Mouvement ouvrier

Que trament Rio Tinto Alcan et Alcoa au Québec?

Qu'est-ce que Rio Tinto et Alcan sont en train de tramer au Saguenay-Lac-Saint-Jean et à Bécancour ? Les travailleurs rapportent que ça fait longtemps qu'ils n'ont pas été frappés par autant de sanctions disciplinaires sous n'importe quel prétexte. Les travailleurs d'Alma, qui ne font que rappeler à Rio Tinto son obligation de fournir des emplois décents en échange de ses privilèges hydroélectriques et de tout l'argent public qu'il a reçu, se sont vus imposer un grand nombre de sanctions disciplinaires pour avoir observé des minutes de silence en opposition à l'abaissement des conditions de travail par la sous-traitance. Les travailleurs de Bécancour font état eux aussi d'une avalanche de mesures disciplinaires et même de changements unilatéraux à leurs conditions de travail imposés par Alcoa directement sur le plancher de production comme s'ils n'avaient pas de syndicat ou de convention collective. Alcoa poursuit même le syndicat pour soi-disant vandalisme et perte de production.

L'accroissement des mesures disciplinaires va de pair avec un barrage de propagande de la part de ces géants de l'aluminium à l'effet qu'ils envisagent investir dans la région mais que les investisseurs risquent d'aller ailleurs à cause des tactiques « d'intimidation » des travailleurs, parce que bien sûr les investisseurs n'aiment pas le trouble et les « mauvaises relations de travail ». Ils disent aussi que les privilèges hydroélectriques que leur ont accordés le gouvernement du Québec depuis des décennies ne suffisent plus à garantir qu'ils vont rester dans la région et qu'il faut faire plus pour les convaincre de rester.

Les travailleurs sont en train d'examiner la situation et ils se demandent ce que Rio Tinto et Alcoa sont en train de tramer. Est-ce que les monopoles de l'aluminium sont en train de préparer une autre vague de manoeuvres gouvernementales pour payer les riches par des ententes ouvertes et secrètes avec le gouvernement Charest ? Cherchent-ils à imposer de nouvelles concessions aux travailleurs au nom de la flexibilité de leurs opérations ? Envisagent-ils d'envoyer à la sous-traitance tout ce qui, selon eux, n'est pas à strictement parler le travail de production de l'aluminium, ce qui abaisserait encore plus le niveau de vie des travailleurs et de la population de la région ?

Face à cette répression et à cette propagande, nous devons tous garder clairement en tête que le niveau de vie dans la région est très largement dû à la lutte des travailleurs de l'aluminium pour forcer les monopoles à reconnaître leur responsabilité face aux travailleurs actifs et à la retraite de la région. On peut dire sans se tromper que le niveau de vie dans la région est directement proportionnel au succès ou à l'insuccès que les travailleurs connaissent à forcer ces entreprises à assumer leurs responsabilités. Est-il besoin de rappeler que les travailleurs ont constamment eu à rappeler aux gouvernements qu'eux aussi ont leur propre responsabilité face aux géants de l'aluminium, parce que les gouvernements ne veulent pas établir des arrangements à avantage mutuel entre les monopoles de l'aluminium et les travailleurs, la région et le Québec ? Ce ne sont pas les travailleurs qui ont signé des ententes secrètes avec Rio Tinto quand il a acheté Alcan, lesquels lui permettaient de fermer des usines et de garder tous ses privilèges.

Pourquoi alors les travailleurs devraient-ils être défensifs et s'excuser pour la lutte qu'ils mènent ? Au contraire, ils doivent recevoir l'appui de tous pour le combat qu'ils mènent pour établir des arrangements qui défendent la dignité du travail parce que c'est la façon dont les travailleurs sont traités qui détermine la qualité de vie de la région.

Si Rio Tinto et Alcoa veulent investir, il n'y a personne qui les en empêche et ils n'ont pas besoin de demander des concessions ou de criminaliser les travailleurs pour le faire. En même temps, nous ne sommes pas des idiots et nous savons que les investissements prévus à Jonquière par exemple sont une promesse non remplie qui avait déjà été faite en 2006 par Alcan avant la vente à Rio Tinto. En 2006, Alcan et le gouvernement Charest ont signé une entente « de continuité » prévoyant des investissements de 2 milliards $ au Saguenay-Lac-Saint-Jean en contrepartie d'une aide substantielle du gouvernement, soit un prêt de 400 millions $, le prolongement du bail de la Péribonka jusqu'en 2058 et un nouveau bloc d'énergie de 225 mégawatts à tarif préférentiel. Si Rio Tinto est maintenant prêt à remplir sa part de l'entente, ça n'est pas une raison de se mettre à genoux devant lui et encore moins de s'en prendre à ceux qui se battent pour garantir que les monopoles n'auront pas carte blanche pour piller nos ressources.

La préoccupation des travailleurs face à ce que trament Rio Tinto et Alcoa n'est pas de la paranoïa. Comment pourraient-ils accepter une équation qui met un signe d'égalité entre l'investissement et l'emploi et les attaques contre les travailleurs ? Depuis quand les travailleurs de la région seraient-ils opposés aux investissements, aux emplois et au bien-être de tous ? Pourquoi les monopoles menacent-ils de s'en aller s'ils n'obtiennent pas de nouvelles concessions de la part des travailleurs et du gouvernement ?

De quel bien-être est-il question ici ? Les préoccupations des travailleurs doivent être prises très au sérieux. Nous devons tous examiner ce que les monopoles sont en train de préparer et défendre les intérêts des travailleurs et de leurs régions.

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Rio Tinto Alcan cherche à intimider
les travailleurs d'Alma

Les travailleurs de l'aluminerie de Rio Tinto Alcan à Alma au Saguenay-Lac-Saint-Jean font état de l'utilisation systématique de sanctions disciplinaires par l'entreprise contre toute action des travailleurs à la défense de leurs droits.L'exemple le plus récent en est le très grand nombre de sanctions disciplinaires en réponse aux actions des travailleurs qui s'opposent à l'envoi en sous-traitance d'emplois qui sont habituellement occupés par des travailleurs du syndicat. Les travailleurs ont démontré que ce geste de Rio Tinto abaisse encore plus les standards de vie et de travail dans la région, un problème qui est déjà très aigu. Rio Tinto qualifie l'opposition des travailleurs « d'intimidation » et semble sur le point d'intensifier ses attaques contre les travailleurs et la région au moment où vont s'ouvrir les négociations à l'aluminerie pour une nouvelle convention collective.

LML a récemment fait l'entrevue suivante avec Marc Maltais, le président du Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma qui est la section locale 9490 du Syndicat des Métallos.

Entrevue
Marc Maltais, président du Syndicat des travailleurs de l'aluminium d'Alma

LML : Le syndicat rapporte que Rio Tinto accentue ses efforts pour intimider les travailleurs. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?

Marc Maltais : Nous allons bientôt entrer en négociations avec l'entreprise pour une nouvelle convention collective. Nous avions dit précédemment que si Rio Tinto annonçait avant la fin de 2010 des plans d'agrandissement de l'aluminerie, quelque chose dont l'entreprise parle depuis un bon bout de temps, nous prolongerions la convention jusqu'en 2015. Comme l'annonce n'a pas été faite, nous allons négocier un nouveau contrat de travail.

Nous sommes en train de consulter nos membres pour élaborer notre cahier de demandes.

Les négociations devraient commencer en mars. Nous voulons signer rapidement un contrat qui nous convient. L'entreprise a dit être elle aussi intéressée à signer rapidement, alors nous verrons bien si c'est possible. Notre convention arrive à terme le 31 décembre de cette année.

Au moment où on se parle, Rio Tinto tient toujours à envoyer en sous-traitance 69 positions au centre de réfection des cuves plutôt que de faire appel à nos travailleurs. Cela veut dire l'imposition de conditions de travail très inférieures à des travailleurs qui travaillent côte-à-côte avec nous et font le même travail. Nous avons organisé des manifestations pacifiques dans la région et tenu une minute de silence par jour pendant 69 jours à la cafétéria. Rio Tinto a donné plus de 100 sanctions disciplinaires aux travailleurs qui ont participé aux minutes de silence. D'autres ont reçu des sanctions pour être allés prendre leur pause à la cafétéria qu'utilisent les travailleurs du centre de réfection. Ces pauses sont conventionnées. Nous avons droit selon la convention à des pauses de 15 minutes et rien dans le contrat ne stipule où les pauses doivent être prises.

Rio Tinto utilise les sanctions disciplinaires pour nous faire arrêter nos actions bien que celles-ci soient totalement pacifiques.

Nous avons tenu une minute de silence par jour à 11 :45 du matin pendant 69 jours et les travailleurs ont reçu des sanctions disciplinaires pour cela. Selon Rio Tinto, se tenir debout pendant une minute en silence en présence des contremaîtres cela constitue de l'intimidation ! Les travailleurs ont donc décidé que pendant les derniers jours ils resteraient assis pendant la minute de silence et c'est intéressant de noter qu'il n'y a pas eu de sanctions à ce moment-là. Est-ce que c'était parce que nous étions debout que Rio Tinto se sentait intimidée ? Quand on tient une minute de silence à l'Assemblée nationale, est-ce que c'est de l'intimidation ?

La réponse des travailleurs à ces sanctions disicplinaires c'est que nos actions sont tout à fait pacifiques et l'expression légitime de notre opposition à cette élimination de postes pour nos travailleurs. Rio Tinto tire à boulets rouges sur tout ce qui bouge. Elle semble mijoter quelque chose et elle cherche à nous provoquer. Nous ne mordons pas à l'hameçon et nous poursuivons notre travail. Nous avons à cet égard levé des griefs contre les sanctions disciplinaires.

Nous ne perdons pas de vue que ceci se produit alors que les négociations vont s'amorcer. Rio Tinto semble vouloir nous montrer qui a le pouvoir dans la place.

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