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Non
à l'occupation «humanitaire» impérialiste de
la Libye!
Opposition aux plans de l'OTAN et des
États-Unis d'invasion de la Libye
Déclaration du ministère des Relations
extérieures de Cuba au Conseil des droits de l'Homme
- Genève, le 1er mars 2011 -
Cuba s'oppose
catégoriquement à toute tentative de tirer profit de la
situation tragique qui s'est créée pour occuper la Libye
et contrôler son
pétrole.
M. le Président :
La conscience humaine rejette la mort de personnes
innocentes, peu importe les circonstances et le lieu. Cuba partage
pleinement la préoccupation mondiale devant
les pertes de civils en Libye, et souhaite que son peuple puisse
trouver une solution pacifique et souveraine à la guerre civile
qui déchire ce pays, sans aucune ingérence
étrangère, et qui puisse garantir
l'intégrité de cette nation.
Il ne fait aucun doute que le peuple libyen s'oppose
à toute intervention militaire étrangère, qui ne
ferait qu'éloigner un arrangement et provoquerait des milliers
de morts,
de déplacés et d'énormes dommages à la
population.
Cuba s'oppose catégoriquement à toute
tentative de tirer profit de la situation tragique qui s'est
créée pour occuper ce pays et contrôler son
pétrole.
Il est notoire que c'est la voracité pour les
hydrocarbures et non pas la paix ni la protection de la vie des Libyens
qui anime les forces politiques, notamment
conservatrices, qui appellent aujourd'hui, aux États-Unis et
dans certains pays d'Europe, à une intervention militaire de
l'OTAN en territoire libyen. L'objectivité, l'exactitude
et la recherche de la vérité ne semblent pas être
non plus les tendances prédominantes dans une partie de la
presse, utilisée par les grands managers des médias pour
attiser
le feu.
Devant l'ampleur des événements qui se
déroulent en Libye comme dans le monde arabe en
général, et dans des circonstances de crise
économique mondiale, les
gouvernements des pays développés devraient faire preuve
de responsabilité et se doter d'une vision à long terme.
Même si l'on peut induire en erreur une bonne partie de
l'opinion publique, il est évident qu'une intervention militaire
conduira à une guerre et entraînera de graves
conséquences en termes de vies humaines, notamment pour les
milliards de pauvres qui constituent les quatre cinquièmes de
l'humanité.
Même si pour l'instant nous manquons encore
d'informations, la réalité est que la situation au
Moyen-Orient et en Afrique du Nord a ses origines dans la crise de la
politique de pillage imposée par les États-Unis et leurs
alliés de l'OTAN dans cette région. Les prix des aliments
ont triplé, la pénurie d'eau règne, les
déserts progressent,
la pauvreté s'aggrave et, comme corollaire, des outrageantes
inégalités sociales et une exclusion dans la distribution
des grandes richesses pétrolières de la région.
Le droit humain fondamental est le droit à la vie
que l'on ne mériterait pas de vivre sans dignité humaine.
Nous voyons avec une profonde préoccupation la
manière dont le droit à la vie est foulé aux
pieds. D'après des sources diverses, plus de 111 millions
de personnes
sont mortes dans des conflits armés associés aux guerres
modernes. On ne saurait oublier dans cette salle que si pendant la
Première Guerre mondiale les morts civils n'avaient
constitué que 5 % du total des pertes, dans les guerres de
conquêtes ultérieures à 1990, notamment en Irak,
avec plus d'un million, et en Afghanistan avec plus de
70 000, les morts innocentes totalisent plus de 90 %. La
proportion d'enfants comprise dans ces chiffres est horrible et
inédite.
La doctrine militaire de l'OTAN et des nations les plus
puissantes a introduit le concept de « dommages
collatéraux », qui constitue une insulte à la
nature
humaine. Au cours de la dernière décennie, le Droit
international humanitaire a été bafoué, comme en
témoignent les violations commises dans la base navale
étasunienne
de Guantanamo, qui usurpe une portion du territoire de Cuba.
Du fait de ces guerres, le total mondial de
réfugiés a augmenté de 34 %,
c'est-à-dire à plus de 26 millions de personnes.
Les dépenses militaires se sont accrues de
49 % en dix ans et se chiffrent à 1,5 billion de
dollars, dont plus de la moitié sont à mettre au compte
des États-Unis. Le complexe militaro-industriel continue de
provoquer des guerres.
Chaque année, environ 740 000 personnes sont
tuées dans actes violents liés au crime organisé,
et non seulement à des conflits.
Dans un pays d'Europe, une femme meurt tous les cinq
jours victime de la violence domestique. Dans les pays du Sud, un demi
million de femmes meurt de
complications liées à l'accouchement.
Chaque jour, 29 000 enfants sont emportés
par la faim et la maladie. Pendant les minutes où j'ai pris la
parole, pas moins de 120 enfants sont morts. Quatre millions
d'enfants meurent pendant leur premier mois de vie. Au total,
11 millions d'enfants meurent chaque année.
On enregistre 100 000 décès chaque jour –
30 millions par an – de causes liées à la
dénutrition.
1 836 personnes – noires et pauvres dans la
quasi-totalité – sont mortes rien que pendant l'ouragan Katrina,
dans le pays le plus développé
du monde. Au cours des deux dernières années, 470 000
personnes sont mortes dans le monde victimes de catastrophes
naturelles, 97 % d'entre elles aux faibles
revenus.
En Haïti, le tremblement de terre de janvier 2010 a
tué plus de 250 000 personnes qui vivaient presque toutes dans
des logements précaires. C'est aussi le cas des victimes
des inondations provoquées par les pluies torrentielles à
Rio de Janeiro et Sao Paulo, au Brésil.
Si les pays en développement pouvaient afficher
des taux de mortalité infantile et maternelle comme ceux de
Cuba, on pourrait sauver chaque année 8,4 millions
d'enfants et 500 mères. Dans l'épidémie de
choléra qui sévit dans la République soeur
d'Haïti, les médecins cubains assurent la prise en charge
de près de la moitié des
malades, avec un taux de mortalité cinq fois inférieur
à celui enregistré chez les patients soignés par
les médecins d'autres pays. La coopération
médicale internationale cubaine
a permis de sauver plus de 4,4 millions de vies dans des dizaines
de pays de quatre continents.
La dignité humaine est un droit fondamental.
Aujourd'hui, 1,4 milliards de personnes vivent dans
l'extrême pauvreté. Il y a 1,2 milliards
d'affamés et
2 autres milliards souffrant de dénutrition. Et
759 millions d'analphabètes.
M. le Président :
Le Conseil a fait preuve de sa capacité à
aborder les situations de violation de droits de l'Homme dans le
monde, y compris celles revêtant un caractère urgent et
exigeant
l'attention et l'action de la communauté internationale.
L'utilité de l'Examen périodique universelle en tant que
mécanisme de coopération internationale pour
évaluer le
comportement en la matière de tous les pays sans exception, a
été confirmée.
Préserver, perfectionner et renforcer ce Conseil
dans sa fonction de promotion et protection efficace de tous les droits
humains pour tous, tel est l'esprit qui a animé notre
démarche lors du processus de révision de cet organe.
Les résultats de cet exercice constituent une
reconnaissance des importants succès obtenus par le Conseil
pendant sa courte existence. Même si les accords obtenus sont
encore insuffisants à la lumière des revendications des
pays en développement, cet organe a été
préservé de ceux qui prétendaient le
réformer à leur guise pour satisfaire
leurs appétits hégémoniques et ressusciter le
passé de conflits, de double standard, de
sélectivité et d'impositions.
Les débats de ces jours-ci devraient nous faire
espérer que ce Conseil des droits de l'Homme continuera
d'avancer dans son processus de création et de perfectionnement
institutionnel, dans le plein exercice de son mandat.
Il serait très négatif que sous
prétexte de révision de la construction institutionnelle
du Conseil et en abusant de circonstances dramatiques précises,
le réexamen du
fonctionnement du Conseil soit l'objet de manipulation et de pression
opportuniste pour établir des précédents et
modifier les règles communes.
Si le droit humain essentiel est celui à la vie,
le Conseil sera-t-il prêt à suspendre les pays membres qui
déclenchent une guerre ?
Le Conseil apporterait-il une contribution substantielle
pour juguler la principale menace à la vie de l'espèce
humaine que constituent les énormes arsenaux d'armes
nucléaires, dont l'infime partie, l'explosion de 100 ogives,
provoquerait l'hiver nucléaire, comme l'indiquent des preuves
scientifiques irréfutables ?
Mettra-t-il en place une thématique sur l'impact
du changement climatique dans l'exercice des droits humains et
proclamera-t-il le droit à un environnement
sain ?
Suspendra-t-il les États qui financent et
fournissent l'aide militaire utilisée pour les violations
massives, flagrantes et systématiques des droits de l'Homme et
pour lancer
des attaques contre les populations civiles comme elles ont lieu en
Palestine ?
Appliquera-t-il des mesures à l'encontre des pays
puissants qui se servent de la haute technologie pour procéder
à des exécutions extrajudiciaires sur le territoire
d'autres
États, à l'aide de munitions intelligentes et de
drones ?
Qu'adviendra-t-il des États qui acceptent des
prisons illégales secrètes sur leur territoire et les
vols secrets transportant des personnes séquestrées, ou
participent à des
actes de torture ?
Le Conseil pourra-t-il adopter une Déclaration
sur le droit des peuples à la paix ?
Adoptera-t-il un Programme d'action comportant des
engagements concrets pour garantir le droit à l'alimentation en
ces temps de crise alimentaire marqués par la spirale
des coûts des denrées alimentaires et l'utilisation des
céréales pour la production des biocarburants ?
M. le Président :
Illustres ministres et
délégués :
Quelles mesures adoptera ce Conseil contre un
État membre qui commettra des actes qui causeront de grandes
souffrances et une grave atteinte à l'intégrité
physique
ou mentale, comme le blocus imposé à Cuba, typifié
comme un génocide à l'Article 2, alinéas b et c de
la Convention de Genève de 1948 ?
Merci beaucoup

Commentaires et analyses
La guerre inévitable de l'OTAN
- Fidel Castro -
Le 2 mars 2011
À la différence de
l'Égypte et de la Tunisie, la Libye occupe la première
place de toute l'Afrique en Indice du développement
humain et en espérance de vie. L'éducation et la
santé y reçoivent une attention spéciale de
l'État Le niveau culturel de sa population
est sans doute plus élevé. Ses problèmes sont
d'une autre nature. La population ne manquait pas d'aliments ni des
services sociaux
indispensables. Le pays avait besoin d'une importante main-d'oeuvre
étrangère pour concrétiser ses plans de production
et de
développement social ambitieux.
Aussi fournissait-il du travail à des centaines
de milliers d'Égyptiens, de Tunisiens, de Chinois et d'autres
nationalités. Il
disposait d'énormes ressources et réserves en devises
convertibles, déposées dans les banques des pays riches,
ce qui lui permettait
d'acheter des biens de consommation, voire des armes
perfectionnées, auprès de ces mêmes pays qui
veulent aujourd'hui l'envahir au nom
des droits humains.
La colossale campagne de mensonges orchestrée par
les médias a provoqué une grande confusion dans l'opinion
publique mondiale. Il se
passera du temps avant qu'on puisse reconstruire ce qu'il s'est
vraiment passé en Libye et trier les faits réels des
mensonges
divulgués.
Des chaînes sérieuses et prestigieuses
comme TeleSur ont été contraintes d'envoyer des reporters
et des opérateurs dans un camp et
dans l'autre pour informer de ce qu'il se passe vraiment.
Les communications étaient bloquées, les
diplomates honnêtes risquaient leur vie en parcourant les
quartiers et en observant les
activités, de jour ou de nuit, pour faire connaître les
événements. L'Empire et ses principaux alliés
recourent aux moyens les plus
perfectionnés pour diffuser des informations dont il faut
déduire des brins de vérité.
Les visages des jeunes qui protestaient à
Benghazi, des hommes et des femmes portant ou non le voile, exprimaient
sans aucun doute
une indignation réelle.
On peut apprécier l'influence qu'exerce encore la
composante tribale dans ce pays arabe où 95 p. 100 de la
population est
musulmane.
L'Empire et l'OTAN – sérieusement inquiets devant
la vague révolutionnaire déclenchée dans le monde
arabe qui produit une
grande partie du pétrole sur lequel repose l'économie de
consommation des pays développés et riches – ne pouvaient
pas laisser
filer l'occasion du conflit interne surgi en Libye pour promouvoir une
intervention militaire. Les déclarations formulées par
l'administration étasunienne dès le premier moment ont
été catégoriques à cet égard.
Les circonstances ne pouvaient être plus propices.
La droite républicaine a, aux élections de novembre
dernier, assené un coup très
fort au président Obama, cet expert en rhétorique.
Le groupe fasciste de la « mission
remplie », soutenu maintenant sur le plan idéologique
par les extrémistes du Tea Party,
a réduit les possibilités du président à un
rôle tout simplement décoratif ; son programme de
santé est en danger, ainsi que la
douteuse relance de l'économie à cause du déficit
budgétaire et du gonflement incontrôlable de la dette
publique qui bat désormais tous
les records historiques.
Malgré leur déluge de mensonges et la
confusion qu'ils ont semée, les États-Unis ne sont pas
parvenus à entraîner la Chine et la
Fédération de Russie à faire adopter par le
Conseil de sécurité une intervention militaire en Libye,
bien qu'ils aient obtenu en
revanche l'approbation de leur objectif momentané au Conseil des
droits de l'homme. La secrétaire d'État n'a laissé
planer aucun doute
quant à une intervention militaire : « Nous
n'écartons aucune option. »
Le fait est que, comme je l'avais prévu, la Libye
est désormais en proie à une guerre civile que les
Nations Unies n'ont rien pu
faire pour éviter, même si leur secrétaire
général a jeté sa bonne part d'huile sur le feu.
Le hic – ce que les différents acteurs
n'imaginaient sans doute pas – c'est que les chefs de la
rébellion ont déclaré
qu'ils refusaient toute intervention militaire étrangère.
Selon différentes agences de presse, Hafiz Ghoga,
porte-parole du Comité de la révolution, a
déclaré le lundi
28 février :
« "C'est le peuple libyen qui libérera
le reste du pays". »
« "Nous avons l'armée requise pour
libérer Tripoli" – a-t-il assuré en annonçant la
formation d'un "Conseil national"
pour représenter les villes du pays aux mains de l'insurrection.
« "Ce que nous voulons, ce sont des
informations secrètes, mais absolument pas qu'on touche à
notre souveraineté aérienne,
terrestre et maritime", a-t-il ajouté lors d'une rencontre avec
les journalistes dans cette ville située à mille
kilomètres à l'est de
Tripoli.
Selon une dépêche de l'AFP de lundi
dernier, « l'intransigeance des responsables de l'opposition
en matière de souveraineté
nationale reflétait l'opinion que de nombreux Libyens ont
manifestée spontanément à la presse internationale
à Benghazi ».
Une professeure de sciences politiques de
l'université de Benghazi, Abeir Imneina, a affirmé ce
même jour :
« " Il y a un très fort sentiment
national en Libye."
« "De plus, l'exemple de l'Irak fait peur
dans l'ensemble du monde arabe", souligne-t-elle, en
référence à l'invasion
américaine de 2003, censée apporter la démocratie
dans le pays, puis par contagion à l'ensemble de la
région, un scénario totalement
démenti par les faits.
« "On sait bien comment cela s'est
passé en Irak, qui se trouve en pleine instabilité,
ça ne donne vraiment pas envie de suivre
le même chemin. On ne veut pas que les Américains viennent
pour finir par devoir regretter Kadhafi".
« Selon Abeir Imneina, "il y a aussi le
sentiment que c'est notre révolution, que c'est à nous
qu'il appartient de la
faire". »
Quelques heures après la diffusion de cette
dépêche, deux des principaux journaux des USA, The New
York Times et The Washington
Post, s'empressèrent d'offrir de nouvelles versions sur ce
point, que rapporte l'agence DPA le 1er mars :
« L'opposition libyenne pourrait demander
à l'Occident de bombarder par air des positions
stratégiques occupées par des forces
fidèles au président Mouammar el-Kadhafi, fait savoir
aujourd'hui la presse étasunienne.
« La question est discutée par le
Conseil révolutionnaire libyen, précisent The New York
Times et The Washington Post dans
leurs versions numériques.
« Selon The New York Times, ces discussions
traduisent la frustration croissante des chefs rebelles devant la
possibilité que
Kadhafi récupère le pouvoir.
« Au cas où les actions
aériennes se réaliseraient dans le cadre des Nations
unies, cela n'impliquerait aucun intervention
internationale, a expliqué le porte-parole du Conseil,
cité par The New York Times.
« Le Conseil est constitué d'avocats,
d'universitaires, de juges et de notables de la société
libyenne.
« The Washington Post a cité des
rebelles qui reconnaissent que, sans l'appui de l'Occident, les combats
contre les forces
loyales à Kadhafi pourraient durer longtemps et coûter
beaucoup de vies. »
Il est curieux que cette liste du Conseil ne signale
aucun ouvrier, aucun paysan, aucun bâtisseur, aucune personne en
rapport avec
la production matérielle, ou un jeune étudiant ou un
combattant de ceux qu'on voit dans les manifestations. Pourquoi cette
insistance à
présenter les rebelles comme des membres éminents de la
société libyenne en train d'inviter les États-Unis
et l'OTAN à bombarder et à
tuer des Libyens ?
On saura un jour la vérité à
travers des gens comme la professeure de sciences politiques de
l'Université de Benghazi, si éloquente
quand elle raconte la terrible expérience qu'ont vécue
des millions d'Iraquiens, tués, sans abri, sans emploi ou
contraints
d'émigrer.
Aujourd'hui, mercredi 2 mars, l'agence EFE
présente ce porte-parole rebelle faisant des déclarations
qui, à mon avis, infirment
et confirment à la fois celles de lundi :
« Benghazi (Libye), 2 mars. La direction
rebelle en Libye a demandé aujourd'hui au Conseil de
sécurité de l'ONU de lancer
une attaque aérienne "contre les mercenaires" du régime
Mouammar el-Kadhafi.
« "Notre armée ne peut pas lancer des
attaques contre les mercenaires en raison de son rôle
défensif", a affirmé le porte-parole rebelle Hafiz Ghoga
en conférence de presse à
Benghazi.
« "Une attaque aérienne
stratégique est différente d'une intervention
étrangère, que nous refusons", a souligné le
porte-parole
de forces d'opposition qui se sont montrées contraires à
tout moment à une intervention militaire étrangère
dans le conflit
libyen. »
À laquelle des nombreuses guerres
impérialistes ressemblerait celle-ci ?
À celle d'Espagne en 1936, à celle de
Mussolini contre l'Éthiopie en 1935, à celle de George W.
Bush contre l'Iraq en 2003, ou à
n'importe laquelle des dizaines de guerres lancées par les
États-Unis contre les peuples d'Amérique, depuis
l'invasion du Mexique en
1846 jusqu'à celle des Malvinas en 1982 ?
Sans exclure, bien entendu, l'invasion mercenaire de
Playa Girón, la sale guerre et le blocus contre notre patrie,
une invasion dont
nous fêterons le cinquantième anniversaire le
16 avril prochain.
Toutes ces guerres, comme celle du Viet Nam qui a
coûté des millions de vies, ont eu pour points de
départ les justifications et les
mesures les plus cyniques.
Pour ceux qui doutent encore qu'une intervention
militaire aura forcément lieu en Libye, je tiens à citer
l'agence de presse AP, que
je considère bien informée, dont un dépêche
d'aujourd'hui affirme :
« Les pays de l'Organisation du Traité
de l'Atlantique Nord (OTAN) élaborent un plan d'urgence qui
prend pour modèle les zones
d'exclusion de vols établies dans les Balkans dans les
années 90, au cas où la communauté internationale
déciderait d'imposer un
embargo aérien sur la Libye, ont affirmé des
diplomates. »
Et de conclure :
« Selon ces fonctionnaires, qui devaient
conserver l'anonymat en raison du caractère délicat de la
question, les options
envisagées reprennent l'idée de la zone d'exclusion de
vols imposée par l'alliance militaire occidentale sur la Bosnie
en 1993, qui eut
l'aval du Conseil de sécurité, et lors des bombardements
de l'OTAN sur le Kosovo en 1999, QUI NE L'EURENT PAS. »
À suivre demain
* * *
Le 3 mars 2011
Quand, s'inspirant de son collègue
égyptien Abdel Gamal Nasser, le colonel de l'armée
libyenne, Mouammar el-Kadhafi, alors âgé
de vingt-sept ans, renversa le roi Idris Ier, il prit d'importantes
mesures révolutionnaires comme la réforme agraire et la
nationalisation du pétrole. Il consacra les revenus croissants
au développement économique et social, en particulier aux
services
éducationnels et sanitaires de la peu nombreuse population d'un
immense pays majoritairement désertique aux rares terres
cultivables.
Une mer d'eau fossile très étendue et
profonde gît sous ce désert. Et il m'avait semblé,
après avoir connu une zone de culture
expérimentale, que ces eaux seraient à l'avenir plus
précieuses que le pétrole.
La foi religieuse, prêchée avec la ferveur
qui caractérise les peuples musulmans, aidait en partie à
compenser la forte tendance
tribale qui caractérise encore ce pays arabe.
Les révolutionnaires libyens
élaborèrent leurs propres idées et les
appliquèrent dans des institutions juridiques et politiques que
Cuba se fit une norme de respecter.
Elle s'abstint absolument d'émettre des vues sur
les conceptions de la direction libyenne.
Mais je constate clairement que les États-Unis et
l'OTAN s'inquiètent surtout, non de ce qu'il se passe en Libye,
mais de la vague
révolutionnaire qui déferle dans le monde arabe et qu'ils
veulent freiner à tout prix.
Car il est incontestable que, ces dernières
années, les rapports des USA et de leurs alliés de l'OTAN
avec la Libye étaient
excellents..., jusqu'à la rébellion en Égypte et
en Tunisie.
Aucun dirigeant des pays de l'OTAN ne faisait
état de problèmes quand il rencontrait Kadhafi ; la
Libye était devenue une
source sûre de pétrole de grande qualité, de gaz,
voire de potasse. Les difficultés surgies entre eux dans les
premières décennies
avaient été surmontées.
Le pays s'était ouvert à l'investissement
étranger dans des secteurs stratégiques comme la
production et la distribution du
pétrole.
La privatisation avait touché de nombreuses
sociétés publiques. Le Fonds monétaire
international jouait son rôle béatifique dans la
mise en place de ces opérations.
Bien entendu, Aznar ne tarissait pas d'éloges
envers Kadhafi. Et, à sa suite, Blair, Berlusconi, Sarkozy,
Zapatero et jusqu'à mon
ami le roi d'Espagne défilèrent sous le regard narquois
du leader libyen. Ils étaient heureux.
J'ai l'air de me moquer, mais c'est faux. Car je me
demande tout simplement : pourquoi veulent-ils maintenant envahir
la Libye
et traduire Kadhafi devant la Cour pénale internationale de La
Haye ?
On l'accuse du matin au soir d'avoir fait tirer contre
des citoyens désarmés qui protestaient. Pourquoi ne
dit-on pas au monde que
ce sont les États-Unis, la Grande-Bretagne et d'autres
hôtes illustres de Kadhafi qui lui ont fourni les armes et
surtout les
équipements de répression sophistiqués qu'il
possède ?
Je m'oppose aux mensonges cyniques par lesquels on
prétend justifier l'invasion et l'occupation de la Libye.
Ma dernière visite à Kadhafi remonte
à mai 2001. Quinze années s'étaient
écoulées depuis que Reagan avait attaqué sa
résidence
plutôt modeste, mais il avait tenu à me faire constater
les grandes destructions qu'y avait causées la frappe directe de
l'aviation,
laquelle avait aussi tué sa petite fille de trois ans...
Assassinée par Ronald Reagan ! Il n'y avait pas eu dans ce
cas d'accord
préalable de l'OTAN, du Conseil des droits de l'homme ni du
Conseil de sécurité.
Ma visite antérieure datait de 1977, huit ans
après le début de la révolution en Libye. J'avais
visité Tripoli ; j'avais
participé au Congrès du peuple libyen à
Sebha ; j'avais parcouru les zones agricoles où se
déroulaient les premières
expérimentations à partir des eaux tirées de
l'immense mer fossile ; j'avais connu Benghazi où j'avais
fait l'objet d'un accueil
chaleureux. La Libye était un pays légendaire qui avait
été le théâtre de batailles historiques
durant la dernière guerre mondiale.
Elle ne comptait même pas six millions d'habitants, et ses
énormes réserves de pétrole léger et d'eau
fossile n'avaient pas encore été
découvertes. Et les anciennes colonies portugaises d'Afrique
s'étaient déjà libérées.
En Angola, nous avions lutté quinze années
durant contre les bandes mercenaires organisées par les
États-Unis sur des bases
tribales, contre le gouvernement de Mobutu et contre l'armée
raciste de l'apartheid, bien équipée et bien
entraînée. Celle-ci,
obéissant – on le sait aujourd'hui – à des instructions
des États-Unis, avait envahi l'Angola en 1975 pour
empêcher
son indépendance, et ses forces motorisées étaient
parvenues aux portes de Luanda. Plusieurs instructeurs cubains
moururent durant
cette invasion brutale face à laquelle nous
dépêchâmes de toute urgence des ressources.
Une fois expulsées du pays par les troupes
internationalistes cubaines et les troupes angolaises jusqu'à la
frontière de la Namibie
occupée par l'Afrique du Sud raciste, celle-ci reçut
pendant treize ans la mission de liquider la révolution en
Angola.
Elle mit au point l'armée atomique avec l'appui
des États-Unis et d'Israël. Et elle la possédait
déjà quand les troupes cubaines et
angolaises mirent en déroute ses forces terrestres et
aériennes à Cuito Cuanavale et, bravant les risques,
utilisant les tactiques et
les moyens classiques, progressèrent jusqu'à la
frontière namibienne où les troupes de l'apartheid
prétendaient résister. Nos troupes
ont, deux fois dans leur histoire, couru le risque d'être
attaquées par ce genre d'arme : en octobre 1962 et
dans le Sud
angolais, mais, dans ce second cas, même l'arme nucléaire
n'aurait pas empêché la défaite de l'Afrique du Sud
qui marqua la fin de son
système odieux. Tout ceci se passait sous l'administration
Ronald Reagan aux USA et sous Pieter Botha en Afrique du Sud.
Nul ne parle de cette aventure impérialiste, ni
des centaines de milliers de vies qu'elle a coûtées.
Je regrette d'avoir à rappeler ces faits quand un
autre grand risque pèse sur les peuples arabes parce qu'ils ne
se résignent plus au
pillage et à l'oppression dont ils sont victimes.
La révolution dans le monde arabe, que redoutent
tant les États-Unis et l'OTAN, est la révolution de ceux
qui n'ont aucun droit face
à ceux qui font étalage de tous les privilèges et
elle est donc appelée à être plus profonde que
celle qui éclata en Europe à partir de
la prise de la Bastille en 1789.
Même Louis XIV, qui proclama :
« L'État, c'est moi ! », ne
bénéficiait pas des prébendes du roi Abdallah
d'Arabie
saoudite, encore moins de l'immense richesse qui git sous la surface de
ce pays quasi désertique où les transnationales yankees
décident de l'extraction du pétrole et contrôlent
donc les cours mondiaux de ce produit.
Depuis que la crise a éclaté en Libye,
l'extraction du pétrole en Arabie saoudite a augmenté
d'un million de barils par jour, à un
coût minime, de sorte que les revenus de ce pays et de ceux qui
le contrôlent s'élèvent, rien qu'à ce titre,
à un milliard de dollars
par jour.
Mais que personne ne pense que le peuple saoudien baigne
dans la richesse. Les récits des conditions de vie de nombreux
travailleurs
du bâtiment et d'autres secteurs, contraints de travailler treize
ou quatorze heures par jour pour des salaires misérables, sont
émouvants.
Effrayée par la vague révolutionnaire qui
ébranle le système de pillage en place depuis les faits
dont les travailleurs ont été les
protagonistes en Égypte et en Tunisie, mais aussi par les
actions des jeunes chômeurs en Jordanie, dans les territoires
occupés de
Palestine, au Yémen, et même au Bahreïn et dans les
Émirats arabes aux revenus plus élevés, la haute
hiérarchie saoudite vit sous
l'impact des événements.
À la différence de ce qu'il se passait
autrefois, les peuples arabes reçoivent aujourd'hui des
informations presque immédiates,
quoiqu'extraordinairement manipulées, sur le cours des
événements.
Le pire pour le statut des secteurs
privilégiés, c'est que les faits – qui sont têtus,
on le sait – coïncident avec une
hausse considérable des cours des aliments et avec les
retombées dévastatrices des changements climatiques,
tandis que les États-Unis,
le plus gros producteur de maïs au monde, utilisent presque 40 p.
100 de ce produit subventionné et une part importante de leur
soja
pour fabriquer des biocarburants destinés aux moteurs de
voitures. Lester Brown, l'écologiste étasunien le mieux
informé au monde sur
les produits agricoles, peut nous offrir sûrement une idée
de la situation alimentaire actuelle.
Le président bolivarien Hugo Chávez tente
un vaillant effort pour trouver un règlement en Libye sans
intervention de l'OTAN. Ses
possibilités de succès augmenteraient s'il parvenait – ce
qui serait un exploit – à créer un vaste mouvement
d'opinion
avant, et non après, l'intervention, afin que les peuples ne
voient pas se répéter dans d'autres pays l'atroce
expérience de
l'Iraq.
Je conclus ici ces Réflexions.
Fidel Castro Ruz
Le 3 mars 2011
22 h 32

L'invasion de la Libye serait un acte de guerre
- Nathan J. Freeman -
Le vendredi 25 février, le premier ministre
Stephen Harper a annoncé aux journalistes réunis au foyer
de la Chambre des
communes que le Canada s'apprêtait à prêter son nom
à une panoplie de sanctions ayant comme but de mettre un terme
au règne du colonel
libyen, Mouammar Kadhafi. Cette annonce a été faite
presque simultanément avec celle des États-Unis. Harper a
aussi déclaré que le
gouvernement explorerait la possibilité de trouver de nouvelles
sanctions qui s'ajouteraient à la liste des sanctions
étasuniennes.
Se prêter à des sanctions, qu'elles soient
autorisées par le Conseil de sécurité des Nations
unies ou qu'elles soient une initiative
des impérialistes étasuniens, est un acte de guerre
contre le peuple souverain de la Libye. L'ingérence sous toutes
ses formes
constitue une attaque contre le droit de ce peuple de régler ses
problèmes internes sans ingérence
étrangère. Selon la secrétaire
d'État des États-Unis, Hillary Clinton, la
« responsabilité de protéger » est
un des principes « universellement accepté
par la communauté internationale ». Or, une
« communauté internationale » ne peut
être digne de ce nom qu'en défendant le
principe de la non-ingérence. Aussi, en l'absence de
défendre le droit des nations et des peuples à
l'autodétermination, cette
« communauté internationale » ne devient
rien de moins qu'une jungle faite de prédateurs à
l'affût constant de proies.
L'annonce de Harper fut précédée
d'un ordre de sanctions unilatérales signé par le
président étasunien Obama, ordre qui inclut le
gel de tous les avoirs du gouvernement libyen par les institutions
financières étasuniennes. Cette mesure sert de
prélude à
l'imposition de sanctions plus vastes qui seront à l'ordre du
jour de la session du Conseil de sécurité de l'ONU le
samedi
26 février. La majorité de ces avoirs
gouvernementaux est composée des redevances provenant de la
vaste richesse qu'est le pétrole
du pays vendu aux grandes compagnies pétrolières
étrangères telles que l'ÉNI de l'Italie, le
monopole anglo-étasunien BP et le monstre
anglo-hollandais Shell. La Libye est le quatrième plus grand
exportateur de pétrole au monde, et on rapporte que l'extraction
se fait
au rythme de 1,8 baril par jour, dont 20 % répondent
aux besoins d'États membres de l'Union européenne.
À qui de telles
sanctions viennent-elles donc en aide ? L'administration
étasunienne de Jimmy Carter avait gelé les avoirs du
gouvernement iranien
il y a 32 ans alors que le régime du chah d'Iran
s'effondrait. Pourtant, depuis la mise sur pied définitive d'un
nouveau
gouvernement à Téhéran jusqu'à ce jour, pas
un sou n'a été retourné à l'Iran.
Déguisé en mesure visant à punir le régime
de Kadhafi
pour son présumé recours à la force militaire
contre des manifestants et à resserrer l'étau autour de
sa famille et des forces de
l'oligarchie financière qui l'appuient toujours, ce gel
ressemble plutôt à un coup d'argent pour les grandes
compagnies
pétrolières.
Reprenant la campagne lancée quatre jours plus
tôt par l'ancien secrétaire aux Affaires
étrangères britannique, Lord David Owen, le
chef de l'Opposition, Michael Ignatieff, a réagi à
l'annonce de Harper en demandant une riposte plus
« corsée », telle
l'imposition d'une zone d'exclusion aérienne sur l'espace
aérien libyen. Le porte-parole du NPD en matière
d'affaires étrangères, Paul
Dewar, a abondé dans le même sens, donnant le sceau
d'approbation de la soi-disant « aile gauche » de
l'Opposition à
l'invasion imminente de la Libye au nom de grands idéaux.
Au moyen de clips sonores et de tweets
demandant « quoi faire » au sujet de la crise
libyenne, la CBC
sonde le terrain au bénéfice des forces
impérialistes. Quel en est le but ? Dans le contexte d'une
vaste propagande d'hystérie
créée de toutes pièces par les
impérialistes, le but n'est nul autre que d'abasourdir le peuple
canadien pour qu'il accepte les actes
de guerre commis par le Canada contre le gouvernement et le peuple d'un
autre État souverain. À défaut de convaincre le
peuple canadien
d'accepter activement un tel état de fait, ils espèrent
voir la formation d'un groupe de pression qui se fait entendre et qui
prétend
les représenter. Cette méthode consiste à
créer l'apparence d'un « consensus » tout
en évitant les méandres imprévisibles et
potentiellement fractionnels d'un débat parlementaire. Toute
cette activité sert à légitimer la
prérogative du premier ministre, lui
accordant le privilège de prendre unilatéralement des
décisions politiques sur les questions de guerre et de paix au
grand détriment
des intérêts de la classe ouvrière et du peuple
canadiens ainsi que des peuples du monde.
L'essentiel de la prise de position du gouvernement
canadien appuyée par l'Opposition libérale et
néo-démocrate est, une fois de
plus, qu'elle défend les impérialistes étasuniens
dans leurs efforts visant à dominer les sources de
matières premières, les zones
d'exportation de capital et les sphères d'influence.
Cependant, la Libye n'est pas l'unique
préoccupation des impérialistes étasuniens en ce
moment. Les préoccupations des États-Unis
devant les vagues d'insurrections balayant l'ensemble de l'Afrique du
Nord et le Moyen Orient ont été principalement
concentrées sur
l'Égypte. Ils y ont remué ciel et terre au début
de février pour sauvegarder leur influence en fabriquant une
soi-disant transition
pacifique vers un régime militaire pouvant perpétuer le
système de pouvoir et les politiques de Hosni Moubarak en son
absence. Plus
récemment, les impérialistes étasuniens se sont
vus interpellés par le soulèvement au Bahreïn qui
abrite la cinquième flotte
étasunienne en plein dans le golfe Persique et qui sert de base
stratégique pour mener des menaces contre la République
islamique
d'Iran. Enfin, les États-Unis s'inquiètent aussi de la
situation peu reluisante du régime Saleh, régime qu'ils
maintiennent au pouvoir
depuis des décennies au Yémen. Entre autres, le
Yémen leur sert de base afin de surveiller de près les
provisions de pétrole que
l'Arabie saoudite et le Soudan font parvenir à la Chine. En ce
qui concerne l'Arabie saoudite, son monarque souffrant aurait
quitté les
États-Unis pour y retourner avec en poche une somme de
37 milliards $ pour essayer de faire avorter toute
manifestation du
peuple dans le Royaume saoudien.
Même si l'attroupement d'États
impérialistes concentre présentement toute son attention
sur la Libye et se prépare à intervenir dans
la région par le biais de ce pays, rien ne garantit qu'une
guerre serait confinée à la Libye. Dans tous ces
développements, les
principales préoccupations des États-Unis sont les
mêmes qu'avant la vague des mouvements populaires,
c'est-à-dire :
1- Quels intérêts contrôlent le
pétrole ?
2- Comment continuer de répondre aux besoins et
aux préoccupations de l'État d'Israël et comment
protéger celui-ci en tant
qu'occupant des terres arabes et en tant que garde prétorienne
du canal de Suez dans les intérêts du système
impérialiste
d'États ?

L'hypocrisie du gouvernement canadien pour justifier
des sanctions contre la Libye
Il semble qu'il n'y a pas de limite à
l'hypocrisie, la duplicité et l'arrogance du gouvernement
Harper, la classe dirigeante canadienne et la prétendue
opposition
officielle.
Le 21 février, le premier ministre Harper a
déclaré, entre autres choses : « Nous
trouvons que les actions du gouvernement [libyen], faire feu
contre ses propres citoyens, sont scandaleuses et inacceptables. Nous
demandons au gouvernement de cesser immédiatement cette
violence. » « Le Canada exhorte
les forces libyennes à respecter les droits fondamentaux des
manifestants, y compris leur droit à la liberté
d'expression et de réunion », a ajouté M.
Harper.
« Nous encourageons le gouvernement de la Libye à
engager un dialogue pacifique avec son peuple, vers la réforme
politique et économique. Au nom de notre
gouvernement, je tiens à exprimer mes condoléances aux
familles de ceux qui ont été tués pendant les
manifestations », a-t-il dit.
De toute évidence, la détention de plus
de 1 000 personnes lors d'une manifestation contre les
réunions du G8 et du G20 à Toronto et les mauvais
traitements qu'elles ont subis, dans de nombreux cas carrément
brutaux et inhumains, ne sont pas un problème pour Harper parce
que, vraisemblablement, il considère cela
comme une juste cause.
Le ministre des Affaires
étrangères Lawrence Cannon a également
déclaré le 21 février : « Le
Canada condamne fermement la
répression violente des manifestants innocents qui s'est
soldée par de nombreux blessés et tués. Nous
appelons les forces de sécurité libyennes à
respecter les droits
fondamentaux des manifestants et à défendre leur
attachement
à la liberté d'expression et le droit de réunion.
Les autorités libyennes doivent faire preuve de retenue et
cesser l'utilisation de la force meurtrière contre les
manifestants. »
Sanctions
En dépit de ne pas geler les avoirs de l'ancien
président tunisien Zine el-Abidine Ben Ali et sa famille tel que
demandé par l'actuel gouvernement
tunisien, Harper a annoncé le 27 février des
sanctions canadiennes contre la Libye en plus de celles imposées
par le Conseil de sécurité des Nations unies. Il a
déclaré : « Le Canada a
décidé d'aller au-delà des sanctions du Conseil de
sécurité. Notre gouvernement va imposer un gel des avoirs
et une interdiction de
transactions financières avec le gouvernement de la Libye, de
ses institutions et organismes, y compris la Banque centrale
libyenne. »
« La responsabilité première
et la plus fondamentale d'un gouvernement est de protéger la
sûreté et la sécurité de ses citoyens. M.
Kadhafi a ouvertement
violé cette confiance des plus élémentaires. Loin
de protéger le peuple libyen contre le danger, il est à
l'origine des dangers auxquels il est confronté. Il est clair
que sa seule
voie d'action acceptable est de mettre fin à l'effusion de sang
et de démissionner immédiatement de sa position et de son
autorité», a-t-il ajouté.
Pourquoi « oui » à la
Libye et « non »à la Tunisie ? Quand
il s'agit de la Tunisie, nous sommes informés que
« les efforts
visant à geler l'argent tandis que la police enquête sur
les allégations qu'il a été pillé ont
atteint une impasse -- la GRC dit qu'elle ne peut agir jusqu'à
ce qu'elle obtienne
davantage de preuves de la Tunisie mais la nation d'Afrique du Nord a
besoin d'aide du Canada pour recueillir cette information. »
Dans une entrevue, un commandant de la
GRC a déclaré qu'elle n'a pas assez de preuves en vertu
des
strictes lois canadiennes sur les produits de la criminalité
pour convaincre un juge d'ordonner le gel des avoirs du clan de
l'ancien président Zine el-Abidine Ben Ali.
« Nous n'avons pas encore reçu la
preuve », a déclaré Bob Paulson, commissaire
adjoint de la GRC chargé de la police fédérale et
internationale.
« Dans la mesure où les Tunisiens fournissent des
preuves d'une infraction substantielle qui mène vers l'argent,
nous pouvons imposer des contraintes et confisquer
en vertu du Code criminel. »
« ... La Tunisie, cependant, a besoin de
l'aide judiciaire et de l'expertise médico-légale des
Canadiens afin de creuser dans le monde trouble du blanchiment
d'argent et du pillage des actifs», a dit l'ambassadeur Mouldi
Sakri.
« Nous avons besoin de l'aide du Canada pour
découvrir la source de l'argent. Ils ont les moyens
de le faire ici », a-t-il ajouté.

Un projet de loi visant à geler
les avoirs de régimes corrompus
Encore l'hypocrisie au nom du soutien
à la
«réforme démocratique et
l'imputabilité»
Le 3 mars 2011, quatre jours après avoir
annoncé qu'il gelait les avoirs de Mouammar Kadhafi de la Libye,
le gouvernement Harper a déposé au Parlement le
projet de loi sur le blocage des biens de régimes corrompus.
L'objectif déclaré de cette législation est de
geler « les actifs que d'anciens dirigeants étrangers
répressifs
pourraient détenir au Canada. »
Ce projet de loi permettra au gouvernement du Canada de
saisir les actifs du président tunisien destitué Zine
el-Abidine Ben Ali, en réponse à une demande de
l'actuel gouvernement tunisien. Il sera en mesure de saisir les biens
sans imposer de sanctions sur la Tunisie comme c’est
généralement le cas en relations internationales.
Selon la logique, la Tunisie est en « transition
démocratique » et les sanctions ne
«contribuent» pas
à cette transition, contrairement au cas de la Libye, où
on
dit que les sanctions sont justifiées et que le gouvernement
Harper a déjà imposé des sanctions et donné
le feu vert à la saisie des biens appartenant à Kadhafi.
Prenant la parole lors de l'annonce, le ministre des
Affaires étrangères, Lawrence Cannon a
déclaré : « J'ai déposé
aujourd'hui au Parlement le projet
de loi sur le gel des actifs de régimes corrompus afin de donner
au gouvernement du Canada des outils nouveaux et plus robustes pour
lutter contre la corruption et
l'appropriation de fonds de l'État par des dirigeants
étrangers répressifs. »
Selon un communiqué du gouvernement, le projet
de loi « permettra au Canada, à la demande d'un
État étranger, de geler les actifs que leurs anciens
dirigeants et des membres de leur entourage, y compris de leur famille,
de hauts fonctionnaires et des associés, pourraient
détenir dans des institutions financières canadiennes.
La loi accordera également au Canada le pouvoir de saisir tous
les biens que de telles personnes pourraient posséder au
pays. »
Avec ce projet de loi, le gouvernement Harper
prétend agir pour promouvoir la démocratie et
l'imputabilité. « Cette nouvelle loi permettra au
Canada
d'appuyer les réformes démocratiques et l'obligation de
rendre compte en s'assurant que les biens détournés
peuvent être gelés immédiatement, sur
réception d'une demande
écrite d'un État étranger», peut-on
lire dans le communiqué.
En d'autres termes, le Canada peut maintenant
prétendre « aider » les pays que les
États-Unis et le Canada veulent ouvertement dominer tout en
imposant des sanctions à tout pays comme bon lui semble. C'est
donner le feu vert à l'ingérence dans les affaires
internes de
pays souverains au nom d'idéaux supérieurs. Cela
n'a rien à voir avec la défense des grands idéaux
comme le gouvernement le prétend.
Document
d'information
Loi
sur le blocage des biens de régimes
corrompus
À l'heure actuelle, deux cadres juridiques
fédéraux distincts permettent de geler des biens au
Canada de personnes nommément désignées, à
savoir 1) par l'imposition d'un régime de sanctions
économiques en vertu de la Loi
sur
les
Nations
Unies ou de la Loi
sur
les mesures économiques spéciales ou 2) à
la suite
d'une demande d'entraide juridique dans le contexte de la Loi sur
l'entraide juridique en matière criminelle (LEJMC)
ou en vertu du Code criminel.
Les sanctions peuvent ne pas être un
véhicule disponible ou approprié pour le gel des biens.
Par exemple, si l'État en question est dans le processus de
transformation démocratique, les sanctions peuvent devenir un
obstacle à la fourniture d'aide au développement ou
à la démocratisation.
La procédure prévue à la LEJMC
oblige un État étranger de produire des preuves
d'activités criminelles ou l'existence d'une procédure
judiciaire ou une
ordonnance du tribunal, afin que les autorités canadiennes
soient en mesure d'agir sur les biens qui se trouvent en sol canadien.
Les nouvelles autorités d'un pays étranger
dans un état d'agitation ou d'incertitude politique peuvent
trouver difficile de fournir cette preuve dans un court délai et
le temps requis pour le faire peut permettre à
l'étranger en question de dissimuler ou dilapider les avoirs.
La Loi sur le
blocage des biens de régimes
corrompus permettra au gouvernement du Canada de geler les biens
ou
restreindre la propriété d'étrangers politiquement
vulnérables (anciens dirigeants, membres de leur famille, des
hauts fonctionnaires et leurs proches collaborateurs) sur
réception d'une demande écrite d'un État où
le
gouverneur en conseil a déterminé que le pays est dans un
état d'agitation ou d'incertitude politique. Elle permettra une
telle ordonnance sans exiger la preuve de la criminalité
ou l'identification spécifique des avoirs. Les avoirs seront
gelés pour une période allant jusqu'à cinq ans
dans l'intérêt des relations internationales, de
manière à permettre
à l'État étranger d'engager la procédure
nécessaire pour permettre la saisie et la confiscation des biens
situés au Canada. Cette période de temps peut être
renouvelée.
La Loi sur le gel
des biens de régimes corrompus
prévoit également que le ministre des Affaires
étrangères peut recommander la révocation ou
l'abrogation d'une
ordonnance si la personne ne répond pas à la norme d'un
« étranger politiquement
vulnérable » ; il peut émettre des permis
pour traiter de certains biens
et peut émettre les certificats dans les cas d'erreur
d'identité ou prévoir des exemptions pour les
dépenses raisonnables.

OTAN: Bas les pattes devant la Libye!
- Ferñent / Mouvement des
travailleurs
panafricains (Sénégal), 1er mars 2011-
L'occident
impérialiste a peur des
révolutions en Afrique et dans le monde arabe :
Non
à l'ingérence et à l'intervention de l'OTAN/ONU en
Libye !
Par la rue et la grève les peuples de Tunisie et
d'Égypte ont chassé les pro-consuls étasuniens et
européens, Ben Ali et Moubarak et leurs partis (le RCD et le
PND),
membres de l'Internationale socialiste. Ces révolutions
démocratiques s'étendent maintenant de façon
inégale à toute l'Afrique du nord et au monde arabe. Tour
à tour les
peuples s'emparent des rues en Algérie, au Maroc, en Libye,
à Bahreïn, à Oman, au Koweït, au Yémen,
en Arabie saoudite et même en Irak, etc. L'ingérence
impérialiste
qui s'est manifestée dès le début par les
injonctions arrogantes et manipulatrices d'Obama, Merkel et Sarkozy,
lâchant les tyrans Ben Ali et Moubarak, devient maintenant
une menace d'intervention militaire contre Kadhafi.
Tout y passe : les médias occidentaux
grouillent d'allusions jamais prouvées de
« mercenaires noirs, serbes, bosniaques qui tuent des
Libyens pour le compte
de Kadhafi » alors que les mêmes ont monnayé
pour 5 milliards d'euros la transformation de la Libye en un
centre de rétention à ciel ouvert pour juguler les
flux migratoires provenant d'Afrique noire ; la rumeur entretenue
pendant 24h sur « la fuite de Kadhafi au
Venezuela » est ensuite remplacée par
« Kadhafi qui génocide son peuple par des
bombardements aériens aveugles et utilisent des
tortionnaires » et des justifications prétendument
« humanitaires
de l'arrestation de soldats Hollandais » donc de l'OTAN en
territoire libyen. Les USA et l'UE se précipitent pour demander
des sanctions au Conseil de sécurité de
l'ONU et le gel des avoirs de Kadhafi, ce qu'ils n'ont fait ni contre
Ben Ali, ni contre Moubarak et ni contre aucun de leurs vassaux qui
tuent chaque jour dans les pays
actuellement en révolte. Et successivement on apprend que des
ambassadeurs de la Libye à l'ONU et dans plusieurs capitales de
l'UE rejoignent le camp des
« libérateurs de Benghazi », bizarrement
lieu où se concentre la production pétrolière
libyenne et les 44 milliards de barils de réserves
prouvées.
Pendant ce temps les médias occidentaux nous
submergent d'images d'une émigration massive en particulier
d'Égyptiens de la Libye non vers leur pays à l'est
soi-disant
« libéré par les anti-Kadhafi »
mais, là aussi bizarrement, vers la Tunisie, pays de
départ du vent démocratique d'où partent
maintenant des appels à « l'aide
humanitaire pour contenir le flot d'immigrés ».
En fait il apparaît nettement que l'OTAN veut
intervenir en Libye pour faire pression sur la révolution
égyptienne en cours et pour submerger la révolution
tunisienne
par un afflux massif qui lui permettra d'y prendre pied au nom de
« l'ingérence humanitaire ». Kadhafi, qui
a été un adversaire de l'Occident impérialiste
avant
de se soumettre, devient le nouveau Saddam Hussein du monde arabe
à abattre et pendre. L'actuelle campagne anti-Kadhafi est une
diversion impérialiste pour retourner
le contexte actuel contre les peuples en révolution. Il s'agit
aussi de stopper l'approfondissement et l'extension de la
révolution au second pilier décisif du dispositif de
domination US qu'est l'Arabie Saoudite après le premier qu'est
Israël et la chute en cours du troisième qu'est
l'Égypte.
La Tunisie où deux gouvernements ont
été remaniés et où le peuple vient
d'obtenir le départ du premier ministre de la transition et
l'Égypte où le pouvoir militaire appelle
en vain à l'arrêt des grèves sont devenus le
cauchemar des impérialistes et des dictatures semi-coloniales en
Afrique et dans le monde arabe.
L'exclusion arbitraire du candidat du Parti communiste du Bénin
dans les élections est aussi un signe de la peur du vent
libérateur au sein des pouvoirs françafricains aux abois.
Les révolutions en cours ont un caractère
démocratique en ce sens qu'elles renversent des tyrannies
autocratiques apatrides pro-impérialistes. Mais elles ont aussi
une
dimension sociale que révèle la poursuite de la
mobilisation et les grèves massives en Tunisie et en
Égypte. Le jeune Bouazizi s'est immolé parce que la
dictature corrompue
de Ben Ali appliquant les diktats libéraux du FMI et de la BM
l'empêchait de vivre de son diplôme universitaire et de
survivre comme marchand de rue de légumes.
C'est en cela que les révolutions
démocratiques actuelles sont aussi antilibérales et
objectivement anti-impérialistes. Le vent libérateur
antilibéral et anti-impérialiste actuel
en Afrique et dans le monde arabe prolonge et fusionne avec les
victoires antilibérales et anti-impérialistes en
Amérique du sud nées de la résistance de Cuba.
C'est cela
le spectre du martyr Bouazizi qui hante les nuits des Obama, Merkel,
Sarkozy et de leurs valets néo-coloniaux.
Pour Ferñent, seul le peuple libyen a le droit en
toute souveraineté de décider du sort de Kadhafi.
À
bas
l'impérialisme !
Vive la
seconde phase de libération nationale des peuples
opprimés !
1er mars 2011
Ferñent / Mouvement des Travailleurs
Panafricains, Sénégal
« Union libre des peuples libres
d'Afrique. Solidarité internationaliste des
travailleurs »

Quand on efface la mémoire historique:
sur la
place flottent les drapeaux du roi Idris
- Manlio Dinucci, II Manifesto,
26 février 2011 -

Drapeau du Royaume
de la Libye, 1951-1969
|
Une fois Benghazi tombée, les rebelles ont
descendu le drapeau vert de la République de la Libye pour
hisser à sa place la bannière rouge, noire et verte
ornée du croissant
et de l'étoile : le drapeau de la monarchie du roi Idris.
Le même drapeau a été hissé par des
protestataires (y compris ceux du Partito democratico et du Rifondazio
communista) devant l'ambassade libyenne à Rome, scandant :
« Voici le drapeau de la Libye démocratique, celui du
roi Idris. » C'était là un acte
symbolique, riche en histoire et en brûlants
événements actuels.
L'émir de
Cyrénaïque
L'émir de Cyrénaïque et Tripoli, Sidi
Mohamed Idris al Mahdi al Senussi, a été porté sur
le
trône de la Libye par les Britanniques
lorsque le pays a acquis son indépendance en 1951. La Libye
était une colonie italienne depuis 1911. Elle est devenue une
monarchie fédérale, dont le roi Idris était
le chef
d'État, avec le droit de le transmettre à ses
héritiers. C'était toujours le roi qui nommait le premier
ministre, le Conseil des ministres et la moitié des membres du
Sénat, et qui
avait le droit de dissoudre la Chambre des représentants.
Selon un traité de vingt ans
« d'amitié et d'alliance » avec
l'Angleterre, en 1953 le roi Idris, en échange d'aide
financière et militaire, a donné aux
Britanniques l'usage de bases aériennes, navales et terrestres
en Cyrénaïque et en Tripolitania. Un accord semblable a
été conclu en 1954 avec les États-Unis, qui
ont
obtenu l'usage de la base aérienne de Wheelus, à
l'extérieur de Tripoli. Elle est devenue la principale base
aérienne américaine dans la Méditerranée.
De plus, les États-Unis
et l'Angleterre étaient en mesure d'utiliser les aires de tir en
Libye pour leur aviation militaire. Avec l'Italie, le roi Idris a
conclu en 1956 un accord qui non seulement
dégageait l'Italie de tous les dommages à la Libye, mais
permettait à la communauté italienne de Tripoli de
conserver ses actifs intacts.
La Libye est devenue encore plus importante pour les
États-Unis et la Grande-Bretagne lorsque, à la fin de
1956, la compagnie Esso (ExxonMobil) des États-Unis a
confirmé l'existence de grands champs pétroliers et que
d'autres ont été bientôt découverts. Les
grandes compagnies, comme Esso des États-Unis et British
Petroleum de
Grande-Bretagne, ont obtenu des concessions avantageuses qui assuraient
leur contrôle et le gros des profits du pétrole de la
Libye. La compagnie italienne Eni a aussi obtenu
deux concessions, par le biais de Agip. Pour un meilleur
contrôle, la forme fédérale de gouvernement a
été abolie en 1963, éliminant les régions
historiques de Cyrénaïque,
Tripolinia et Fezzan.
Les protestations des nationalistes libyens, qui
accusaient le roi Idris de vendre le pays, ont été
étouffées par la répression policière. La
rébellion a cependant grandi,
particulièrement au sein des forces armées. Un coup
d'État en a résulté – dont le chef était
Mouammar Khadafi – mené sans effusion de sang en 1969 par
seulement
50 officiers qui s'appelaient les « Officiers libres
»,
suivant le modèle de Nasser.
Avec l'abolition de la monarchie, la République
de Libye a forcé en 1970 les forces américaines et
britanniques à évacuer leurs bases militaires et,
l'année suivante,
elle a nationalisé les propriétés détenues
par British Petroleum et forcé d'autres compagnies à
payer à l'État libyen une part beaucoup plus
élevée de leurs profits.
La propagande de 1911
Le drapeau du roi Idris, qui flotte de nouveau
maintenant sur la guerre civile en Libye, est la bannière de
ceux qui, en manipulant
la lutte de ceux qui combattent réellement pour la
démocratie contre le régime de Khadafi, veulent ramener
la Libye sous le contrôle des puissances qui la
dominaient avant. Ces forces dirigées par les États-Unis
se préparent à atterrir en Libye sous le prétexte
du « maintien de la paix ». Pendant ce temps, de
concert
avec le Pentagone, le ministre italien de la Défense, Ignacio La
Russa, a annoncé que des avions militaires partiraient de
Sigonella (en Sicile) pour aller se poser en Libye
« dans un but purement humanitaire ». La
même « intervention humanitaire » que les
pacifistes et ceux qui agitent le drapeau du roi Idris demandent
« de façon urgente ». Mais ils oublient
l'histoire. Ils doivent se rappeler qu'il y a un siècle, en
1911, l'occupation de la Libye par l'Italie, préparée par
une
propagande incessante, était appuyée par la
majorité de l'opinion publique. On chantait alors dans les
cabarets: « Tripoli, chant d'une terre d'amour, viens
là où coule
le sirop. » Les époques changent ; on parle
maintenant du « grondement des fusils ».

À titre d'information
La doctrine impérialiste
de la
«Responsabilité de protéger»
Les origines de la doctrine de la Responsabilité
de protéger remontent à septembre 2000, lorsque le
gouvernement canadien a lancé la
Commission internationale de l'intervention et de la
souveraineté des États dans le but de
« travailler à bâtir un nouveau
consensus mondial sur un rôle de protection humaine pour la
communauté internationale ». La Commission s'est
tenue tout de suite
après la guerre contre la Yougoslavie sous le drapeau de l'OTAN,
au cours de laquelle le Canada s'est fait le champion de la
« Plate-forme de la sécurité
humaine » pour justifier « l'intervention
humanitaire » menée par l'OTAN.
Le rapport final de la Commission sur l'intervention et
la souveraineté des États, La responsabilité
de
protéger, a été présenté aux
Nations unies en
décembre 2001, et de nouveau en 2005 au Sommet mondial. La
doctrine met de l'avant une
notion de souveraineté des États et de l'intervention
très différente de celle de la Charte des Nations
unies :
« La souveraineté de l'État
engage la responsabilité, et la responsabilité
première de la protection de la population repose
entre les mains de l'État lui-même. Là où
une population souffre d'un préjudice sérieux, à
cause d'une guerre interne, d'insurrection,
de répression ou de défaillance de l'État, que
l'État en question ne veut pas ou n'est pas en mesure de stopper
ou d'éviter, le
principe de non-intervention cède la place à la
responsabilité internationale de protéger. »
Des chefs d'État et des gouvernements ont fait
passer le texte suivant sur la Responsabilité de
protéger, partie du document final de
la rencontre
plénière de haut niveau de l'Assemblée
générale, également connue sous le nom de Sommet
mondial, en septembre 2005 :
« 138. Chaque État individuel a la
responsabilité de protéger ses populations du
génocide, des crimes de guerre, du nettoyage
ethnique et des crimes contre l'humanité. Cette
responsabilité entraîne la prévention de ces
crimes, y compris de leur incitation, par
des moyens appropriés et nécessaires. Nous acceptons
cette responsabilité et nous agirons en conformité avec
elle. La communauté
internationale doit, de façon appropriée, encourager et
aider les États à exercer cette responsabilité et
appuyer la mise sur pied par
l'ONU d'une capacité avancée d'avertissement.
« 139. La communauté internationale,
par le biais des Nations unies, a aussi la responsabilité
d'utiliser des mesures
diplomatiques, humanitaires et autres moyens pacifiques, en
conformité avec les chapitres VI et VIII de la Charte, pour
aider à
protéger les populations du génocide, des crimes de
guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l'humanité.
Dans ce contexte,
nous sommes préparés à prendre une action
collective, à temps et de façon décisive, par le
biais du Conseil de sécurité, au cas par cas
et en coopération avec les organisations régionales
appropriées, si les moyens pacifiques s'avèrent
inadéquats et que les autorités
nationales échouent de manière manifeste à
protéger leurs populations du génocide, des crimes de
guerre, du nettoyage ethnique et des
crimes contre l'humanité. Nous soulignons le besoin pour
l'Assemblée générale d'une attention soutenue
à l'égard de la responsabilité
de protéger les populations du génocide, des crimes de
guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l'humanité et
de leurs
implications, en gardant à l'esprit les principes de la Charte
et le droit international. Nous avons aussi l'intention de nous
engager,
tel que nécessaire et de manière appropriée,
à aider les États à bâtir la capacité
de protéger leurs populations du génocide, des
crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre
l'humanité, et à porter assistance à ceux qui sont
en proie à des
difficultés avant l'éclatement des crises et des conflits.
« 140. Nous appuyons pleinement la mission du
Conseiller spécial du secrétaire-général
sur la prévention du génocide. »
L'intervention
militaire et la responsabilité de protéger
« La doctrine responsabilité de
protéger telle que décrite
par la Commission internationale de l'intervention et de la
souveraineté des
États établit les critères suivants pour
déclencher une intervention militaire :
« L'intervention militaire dans un but de
protection humaine est une mesure exceptionnelle et extraordinaire.
Pour être
justifiée, il doit y avoir un préjudice sérieux et
irréparable infligé à des êtres humains, ou
encore imminent, de la nature
suivante :
« – pertes de vie à grande
échelle, réelle ou appréhendée, avec ou
sans intention de génocide, qui est soit le produit de
l'action délibérée de l'État, soit de la
négligence ou de l'incapacité d'agir de l'État, ou
la situation d'un État en défaillance,
ou
« – le nettoyage ethnique à grande
échelle, réel ou appréhendé, qu'il soit
mené par la tuerie, l'expulsion forcée, des actes de
terreur ou le viol.
« (2) Les
principes de précaution
« L'intention appropriée : Le
premier but de l'intervention, quelques soient les motifs que peuvent
avoir les autres États
intervenants, doit être de mettre fin ou d'éviter la
souffrance humaine. L'intention appropriée est mieux
assurée par des opérations
multilatérales, appuyées de façon claire par
l'opinion régionale et les victimes concernées.
« Le dernier recours : L'intervention
militaire ne peut être justifiée que lorsque toutes les
options non militaires pour
prévenir la crise ou la résoudre pacifiquement ont
été envisagées, avec des bases raisonnables de
croire que des mesures moins
drastiques n'auraient pas réussi.
« Les moyens proportionnés :
L'étendue, la durée et l'intensité de
l'intervention prévue doivent être le minimum
nécessaire pour s'assurer d'atteindre l'objectif de protection
humaine.
« Les perspectives raisonnables : Il
doit y avoir des chances raisonnables de stopper ou d'empêcher la
souffrance qui a
justifié l'intervention, et les conséquences de l'action
ne doivent pas être pires que les conséquences de
l'inaction. »

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