs et une interdiction de transactions financières avec le gouvernement de la Libye, de ses institutions et organismes, y compris la Banque centrale libyenne. »

« La responsabilité première et la plus fondamentale d'un gouvernement est de protéger la sûreté et la sécurité de ses citoyens. M. Kadhafi a ouvertement violé cette confiance des plus élémentaires. Loin de protéger le peuple libyen contre le danger, il est à l'origine des dangers auxquels il est confronté. Il est clair que sa seule voie d'action acceptable est de mettre fin à l'effusion de sang et de démissionner immédiatement de sa position et de son autorité», a-t-il ajouté.

Pourquoi « oui » à la Libye et « non »à la Tunisie ? Quand il s'agit de la Tunisie, nous sommes informés que « les efforts visant à geler l'argent tandis que la police enquête sur les allégations qu'il a été pillé ont atteint une impasse -- la GRC dit qu'elle ne peut agir jusqu'à ce qu'elle obtienne davantage de preuves de la Tunisie mais la nation d'Afrique du Nord a besoin d'aide du Canada pour recueillir cette information. »

Dans une entrevue, un commandant de la GRC a déclaré qu'elle n'a pas assez de preuves en vertu des strictes lois canadiennes sur les produits de la criminalité pour convaincre un juge d'ordonner le gel des avoirs du clan de l'ancien président Zine el-Abidine Ben Ali.

« Nous n'avons pas encore reçu la preuve », a déclaré Bob Paulson, commissaire adjoint de la GRC chargé de la police fédérale et internationale. « Dans la mesure où les Tunisiens fournissent des preuves d'une infraction substantielle qui mène vers l'argent, nous pouvons imposer des contraintes et confisquer en vertu du Code criminel. »

« ... La Tunisie, cependant, a besoin de l'aide judiciaire et de l'expertise médico-légale des Canadiens afin de creuser dans le monde trouble du blanchiment d'argent et du pillage des actifs», a dit l'ambassadeur Mouldi Sakri. « Nous avons besoin de l'aide du Canada pour découvrir la source de l'argent. Ils ont les moyens de le faire ici », a-t-il ajouté.

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Un projet de loi visant à geler les avoirs de régimes corrompus

Encore l'hypocrisie au nom du soutien
à la «réforme démocratique et l'imputabilité»

Le 3 mars 2011, quatre jours après avoir annoncé qu'il gelait les avoirs de Mouammar Kadhafi de la Libye, le gouvernement Harper a déposé au Parlement le projet de loi sur le blocage des biens de régimes corrompus. L'objectif déclaré de cette législation est de geler « les actifs que d'anciens dirigeants étrangers répressifs pourraient détenir au Canada. »

Ce projet de loi permettra au gouvernement du Canada de saisir les actifs du président tunisien destitué Zine el-Abidine Ben Ali, en réponse à une demande de l'actuel gouvernement tunisien. Il sera en mesure de saisir les biens sans imposer de sanctions sur la Tunisie comme c’est généralement le cas en relations internationales. Selon la logique, la Tunisie est en « transition démocratique » et les sanctions ne «contribuent» pas à cette transition, contrairement au cas de la Libye, où on dit que les sanctions sont justifiées et que le gouvernement Harper a déjà imposé des sanctions et donné le feu vert à la saisie des biens appartenant à Kadhafi.

Prenant la parole lors de l'annonce, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon a déclaré : « J'ai déposé aujourd'hui au Parlement le projet de loi sur le gel des actifs de régimes corrompus afin de donner au gouvernement du Canada des outils nouveaux et plus robustes pour lutter contre la corruption et l'appropriation de fonds de l'État par des dirigeants étrangers répressifs. »

Selon un communiqué du gouvernement, le projet de loi « permettra au Canada, à la demande d'un État étranger, de geler les actifs que leurs anciens dirigeants et des membres de leur entourage, y compris de leur famille, de hauts fonctionnaires et des associés, pourraient détenir dans des institutions financières canadiennes. La loi accordera également au Canada le pouvoir de saisir tous les biens que de telles personnes pourraient posséder au pays. »

Avec ce projet de loi, le gouvernement Harper prétend agir pour promouvoir la démocratie et l'imputabilité. « Cette nouvelle loi permettra au Canada d'appuyer les réformes démocratiques et l'obligation de rendre compte en s'assurant que les biens détournés peuvent être gelés immédiatement, sur réception d'une demande écrite d'un État étranger», peut-on lire dans le communiqué.

En d'autres termes, le Canada peut maintenant prétendre « aider » les pays que les États-Unis et le Canada veulent ouvertement dominer tout en imposant des sanctions à tout pays comme bon lui semble. C'est donner le feu vert à l'ingérence dans les affaires internes de pays souverains au nom d'idéaux supérieurs. Cela n'a rien à voir avec la défense des grands idéaux comme le gouvernement le prétend.

Document d'information
Loi sur le blocage des biens de régimes corrompus

À l'heure actuelle, deux cadres juridiques fédéraux distincts permettent de geler des biens au Canada de personnes nommément désignées, à savoir 1) par l'imposition d'un régime de sanctions économiques en vertu de la Loi sur les Nations Unies ou de la Loi sur les mesures économiques spéciales ou 2) à la suite d'une demande d'entraide juridique dans le contexte de la Loi sur l'entraide juridique en matière criminelle (LEJMC) ou en vertu du Code criminel.

Les sanctions peuvent ne pas être un véhicule disponible ou approprié pour le gel des biens. Par exemple, si l'État en question est dans le processus de transformation démocratique, les sanctions peuvent devenir un obstacle à la fourniture d'aide au développement ou à la démocratisation.

La procédure prévue à la LEJMC oblige un État étranger de produire des preuves d'activités criminelles ou l'existence d'une procédure judiciaire ou une ordonnance du tribunal, afin que les autorités canadiennes soient en mesure d'agir sur les biens qui se trouvent en sol canadien. Les nouvelles autorités d'un pays étranger dans un état d'agitation ou d'incertitude politique peuvent trouver difficile de fournir cette preuve dans un court délai et le temps requis pour le faire peut permettre à l'étranger en question de dissimuler ou dilapider les avoirs.

La Loi sur le blocage des biens de régimes corrompus permettra au gouvernement du Canada de geler les biens ou restreindre la propriété d'étrangers politiquement vulnérables (anciens dirigeants, membres de leur famille, des hauts fonctionnaires et leurs proches collaborateurs) sur réception d'une demande écrite d'un État où le gouverneur en conseil a déterminé que le pays est dans un état d'agitation ou d'incertitude politique. Elle permettra une telle ordonnance sans exiger la preuve de la criminalité ou l'identification spécifique des avoirs. Les avoirs seront gelés pour une période allant jusqu'à cinq ans dans l'intérêt des relations internationales, de manière à permettre à l'État étranger d'engager la procédure nécessaire pour permettre la saisie et la confiscation des biens situés au Canada. Cette période de temps peut être renouvelée.

La Loi sur le gel des biens de régimes corrompus prévoit également que le ministre des Affaires étrangères peut recommander la révocation ou l'abrogation d'une ordonnance si la personne ne répond pas à la norme d'un « étranger politiquement vulnérable » ; il peut émettre des permis pour traiter de certains biens et peut émettre les certificats dans les cas d'erreur d'identité ou prévoir des exemptions pour les dépenses raisonnables.

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OTAN: Bas les pattes devant la Libye!

L'occident impérialiste a peur des révolutions en Afrique et dans le monde arabe :
Non à l'ingérence et à l'intervention de l'OTAN/ONU en Libye !

Par la rue et la grève les peuples de Tunisie et d'Égypte ont chassé les pro-consuls étasuniens et européens, Ben Ali et Moubarak et leurs partis (le RCD et le PND), membres de l'Internationale socialiste. Ces révolutions démocratiques s'étendent maintenant de façon inégale à toute l'Afrique du nord et au monde arabe. Tour à tour les peuples s'emparent des rues en Algérie, au Maroc, en Libye, à Bahreïn, à Oman, au Koweït, au Yémen, en Arabie saoudite et même en Irak, etc. L'ingérence impérialiste qui s'est manifestée dès le début par les injonctions arrogantes et manipulatrices d'Obama, Merkel et Sarkozy, lâchant les tyrans Ben Ali et Moubarak, devient maintenant une menace d'intervention militaire contre Kadhafi.

Tout y passe : les médias occidentaux grouillent d'allusions jamais prouvées de « mercenaires noirs, serbes, bosniaques qui tuent des Libyens pour le compte de Kadhafi » alors que les mêmes ont monnayé pour 5 milliards d'euros la transformation de la Libye en un centre de rétention à ciel ouvert pour juguler les flux migratoires provenant d'Afrique noire ; la rumeur entretenue pendant 24h sur « la fuite de Kadhafi au Venezuela » est ensuite remplacée par « Kadhafi qui génocide son peuple par des bombardements aériens aveugles et utilisent des tortionnaires » et des justifications prétendument « humanitaires de l'arrestation de soldats Hollandais » donc de l'OTAN en territoire libyen. Les USA et l'UE se précipitent pour demander des sanctions au Conseil de sécurité de l'ONU et le gel des avoirs de Kadhafi, ce qu'ils n'ont fait ni contre Ben Ali, ni contre Moubarak et ni contre aucun de leurs vassaux qui tuent chaque jour dans les pays actuellement en révolte. Et successivement on apprend que des ambassadeurs de la Libye à l'ONU et dans plusieurs capitales de l'UE rejoignent le camp des « libérateurs de Benghazi », bizarrement lieu où se concentre la production pétrolière libyenne et les 44 milliards de barils de réserves prouvées.

Pendant ce temps les médias occidentaux nous submergent d'images d'une émigration massive en particulier d'Égyptiens de la Libye non vers leur pays à l'est soi-disant « libéré par les anti-Kadhafi » mais, là aussi bizarrement, vers la Tunisie, pays de départ du vent démocratique d'où partent maintenant des appels à « l'aide humanitaire pour contenir le flot d'immigrés ».

En fait il apparaît nettement que l'OTAN veut intervenir en Libye pour faire pression sur la révolution égyptienne en cours et pour submerger la révolution tunisienne par un afflux massif qui lui permettra d'y prendre pied au nom de « l'ingérence humanitaire ». Kadhafi, qui a été un adversaire de l'Occident impérialiste avant de se soumettre, devient le nouveau Saddam Hussein du monde arabe à abattre et pendre. L'actuelle campagne anti-Kadhafi est une diversion impérialiste pour retourner le contexte actuel contre les peuples en révolution. Il s'agit aussi de stopper l'approfondissement et l'extension de la révolution au second pilier décisif du dispositif de domination US qu'est l'Arabie Saoudite après le premier qu'est Israël et la chute en cours du troisième qu'est l'Égypte.

La Tunisie où deux gouvernements ont été remaniés et où le peuple vient d'obtenir le départ du premier ministre de la transition et l'Égypte où le pouvoir militaire appelle en vain à l'arrêt des grèves sont devenus le cauchemar des impérialistes et des dictatures semi-coloniales en Afrique et dans le monde arabe. L'exclusion arbitraire du candidat du Parti communiste du Bénin dans les élections est aussi un signe de la peur du vent libérateur au sein des pouvoirs françafricains aux abois.

Les révolutions en cours ont un caractère démocratique en ce sens qu'elles renversent des tyrannies autocratiques apatrides pro-impérialistes. Mais elles ont aussi une dimension sociale que révèle la poursuite de la mobilisation et les grèves massives en Tunisie et en Égypte. Le jeune Bouazizi s'est immolé parce que la dictature corrompue de Ben Ali appliquant les diktats libéraux du FMI et de la BM l'empêchait de vivre de son diplôme universitaire et de survivre comme marchand de rue de légumes.

C'est en cela que les révolutions démocratiques actuelles sont aussi antilibérales et objectivement anti-impérialistes. Le vent libérateur antilibéral et anti-impérialiste actuel en Afrique et dans le monde arabe prolonge et fusionne avec les victoires antilibérales et anti-impérialistes en Amérique du sud nées de la résistance de Cuba. C'est cela le spectre du martyr Bouazizi qui hante les nuits des Obama, Merkel, Sarkozy et de leurs valets néo-coloniaux.

Pour Ferñent, seul le peuple libyen a le droit en toute souveraineté de décider du sort de Kadhafi.

À bas l'impérialisme !
Vive la seconde phase de libération nationale des peuples opprimés !

1er mars 2011

Ferñent / Mouvement des Travailleurs Panafricains, Sénégal
« Union libre des peuples libres d'Afrique. Solidarité internationaliste des travailleurs »

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Quand on efface la mémoire historique:
sur la place flottent les drapeaux du roi Idris


Drapeau du Royaume de la Libye, 1951-1969

Une fois Benghazi tombée, les rebelles ont descendu le drapeau vert de la République de la Libye pour hisser à sa place la bannière rouge, noire et verte ornée du croissant et de l'étoile : le drapeau de la monarchie du roi Idris. Le même drapeau a été hissé par des protestataires (y compris ceux du Partito democratico et du Rifondazio communista) devant l'ambassade libyenne à Rome, scandant : « Voici le drapeau de la Libye démocratique, celui du roi Idris. » C'était là un acte symbolique, riche en histoire et en brûlants événements actuels.

L'émir de Cyrénaïque

L'émir de Cyrénaïque et Tripoli, Sidi Mohamed Idris al Mahdi al Senussi, a été porté sur le trône de la Libye par les Britanniques lorsque le pays a acquis son indépendance en 1951. La Libye était une colonie italienne depuis 1911. Elle est devenue une monarchie fédérale, dont le roi Idris était le chef d'État, avec le droit de le transmettre à ses héritiers. C'était toujours le roi qui nommait le premier ministre, le Conseil des ministres et la moitié des membres du Sénat, et qui avait le droit de dissoudre la Chambre des représentants.

Selon un traité de vingt ans « d'amitié et d'alliance » avec l'Angleterre, en 1953 le roi Idris, en échange d'aide financière et militaire, a donné aux Britanniques l'usage de bases aériennes, navales et terrestres en Cyrénaïque et en Tripolitania. Un accord semblable a été conclu en 1954 avec les États-Unis, qui ont obtenu l'usage de la base aérienne de Wheelus, à l'extérieur de Tripoli. Elle est devenue la principale base aérienne américaine dans la Méditerranée. De plus, les États-Unis et l'Angleterre étaient en mesure d'utiliser les aires de tir en Libye pour leur aviation militaire. Avec l'Italie, le roi Idris a conclu en 1956 un accord qui non seulement dégageait l'Italie de tous les dommages à la Libye, mais permettait à la communauté italienne de Tripoli de conserver ses actifs intacts.

La Libye est devenue encore plus importante pour les États-Unis et la Grande-Bretagne lorsque, à la fin de 1956, la compagnie Esso (ExxonMobil) des États-Unis a confirmé l'existence de grands champs pétroliers et que d'autres ont été bientôt découverts. Les grandes compagnies, comme Esso des États-Unis et British Petroleum de Grande-Bretagne, ont obtenu des concessions avantageuses qui assuraient leur contrôle et le gros des profits du pétrole de la Libye. La compagnie italienne Eni a aussi obtenu deux concessions, par le biais de Agip. Pour un meilleur contrôle, la forme fédérale de gouvernement a été abolie en 1963, éliminant les régions historiques de Cyrénaïque, Tripolinia et Fezzan.

Les protestations des nationalistes libyens, qui accusaient le roi Idris de vendre le pays, ont été étouffées par la répression policière. La rébellion a cependant grandi, particulièrement au sein des forces armées. Un coup d'État en a résulté – dont le chef était Mouammar Khadafi – mené sans effusion de sang en 1969 par seulement 50 officiers qui s'appelaient les « Officiers libres », suivant le modèle de Nasser.

Avec l'abolition de la monarchie, la République de Libye a forcé en 1970 les forces américaines et britanniques à évacuer leurs bases militaires et, l'année suivante, elle a nationalisé les propriétés détenues par British Petroleum et forcé d'autres compagnies à payer à l'État libyen une part beaucoup plus élevée de leurs profits.

La propagande de 1911

Le drapeau du roi Idris, qui flotte de nouveau maintenant sur la guerre civile en Libye, est la bannière de ceux qui, en manipulant la lutte de ceux qui combattent réellement pour la démocratie contre le régime de Khadafi, veulent ramener la Libye sous le contrôle des puissances qui la dominaient avant. Ces forces dirigées par les États-Unis se préparent à atterrir en Libye sous le prétexte du « maintien de la paix ». Pendant ce temps, de concert avec le Pentagone, le ministre italien de la Défense, Ignacio La Russa, a annoncé que des avions militaires partiraient de Sigonella (en Sicile) pour aller se poser en Libye « dans un but purement humanitaire ». La même « intervention humanitaire » que les pacifistes et ceux qui agitent le drapeau du roi Idris demandent « de façon urgente ». Mais ils oublient l'histoire. Ils doivent se rappeler qu'il y a un siècle, en 1911, l'occupation de la Libye par l'Italie, préparée par une propagande incessante, était appuyée par la majorité de l'opinion publique. On chantait alors dans les cabarets: « Tripoli, chant d'une terre d'amour, viens là où coule le sirop. » Les époques changent ; on parle maintenant du « grondement des fusils ».

(Traduit de l'Italien par John Catalinotto. Traduit de l'anglais par LML)

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À titre d'information
La doctrine impérialiste
de la «Responsabilité de protéger»

Les origines de la doctrine de la Responsabilité de protéger remontent à septembre 2000, lorsque le gouvernement canadien a lancé la Commission internationale de l'intervention et de la souveraineté des États dans le but de « travailler à bâtir un nouveau consensus mondial sur un rôle de protection humaine pour la communauté internationale ». La Commission s'est tenue tout de suite après la guerre contre la Yougoslavie sous le drapeau de l'OTAN, au cours de laquelle le Canada s'est fait le champion de la « Plate-forme de la sécurité humaine » pour justifier « l'intervention humanitaire » menée par l'OTAN.

Le rapport final de la Commission sur l'intervention et la souveraineté des États, La responsabilité de protéger, a été présenté aux Nations unies en décembre 2001, et de nouveau en 2005 au Sommet mondial. La doctrine met de l'avant une notion de souveraineté des États et de l'intervention très différente de celle de la Charte des Nations unies :

« La souveraineté de l'État engage la responsabilité, et la responsabilité première de la protection de la population repose entre les mains de l'État lui-même. Là où une population souffre d'un préjudice sérieux, à cause d'une guerre interne, d'insurrection, de répression ou de défaillance de l'État, que l'État en question ne veut pas ou n'est pas en mesure de stopper ou d'éviter, le principe de non-intervention cède la place à la responsabilité internationale de protéger. »

Des chefs d'État et des gouvernements ont fait passer le texte suivant sur la Responsabilité de protéger, partie du document final de la rencontre plénière de haut niveau de l'Assemblée générale, également connue sous le nom de Sommet mondial, en septembre 2005 :

« 138. Chaque État individuel a la responsabilité de protéger ses populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l'humanité. Cette responsabilité entraîne la prévention de ces crimes, y compris de leur incitation, par des moyens appropriés et nécessaires. Nous acceptons cette responsabilité et nous agirons en conformité avec elle. La communauté internationale doit, de façon appropriée, encourager et aider les États à exercer cette responsabilité et appuyer la mise sur pied par l'ONU d'une capacité avancée d'avertissement.

« 139. La communauté internationale, par le biais des Nations unies, a aussi la responsabilité d'utiliser des mesures diplomatiques, humanitaires et autres moyens pacifiques, en conformité avec les chapitres VI et VIII de la Charte, pour aider à protéger les populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l'humanité. Dans ce contexte, nous sommes préparés à prendre une action collective, à temps et de façon décisive, par le biais du Conseil de sécurité, au cas par cas et en coopération avec les organisations régionales appropriées, si les moyens pacifiques s'avèrent inadéquats et que les autorités nationales échouent de manière manifeste à protéger leurs populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l'humanité. Nous soulignons le besoin pour l'Assemblée générale d'une attention soutenue à l'égard de la responsabilité de protéger les populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l'humanité et de leurs implications, en gardant à l'esprit les principes de la Charte et le droit international. Nous avons aussi l'intention de nous engager, tel que nécessaire et de manière appropriée, à aider les États à bâtir la capacité de protéger leurs populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l'humanité, et à porter assistance à ceux qui sont en proie à des difficultés avant l'éclatement des crises et des conflits.

« 140. Nous appuyons pleinement la mission du Conseiller spécial du secrétaire-général sur la prévention du génocide. »

L'intervention militaire et la responsabilité de protéger

« La doctrine responsabilité de protéger telle que décrite par la Commission internationale de l'intervention et de la souveraineté des États établit les critères suivants pour déclencher une intervention militaire :

« L'intervention militaire dans un but de protection humaine est une mesure exceptionnelle et extraordinaire. Pour être justifiée, il doit y avoir un préjudice sérieux et irréparable infligé à des êtres humains, ou encore imminent, de la nature suivante :

« – pertes de vie à grande échelle, réelle ou appréhendée, avec ou sans intention de génocide, qui est soit le produit de l'action délibérée de l'État, soit de la négligence ou de l'incapacité d'agir de l'État, ou la situation d'un État en défaillance, ou

« – le nettoyage ethnique à grande échelle, réel ou appréhendé, qu'il soit mené par la tuerie, l'expulsion forcée, des actes de terreur ou le viol.

« (2) Les principes de précaution

« L'intention appropriée : Le premier but de l'intervention, quelques soient les motifs que peuvent avoir les autres États intervenants, doit être de mettre fin ou d'éviter la souffrance humaine. L'intention appropriée est mieux assurée par des opérations multilatérales, appuyées de façon claire par l'opinion régionale et les victimes concernées.

« Le dernier recours : L'intervention militaire ne peut être justifiée que lorsque toutes les options non militaires pour prévenir la crise ou la résoudre pacifiquement ont été envisagées, avec des bases raisonnables de croire que des mesures moins drastiques n'auraient pas réussi.

« Les moyens proportionnés : L'étendue, la durée et l'intensité de l'intervention prévue doivent être le minimum nécessaire pour s'assurer d'atteindre l'objectif de protection humaine.

« Les perspectives raisonnables : Il doit y avoir des chances raisonnables de stopper ou d'empêcher la souffrance qui a justifié l'intervention, et les conséquences de l'action ne doivent pas être pires que les conséquences de l'inaction. »

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Bulletin du 7 mars 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca