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Parlement
canadien
La conception médiévale de la
prérogative ministérielle de Stephen Harper
- Sandra L. Smith, 17 février 2011
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Le nouveau scandale au parlement canadien, concernant la
ministre de la Coopération internationale Bev Oda,
témoigne encore une fois de l'arrogance du gouvernement
Harper. Cette arrogance lui est inspirée par sa
détermination à imposer ses prérogatives royales
et celles de ses ministres. Il s'est convaincu qu'elles vont
résister à toute
tentative d'usurpation du parlement et à toute contestation
juridique. Tant que l'Opposition officielle demeure incapable d'exiger
des comptes de son gouvernement et qu'une
Opposition ouvrière n'aura pas fait sentir son pouvoir,
l'arrogance du gouvernement Harper est sans limite.
Le dernier scandale a éclaté quand la
ministre Oda, pressée par l'Opposition, a finalement admis que
c'est elle qui a demandé que le mot
« not » (ne pas)
soit ajouté à la main dans une recommandation de
2009 de l'Agence canadienne de développement international
(ACDI) d'accorder une subvention de 7 millions $ à l'organisme
non gouvernemental Kairos. On a ensuite appris qu'elle avait menti
à ce sujet quand on lui avait posé la
question en comité parlementaire. Elle avait prétendu que
la
recommandation d'annuler le financement de cette ONG a
été
faite par son ministère, et non par elle-même. Et en
conséquence de cette prétendue recommandation
ministérielle
de NE PAS autoriser la subvention, Kairos s'est vu refuser
tout financement.
Harper s'est porté à la défense de
sa ministre en disant que c'est son droit en tant que ministre
responsable de décider si Kairos reçoit un financement ou
pas.
« La
décision n'a pas été prise par des fonctionnaires
désignés, et les organisations externes n'ont pas un
droit inaliénable. La ministre doit prendre des décisions
pour s'assurer
que l'argent des contribuables est utilisé efficacement sous
forme d'aide à l'étranger, et c'est ce qu'elle a
fait », a dit le premier ministre à la Chambre des
communes
le 15 février.
Les députés de l'opposition ne contestent
pas son droit en tant que ministre de prendre les décisions
qu'elle veut, ils lui reprochent seulement d'avoir induit la chambre
en erreur à deux reprises, d'abord en donnant l'impression qu'il
s'agissait d'une formalité et que les fonctionnaires de l'ACDI
s'en sont chargés, puis en déclarant devant
un comité parlementaire en décembre qu'elle ne savait pas
qui a apporté la correction au document.
Réagissant aux tentatives du premier ministre de
contourner la question, le chef du Bloc québécois Gilles
Duceppe a dit : « Personne ne remet en cause le
fait que c'est sa décision. Ce qu'on lui dit, c'est qu'elle a
laissé entendre que ses fonctionnaires étaient d'accord
avec elle, ce qui est fait. Ce qu'elle a fait, c'est qu'elle a
falsifié un document. »
Autrement dit, l'invocation de la prérogative
royale pour imposer ce qui n'est pas justifiable n'est pas un
problème pour les députés, tous les partis
confondus. Le seul
problème est que Bev Oda a menti et falsifié un document
et le parlement peut la tenir responsable de cela.
Aucun des partis à la Chambre n'a soulevé
la question de fond à savoir que la prérogative
ministérielle est la partie la plus archaïque de ce qu'on
appelle les institutions
démocratiques. Elle a été incorporée au
système de gouvernement dit responsable pour s'assurer que le
pouvoir reste toujours entre les mains de la classe dominante,
représentant les intérêts de
propriété, et que les gouvernements aient la
possibilité d'imposer ce pouvoir sans que leurs décisions
ne soient déclarées ultra vires,
c'est-à-dire en dehors de la constitution. C'est la
présence de cette prérogative royale dans la constitution
qui permet de décider qui la constitution sert et qui donne
à la
démocratie son caractère de classe. La
souveraineté ne réside pas dans le peuple, elle
réside dans la couronne, et aujourd'hui cela veut dire dans les
monopoles qui contrôlent
l'économie et les affaires de l'État. Ce vestige du
féodalisme est en discordance avec les besoins d'un corps
politique moderne, où le pouvoir décisionnel doit
appartenir
au peuple et être imposable par la loi. Au lieu d'avoir une
Chambre des communes qui est une protection contre le pouvoir
arbitraire du roi, comme le veut son origine,
nous avons le roi Stephen qui fait à sa guise sans que personne
dans les « communes » ne vienne l'ennuyer. Le roi
Stephen invoque ses droits inaliénables à
tout bout de champ et ses ministres prennent les décisions les
plus réactionnaires qui soient pendant que la Chambre des
communes reste impuissante. La légitimité d'une
décision dépend de la légitimité de
l'autorité qui décide. Au XXIe siècle, cette
autorité pour être légitime doit défendre le
droit public, pas la doctrine chrétienne et sioniste
qui déclare que le noir est le blanc et que le mensonge est la
vérité. Aujourd'hui nous avons un système cartel
de partis qui permet au roi Stephen de faire comme bon lui
semble dans les dominions dont il a été ordonné
roi. Cette clique utilise la prérogative pour déclarer
que la lutte du peuple palestinien est illégale et que, par
conséquent,
toute assistance à cette lutte est un crime haineux qui va
à l'encontre des valeurs canadiennes. Le roi Stephen et sa cour
peuvent réhabiliter des nazis et déclarer que ce sont
des combattants pour la liberté pendant qu'ils emprisonnent les
défenseurs de l'émancipation humaine, acceptent la
« preuve » obtenue par la torture, foulent
aux pieds des lois et conventions internationales bien établies,
impliquent le Canada dans des crimes contre la paix et des crimes de
guerre, vend le pays à des intérêts
étrangers, etc.
C'est l'illégitimité de l'autorité
de décider du gouvernement Harper qui est en cause. Il faut
renouveler le processus politique et en éliminer tout vestige
du privilège
féodal. Il faut mettre fin à l'usage arbitraire du
pouvoir de nier le droit public et d'utiliser les ressources publiques
pour privilégier le droit de monopole.

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