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Mouvement
ouvrier
Campagne antisyndicale conter les employés de la Ville de Toronto
Pour donner libre cours à la destruction
des services publics dans tout le pays
- Pierre Chénier -
La Ville de Toronto, sous
la direction de son maire récemment élu, Robert Ford, et
de son frère d'armes, le conseiller municipal, Doug Ford,
mène présentement une
campagne antiouvrière et antisociale dans le but
d'écraser les travailleurs municipaux de Toronto ainsi que leurs
syndicats et de donner libre cours au droit de monopole.
Elle orchestre un transfert massif de la richesse sociale du secteur
public vers les intérêts privés. Elle
déclare ouvertement que son but ultime est de mater la lutte des
travailleurs municipaux de Toronto pour des conditions de travail
à la mesure des services qu'ils fournissent. Les média
monopolisés, l'Institut C.D. Howe, divers conseillers
municipaux, professeurs et soi-disant consultants politiques ont uni
leurs voix pour mener une guerre totale contre les travailleurs
municipaux de Toronto dont l'unique crime
consiste à vouloir la sécurité et la paix d'esprit
pour fournir des services publics qui sont indispensables au
fonctionnement d'une ville moderne comme Toronto. Le cri de
ralliement de ces guerriers antiouvriers et antisociaux est de mettre
fin à la « vie privilégiée »
des travailleurs municipaux. Deux catégories de travailleurs
municipaux sont dans la mire : les cols bleus
préposés aux ordures ménagères ainsi que
les travailleurs de la Commission de Transport de Toronto (CTT).
Proposition visant à
privatiser la collecte des ordures ménagères
La proposition visant à privatiser la collecte
des ordures ménagères a comme but la
destruction des services publics. Rappelons d'abord que le
7 février la Ville de Toronto avisait formellement le
Syndicat des employés municipaux de Toronto (SEMT),
membres de la section locale 416 du Syndicat canadien de la
fonction publique (SCFP), de ses intentions de recommander un processus
d'appel à la concurrence dans
trois catégories de travail touchant à ces travailleurs.
Ces catégories sont la collecte des ordures
ménagères à l'ouest de la rue Yonge jusqu'à
la frontière d'Etobicoke, une
plus grande privatisation de l'utilisation de véhicules
aspirateurs collecteurs de déchets à la grandeur de la
ville et de la collecte de déchets/recyclage dans les parcs
municipaux
à la grandeur de la ville. En surcroît, la ville a
avisé le syndicat qu'elle procéderait à une
demande de prix pour des services de collecte des ordures
ménagères pour qu'ils
soient disponibles en tout temps (pour agir comme briseurs de
grève advenant une telle éventualité). Le plan de
la ville est de présenter un rapport sur la sous-traitance de
ces services à l'occasion de la réunion du Comité
des travaux publics et de l'infrastructure du gouvernement municipal le
26 avril et de faire adopter le rapport lors
de la tenue de la réunion du Conseil municipal les 17 et
18 mai.
Rappelons aussi que la convention collective de la
section locale 416 du SCFP arrive à échéance
le 31 décembre de cette année et que la ville
s'empresse
à préparer le terrain pour miner le processus de
négociation collective. Selon la présente convention
collective, tout travailleur municipal ayant une permanence et qui perd
son emploi suite à la sous-traitance doit être muté
ailleurs dans le système, et ce, sans perte de salaire,
d'avantages sociaux ou d'ancienneté pour une période d'au
moins
30 mois. Cependant, la première ronde de cet effort de
privatisation mettra à pied 300 cols bleus employés
à temps partiel préposés à la collecte des
ordures ménagères dans
la section à l'ouest de la rue Yonge jusqu'à la
frontière d'Étobicoke, ou la collecte des ordures
ménagères est déjà privatisée.
La proposition visant
à donner à la CTT le statut de service essentiel
Selon les travailleurs de
la CTT, le maire Ford cherche à faire de la CTT un service
essentiel dans le but de retirer leur droit de grève. Le maire
Ford est fort de l'appui sans équivoque du gouvernement
provincial de McGuinty, lequel a proposé un projet
de loi le 22 février visant à interdire la
grève comme forme de lutte les travailleurs de la CTT tel que
demandé par le maire. Le premier ministre Dalton McGuinty
a déclaré aux journalistes : « Nous avons
reçu une proposition de la part du Conseil municipal de Toronto.
Nous avons écouté. Nous avons aussi échangé
avec
les représentants des travailleurs ainsi qu'avec de nombreux
Torontois. Peu importe ce que nous déciderons, ce sera dans le
but d'aider les gens de Toronto. » Il n'est
donc pas surprenant que le dépôt du projet de loi 150 est
fait en conjonction avec les déclarations des média
monopolisés à l'effet que le maire de Toronto, Rob Ford,
appuyé
par le gouvernement ontarien, veut accélérer le processus
de privatisation de la CTT.
Les principales composantes
idéologiques
de cette offensive antiouvière et antisociale
Afin de justifier leurs plus récentes tentatives
de privatisation et celles
à venir, les promoteurs de ces mesures antiouvrières et
antisociales ne cachent pas le fait que leur intention est de
privatiser « tout ce qui est à notre
portée »
Leur argumentation qui n'a aucun sens va à peu
près comme suit :
- Le maire aurait reçu un mandat clair pour
procéder à la privatisation. Ford prétend qu'il
avait ouvertement mené une campagne basée sur la
privatisation de la collecte
d'ordures ménagères lors des élections municipales
de Toronto en octobre 2010 et que les électeurs lui ont
accordé une majorité fulgurante.
- Les travailleurs municipaux de Toronto doivent faire
leur mea culpa puisque l'élection de Ford et ce qui
s'ensuit est le fruit de la grève des collecteurs
d'ordures ménagères à l'été
2009 alors que ceux-ci auraient pris la ville en otage. Les
travailleurs auraient ainsi ouvert la voie à l'élection
de Ford en tant que
maire.
Ainsi, les raisonnements les plus
intéressés sont mis de l'avant afin de faire perdre de
vue la question principale qui est la destruction des services publics
par la
privatisation ayant comme but le profit à des fins
privées, sans aucune garantie à l'hygiène publique
ni aucun appui au droit public à des services publics modernes
sur la
base d'un système de décision et de contrôle
publics. Ainsi les guerriers antiouvriers et antisociaux cherchent
à diviser les citoyens de Toronto en deux camps : soit
que vous êtes « pour votre ville » ou vous
êtes « contre votre ville ». Appuyer le
maire signifie « appuyer la ville ». Ëtre
contre le
maire signifie être « un ennemi de votre
ville » ou encore de toutes les villes. De toutes
façons, le citoyen ne compte pas, toute personne faisant
obstacle au
maire mérite d'être écrasée.
Afin d'appuyer ce discours guidé par des
intérêts étroits, toutes sortes
d'interprétations non fondées sont données au
sujet du « mandat clair » que Ford aurait
reçu pour procéder à la privatisation. Par
exemple, il y a la question de l'allégeance des conseillers
municipaux. Certains prétendent que le
prédécesseur de Ford, le maire
David Miller, ainsi que certains « conseillers de
gauche », n'appuyaient pas la ville mais appuyaient
plutôt les syndicats. Maintenant, avec l'élection de Ford,
le maire et les conseillers municipaux qui sont d'accord avec Ford
« appuient la ville » tandis qu'on avise les
« conseillers de gauche » de ne pas
tenter d'empêcher le maire Ford de poursuivre son mandat en se
faisant les alliés des syndicats. La preuve d'activité
inamicale serait que les « conseillers de
gauche » participent aux réunions de la section
locale 416 du SCFP visant à combattre la privatisation.
De tout cela il s'ensuivrait que le monde ouvrier et la
« gauche » mènent une bataille perdue
d'avance puisque la plupart des villes canadiennes ont recours
à la sous-traitance pour la collecte des ordures
ménagères et qu'à Toronto même la gestion
des déchets solides est privatisée à 50 %.
Cette offensive antisociale et antiouvrière est
basée sur le grand mensonge à l'effet que la
privatisation permettra à la ville de faire des épargnes
substantielles sur la base
que la sous-traitance des services de collecte des ordures
ménagères est moins coûteuse pour la ville que si
celle-ci fournissait elle-même ces services. Une étude
pseudo-
scientifique de la part de l'Institut C.D. Howe est mise de l'avant
pour appuyer ce mensonge. L'étude conclut que la sous-traitance
de la collecte des ordures permettra à
la ville d'épargner 48 million $ par année. Vu
l'énormité du mensonge, pendant les élections
municipales, Ford a dû se rétracter et a affirmé
que les épargnes
seraient plutôt de l'ordre de 20 million $. Cet
estimé aussi farfelu est maintenant rendu à
8 million $.
Embourbés dans leurs chiffres imaginaires et
intéressés, ces éléments finissent par
avouer que, de toutes façons, les chiffres sont secondaires.
Selon eux, il faut privatiser
chaque étape de la gestion des déchets à tout
prix, y-inclus la collecte et le site d'enfouissement, parce que c'est
ce que les gens veulent ou encore parce que c'est une bonne
chose de le faire. Le mensonge se transforme alors en
déclaration à l'effet que la ville ne saura
jusqu'à quel point elle aura épargné que lorsque
toutes les opérations seront
privatisées.
Une autre prétendue raison pour la privatisation
de la collecte des ordures serait d'éviter une autre
interruption de ce service à l'échelle municipale
dûe à la grève. D'une
part, la capacité des syndicats de faire valoir la force de leur
nombre et de leur organisation dans le but de négocier doit
être écrasée. D'autre part, les contrats
signés avec
les contracteurs privés doivent être le plus flexibles
possible et donner libre cours à la flexibilité du
secteur privé dans la collecte et l'élimination des
déchets. Ainsi, les
contrats devraient simplement établir des
« paramètres », comme par exemple le
nombre de collectes prévues par semaine. Selon ces
paramètres, les compagnies
privées bénéficiant des contrats doivent avoir une
flexibilité maximale sur comment et quand elles devront
collecter et éliminer les déchets.
La logique
intéressée des forces antiouvrères et antisociales
Les guerriers antiouvriers
et antisociaux sont confiants que la privatisation de la collecte des
ordures à Toronto mènera à de telles
privatisations dans toutes les villes du Canada et à la
privatisation des services municipaux dans l'ensemble. Leur
enthousiasme vient
du fait que la privatisation sera accompagnée d'une
restructuration de toutes les relations de travail touchant aux
travailleurs municipaux à l'échelle nationale.
La faillite idéologique de ces guerriers
antiouvriers et antisociaux est telle qu'ils prétendent
même que leur campagne a un caractère
« antimonopole ». Ils
font valoir que le principal obstacle à une privatisation
intégrale de la collecte d'ordures et des services municipaux
est le monopole que les syndicats municipaux de Toronto
exercent sur les emplois issus de la ville. Ils prétendent qu'il
faut briser ce monopole.
Le principal instrument de ce
« monopole », selon eux, est la clause
garantissant la sécurité d'emploi des cols bleus à
l'effet qu'advenant l'élimination d'un
poste permanent suite à la sous-traitance, ce poste doit
être muté ailleurs dans le système à des
salaires et à des conditions de salaire comparables. Les
guerriers égocentriques,
antiouvriers et antisociaux ont affublé cette clause
ainsi : « des emplois pour la vie ». Ils
suggèrent ainsi qu'il est parfaitement ridicule de penser que
les
travailleurs devraient avoir un « emploi à
vie ». Leur dérision touche précisément
à ce pour quoi les travailleurs se battent – la
sécurité d'emploi dont ils ont
besoin pour vivre et élever leurs familles en paix tout en
étant les membres productifs d'une société
productive. Personne n'aspire à l'anarchie ni au chaos
plutôt qu'à la
sécurité économique, et les guerriers antiouvriers
et antisociaux se couvrent de ridicule en prétendant que la
privatisation est source de prospérité ou de
sécurité pour tous,
puisque ce sont les monopoles qui en bénéficient tout en
embauchant une main-d'oeuvre à bon marché et en coupant
dans les services au maximum afin de tout rafler pour
leur petite personne. Bien sûr, ils accusent les autres
d'être « idéologiques » alors qu'eux
ne sont que pratico-pratique.
Voici quelques-unes de leurs allégations
intéressées :
- Le monde entier s'oppose aux monopoles. Pour quelle
raison les travailleurs municipaux de Toronto devraient-ils jouir de
leur monopole sur les emplois ?
- Le concept d'un « emploi à
vie » est chose du passé puisqu'il faut surmonter la
crise économique. Il serait absurde de prétendre qu'alors
que personne
au monde ne jouit d'un « emploi à vie »
les travailleurs municipaux de Toronto devraient jouir d'un tel
« privilège ».
- La privatisation ne poussera pas nécessairement
les travailleurs municipaux de Toronto à perdre leurs emplois.
La différence, c'est qu'ils devront maintenant
« faire
la preuve de leurs compétences » et démontrer
qu'ils « sont méritants » et qu'ils ne se
la coulent pas douce aux dépens des payeurs de taxes. Et qui va
décider de tout cela sinon leurs nouveaux employeurs au
privé. Les travailleurs peuvent aussi conserver certains de ces
emplois en devenant eux-mêmes contracteurs. Ils
peuvent soumissionner pour des contrats au même titre que tout le
monde (en soumettant des prix en dessous de la moyenne). Et en tant que
contracteurs, ils décideront eux-
mêmes de leurs salaires et de leurs conditions de travail,
toujours selon leur capacité de se payer eux-mêmes ainsi
que leurs employés.
- Pour que leur plan fonctionne, ils prétendent
qu'il faut non seulement éliminer les « emplois
à vie » mais aussi la politique de la
municipalité de Toronto,
la politique de l'équité salariale, qui prévoit
que les personnes embauchées en tant que travailleurs
contractuels pour la ville doivent bénéficier des
salaires et des avantages
sociaux en cours dans le syndicat. Selon cette logique
intéressée, sans l'élimination des
« emplois à vie » et de la
« politique d'équité salariale »,
la privatisation ne pourra atteindre les objectifs visés.
- La privatisation veut que les salaires et les
conditions de travail soient dictés par les marchés et
sont déclarées « bons » par le fait
même. Si les salaires
ne peuvent être fixés par le
« marché », il est inutile de privatiser.
Les syndicats doivent donc accepter les salaires fixés par le
« marché ».
- La ville doit faire preuve de
« transparence » et révéler ses
intentions d'éliminer les « emplois à
vie » ainsi que la « politique
d'équité
salariale » en embauchant ouvertement et en avance pour la
collecte des ordures des contracteurs briseurs de grève et
provoquer une grève si nécessaire dans le but
d'écraser les travailleurs municipaux et d'en faire un exemple
pour les autres travailleurs municipaux de Toronto et pour tous les
travailleurs municipaux au pays.
Les négociations précédentes, sous
les auspices du maire Lastman et du maire Miller, selon les guerriers,
furent des occasions perdues d'écraser les travailleurs et
d'imposer la privatisation intégrale. Ces maires ont soit
capitulé face au pouvoir des syndicats (Lastman) ou
étaient des alliés des syndicats et non de la ville
(Miller).
Maintenant, avec l'équipe Ford, l'occasion est arrivée de
« mener le plan à terme ».
Le rêve véhiculé par Ford n'est pas
celui d'une ville qui se responsabilise pour l'argent des payeurs de
taxes comme il le prétend, mais d'une ville attirant tel un
aimant
des empires privés en concurrence ayant la mainmise sur les
ressources de la ville et nivelant vers le bas toutes conditions de
travail et de vie au profit de leurs propres intérêts
étroits. Mais ce qui est plus important, la tentative de
générer une hystérie sur la base que les
travailleurs dirigent la municipalité vers un
débâcle financier vise à obscurcir
le fait que les deux paliers de gouvernements, fédéral et
provincial, ont renoncé à leurs responsabilités de
financer les municipalités canadiennes, les plaçant ainsi
dans une
situation intenable. Puisque cette position antiouvrière et
antisociale promue par le maire Ford déresponsabilise
complètement le gouvernement fédéral, les
Conservateurs
de Harper ont endossé la campagne électorale de Ford,
tandis que les Libéraux de l'Ontario ont appuyé la
campagne de son adversaire, Smitherman, bien qu'aujourd'hui
ceux-ci appuient néanmoins Ford.
Les attaques contre les
travailleurs municipaux de Toronto se jouent sur fond de privatisation
et de destruction des services publics au niveau des gouvernements
provincial
et fédéral et démontrent que cette question n'est
pas qu'une affaire locale limitée à la ville de Toronto
mais qu'elle concerne tous les Canadiens et leurs services publics au
niveau national. Il s'agit d'une question fondamentale à savoir
si le peuple canadien forcera les gouvernements à
défendre le droit public ainsi qu'une société
civile fondée
sur le principe que c'est là le mandat présumé des
gouvernements, ou si le concept même d'une société
civile est chose du passé et que l'ère de gouvernements
mafiosi
hommes de main des monopoles prendra le dessus, causant anarchie et
chaos tout en tenant le peuple responsable du gâchis.
Plus que jamais, l'heure est à la défense
du droit public contre le droit de monopole.

Bulletin du 28 février 2011 • Retour
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