Mouvement ouvrier
Opposition à la vente des barrages du Nord de l'Ontario

La vente de barrages du Nord de l'Ontario
est annoncée

AbitibiBowater a signé une entente avec un acheteur pour lui vendre ses 8 installations hydroélectriques en Ontario, dont ses barrages à Kenora, Fort Frances et Iroquois Falls. Selon AbitibiBowater l'entente secrète implique un acheteur décrit comme « une institution financière canadienne d'importance et une entreprise privée canadienne d'énergie renouvelable ».

Ce plan visant à séparer les barrages des usines remonte à 2007 quand AbitibiBowater a constitué ses actifs hydroélectriques en une filiale appelée ACH LP, co- propriété à 75/25 % d'AbitibiBowater et de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Les 8 installations hydroélectriques ont une capacité en place totale de 137 MW, une capacité générative de 131 MW et une production annualisée de 828 gigawatts-heures.

Deux d'entre elles sont situées à Kenora, une au moulin de Fort Frances, deux en territoire éloigné à Sturgeon Falls et Calm Lake dans le district de Rainy River, une à Iroquois Falls et deux stations éloignées dans la même région à Twin Falls et Island Falls.

La Caisse de dépôt entend vendre sa part de 25 % dans ACH au nouvel acheteur, mais elle demeurera le créditeur des 250 millions $ en dette qu'AB a contractée envers elle lors du financement original à la création de la filiale ACH en 2007.

AbitibiBowater prévoit toucher 300 millions $ comptant net de la vente dont 100 millions $ iront immédiatement aux détenteurs de la dette de l'entreprise. AbitibiBowater possède 75 % de sa filiale hydroélectrique ontarienne dont il estime la valeur à 640 millions $. AB dit cependant que la vente ne va rapporter que 300 millions et non 480 ce qui équivaudrait à 75 %. Il n'explique pas pourquoi c'est le cas.

Dans un effort pour apaiser l'opposition à la séparation des barrages des usines, AbitibiBowater dit qu'une des conditions de la vente, laquelle doit être approuvée par le gouvernement de l'Ontario, sera de maintenir les ententes à long terme d'achat de pouvoir hydroélectrique dont jouissent les usines du monopole à Iroquois Falls et à Fort Frances.

Le Kenora Daily Miner and News écrit : « Les autorités municipales d'Iroquois Falls se sont déclarées inquiètes depuis qu'AbitibiBowater a annoncé l'an dernier être à la recherche d'un acheteur. Le maire d'Iroquois Falls a dit être opposé à toute vente parce qu'elle pourrait bien signifier la fin de l'approvisionnement à bas prix en pouvoir hydroélectrique que ces barrages assurent au moulin de la communauté. Forget a dit qu'il va en appeler au gouvernement ontarien qui détient le bail de la location des cours d'eau utilisés par les barrages pour produire l'hydroélectricité. Forget a ajouté que les barrages ont joué un rôle essentiel au contrôle des coûts à l'usine d'Iroquois Falls. Sans eux, a-t-il dit, l'avantage hydroélectrique est perdu.

« Je lui ai dit très ouvertement (au PDG d'Abitibi Richard Garneau) que j'allais tout faire pour empêcher la vente et cela jusqu'à la toute dernière minute, a dit Forget.

« L'entreprise devra aussi assurer le maintien de l'arrangement sans limites de temps dont jouit Fort Frances pour l'approvisionnement en pouvoir hydroélectrique, ou un équivalent en argent comptant, par le barrage de ACH dans la région. Dès les tout débuts, quand les plans de construction du moulin de Fort Frances ont été dressés en 1905, la municipalité a accordé à l'usine des droits sur les cours d'eau en échange de la fourniture de 4 000 chevaux-vapeur ( 3 MW) en électricité à la ville chaque année pour un prix nominal. Un jugement de 1983 de la Cour suprême a confirmé cet arrangement, qui permet aux résidents d'économiser environ 2 millions $ aujourd'hui sur leurs comptes d'électricité, contre la tentative de Boise Cascade, le propriétaire d'alors de l'usine et du barrage, d'annuler l'arrangement d'approvisionnement en hydroélectricité. »

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Destruction nationale à l'oeuvre dans le Nord de l'Ontario

Fortes inquiétudes face à la vente
de barrages hydroélectriques

AbitibiBowater est en train de violer le droit public en ce qui concerne les forêts, l'eau, les installations de production et le contrôle de la direction de l'économie. Le monopole échoué vient d'annoncer qu'il va retirer à ses usines du Nord de l'Ontario leur lien historique avec la production locale d'électricité. Depuis les débuts de la mondialisation néolibérale, le monopole n'a cessé de remettre en question l'arrangement selon lequel l'hydroélectricité qui est produite par les barrages régionaux doit être utilisée pour la production forestière locale et l'économie régionale. Cet arrangement vieux de plus de cent ans ne peut pas être détruit sans l'autorisation du gouvernement ontarien. Les gens du Nord de l'Ontario exigent que le gouvernement McGuinty s'acquitte de son devoir et défende le droit public en refusant d'autoriser la vente et le détournement de l'énergie hydroélectrique.

Pour un examen public de la vente des barrages

La municipalité d'Iroquois Falls demande à la province de faire un examen public de la vente des installations hydroélectriques d'AbitibiBowater et notamment des barrages qui fournissent l'électricité à l'usine d'Iroquois Falls, à deux moulins à Kenora, au moulin de Fort Francis et aux deux du district de Rainy River.

« La transaction proposée nous inquiète beaucoup, a dit le maire d'Iroquois Falls Gilles Forget. L'usine d'Iroquois Falls est concurrentielle parce qu'elle a accès à un approvisionnement à bas prix et garanti en hydroélectricité fournie par ces barrages. Les vendre ne fera que menacer la viabilité à long terme de l'usine qui est un des plus gros employeurs de la municipalité. »

Le maire Forget demande à la ministre ontarienne des Ressources naturelles Linda Jeffrey – qui a le dernier mot sur la vente – de ne pas l'autoriser avant la fin de l'examen public et il dit espérer que celui-ci comprendra des sessions avec des représentants de la communauté.

« AbitibiBowater ne doit pas considérer comme acquise l'autorisation du gouvernement. Nous ne pensons pas que cette transaction est dans le meilleur intérêt de la communauté ou de la province. C'est l'intérêt de la population d'Iroquois Falls qui doit nous guider, son avenir et celui de nos enfants. Nous comptons sur le gouvernement de la province pour qu'il fasse de même. »

L'arrangement actuel garantit à la ville de Fort Frances un volume fixe de 2 984 mégawatts par heure à 3,5 cents pour les résidents et les entreprises. Cet arrangement qui est important pour l'économie et la communauté de la région de Fort Frances, qui doit être renouvelé dans 19 ans, a déjà été la cible d'attaques des propriétaires précédents des barrages qui voulaient vendre l'hydroélectricité au réseau ontarien pour en tirer un profit plus élevé plutôt que de l'utiliser dans la production de produits du bois et pour le développement de l'économie du nord ontarien. En 1983, Boise Cascade, le propriétaire d'alors de l'usine et des barrages, a essayé d'annuler l'arrangement d'approvisionnement hydroélectrique.

Le monopole échoué AbitibiBowater a dit très clairement qu'il entend fermer n'importe laquelle de ses usines qui ne donne pas un rendement sur l'investissement qui satisfasse les investisseurs internationaux. Plusieurs pensent qu'AB est uniquement intéressé à l'argent qu'il peut faire avec la vente des barrages. Une fois la vente conclue, il va invoquer les prix plus élevés de l'hydroélectricité et les rendements inférieurs de ses usines du nord comme prétexte pour les fermer et concentrer la production forestière ailleurs dans son empire. Le PDG du monopole dit constamment que chaque usine doit compétitionner par elle-même pour sa survie sans égard aux besoins de l'économie locale et de ses circonstances particulières.

L'électricité représente une partie importante de la valeur ajoutée qui est incorporée dans les produits forestiers. Le Nord de l'Ontario regorge de l'énergie hydroélectrique et son prix de production est très bas. Les propriétaires du capital monopoliste veulent passer outre aux usines locales et vendre l'hydroélectricité directement au réseau d'Hydro-Ontario aux prix de marchés établis par lui. Tout affaiblissement de l'arrangement actuel selon lequel l'énergie hydroélectrique doit être utilisée dans les usines, entreprises et résidences locales à des prix de production déterminés localement sera un coup très dur pour le secteur forestier et l'économie du nord. Cela ne doit pas passer !

Il faut renforcer et non affaiblir ces arrangements locaux garantissant un approvisionnement local en énergie hydroélectrique en tant qu'aspect crucial d'une économie nationale. Le droit de monopole a déjà créé la situation à Fort Frances où l'usine n'utilise que 10 mégawatts d'électricité à un prix de production local tandis que les autres 65 mégawatts sont achetés au réseau ontarien au prix de marché d'Hydro-Ontario. Ces actions destructrices ont entraîné la fermeture récente de 17 des 21 moulins à papier à l'ouest de Sault-Sainte-Marie, de quatre usines de bois d'ingénierie et la moitié d'une cinquième et de 13 des 15 scieries. Le gouvernement de l'Ontario a abdiqué sa responsabilité de défendre le nord et ses populations face au droit de monopole et il doit rendre des comptes pour cela.

Une quantité toujours plus grande d'hydroélectricité générée dans le Nord de l'Ontario, laquelle compte parmi la plus propre, la plus verte et la plus économique de la planète, n'est pas utilisée pour renforcer l'économie nationale et la base manufacturière du Nord. La vente des barrages et la séparation de cette vente des usines et de l'économie locales ne vont qu'accentuer ce processus si on ne l'arrête pas. L'électricité du nord va être détournée dans le réseau pour y être vendue au plus offrant dans le sud de l'Ontario et aux États-Unis.

La mondialisation néolibérale demande qu'on mette fin au concept selon lequel l'électricité produite dans le nord à un prix moindre doit être utilisée pour attirer et bâtir des usines manufacturières, des moulins à papier, des scieries, des mines, des fonderies, des raffineries et autres entreprises et alimenter en électricité les résidents et contribuer à leur bien-être et à celui de leurs communautés.

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Bulletin du 28 février 2011 • Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca