Révolution en Égypte

La révolution égyptienne et
les médias de masse canadiens

La couverture qu'ont fait les médias de masse canadiens de la révolution égyptienne est méprisable. Leur malhonnêteté se voit sur quatre points :
- la désinformation, surtout en ce qui a trait au rôle du militaire au sein de l'État ;
- le dogmatisme de la démocratie impérialiste ;
- l'arrogance eurocentriste qui se manifeste par une opposition à tout « détournement du mouvement démocratique par des demandes extrémistes » ;
- et l'hypocrisie d'un appui soudain au peuple égyptien et d'une condamnation soudaine au président Moubarak sans pour autant exiger un changement de régime dans l'État vassal étasunien et anglo-sioniste de Moubarak et de toutes ses institutions, en particulier la police militaire et politique.

La désinformation

Le soulèvement du peuple égyptien fut attaqué par la violence et l'intimidation organisées de l'État. Le peuple y a riposté avec courage, discipline et détermination: plus d'une centaine de personnes ont succombé à la répression du régime, des milliers d'autres ont été blessées et un nombre indéterminé ont été arrêtées ou sont disparues au nom des « lois d'urgence » qui sont en place depuis trente ans et sont aujourd'hui appliquée directement par le commandement militaire.

Les médias de masse canadiens ont beaucoup relevé la nature pacifique du soulèvement, minimisant de façon délibérée la résistance héroïque du peuple à la violence organisée de l'État, ainsi que la discipline de masse, les talents organisationnels, la conscience claire et l'héroïsme du peuple face aux nombreuses provocations violentes de la part de la police, de hooligans et d'éléments criminels.


Funérailles sur la place Tahrir, au Caire, pour les victimes de la répression violente du gouvernement, le 12 février 2011

Les médias de masse ont délibérément semé la confusion sur ce qu'est un État moderne dont les institutions les plus dominantes et importantes sont le militaire, la police politique et le gouvernement, avec son imposante bureaucratie et ses nombreuses agences. En ce qui concerne l'Égypte, les liens entre le militaire et l'impérialisme étasunien sont profonds, surtout au sein du corps dirigeant des officiers. Les généraux sont responsables de la distribution du budget militaire, qui comprend plus d'un milliard provenant des États-Unis. Cette mainmise sur les finances accordent aux officiers dirigeants des liens économiques, politiques et sociaux avec des fournisseurs de biens de toutes sortes en Égypte et à l'étranger, en particulier avec l'industrie de l'armement aux États-Unis. Ces liens économiques, politiques et sociaux entre officiers militaires égyptiens et les États-Unis ont été solidifiés sur le plan idéologique par un entraînement et une formation dans les universités militaires étasuniennes et par des missions d'entraînement et des échanges conjoints réguliers. L'infiltration  des forces militaires égyptiennes par l'impérialisme étasunien est un atout important qui transforme l'État en entier en un vassal des États-Unis ainsi qu'en une cible de la mondialisation néolibérale, bloquant ainsi le développement d'un État égyptien qui conserve sa dignité, où les Égyptiens contrôlent la direction de l'économie et des affaires politiques.

On ne peut prétendre pour autant que la force militaire égyptienne ou toute autre force militaire infiltrée par l'impérialisme n'a pas de contradictions en son sein se manifestant au niveau des colonels et les rangs inférieurs, des contradictions particulièrement aigües entre le corps des officiers dirigeants et les masses des soldats subalternes. Cependant, ces contradictions sont, de façon générale, étouffées par une la discipline militaire et la cour martiale, et pour que ce statu quo soit renversé, une vaste mobilisation et un mouvement de masse sont nécessaires.

Les généraux de toutes les armées s'attendent à ce que leurs ordres soient obéis sans hésitation suivant la discipline militaire. L'impérialisme impose sa tendance à la négation des droits humains. Il exige que la société soit imprégnée de formes de discipline militaire alors que les conditions modernes exigent le contraire – la reconnaissance pratique du fait que les individus ont des droits du fait qu'ils sont des êtres humains. Seule une résistance résolue et conséquente dirigée par la classe ouvrière qui se constitue en la nation pour défendre les droits de tous peut renverser la fascisation multilatérale de la vie et ouvrir la voie au progrès.

Tout comme le pouvoir économique est concentré dans des monopoles mondiaux toujours plus grands, le pouvoir politique est de plus en plus concentré dans des organes d'exécution à tous les niveaux annexés aux États impérialistes les plus puissants. C'est le cas du Canada annexé aux États-Unis : le premier ministre canadien, les premiers ministres provinciaux et les maires des plus grandes villes rendent des comptes aux monopoles mondiaux et non aux Canadiens; la police militaire et politique est de plus en plus glorifiée, s'infiltre la vie civile et des pouvoirs spéciaux lui sont accordés pour nier tous les droits.

Suggérer, comme le font les médias de masse canadiens, que les forces militaires égyptiennes telles qu'elles existent aujourd'hui peuvent diriger et jouer un rôle positif dans une transformation vers une démocratie du peuple et vers un changement de régime est de la désinformation délibére. Cette désinformation joue également un rôle dans la propagation de la confusion au Canada sur la nature de l'État canadien et sur les divers liens entre les institutions civiles de l'État et la police politique et militaire, tant domestiques qu'étrangères, qui sont toutes des organes de la dictature de la classe capitaliste monopoliste.

Le dogmatisme de la démocratie impérialiste

Les médias de masse ne se lassent pas de dire que le mouvement pour la démocratie égyptienne doit être l'oeuvre des Égyptiens eux-mêmes, mais ils ne peuvent s'empêcher de dire en conclusion que le dogme de la démocratie impérialiste est la voie que le peuple doit suivre. Le dogme de la démocratie impérialiste comprend la formulation générale de la « démocratie occidentale » qui, dans ses grands traits, comprend une course entre partis électoraux avec la promotion de candidats privilégiés choisis dans des « élections libres et équitables » afin qu'ils représentent des intérêts sectaires au sein d'un parlement fondé sur le modèle de Westminster. Bien sûr, si une élection ne donne pas le résultat escompté, en ce sens qu'il n'est pas favorable aux intérêts des puissances étrangères, alors l'obsession électorale est vite remplacée par un souci de stabilité. Les défenseurs de ce dogme impérialiste ne saisissent tout simplement pas qu'un système politique moderne ainsi que ce qui le caractérise doivent être le résultat des conditions économiques, sociales, culturelles et nationales du pays lui-même et de ses conditions historiques. Ceci n'est possible que si ce système est guidé par le fruit de la pensée propre à son peuple, ainsi que par le renouveau constant de cette pensée sous la forme d'une théorie politique moderne. Le peuple égyptien fait partie de la nation arabe et ses besoins politiques et autres sont le résultat de conditions économiques rétrogressives de mondialisation néolibérale, de l'histoire de la domination anglo-sioniste sur leurs vies et sur l'Égypte en particulier, et de la nécessité de défendre les droits de tous. Le point de départ de la démocratie du peuple égyptien est comment il parviendra à gérer les réalités qui le confrontent d'une façon qui favorise ses intérêts. Par la force des choses, il doit créer un pouvoir qui bloque l'ingérence des impérialistes étrangers dans ses prises de décision souveraines. Les caractéristiques de cette démocratie vont se révéler à mesure que sera surmontée l'ingérence de l'impérialisme étasunien dans ses affaires politiques. Une formule politique fixe, venant d'une des premières périodes de l'histoire du capitalisme anglo-étasunien dominée par des hommes de propriété européens et restructurée afin de servir la mondialisation néolibérale n'a rien à offrir au peuple égyptien ni à aucun autre peuple. Par le passé, cette formule n'a offert qu'oppression, subjugation et négation de tous droits. Aujourd'hui, elle n'offre que destruction, violence, assassinats ciblés – et asservissement pour tous.

L'arrogance eurocentriste

Partout dans le monde, ces régimes qui luttent et qui cherchent à s'ouvrir une voie qui sert les intérêts de leur peuple en opposition au système impérialiste d'États sont constamment attaqués comme étant despotiques et comme agissant contre les normes eurocentristes de la démocratie impérialiste. L'arrogance de l'impérialisme anglo-étasunien a mené à des guerres d'agression dans l'ancienne Yougoslavie, en Irak et en Afghanistan afin d'y forcer un changement de régime et de ramener ces pays fermement au sein du système impérialiste d'États. Les menaces sont proférés sans relâche à l'intention de tout autre pays qui vit indépendamment des normes de la démocratie impérialiste tels que Cuba, le Vénézuela, la République populaire démocratique de Corée, l'Iran, le Zimbabwe et tout autre pays qui ose s'avancer sur une voie vers l'indépendance et de nouveaux arrangements qui ne sont pas ceux des impérialistes. Il y a eu des coups d'État nouveau style en Haïti et au Honduras au nom de la défense de la démocratie et ainsi de suite.

Même avant que le peuple égyptien n'ait complété sa tâche révolutionnaire de renverser le régime anglo-sioniste, les médias de masse canadiens font déjà leurs mises en garde au cas ou on tenterait de détourner le mouvement pour la démocratie vers une déviation « despotique » égyptienne qui lui est propre et s'éloignant de la norme eurocentriste. Il importe peu aux média canadiens que les Égyptiens désirent un véritable changement de régime et de nouveaux arrangements qui servent leurs intérêts et qui garantissent leurs droits et leur indépendance en opposition à l'impérialisme. L'arrogance des médias est insupportable et doit être dénoncée. L'impact local de cette arrogance est qu'elle bloque la discussion sur quelle voie suivre au-delà de la démocratie impérialiste et de l'annexion ici même, chez nous, au Canada.

L'hypocrisie du changement de camp

L'impérialisme étasunien a financé et appuyé la dictature militaire de Moubarak depuis le début. L'une après l'autre, les administrations étasuniennes ont tout fait en leur pouvoir pour contrer l'émergence d'un mouvement démocratique populaire. Elles ont donné des milliard de dollars pour renforcer la police militaire et politique égyptienne chargée de réprimer le peuple égyptien. Depuis dix ans, toute opposition au régime Moubarak a été dénoncée comme étant terroriste et sujette à de sévères sanctions, incluant toute personne aux États-Unis qui appuie tout mouvement pour se débarrasser du régime anglo-sioniste égyptien. Au Canada, Harper poursuit cet objectif jusqu'à l'absurde en criminalisant toute critique de l'Israël sioniste.

Pour le comble de l'hypocrisie, lorsque les États-Unis et les médias de masse canadiens ont constaté que les masses égyptiennes brandissaient avec héroïsme la bannière du changement révolutionnaire, ils se soient retournés contre leur président vassal et ont exigé son départ. Dans son nouvel enthousiasme, le président étasunien Obama n'a pas offert aux peuples du monde les excuses des États-Unis pour avoir financé et imposé le régime de Moubarak au peuple de l'Égypte et à la nation arabe pendant trois décennies.

Les États-Unis s'opposent au changement de régime du peuple égyptien. Ils veulent gérer une « transition pacifique » vers la démocratie impérialiste en inondant le pays de politiciens professionnels liés aux ONG, en continuant de financer la police militaire et politique et en faisant cheminer de l'argent sale vers divers partis politiques et organisations dans le but de conserver l'Égypte en tant qu'État vassal étasunien et anglo-sioniste.

Ce que les États-Unis n'ont toujours pas compris, c'est qu'ils n'y parviendront pas.

(Traduction: LML)

Haut de page


Tableau chronologique: 1869 à 2007

1869 : La construction du Canal de Suez est terminée, annonçant le début d'une nouvelle ère d'ingérence britannique et française dans les affaires intérieures égyptiennes. À cette époque, l'Égypte est gouvernée par un khédive - un souverain absolu, dont les descendants héritent du pouvoir. Le khédive égyptien est soutenu par la Grande-Bretagne et la France, contre l'empire ottoman. En échange de leur protection, le khédive accorde divers privilèges britanniques et français en Égypte.

1879 : Le premier parti politique national en Égypte moderne est formé, nommé le Parti nationaliste égyptien. Sous le commandement du général Ahmad Urabi, il est une expression du peuple égyptien qui s'efforce d'éliminer l'influence étrangère dans leur pays.

1882 : Craignant un défi à leur contrôle, la Grande-Bretagne et la France interviennent militairement en Égypte. Ils bombardent massivement Alexandrie qui est le bastion de la résistance à cette époque. Finalement, à la bataille de Tel Elkebir, ils ont écrasé l'armée égyptienne (maintenant sous le commandement du Parti nationaliste égyptien d'Urabi). Suite à cette victoire militaire, ils ont transformé de facto l'Égypte en un protectorat britannique.

1919 : Le pays tout entier se dresse contre la domination britannique dans sa première révolution moderne après l'exil de Saad Zaghloul, le chef du parti Wafid, l'ancien Parti nationaliste égyptien. La révolte contraint finalement le gouvernement britannique d'émettre une déclaration unilatérale d'indépendance de l'Égypte.

1922 : Sous les auspices de la Grande-Bretagne, le royaume égyptien moderne est établi, avec Faoud en tant que roi et Zaghloul en tant que premier ministre.

1948 : Israël est formé après que les forces anti-sionistes en Palestine aient été vaincues militairement, en grande partie due à la corruption du roi d'Égypte et de son administration. Cela a conduit à la formation du Mouvement des officiers libres en Égypte.

1951 : Le roi d'Égypte, longtemps de mèche avec les colonialistes européens ainsi qu'avec les Britanniques, brûle Le Caire afin d'écraser un nouveau soulèvement populaire pour une véritable indépendance de l'Égypte.

1952 : Le Mouvement des officiers libres, sous la direction du populaire et bien-aimé Jamal Abdul Nasser, dirige un mouvement populaire qui renverse le régime. Finalement, ils sont en mesure de constituer un nouveau gouvernement, avec le héros révolutionnaire Nasser en tant que premier ministre.

1953 : Naissance de la république égyptienne.

1956 : Juin : Les forces britanniques complétent leur retrait de la zone d'occupation du canal de Suez et de l'Égypte dans son ensemble.

Juillet : Nasser, maintenant président, nationalise le canal de Suez, ce qui provoque une grande liesse populaire à travers le monde arabe.

Octobre : L'agression tripartite contre l'Égypte - Grande-Bretagne, France et Israël envahissent la région du Sinaï en Égypte et alignent leurs troupes le long du canal de Suez.

1958 : La République arabe unie (RAU) est établie par l'Égypte et la Syrie sous le commandement du président Nasser. Elle vise à être une organisation de tous les pays du Moyen-Orient, unis pour un avantage mutuel et contre l'impérialisme anglo-américain.

1961 : La dissolution de la RAU après un coup d'État en Syrie soutenu par les États-Unis.

1967 : L'Égypte perd la guerre des Six Jours contre Israël, ce qui conduit à la démission de Nasser. En raison des manifestations de masse populaires s'opposant à sa démission, Nasser reprend finalement son poste de président du pays.

1970 : Mort tragique du président Jamal Abdel Nasser.

1973 : Guerre d'octobre.

1977 : Le président Sadate dirige la visite égyptienne tristement célèbre en Israël, établissant des liens diplomatiques entre les deux pays pour la première fois depuis la fondation de l'État sioniste.

1979 : Sadate et le premier ministre israélien Menahem Begin signent le Traité de paix de Camp David, ramenant pleinement l'Égypte dans le giron d'influence anglo-sioniste.

1981 : Sadate est assassiné lors d'un défilé militaire. Le vice-président Moubarak prend le relais, en déclarant l'état d'urgence dans le pays. Cet état d'urgence n'a jamais été révoqué jusqu'à ce jour. En vertu de l'état d'urgence évoqué par Moubarak depuis son arrivée au pouvoir, l'Égypte est une république semi-présidentielle régie par la loi d'urgence (Loi no. 162 datant de 1958). Techniquement, cela signifie que l'Égypte est sous un régime militaire, l'armée ayant le pouvoir absolu et le président en tant que commandant suprême de l'armée. Ainsi, Moubarak est le commandant suprême de l'armée. En vertu de la loi, les pouvoirs de la police sont élargis, les droits constitutionnels suspendus et la censure légalisée. La loi encadre fortement toute activité politique non-gouvernementale, y compris des manifestations de rue. Tous les partis politiques doivent être approuvés par le régime au pouvoir. La loi permet la détention arbitraire et à long terme sans accusation, les procès secrets sans preuves, les exécutions secrètes et elle suspend également l'habeas corpus.

Quelque 17 000 personnes ont été détenues en vertu de la loi d'urgence. Les estimations du nombre de prisonniers politiques sont aussi élevées que 30 000. Bien entendu, ces chiffres officiels sont très suspects. Le régime égyptien a utilisé les pouvoirs absolus accordés par l'état d'urgence pour systématiquement détenir en prison, attaquer et éliminer tous les opposants politiques qui ne peuvent jamais contester une élection. Il est également important de noter que presque tous les journaux en Égypte sont directement détenus et gérés par le régime.

1989 : L'Égypte a été réadmise en tant que membre à part entière de la Ligue arabe et le siège de la Ligue a été transféré à son emplacement d'origine au Caire après avoir été déplacé vers la Tunisie après le traité de paix de Camp David.

1991 : L'Égypte participe avec les États-Unis à l'opération Tempête du désert contre l'Irak, la première fois dans l'histoire moderne que l'armée égyptienne mène une guerre contre un autre pays arabe.

2003 : Le Mouvement égyptien pour le changement, connu sous le nom Kefaya (arabe pour « assez »), a été lancé pour s'opposer au régime Moubarak et pour mettre en place des réformes démocratiques et plus de libertés civiles.

2005 : Des élections présidentielles ont lieu en Égypte, où Moubarak redevient encore président. Avant cela, Moubarak a été réélu président pour des mandats de quatre ans lors des référendums tenus en 1987, 1993, 1999 et 2005. Moubarak a été le seul candidat autorisé par le Parlement à se présenter. Le 26 février 2005, après beaucoup de pressions intérieures et internationales pour une réforme démocratique, Moubarak demande au Parlement qui est en grande partie servile de modifier la loi afin de permettre la tenue d'élections présidentielles comportant plusieurs candidats. Le 8 septembre 2005, le journaliste bien connu Ayman Nour, un dissident et candidat du Parti Elghad (arabe pour demain), a contesté les résultats des élections et a demandé la tenue d'une nouvelle élection. Le 24 décembre 2005, dans une démarche largement considérée comme de la persécution politique, Ayman Nour a été déclaré coupable de fabrication de faux documents et condamné à cinq ans de travaux forcés.

2007 : L'Égypte a travaillé main dans la main avec l'État sioniste afin d'imposer un siège illégal génocidaire aux 1,5 millions de Palestiniens de Gaza.

Haut de page


Retour à l'index • Écrivez à: redaction@cpcml.ca