Droits sociaux

Le logement est un droit! La caravane pour
le logement social parcourt le Québec
- 20 février 2011 -


Plus de 1000 personnes ont participé à la manifestation pour le logement
social à Québec le 19 février. (Photo: Étienne Grandmont)

La caravane des locataires, organisée par le Front d'action populaire en réaménagement urbain a pris son départ le 14 février au matin à Gatineau. Elle a parcouru le Québec du 14 au 19 février pour réclamer que le prochain budget du ministre des Finances, Raymond Bachand, finance de nouveaux logements sociaux en nombre suffisant pour répondre plus adéquatement aux besoins.

C'est par l'appropriation symbolique d'un terrain que le FRAPRU et son groupe-membre de l'Outaouais, Logem'en occupe et par l'installation d'un panneau géant, à l'image de ceux utilisés par le gouvernement québécois pour annoncer ses investissement que les activistes ont débuté la caravane. Sur le panneau, on pouvait lire 50 000 logements sociaux en 5 ans.

Citant des chiffres de la Société canadienne d'hypothèques et de logement, le FRAPRU a révélé que, parmi les 260 700 ménages qui ont des besoins urgents de logement au Québec, 77 % vivent cette situation uniquement parce qu'ils sont incapables de faire face au coût des loyers sur le marché privé de l'habitation. Selon l'organisme, cette situation est appelée à s'aggraver, compte tenu de la hausse continuelle des loyers depuis le début des années 2000. Au Québec, le coût moyen d'un logement de deux chambres à coucher a augmenté de pas moins de 34,5 % entre l'automne 2000 et l'automne 2010.

« Mois après mois, des personnes et des familles se retrouvent devant le choix de payer le loyer ou de manger », a affirmé le coordonnateur du FRAPRU, François Saillant. C'est ce qui explique, à son avis, que le nombre de causes pour non-paiement de loyer ait augmenté de 16 % à la Régie du logement depuis 2000 : « Au bureau régional de la Régie à Gatineau, le nombre de causes pour non-paiement a augmenté de 23,5 % au cours des quatre dernières années. Comment ne pas y voir un signe de l'aggravation du problème d'incapacité de payer ? »

Après le dîner, la caravane a pris la route de Montréal où une manifestation était prévue pour 15 h. Plus d'une centaine de personnes ont envahi le Carré Saint- Louis avant d'emprunter la rue Saint-Denis sous les approbations des passants. Devant l'îIôt Voyageur, les manifestants ont pris de cours les policiers pour envahir ce bâtiment hautement symbolique, propriété du gouvernement du Québec et qui pourrait servir à la construction de nombreux logements sociaux. Ils y ont déployé une immense bannière sur laquelle on pouvait lire 22 500 logements sociaux à Montréal.

Le FRAPRU a rappellé que le dernier rapport sur le marché locatif de la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) montre qu'il manque toujours de grands logements pour les familles sur l'île de Montréal. Le taux d'inoccupation qui devrait être de 3 % pour être considéré comme équilibré n'est en effet que de 1,8 % dans les logements de trois chambres à coucher et plus. Il descend à 1,5 % dans les logements se louant entre 500 $ et 699 $ par mois et à 1,3 % dans les logements dont le prix de location varie entre 700 $ et 899 $. Seuls les logements de plus de 900 $ affichent un taux d'inoccupation de 3 %.

Entre 2000 et 2010, le loyer moyen des logements de trois chambres à coucher et plus est passé de 647 $ à 909 $ par mois sur l'île, pour une hausse de 40,5 %.

De plus, des données publiées par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM) démontrent qu'une part considérable des familles locataires avec enfants éprouve des difficultés à se loger à Montréal. 37 265 ont des besoins urgents de logement parce que leur loyer est trop cher pour leurs moyens et/ou parce que leur logement est de qualité ou de taille inadéquate. Il s'agit de 27 % des familles locataires. À l'échelle du Québec, ces familles en difficulté se chiffrent à 70 600.

Toujour selon le FRAPRU, les ménages issus de l'immigration sont encore plus à risque d'être mal-logés. Les données de la CMM permettent de constater que, sur les 111 505 ménages locataires ayant des besoins impérieux de logement à Montréal, 45 655 ont une personne immigrante comme principal soutien financier.

Alors que 23 % des ménages locataires de Montréal sont aux prises avec des problèmes graves de logement, ce pourcentage monte à 30 % chez les ménages immigrants et à 32 % chez ceux qui ont immigré plus récemment.

Comme l'a souligné la responsable des dossiers montréalais au FRAPRU, Marie-Josée Corriveau, le prochain budget sera très important. « Non seulement le budget doit-il investir en logement social, mais il doit le faire sur plusieurs années et à un niveau suffisant pour répondre plus adéquatement à toute l'ampleur et à toute l'urgence des besoins. Il en va du respect du droit au logement ».



La Caravane pour le logement social qui passe (de gauche à droite, de haut en bas) en Montérégie,
à La Tuque, à Trois-Rivières et à Saguenay. (Photos: FRAPRU)

(Source : Communiqués du FRAPRU)

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C'est à l'État en tant que garant du bien commun
que revient la responsabilité d'assurer
le plein respect du droit au logement

Le 11 février, l'arrondissement du Plateau Mont-Royal a obtenu une injonction de la Cour supérieure forçant les propriétaires d'un immeuble patrimonial en décrépitude à le restaurer dans les 300 jours. Si le propriétaire ne répond pas à l'injonction, l'arrondissement complétera les travaux et enverra la facture aux propriétaires.

Durant la même semaine, les médias ont révélé une histoire d'horreur à propos de logements insalubres dans un immeuble de Côte-des-Neiges. Dans un rapport de la Direction de la santé publique daté du 27 octobre 2010, l'hygiéniste conclut que l'immeuble a de « sérieux problèmes de salubrité » et qu'il est tout simplement « impropre à l'habitation ». Le rapport a été envoyé à l'arrondissement de Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce. L'inspecteur qui a visité le 3400, avenue Linton a constaté 56 points de non-conformité du bâtiment. Ces avis de non-conformité ont été envoyés aux propriétaires mais ils n'ont débouché sur aucune contravention.

Comme le souligne le groupe de défense des locataires l'OEil, le cas de cet immeuble de l'avenue Linton témoigne du climat d'impunité qui règne à Montréal. « C'est du laxisme de la part de l'arrondissement », déplore Claude Dagneau, coordonnateur de l'OEil.

Selon lui, le rapport de la DSP est on ne peut plus clair : ces logements sont insalubres et les locataires ne doivent pas y vivre. « Pourtant la Ville prend son temps, comme s'il n'y avait pas d'urgence. J'ai même appris qu'un des logements visés par le rapport vient d'être loué. »

La question qui vient immédiatement à l'esprit c'est comment se fait-il que si l'arrondissement du Plateau Mont-Royal a obtenu une injonction contre un propriétaire délinquant, pourquoi les autres arrondissements n'imitent-ils pas cet arrondissement?

Cette grave violation du droit au logement et à la santé qu'est l'immeuble de Côte-des-Neiges n'est que la pointe de l'iceberg. On estime que 14.6 % des logements au Québec ont besoin de réparations majeures.

Le plein poids de la loi doit s'abattre sur tous les propriétaires qui violent le droit au logement. Les propriétaires qui refusent d'entretenir leurs logements doivent recevoir un avis les invitant à faire les rénovations qui s'imposent et ce, le plus rapidement possible. Si cela n'est pas fait dans les délais prescrits, les immeubles doivent être saisis par l'État et la facture doit être envoyée aux propriétaires.

Comme l'a souligné le coordonnateur du FRAPRU, François Saillant, lors du passage de la Caravane des locataires à Montréal le 14 février : « Le privé ne se mettra pas par magie à construire des logements locatifs pour les familles, puisqu'il ne le fait pas depuis une vingtaine d'années. Sans la construction de logements sociaux, l'offre de grands appartements familiaux serait carrément à zéro. De la même façon, on ne peut sûrement pas compter sur le marché privé pour offrir des logements respectant la capacité de payer des familles à faible ou modeste revenu. Seul le logement social est capable de le faire. »

C'est à l'État en tant que garant du bien commun que revient la responsabilité d'assurer le plein respect du droit au logement.

Le logement est un droit !
Exigeons des mesures concrètes pour sa pleine réalisation !

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