Mouvement
ouvrier
Manigances du monopole AbitibiBowater
L'assaut contre les travailleurs du Canada
et des États-Unis n'a pas de fin

Les travailleurs
forestiers manifestent devant les bureaux d'AbitibiBowater à
Montréal le 15 mai 2009 dans le cadre
de la campagne nationale pour exiger que le gouvernement
fédéral protète les emplois et les pensions dans
l'industrie forestière. «Les travailleurs ne sont pas
responsables de la crise de l'industrie forestière, mais
c'est à nous qu'on demande d'accepter des coupures dans les
salaires et les pensions», a dit le président
du SCEP Dave Coles, s'adressant à la foule. «C'est
totalement injuste qu'une compagnie comme AbitibiBowater
se serve de la protection de la loi sur les faillites pour
éviter de payer les primes de départ et cesser de verser
sa contribution au fonds de pension.»
AbitibiBowater est une concentration de capital
monopoliste dans le secteur forestier des États-Unis des
Monopoles de l'Amérique du
Nord. La formation d'AbitibiBowater en 2007 a réuni la
puissance monopoliste d'Abitibi-Consolidated, dont plusieurs
opérations
sont au Canada, et celle de Bowater, dont la plupart des
intérêts sont aux États-Unis. Le monopole
élargi a conservé sa maison-mère à
Montréal et, à l'occasion, se fait passer pour une
compagnie canadienne bien qu'étant tout à fait
incorporé à Delaware.
Delaware représente un paradis fiscal notoire
à partir duquel AbitibiBowater, comme cela lui convenait en
2009, s'est déclaré
compagnie étasunienne dans le but d'intenter un procès
contre le Canada pour dommages et intérêts sous les
auspices de l'ALÉNA. Ce
litige trouve son origine dans la fermeture d'un moulin à
Terre-Neuve et le refus d'accorder aux travailleurs une
indemnité de départ.
Plus tard, le gouvernement provincial a entrepris en toute
légitimité de saisir les droits d'usage des forêts
et des rivières ainsi que
d'autres actifs d'AbitiBowater. Le premier ministre Stephen Harper a
capitulé devant cette dispute, se cachant derrière
certaines
« obligations » prévues dans
l'ALÉNA, et a alloué 130 millions $ en fonds publics
à AbitibiBowater en guise de
compensation. AbitibiBowater abuse des Canadiens et de leur
économie, abandonne un moulin productif à Terre-Neuve et
néglige ses
obligations sociales consistant à accorder aux travailleurs une
indemnité de départ, et voilà que Harper le
récompense à coups de
millions !
L'incorporation à Delaware de monopoles tels
qu'AbitibiBowater offre à ce dernier un tremplin légal
servant les intérêts étroits des
monopoles et lui permettant d'attaquer les travailleurs et de
s'accaparer nos ressources tout en évitant l'impôt sur les
sociétés. Tout
cela sert aussi à donner une allure légale, quoique
très superficielle, au droit de monopole en opposition au droit
public et lui
donnant de nouveaux prétextes pour tourner le dos à ses
obligations sociales.
Protection de la loi sur
les faillites
Moins de deux ans après sa formation, le monopole
consolidé d'Abitibi-Consolidated et de Bowater a
déclaré que son entreprise fusionnée était
un échec. En 2009, il prenait des mesures pour se placer
sous la protection de la loi sur les faillites sous les auspices de la Loi
sur
les arrangements avec les créanciers de
compagnies (LACC) au Canada et du Chapitre 11 aux
États-Unis. La protection de la loi sur les faillites a
accordé aux
monopoles un pouvoir légal accru, leur permettant d'attaquer les
travailleurs canadiens et étasuniens, leurs communautés,
les
propriétaires de capital moins puissants ainsi que
l'intégrité du Canada en tant que nation.
La LACC ainsi que le Chapitre 11 ont mis à
nu la question du contrôle monopoliste sur les ressources, sur
les avoirs de
production et sur la direction de l'économie de chaque pays. La
protection de la loi sur les faillites place un immense pouvoir
arbitraire entre les mains d'une poignée de propriétaires
de capital qui se trouvent à contrôler tout le processus.
Le contrôle des
monopoles se heurte aux travailleurs et à leurs
communautés dans un bras de fer dont les enjeux sont les avoirs
en question et les
droits des travailleurs et de leurs communautés. La protection
de la loi sur les faillites met en relief deux questions fondamentales
touchant à l'économie :
1) qui doit contrôler les ressources du pays et
les secteurs de base de l'économie – le peuple ou les monopoles
mondiaux ?
2) quel devrait être le but de l'économie –
l'accumulation de fortunes privées par des monopoles mondiaux de
plus en plus
puissants et dont la concurrence est basée sur la destruction
d'autres entreprises et sur l'exploitation des travailleurs ou
l'édification d'une nation dont l'économie peut subvenir
aux besoins de la population, garantir ses droits ainsi que les
intérêts
généraux de la société ?
L'expérience des travailleurs canadiens en ce qui
a trait à la Loi sur les arrangements avec les
créanciers de compagnies
est considérable. Il en va de même pour
l'expérience consistant à organiser et à mobiliser
l'unité des travailleurs, leur conscience
sociale et leur détermination à défendre leurs
droits lorsque confrontés à une restructuration telle que
proposée par la protection de
la loi sur la faillite et toutes autres attaques de la part du droit de
monopole. En ce sens, une expérience qui est incontournable est
celle des métallos de Stelco, la section locale 1005, qui, avec
calme et courage, se sont défendus contre les effets de la LACC
de
2004 à 2006 et continuent de le faire aujourd'hui en
résistant aux attaques de US Steel, le monopole étasunien
qui a acquis
Stelco à l'issue de la fraude de faillite. Cette
expérience indispensable, où les travailleurs
réussissent à repousser les demandes de
concessions, peut être consultée dans les archives du LML
et sur le site web du syndicat local 1005, www.uswa1005.ca
Échec
combiné
La protection de la loi sur la faillite, la destruction
du secteur manufacturier, l'imposition de concessions aux travailleurs
et
les manoeuvres pour payer les riches aux États-Unis et au Canada
servent tous à rejeter les échecs du système
capitaliste en général et
les échecs individuels des monopoles sur le dos des
travailleurs, de leurs communautés et sur d'autres
éléments moins puissants au sein
de l'économie. Le loi commerciale et ses clauses touchant
à la faillite et autres lois antiouvrières axées
sur le capital, ainsi que le
pillage privé des ressources publiques cumulées dans le
trésor public sont utilisés pour soutenir les sections
privilégiées du capital
monopoliste et pour faire payer le peuple pour la crise
économique et pour tout autre problème du système
capitaliste.
La protection de la loi sur les faillites, les
manoeuvres pour payer les riches et les concessions
antiouvrières ne sont pas des
solutions aux problèmes qui sont à la source de
l'échec monopoliste. Ces mesures ne prétendent pas
être des solutions. Elles visent à
mettre à la disposition de quelques privilégiés
d'énormes ressources légales et autres ainsi que les
fonds publics afin qu'ils puissent
conserver autant de capital possible pour les plus puissants
propriétaires de capital et pour restructurer les monopoles et
leurs
empires sur le dos de la classe ouvrière, de la couche moyenne,
de l'économie dans son ensemble et de la société.
Les obligations
sociales et les réclamations de la classe ouvrière ainsi
que l'aspiration des membres de la communauté de se servir des
installations
productives et des fonds publics pour assurer le bien-être du
peuple, garantir leurs droits, défendre et bâtir leur
économie socialisée
et leur société sont pulvérisées par la Loi
sur
les arrangements avec les créanciers de compagnies au
Canada, le Chapitre
11 aux États-Unis, les manoeuvres pour payer les riches, la
privatisation, les attaques contre les programme sociaux et les
services publics, le refus des grandes entreprises de payer des
impôts, les lois antiouvrières, les concessions
antiouvrières et autres
instruments du droit de monopole.

Bulletin du 28 février 2011 • Retour
à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca
|