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Mouvement
ouvrier
Que trament Rio Tinto Alcan et Alcoa au Québec?
- Pierre Chénier, 17
février 2011 -
Qu'est-ce que Rio Tinto et Alcan sont en train de tramer
au Saguenay-Lac-Saint-Jean et à Bécancour ? Les
travailleurs rapportent que ça fait longtemps qu'ils n'ont
pas été frappés par autant de sanctions
disciplinaires sous n'importe quel prétexte. Les travailleurs
d'Alma, qui ne font que rappeler à Rio Tinto son obligation de
fournir
des emplois décents en échange de ses privilèges
hydroélectriques et de tout l'argent public qu'il a reçu,
se sont vus imposer un grand nombre de sanctions disciplinaires
pour avoir observé des minutes de silence en opposition à
l'abaissement des conditions de travail par la sous-traitance. Les
travailleurs de Bécancour font état eux aussi d'une
avalanche de mesures disciplinaires et même de changements
unilatéraux à leurs conditions de travail imposés
par Alcoa directement sur le plancher de production comme
s'ils n'avaient pas de syndicat ou de convention collective. Alcoa
poursuit même le syndicat pour soi-disant vandalisme et perte de
production.
L'accroissement des mesures disciplinaires va de pair
avec un barrage de propagande de la part de ces géants de
l'aluminium à l'effet qu'ils envisagent investir dans la
région mais que les investisseurs risquent d'aller ailleurs
à cause des tactiques « d'intimidation »
des travailleurs, parce que bien sûr les investisseurs n'aiment
pas le trouble et les « mauvaises relations de
travail ». Ils disent aussi que les privilèges
hydroélectriques que leur ont accordés le gouvernement du
Québec depuis
des décennies ne suffisent plus à garantir qu'ils vont
rester dans la région et qu'il faut faire plus pour les
convaincre de rester.
Les travailleurs sont en train d'examiner la situation
et ils se demandent ce que Rio Tinto et Alcoa sont en train de tramer.
Est-ce que les monopoles de l'aluminium
sont en train de préparer une autre vague de manoeuvres
gouvernementales pour payer les riches par des ententes ouvertes et
secrètes avec le gouvernement Charest ?
Cherchent-ils à imposer de nouvelles concessions aux
travailleurs au nom de la flexibilité de leurs
opérations ? Envisagent-ils d'envoyer à la
sous-traitance tout ce
qui, selon eux, n'est pas à strictement parler le travail de
production de l'aluminium, ce qui abaisserait encore plus le niveau de
vie des travailleurs et de la population de
la région ?
Face à cette répression et à cette
propagande, nous devons tous garder clairement en tête que le
niveau de vie dans la région est très largement dû
à la lutte des travailleurs
de l'aluminium pour forcer les monopoles à reconnaître
leur responsabilité face aux travailleurs actifs et à la
retraite de la région. On peut dire sans se tromper que le
niveau
de vie dans la région est directement proportionnel au
succès ou à l'insuccès que les travailleurs
connaissent à forcer ces entreprises à assumer leurs
responsabilités. Est-il
besoin de rappeler que les travailleurs ont constamment eu à
rappeler aux gouvernements qu'eux aussi ont leur propre
responsabilité face aux géants de l'aluminium, parce
que les gouvernements ne veulent pas établir des arrangements
à avantage mutuel entre les monopoles de l'aluminium et les
travailleurs, la région et le Québec ? Ce
ne sont pas les travailleurs qui ont signé des ententes
secrètes avec Rio Tinto quand il a acheté Alcan, lesquels
lui permettaient de fermer des usines et de garder tous ses
privilèges.
Pourquoi alors les travailleurs devraient-ils
être défensifs et s'excuser pour la lutte qu'ils
mènent ? Au contraire, ils doivent recevoir l'appui de tous pour
le combat
qu'ils mènent pour établir des arrangements qui
défendent la dignité du travail parce que c'est la
façon dont les travailleurs sont traités qui
détermine la qualité de vie de
la région.
Si Rio Tinto et Alcoa veulent investir, il n'y a
personne qui les en empêche et ils n'ont pas besoin de demander
des concessions ou de criminaliser les travailleurs pour
le faire. En même temps, nous ne sommes pas des idiots et nous
savons que les investissements prévus à Jonquière
par exemple sont une promesse non remplie qui avait
déjà été faite en 2006 par Alcan avant
la vente à Rio Tinto. En 2006, Alcan et le gouvernement Charest
ont signé une entente « de
continuité » prévoyant
des investissements de 2 milliards $ au
Saguenay-Lac-Saint-Jean
en contrepartie d'une aide substantielle du gouvernement, soit un
prêt de 400 millions $,
le prolongement du bail de la Péribonka jusqu'en 2058 et un
nouveau bloc d'énergie de 225 mégawatts à
tarif préférentiel. Si Rio Tinto est maintenant
prêt à
remplir sa part de l'entente, ça n'est pas une raison de se
mettre à genoux devant lui et encore moins de s'en prendre
à ceux qui se battent pour garantir que les monopoles
n'auront pas carte blanche pour piller nos ressources.
La préoccupation des travailleurs face à
ce que trament Rio Tinto et Alcoa n'est pas de la paranoïa.
Comment
pourraient-ils accepter une équation qui met un signe
d'égalité entre l'investissement et l'emploi et les
attaques contre les travailleurs ? Depuis quand les travailleurs
de la région seraient-ils opposés aux investissements,
aux emplois et au bien-être de tous ? Pourquoi les monopoles
menacent-ils de s'en aller s'ils n'obtiennent pas de nouvelles
concessions de la part des travailleurs et
du gouvernement ?
De quel bien-être est-il question ici ? Les
préoccupations des travailleurs doivent être prises
très au sérieux. Nous devons tous examiner ce que les
monopoles sont
en train de préparer et défendre les
intérêts des travailleurs et de leurs régions.

Rio Tinto Alcan cherche à intimider
les
travailleurs d'Alma
- 15 février 2011 -
Les travailleurs de l'aluminerie de Rio Tinto Alcan
à Alma au Saguenay-Lac-Saint-Jean font état de
l'utilisation
systématique de sanctions disciplinaires par l'entreprise
contre toute action des travailleurs à la défense de
leurs droits.L'exemple le plus récent en est le très
grand nombre de sanctions disciplinaires en réponse aux actions
des
travailleurs qui s'opposent à l'envoi en sous-traitance
d'emplois qui sont habituellement occupés par des travailleurs
du syndicat. Les travailleurs ont démontré que ce geste
de Rio Tinto abaisse encore plus les standards de vie et de travail
dans la région, un problème qui est déjà
très aigu. Rio Tinto qualifie l'opposition des travailleurs
« d'intimidation » et semble sur le point
d'intensifier ses attaques contre les travailleurs et la région
au moment où vont s'ouvrir les négociations à
l'aluminerie
pour une nouvelle convention collective.
LML a récemment fait l'entrevue
suivante avec Marc Maltais, le président du Syndicat des
travailleurs de l'aluminium d'Alma qui est la section locale
9490 du Syndicat des Métallos.
Entrevue
Marc Maltais, président du
Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma
LML : Le syndicat
rapporte que
Rio Tinto accentue ses efforts pour intimider les travailleurs. Peux-tu
nous en dire plus à ce sujet ?
Marc Maltais : Nous
allons bientôt entrer en négociations avec l'entreprise
pour une nouvelle convention collective. Nous avions dit
précédemment que si Rio Tinto annonçait avant la
fin de 2010 des plans d'agrandissement de l'aluminerie, quelque chose
dont l'entreprise parle depuis un bon bout de temps,
nous prolongerions la convention jusqu'en 2015. Comme l'annonce n'a pas
été faite, nous allons négocier un nouveau contrat
de travail.
Nous sommes en train de consulter nos membres pour
élaborer notre cahier de demandes.
Les négociations devraient commencer en mars.
Nous voulons signer rapidement un contrat qui nous convient.
L'entreprise a dit être elle aussi intéressée
à signer
rapidement, alors nous verrons bien si c'est possible. Notre convention
arrive à terme le 31 décembre de cette année.
Au moment où on se parle, Rio Tinto tient
toujours à envoyer en sous-traitance 69 positions au centre
de réfection des cuves plutôt que de faire appel à
nos
travailleurs. Cela veut dire l'imposition de conditions de travail
très inférieures à des travailleurs qui
travaillent côte-à-côte avec nous et font le
même travail. Nous avons
organisé des manifestations pacifiques dans la région et
tenu une minute de silence par jour pendant 69 jours à la
cafétéria. Rio Tinto a donné plus de 100 sanctions
disciplinaires aux travailleurs qui ont participé aux minutes de
silence. D'autres ont reçu des sanctions pour être
allés prendre leur pause à la cafétéria
qu'utilisent les
travailleurs du centre de réfection. Ces pauses sont
conventionnées. Nous avons droit selon la convention à
des pauses de 15 minutes et rien dans le contrat ne stipule
où les pauses doivent être prises.
Rio Tinto utilise les sanctions disciplinaires pour nous
faire arrêter nos actions bien que celles-ci soient totalement
pacifiques.
Nous avons tenu une minute de silence par jour à
11 :45 du matin pendant 69 jours et les travailleurs ont
reçu des sanctions disciplinaires pour cela.
Selon Rio Tinto, se tenir debout pendant une minute en silence en
présence des contremaîtres cela constitue de
l'intimidation ! Les travailleurs ont donc décidé
que
pendant les derniers jours ils resteraient assis pendant la minute de
silence et c'est intéressant de noter qu'il n'y a pas eu de
sanctions à ce moment-là. Est-ce que c'était parce
que nous étions debout que Rio Tinto se sentait
intimidée ? Quand on tient une minute de silence à
l'Assemblée nationale, est-ce que c'est de l'intimidation ?
La réponse des travailleurs à ces
sanctions disicplinaires c'est que nos actions sont tout à fait
pacifiques et l'expression légitime de notre opposition à
cette élimination
de postes pour nos travailleurs. Rio Tinto tire à boulets rouges
sur tout ce qui bouge. Elle semble mijoter quelque chose et elle
cherche à nous provoquer. Nous ne mordons
pas à l'hameçon et nous poursuivons notre travail. Nous
avons à cet égard levé des griefs contre les
sanctions disciplinaires.
Nous ne perdons pas de vue que ceci se produit alors que
les négociations vont s'amorcer. Rio Tinto semble vouloir nous
montrer qui a le pouvoir dans la place.

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