Mouvement ouvrier
Alcoa
Faisons échec à la tentative d'Alcoa
de briser le syndicat à Bécancour!

La direction d'Alcoa multiplie les provocations pour briser les reins du Syndicat des employés de l'aluminerie de Bécancour (ABI). À la mi-octobre, elle a adressé une mise en demeure au syndicat lui ordonnant de cesser ses soi-disant moyens de pression qui ralentiraient la production et elle poursuit le syndicat devant les tribunaux pour 2,5 million $ en remboursement pour les pertes de production qu'elle attribue aux travailleurs. La direction a envoyé cette lettre non seulement au syndicat mais au domicile de tous les travailleurs. Elle a laissé entendre dans les médias locaux qu'elle songe même à fermer une partie des installations.

Le syndicat réfute totalement ces allégations qui sentent la provocation à plein nez et blâme la gestion de l'entreprise pour les problèmes de production. Lors d'une entrevue le 11 décembre au quotidien Le Nouvelliste, le PDG d'ABI, Pierre Lapointe, a dit que ces 2,5 millions $ pourraient se transformer en plusieurs millions pour compenser l'augmentation des coûts de production que l'entreprise attribue aux travailleurs et pour gruger dans le programme de partage des profits.

Dans l'entrevue au Nouvelliste, le PDG dit ouvertement que l'entreprise s'apprête à changer unilatéralement les conditions de travail des travailleurs avant la période des fêtes, en violation de la convention collective toujours en vigueur, en commençant par les travailleurs de la fonderie. Admettant que ces changements seraient en violation de la convention collective, le PDG déclare que si le syndicat s'y oppose, il ira devant les tribunaux pour les imposer et défendre les « droits de gérance » d'ABI. Il déclare que le syndicat s'oppose aux changements qui seuls peuvent maintenir en vie l'aluminerie dans le contexte de la concurrence accrue entre les monopoles de l'aluminium sur les marchés mondiaux et il appelle la lutte des travailleurs pour défendre leurs conditions de travail et faire respecter la convention « de l'intimidation ». Alcoa veut briser les reins du syndicat pour avoir le chemin libre pour établir son pouvoir total dans la place, y introduisant un chaos complet, pour y détruire les conditions de travail à volonté.

Le syndicat a répliqué en dénonçant avec raison la direction d'ABI qui crée l'hystérie dans les médias pour tenter de justifier son coup de force contre les travailleurs. Le syndicat pense que l'entreprise veut réduire les heures travaillées, lesquelles ont fait l'objet de concessions arrachées aux travailleurs lors de la négociation pour une nouvelle convention collective en 2009. Sous la menace de mises à pied massives, le syndicat avait accepté une réduction de 15 % des heures travaillées, et la direction s'apprêterait à couper les heures encore davantage par un simple coup de force assorti de poursuites légales.

LML dénonce les provocations d'Alcoa et appelle tous les travailleurs du Québec à défendre les travailleurs de l'aluminerie contre ce coup de force. Nous reproduisons ci-contre une entrevue avec Clément Masse, le président du Syndicat des employés de l'aluminerie de Bécancour, peu après qu'ABI ait adressé sa mise en demeure au syndicat en octobre.

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Entrevue avec Clément Masse, président
du Syndicat des employés de
l'aluminerie de Bécancour

LML : Qu'en est-il de cette mise en demeure contre le syndicat ?

Clément Masse : Nous faisons face à l'aluminerie à une nouvelle direction encore plus anti-syndicale que la précédente, si cela est possible. Les relations de travail sont toujours tendues, la direction continue de nous attaquer malgré les concessions que nous avons faites en 2009. Alcoa a émis un communiqué récemment dans lequel elle affirme que le syndicat utilise en ce moment des moyens de pression pour nuire à la production. Le communiqué ne donne pas de détails sur ces allégations et il ne peut pas en donner parce que le syndicat ne fait pas de moyens de pression en ce moment. Les problèmes dans la production sont causés par la mauvaise gestion de l'entreprise et non par nous. Si l'entreprise veut soulever des problèmes avec nous au sujet de la production, elle peut s'asseoir avec nous et nous en parler. Elle n'a pas besoin de nous lancer des procédures judiciaires à la tête. Sinon c'est juste du harcèlement. Nous ne sommes pas en négociations à l'heure actuelle et celles-ci ne se tiendront qu'en 2012.

LML : L'expérience des travailleurs c'est que les grands monopoles utilisent la crise économique comme prétexte pour intensifier leurs attaques contre nous. Comment vivez-vous cette situation ?

CM : Nous avons renouvelé notre convention collective en 2009, en plein coeur de la crise financière qui a bouleversé notre industrie et l'économie en général. La direction d'Alcoa a saisi l'occasion pour exiger des concessions de notre part, dont une réduction des heures travaillées de 15 %, c'est-à-dire que la semaine de travail est passée de 40 heures par semaine à 36 heures, ce qui cause une perte de revenus considérable pour les travailleurs. Nous avons été forcés d'accepter cette concession sous la menace d'Alcoa d'abolir des postes de travail et de faire beaucoup de mises à pied. Nous avons mené une grosse bataille là-dessus à ce moment-là mais nous n'avons pas été capables de faire échec à toutes les concessions qui étaient demandées.

Ils ont également profité de la crise pour apporter des changements dans l'indexation de nos régimes de retraite. Pour nous, c'est totalement inacceptable qu'une compagnie se serve d'une crise pour attaquer les droits des travailleurs, en particulier la question des retraites. Pour les travailleurs qui produisent de l'aluminium toute leur vie en espérant qu'un jour ils pourront vivre décemment le jour de la retraite et qui se font nier ce droit à cause d'une crise, c'est inacceptable et honteux. Un ouvrier ne vivra qu'une seule retraite et se faire nier ce droit sous le prétexte d'une crise qui est « passagère » est vraiment malhonnête. C'est clair pour nous que pour des compagnies comme Alcoa, toutes les occasions sont bonnes pour extirper des concessions aux travailleurs, nous ne sommes pas dupes et on les regarde aller.

En ce moment au Québec, certaines compagnies essaient de créer la division entre les travailleurs plus jeunes et les travailleurs ayant plus d'ancienneté. Ils continuent d'indexer les régimes de retraite pour les travailleurs plus anciens tout en offrant un moins bon régime pour les nouveaux embauchés. Ils veulent créer deux classes de travailleurs. Nous devons empêcher cela. Selon nous les pensions sont un droit inaliénable et le gouvernement doit donner une protection adéquate aux travailleurs retraités. Le gouvernement a l'obligation de garantir que les droits des retraités ne soient pas soumis aux aléas des crises économiques et le mouvement ouvrier doit encourager tous ceux qui se battent pour leur droit à une retraite décente, tout comme nous appuyons les travailleurs français qui luttent contre la réforme des retraites de Sarkozy.

LML : Votre syndicat a toujours été préoccupé par le développement de votre région. Quelle est la situation dans le Centre-du-Québec ?

CM : Ça ne va pas tellement bien. Le secteur forestier est toujours en crise et l'industrie des pâtes et papiers de Trois-Rivières tourne au ralenti ; il n'y a pas de signes de reprise à l'horizon. Cette industrie est un gros générateur d'emplois pour notre région et pour l'instant il n'y a pas de création d'emplois. De notre côté du fleuve, à Bécancour, il y a la fermeture de RHI qui va fermer définitivement ses portes le 19 novembre prochain. Cette usine fabriquait des briques réfractaires utilisées dans les alumineries, les aciéries et les fonderies. Environ une centaine d'emplois vont disparaître avec cette fermeture. L'usine de fabrication de plaques solaires de Timincko située près de notre usine n'a jamais pu se remettre de la crise, elle aussi tourne au ralenti malgré que cette industrie est supposée être en essor. Comme vous le savez, l'usine de magnésium que Norsk Hydro a fermée est maintenant complèment démembrée, il ne reste plus rien. Il y a également la décision d'Hydro-Québec de ne pas rénover immédiatement sa centrale nucléaire de Gentilly.

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