Mouvement
ouvrier
Alcoa
Faisons échec à la tentative d'Alcoa
de briser le syndicat à Bécancour!
- Janvier 2011 -
La direction d'Alcoa multiplie les provocations pour
briser les reins du Syndicat des employés de l'aluminerie de
Bécancour (ABI). À la mi-octobre, elle a adressé
une
mise en demeure au syndicat lui ordonnant de cesser ses soi-disant
moyens de pression qui ralentiraient la production et elle poursuit le
syndicat devant les tribunaux pour
2,5 million $ en remboursement pour les pertes de production
qu'elle attribue aux travailleurs. La direction a envoyé cette
lettre non seulement au syndicat mais
au domicile de tous les travailleurs. Elle a laissé entendre
dans les médias locaux qu'elle songe même à fermer
une partie des installations.
Le syndicat réfute totalement ces
allégations qui sentent la provocation à plein nez et
blâme la gestion de l'entreprise pour les problèmes de
production. Lors
d'une entrevue le 11 décembre au quotidien Le
Nouvelliste, le PDG d'ABI, Pierre Lapointe, a dit que ces
2,5 millions $ pourraient se
transformer en plusieurs millions pour compenser l'augmentation des
coûts de production que l'entreprise attribue aux travailleurs et
pour gruger dans le programme de partage
des profits.
Dans l'entrevue au Nouvelliste, le PDG dit
ouvertement que l'entreprise s'apprête à changer
unilatéralement les conditions de travail des travailleurs
avant la période des fêtes, en violation de la convention
collective toujours en vigueur, en commençant par les
travailleurs de la fonderie. Admettant que ces changements
seraient en violation de la convention collective, le PDG
déclare que si le syndicat s'y oppose, il ira devant les
tribunaux pour les imposer et défendre les « droits
de
gérance » d'ABI. Il déclare que le syndicat
s'oppose aux changements qui seuls peuvent maintenir en vie
l'aluminerie dans le contexte de la concurrence accrue entre
les monopoles de l'aluminium sur les marchés mondiaux et il
appelle la lutte des travailleurs pour défendre leurs conditions
de travail et faire respecter la convention
« de l'intimidation ». Alcoa veut briser les
reins du syndicat pour avoir le chemin libre pour établir son
pouvoir total dans la place, y introduisant un chaos
complet, pour y détruire les conditions de travail à
volonté.
Le syndicat a répliqué en
dénonçant avec raison la direction d'ABI qui crée
l'hystérie dans les médias pour tenter de justifier son
coup de force contre les
travailleurs. Le syndicat pense que l'entreprise veut réduire
les heures travaillées, lesquelles ont fait l'objet de
concessions arrachées aux travailleurs lors de la
négociation
pour une nouvelle convention collective en 2009. Sous la menace de
mises à pied massives, le syndicat avait accepté une
réduction de 15 % des heures travaillées,
et la direction s'apprêterait à couper les heures encore
davantage par un simple coup de force assorti de poursuites
légales.
LML dénonce les provocations d'Alcoa et
appelle tous les travailleurs du Québec à défendre
les travailleurs de l'aluminerie contre ce coup de force.
Nous reproduisons ci-contre une entrevue avec Clément Masse, le
président du Syndicat des employés de l'aluminerie de
Bécancour, peu après qu'ABI ait adressé sa mise
en demeure au syndicat en octobre.

Entrevue avec Clément Masse, président
du
Syndicat des employés de
l'aluminerie de Bécancour
- Janvier 2011 -
LML :
Qu'en est-il de cette mise en demeure contre
le syndicat ?
Clément Masse : Nous
faisons face à l'aluminerie à une nouvelle direction
encore plus anti-syndicale que la précédente, si cela est
possible. Les relations de travail sont toujours tendues, la direction
continue de nous attaquer malgré les concessions que nous avons
faites en 2009. Alcoa a émis un
communiqué récemment dans lequel elle affirme que le
syndicat utilise en ce moment des moyens de pression pour nuire
à la production. Le communiqué ne donne pas de
détails sur ces allégations et il ne peut pas en donner
parce que le syndicat ne fait pas de moyens de pression en ce moment.
Les problèmes dans la production sont causés
par la mauvaise gestion de l'entreprise et non par nous. Si
l'entreprise veut soulever des problèmes avec nous au sujet de
la production, elle peut s'asseoir avec nous et nous
en parler. Elle n'a pas besoin de nous lancer des procédures
judiciaires à la tête. Sinon c'est juste du
harcèlement. Nous ne sommes pas en négociations à
l'heure actuelle
et celles-ci ne se tiendront qu'en 2012.
LML : L'expérience
des travailleurs c'est que les grands monopoles utilisent la crise
économique comme prétexte pour intensifier
leurs attaques contre nous. Comment vivez-vous cette situation ?
CM : Nous avons
renouvelé notre convention collective en 2009, en plein coeur de
la crise financière qui a bouleversé notre industrie
et l'économie en général. La direction d'Alcoa a
saisi l'occasion pour exiger des concessions de notre part, dont une
réduction des heures travaillées de 15 %,
c'est-à-dire que la semaine de travail est passée de 40
heures
par semaine à 36 heures, ce qui cause une perte de revenus
considérable pour les travailleurs. Nous avons été
forcés d'accepter cette concession sous la menace d'Alcoa
d'abolir des postes de travail et de faire beaucoup de mises à
pied. Nous avons mené une grosse bataille là-dessus
à ce moment-là mais nous n'avons pas été
capables de faire échec à toutes les concessions qui
étaient demandées.
Ils ont également profité de la crise pour
apporter des changements dans l'indexation de nos régimes de
retraite. Pour nous, c'est totalement inacceptable qu'une
compagnie se serve d'une crise pour attaquer les droits des
travailleurs, en particulier la question des retraites. Pour les
travailleurs qui produisent de l'aluminium toute leur
vie en espérant qu'un jour ils pourront vivre décemment
le jour de la retraite et qui se font nier ce droit à cause
d'une crise, c'est inacceptable et honteux. Un ouvrier ne
vivra qu'une seule retraite et se faire nier ce droit sous le
prétexte d'une crise qui est
« passagère » est vraiment
malhonnête. C'est clair pour nous que pour
des compagnies comme Alcoa, toutes les occasions sont bonnes pour
extirper des concessions aux travailleurs, nous ne sommes pas dupes et
on les regarde aller.
En ce moment au Québec, certaines compagnies
essaient de créer la division entre les travailleurs plus jeunes
et les travailleurs ayant plus d'ancienneté. Ils
continuent d'indexer les régimes de retraite pour les
travailleurs plus anciens tout en offrant un moins bon régime
pour les nouveaux embauchés. Ils veulent créer deux
classes
de travailleurs. Nous devons empêcher cela. Selon nous les
pensions sont un droit inaliénable et le gouvernement doit
donner une protection adéquate aux travailleurs
retraités.
Le gouvernement a l'obligation de garantir que les droits des
retraités ne soient pas soumis aux aléas des crises
économiques et le mouvement ouvrier doit encourager tous
ceux qui se battent pour leur droit à une retraite
décente, tout comme nous appuyons les travailleurs
français qui luttent contre la réforme des retraites de
Sarkozy.
LML : Votre syndicat a
toujours été préoccupé par le
développement de votre région. Quelle est la situation
dans le
Centre-du-Québec ?
CM : Ça ne va pas
tellement bien. Le secteur forestier est toujours en crise et
l'industrie des pâtes et papiers de Trois-Rivières tourne
au ralenti ; il n'y a pas de signes de reprise à l'horizon.
Cette industrie est un gros générateur d'emplois pour
notre région et pour l'instant il n'y a pas de création
d'emplois. De notre côté du fleuve, à
Bécancour, il y a la fermeture de RHI qui va fermer
définitivement ses portes le 19 novembre prochain. Cette
usine fabriquait
des briques réfractaires utilisées dans les alumineries,
les aciéries et les fonderies. Environ une centaine d'emplois
vont disparaître avec cette fermeture. L'usine de fabrication
de plaques solaires de Timincko située près de notre
usine n'a jamais pu se remettre de la crise, elle aussi tourne au
ralenti malgré que cette industrie est supposée
être en
essor. Comme vous le savez, l'usine de magnésium que Norsk Hydro
a fermée est maintenant complèment
démembrée, il ne reste plus rien. Il y a également
la décision
d'Hydro-Québec de ne pas rénover immédiatement sa
centrale nucléaire de Gentilly.

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