Victoire du peuple égyptien

Vive la lutte du peuple égyptien pour son émancipation et souveraineté!


La place Tahrir, au Caire, en Égypte, le 11 février 2011: Les Égyptiens célèbrent la démission du président Hosni
Moubarak et réitèrent l'intégralité de leurs demandes concernant le changement de régime. (Al Manar0

LML salue chaleureusement le peuple d'Égypte, sa jeunesse courageuse et sa classe ouvrière qui ont su mener des actions décisives pour assurer le triomphe de leur mouvement émancipateur et souverain. Ce que la révolution égyptienne a accompli en forçant le départ du dictateur Moubarak va sûrement lui donner la capacité d'aller plus loin et de faire échouer les complots des impérialistes américains, des sionistes israéliens et de leurs alliés dans l'OTAN qui cherchent à sauvegarder leurs intérêts dans la région. Évidemment, quand on a annoncé le 11 février, le «Vendredi d'Adieu», que Moubarak démissionnait et remettait les rênes du pouvoir à l'armée, les médias anglo-américains ont exprimé l'espoir que les manifestants vont maintenant remettre le sort de leur mouvement entre les mains de l'armée. Ils ne semblent pas trouver absurde que ceux qui combattent le pouvoir militaire depuis 30 ans vont maintenant laisser leur sort entre ses mains.

Les impérialistes anglo-sionistes, les États-Unis à leur tête, cherchent désespérément à détourner le mouvement populaire en Égypte de son objectif d'un changement de régime et de bloquer la propagation de la ferveur révolutionnaire dans la région. Ce mouvement populaire représente sans doute la plus grande menace aux intérêts stratégiques de l'impérialisme américain depuis plusieurs décennies, et c'est une situation qui lui laisse très peu de marge de manoeuvre. Pendant que les médias anglo-sionistes déclarent le conflit réglé avec la démission du président Hosni Moubarak, les manoeuvres des États-Unis pour bloquer le mouvement populaire ne font que commencer. La prise en charge du pays par l'armée annoncée aujourd'hui est un coup d'État à peine voilé des États-Unis pour créer les conditions pour paralyser les efforts du peuple qui veut s'investir du pouvoir.

Leur but est de gagner du temps pour créer une situation favorable à une transition qui fait leur affaire. Voyons comment la situation se présente. Les impérialistes américains, à l'exception peut-être d'un petit groupe de récalcitrants, reconnaissent depuis le début que Moubarak doit partir, mais que la question est comment. Si Moubarak était forcé de démissionner avec le reste du régime, comme le réclame le peuple, alors pour eux l'heure serait grave. Cela voudrait dire qu'il y a un véritable changement de régime, conduisant à une Égypte populaire nouvelle opposée à l'impérialisme. Or, les États-Unis, Israël et les autres puissances étrangères ont préféré une situation où Moubarak quitte pendant qu'un autre gouvernement-client des États-Unis est installé (la fameuse « transition ordonnée » réclamée par tous les réactionnaires, le Canada y compris), pour que le peuple demeure écarté du pouvoir pendant que le pouvoir étranger assume une autre forme. C'est ainsi que le nouveau vice-président Omar Souleimane, ancien chef du service de renseignement meurtrier de Moubarak, assume diverses fonctions présidentielles pendant que l'armée prend le contrôle du pays.

Jusqu'à présent le peuple ne s'est pas laissé prendre au jeu de la carotte et du bâton. La carotte, les « négociations » que Moubarak a eues avec certaines forces de l'opposition, n'a pas eu l'effet démobilisateur désiré. Rien ne permet de croire que le peuple sera démobilisé par la démission du président et les promesses de l'armée de lever l'état d'urgence une fois la situation rétablie. Pour ce qui est du bâton, toutes les tentatives d'écraser les protestations par la violence (par les hommes de main de Moubarak), la torture, l'assassinat, les arrestations et le chaos ont échoué. Cela n'a fait qu'accroître la colère du peuple. Les travailleurs se sont joints aux manifestants avec le déclenchement d'une autre grève générale le 8 février et de nombreux expatriés sont revenus en Égypte se joindre à leurs confrères sur la place de la Liberté. Il est clair que le peuple a trouvé les moyens de déjouer la stratégie des impérialistes et des réactionnaires. Comment cet affrontement va-t-il se manifester dans les jours qui viennent ?


Le 11 février 2011: Les Égyptiens à la place Tahrir célèbrent la démission de Moubarak. (RIA Novosti)

Le « dernier avertissement » du peuple

Les événements se sont déroulés très rapidement. Hier, jeudi, Moubarak est paru à la télévision pour donner l'impression que tout est normal au gouvernement et qu'il n'avait pas l'intention de démissionner, et les manifestants ont aussitôt lancé un ultimatum : le régime doit démissionner aujourd'hui, vendredi. Dans le communiqué intitulé « Dernier avertissement », les manifestants déclarent que si la demande n'est pas satisfaite vendredi, tous se rendront au palais présidentiel au Caire pour mettre Moubarak en état d'arrestation pour ses crimes contre le peuple. Ils savaient qu'ils allaient devoir affronter directement la garde militaire du palais et du riche district avoisinant. À la dernière heure, alors que des dizaines de milliers de personnes entouraient le palais présidentiel et que des millions d'autres étaient rassemblées à la place Tahrir et dans les autres grandes villes du pays, Moubarak a démissionné. Il a remis les rênes du pouvoir à l'armée, comme si le peuple allait se satisfaire du passage d'une forme de pouvoir militaire à une autre.

Vendredi s'annonçait comme la journée décisive. La décision des manifestants d'aller arrêter Moubarak était à la fois très courageuse et très importante. Cela a mis fin au double discours du régime réactionnaire et des impérialistes et les a forcés à décider : allaient-ils mobiliser l'armée contre le peuple ? Qu'adviendrait-il des appels à la démocratie et à la non-violence d'Obama et des autres si les protestations étaient écrasées dans un bain de sang ? Moubarak a finalement démissionné. Cette démission et la prise de contrôle par l'armée peuvent faire baisser les tensions temporairement, mais tout le monde sait que la crise loin d'être terminée. Après 30 ans de pouvoir d'urgence, le peuple égyptien n'est pas plus disposé à accepter une prise de contrôle militaire sous des apparences démocratiques qu'il n'est disposé à tolérer le régime actuel.

Très peu de marge de manoeuvre

Les contradictions sont accentuées. Bien que Moubarak était le chef d'un État-client des États-Unis, son refus d'obéir au diktat américain par une prompte sortie a rendu la situation particulièrement difficile pour les impérialistes. Et inversement, Moubarak savait que sans le soutien des États-Unis, il n'avait aucune chance de conserver le pouvoir. L'armée ne peut survivre sans le financement des États-Unis, et pourtant c'est cette armée qui allait être mobilisée pour écraser les manifestations, même si les États-Unis reconnaissent qu'une attaque militaire en règle contre les manifestants ne ferait qu'accroître la colère du peuple contre eux, conscient du lien entre l'armée et les États-Unis.

Comment les impérialistes vont-ils faire pour obtenir leur transition ordonnée dans la région, pour imposer ce système multipartite néolibéral qui a en pratique pour fonction d'empêcher le peuple d'exercer le pouvoir politique dans ses propres intérêts ? Les dictatures que les impérialistes américains soutiennent dans la région, de l'Égypte à l'Arabie saoudite, sont contre ce changement, aussi superficiel soit-il, car elles risquent d'y perdre tous leurs privilèges et leur pouvoir corrompu. Et d'ailleurs les peuples ne sont pas disposés à accepter ce changement cosmétique à l'instigation des États-Unis. La prise en charge militaire ne changera rien du tout pour le peuple, si ce n'est qu'elle accroît la possibilité d'une offensive militaire toute déployée.

C'est dans cette optique qu'il faut voir l'offre de l'Arabie saoudite de donner refuge au président de la Tunisie Zine el-Abidine Ben Ali, ancien ami des États-Unis qui a été abandonné par ses bienfaiteurs lorsqu'il est devenu évident qu'il ne pouvait plus défendre leurs intérêts face au soulèvement populaire. C'est aussi dans cette optique qu'il faut voir la menace lancée aux États-Unis par le roi Abdhullah, qui a dit que son royaume soutiendrait le régime chancelant du président égyptien si les États-Unis l'abandonnaient à son sort. Il s'est personnellement engagé à financer l'armée égyptienne si les États-Unis lui retiraient leur soutien. Les contradictions sont intenses entre l'administration Obama qui cherche à pacifier le peuple avec un changement « démocratique » superficiel, que les peuples ne sont pas prêts à accepter, et les dictatures et armées des États-clients des États-Unis qui deviennent rapidement des obstacles à la réalisation des intérêts impérialistes parce qu'elles refusent de renoncer à leur pouvoir corrompu.

L'Égypte n'est pas le Honduras


Halifax le 30 janvier 2011: «Le régime égyptien est une
affaire égyptienne, pas une affaire des USA.»

Les tentatives de pacifier les soulèvements populaires avec des démocraties superficielles, avec des élections supervisées et des institutions civiles contrôlées par les États-Unis, est une stratégie que les impérialistes américains, les pays de l'Union européenne et le Canada cherchent à appliquer depuis plusieurs années, à commencer par l'Europe de l'Est. Cela a commencé avec la Charte de Paris en 1991, qui déclarait que tout pays devait avoir une économie de libre marché et un système multipartite et respecter de prétendus droits humains. Les États-Unis financent depuis plusieurs années des changements de régime au nom de la démocratie pour étouffer le mécontentement des peuples face aux désastres de la soi-disant économie de marché. Les Britanniques ont créé le Projet Civitas pour corrompre l'Autorité palestinienne et saboter le mouvement de libération du peuple palestinien. Le Canada est un partenaire de ce projet et son mandat concerne l'aspect électoral et judiciaire. En Égypte, les réactionnaires espèrent se servir de la stratégie utilisée pour écraser le soulèvement populaire au Honduras en 2009, c'est-à-dire l'exécution d'un coup d'État contre le gouvernement populaire de Manuel Zelaya pour ensuite profiter de l'ambiguïté pour gagner du temps et déclarer le régime du coup légal et constitutionnel. L'Égypte a une population de 81 527 172 personnes et le Honduras de 7 318 789, une superficie de 1 001 449 km carrés comparée aux 112 090 km carrés du Honduras. Il serait beaucoup plus difficile pour les impérialistes de faire en Égypte ce qu'ils ont fait au Honduras.

LML salue encore une fois le mouvement révolutionnaire du peuple égyptien et l'unité implacable de tous les secteurs de la société. Nous lançons l'appel à la classe ouvrière et à ses alliés au Canada à appuyer le peuple égyptien dans les épreuves qui vont suivre. Une victoire du peuple égyptien changera la donne dans la région parce qu'elle affirmera le droit souverain des peuples de décider de leur avenir, y compris le peuple éprouvé de la Palestine. Une victoire pour les aspirations démocratiques du peuple égyptien est une victoire pour les peuples du monde dans leur volonté de tenir les gouvernements responsables de la garantie des droits humains pour tous.

Vive le mouvement démocratique et souverain du peuple égyptien !
Non à l'utilisation de la force militaire contre le peuple !
Une seule humanité, une seule lutte !

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Les femmes à l'avant-garde de la lutte






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Des actions partout au Canada
en appui au peuple égyptien

Halifax



Montréal



Toronto


Vancouver

(LML, Media Coop)

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Commentaires
Le rôle du Canada envers le développement démocratique de l'Égypte: Débat d'urgence à la Chambre des communes

Le gouvernement du Canada joue présentement un rôle particulièrement ignoble dans ses tentatives de maintenir des régimes corrompus au pouvoir au nom de la démocratie. Ceci est évident vis-à-vis les événements tels qu'ils se déroulent en Égypte. Le premier ministre Harper a déclaré qu'il voulait « un avenir qui n'est pas seulement plus démocratique mais où la démocratie est guidée par des valeurs telles que la non-violence, la primauté du droit, le respect des droits de la personne, y inclus les droits des minorités religieuses ».

Le 2 février 2011, la Chambre des communes a tenu un débat d'urgence sur la situation en Égypte. Un intervenant après l'autre n'a pas manqué de saluer le courage du peuple égyptien. Les interventions étaient parsemées de déclarations à l'effet que c'est le peuple égyptien qui doit décider comment se gouverner et par qui il veut être gouverné. Par contre, il est facile de comprendre pourquoi les Premières Nations de l'Amérique avaient conclu que les colonialistes parlaient « avec une langue fourchue ». Ayant établi que c'est au peuple égyptien de décider, les discussions se sont transformées en une proclamation de conditions que tout nouveau gouvernement égyptien devra respecter. Aussi, les parlementaires canadiens semblent empressés de faire de l'Égypte un exemple de l'importance du « développement démocratique » pour la politique étrangère du Canada.


Toronto, le 29 janvier 2011

Ayant déclaré qu' « il n'appartient pas au Canada de décider qui devra gouverner l'Égypte de demain », le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, poursuit en établissant l'ordre du jour de l'avenir de la démocratie en Égypte :

« Une véritable transition vers la démocratie en Égypte nécessitera des réformes institutionnelles. Par exemple, il faudra établir une commission électorale crédible et impartiale, comme celle que nous avons ici au Canada, pour organiser les élections. Une telle commission surveillerait les préparatifs des élections, conformément aux normes internationales en matière de transparence et d'intégrité. »

Peut-être Cannon a-t-il en tête une commission comme celle mise sur pied par le Canada en Haïti alors que 15 partis – y inclus le parti de Jean Bertrand Aristide, Fanmi Lavalas, – furent exclus du processus électoral.

Cannon poursuit son ordonnance :

« Il serait aussi souhaitable que l'on fixe des limites de temps aux mandats présidentiel et vice-présidentiel. Toutefois, il ne faut pas confondre élections et démocratie. »

Pas de confusion possible. Combien de fois les élections dans divers pays ont-elles exprimé un résultat contraire aux souhaits des impérialistes anglo-américains – comme ce fut le cas au Venezuela, à Gaza, en Haïti, etc. En effet, cette plus récente discussion ayant comme thème « l'édification de la démocratie » déclare sans ambiguïté que l'objectif n'est pas tant le processus électoral, mais plutôt la stabilité gouvernementale.

Cannon poursuit :

« Un processus électoral juste et équitable est une condition essentielle à l'instauration d'une véritable démocratie, bien sûr, mais seul un gouvernement stable et intègre peut donner une vie durable aux principes démocratiques. Et pour que nous, au Canada, puissions le reconnaître et l'appuyer, le gouvernement égyptien qui verra éventuellement le jour devra respecter quatre conditions fondamentales : premièrement, le respect de la liberté, de la démocratie et des droits de la personne, en particulier ceux des femmes ; deuxièmement, la reconnaissance de l'État d'Israël ; troisièmement, l'adhésion aux accords de paix existants [traités qui sont, tel qu'expliqué dans les pages du LML, bénéfiques aux États-Unis et à Israël] ; et enfin, le respect du droit international. »

Pour ce qui s'agit du dernier point, Cannon réitère : « Le nouveau gouvernement doit reconnaître les accords de paix déjà conclus. Il faut en effet que ce gouvernement respecte la volonté de la communauté internationale. »

Il ne dit pas ce qui se passe lorsque la volonté de la « communauté internationale » des bâtisseurs d'empire est diamétralement opposée à la volonté de la vaste majorité du peuple égyptien.

Comme tous les bâtisseurs d'empire pris par surprise par la tournure des événements ainsi que par la tournure inévitable que l'histoire est en train de prendre, la critique libérale des Affaires étrangères, Bob Rae, déclare :

« Si nous nous rendons maintenant compte que la gouvernance est un enjeu si important dans cette partie du monde, et ailleurs, quelles mesures devrions-nous prendre, en tant que pays, pour adopter une approche plus cohérente à l'égard de la gouvernance, au lieu de nous contenter de mesures ponctuelles lorsque se produisent des événements semblables à ceux en Égypte et en Tunisie ? Il faut donner un mandat clair, soit à l'ACDI ou au ministère des Affaires étrangères, et lui confier cette responsabilité. »

Rae semble préoccupé par la possibilité que les choses pourraient se détériorer, c'est-à-dire que le peuple égyptien pourrait se donner une forme de gouvernance qui le rendrait souverain et qui interdirait que des intérêts étrangers lui dictent son avenir. Il s'inquiète que les mécanismes d'interférence et d'ingérence dans ces pays soient fautifs, mécanismes qui permettent au Canada d'appuyer, par exemple, « des partis d'opposition légitimes ». Il se désole donc du manque de financement disponible – ou, du moins, c'est ce que laissent entendre les intervenants en Chambre – pour le Centre canadien pour l'avancement de la démocratie. L'objectif déclaré de ce centre est d'appuyer les partis « appropriés » et de s'ingérer dans les affaires internes d'autres pays de façon plus systématique et organisée. Rae fait écho aux inquiétudes de Stockwell Day qui fait une « mise en garde » : « Nous devons... tâcher de demeurer réalistes et de ne pas oublier notre propre cheminement dans l'histoire, de ne pas oublier la politique d'apaisement, la révolution iranienne ou encore, si nous voulons remonter encore plus loin dans le temps, les autres révolutions qui ont mal tourné et qui ne sont pas soldées dans l'intérêt de la population. Nous le savons. »

Jason Kenney, ministre de la Citoyenneté, rassure Rae en énumérant la panoplie de programmes pratiques partout dans le monde visant à « appuyer le développement démocratique ». Selon Kenney : « J'ai de nombreux amis qui ont participé à ces projets avec l'appui d'autres gouvernements, des projets tels que la National Endowment for Democracy aux États-Unis, le National Democratic Institute, l'International Republican Institute, la fondation Westminster et la fondation Konrad Adenauer. » Et faisant écho à un commentaire que jadis le premier ministre Jean Chrétien avait fait au sujet du rôle du Canada dans le monde, Kenney dit : « Je crois que, sur le principe, nous convenons tous que le Canada doit jouer un rôle accru en matière de développement démocratique. Le rôle que nous pouvons jouer n'a pas son pareil, car nous ne partageons pas la mauvaise réputation que nos voisins du Sud peuvent avoir dans certaines parties du monde. Nous ne traînons pas non plus le bagage post-colonial de nos alliés européens. Le rôle que nous pouvons jouer n'a pas son pareil, et nous devrions le jouer. »

Au moment où le Canada vient tout juste d'être exclu du Conseil de sécurité, avouons que cette image du Canada commence à être quelque peu ternie.

En conclusion, l'approche dite « non partisane » adoptée pour mener de telles discussions, en particulier de nature internationale, signifie qu'au sein du Parlement personne ne défend une position de principe en appui aux peuples d'Égypte et du monde alors que ceux-ci s'opposent à toute ingérence dans leurs affaires internes. Cette approche « non partisane » est précisément l'une des principales failles de ce qu'on appelle le système démocratique canadien par lequel, au nom de la stabilité, la volonté légale de quelques-uns (lire, « le droit de monopole ») est imposée à la volonté populaire (lire, « le droit public »).

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Le rôle des militaires égyptiens

Le mouvement révolutionnaire qui se produit en Égypte représente tous les secteurs de la société, y compris les syndicats, les professionnels, divers partis politiques, les fermiers et les chômeurs, et les jeunes sont l'avant-garde. Ils ne font qu'un, unis dans la lutte pour une nouvelle Égypte. Face à ce front uni, les impérialistes anglo- sionistes et le régime égyptien et ses forces armées luttent avec acharnement pour détourner le mouvement de la réalisation de ses objectifs. Quel rôle jouent les militaires égyptiens dans ces événements ? Certains prétendent que leur rôle n'est pas clair alors que d'autres déclarent que l'armée demeure neutre. Certains experts anglo- sionistes, en particulier ceux des médias monopolisés, sont même allés jusqu'à prétendre que les gens sont amicaux envers l'armée : on dit qu'un manifestant quelque part a serré un soldat dans ses bras tandis que le chef de l'armée aurait participé à une des manifestations antigouvernementales.

Il faut dire sans équivoque que l'armée égyptienne est un pion sur l'échiquier anglo-sioniste en Égypte et qu'il y a une politique délibérée de créer des doutes sur ce simple fait. Face à la désinformation sur le rôle de l'armée, il est important de garder à l'esprit que l'armée égyptienne a été reconstituée en 1979 par les États-Unis. Depuis lors, l'armée a été financée à hauteur de milliards $ par les États-Unis. Malgré cela, les États-Unis cherchent par des efforts concertés à détourner l'attention de cette relation directe évidente entre l'armée et les impérialistes. Alors que la police a mis à exécution les mesures violentes répressives du régime contre le peuple, l'armée est présentée comme raisonnable et amicale, un partenaire ouvert au dialogue qui recherche une transition calme et ordonnée. Pourquoi ?

La stratégie est simple : l'armée demeure « neutre » devant ces événements afin qu'elle puisse être en bonne position pour intervenir à un moment opportun pour préserver le statu quo. Les impérialistes ont déjà compris que Moubarak est discrédité, il ne peut plus être le visage représentant leur État-client en Égypte. Ils essaient par tous les moyens (et ne réussissent pas) de convaincre les Égyptiens que si Moubarak quitte ils auront réalisé leur objectif de changement. Si l'armée est perçue comme un défenseur de Moubarak, se sera un suicide politique et elle subira le même sort que lui. On a donc opté pour un stratagème assez ancien mais voué à l'échec : présenter l'armée comme neutre, gagner la confiance de la population et la faire paraître comme un acteur légitime de la communauté internationale. Puis, une fois Moubarak parti, le régime entier s'effondre ou, à un autre moment opportun, l'armée prendra le relais au nom du peuple alors qu'en fait les mêmes politiques impérialistes domineront et le mouvement du peuple sera bloqué.

La première tentative pour ouvrir la voie à l'intervention de l'armée a échoué. Cela a débuté lorsque le régime égyptien a retiré la police répressive de la rue et a déployé des milliers d'hommes de main, y compris les anciens agents de police emprisonnés pour corruption et crimes contre le peuple. Ces bandes organisées, surnommées des manifestants pro-Moubarak par les médias monopolisés, ont brutalement attaqué les opposants au régime. Le régime espérait que les manifestants réagissent de manière violente et cherchent à se venger, ce qui aurait permis de diaboliser les manifestants, de les accuser de violence et d'extrémisme, d'où une excuse toute faite pour les militaires d'intervenir pour séparer les deux « parties » violentes. Ainsi, les États impérialistes anglo-sionistes auraient alors une base pour défendre la décision quelle qu’elle soit, du régime et des militaires égyptiens pour arrêter la présumée violence. En fin de compte cela permet également de justifier la position de l'armée qui a commencé à avertir que le moment est venu pour les gens de rentrer à la maison, sinon c'est le chaos qui s'ensuivra. Le plan a jusqu'ici échoué en raison de la perspicacité des forces révolutionnaires. Les millions de manifestants ne sont pas tombés dans ce piège, il n'y a eu que quelques actes de légitime défense. Ils ont refusé de mordre à l'hameçon et maintiennent de la retenue en assurant que les actions de masse conservent un caractère pacifique.

Le rôle de l'armée va être de plus en plus évident aux yeux de tous à mesure qu'on s'approche du départ inévitable de Moubarak. Déjà, l'armée commence à changer de ton. Par exemple, le 4 février, pour la première fois le ministre de la Défense, Mohamed Tantawi, et un porte-parole de l'armée se sont adressés aux manifestants pour exiger que les gens vident les rues parce que leurs actions sont en train de détruire l'Égypte en tant que pays. Certes, les violons jouent maintenant un autre air.

Les forces réactionnaires veulent nous faire croire que si la police est mauvaise, l'armée est bonne et que les voyous recrutés sont des Égyptiens pro-Moubarak. Ils veulent nous faire croire que dans une dictature militaire – l'Égypte est gouvernée par les militaires depuis que l'état d'urgence a été déclaré par Moubarak il y a 30 ans – il est possible pour les militaires d'être neutres. L'armée, la police et le gouvernement sont une seule entité – un arrangement du pouvoir établi par les impérialistes afin que l'Égypte soit un pion pour leurs intérêts. Dans l'ensemble, c'est la mise en scène, ce sont les joueurs. Mais le peuple égyptien est un facteur dans le déroulement des événements et il ne peut pas être sous-estimé car il joue pour gagner.

(Traduction : LML)

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Au sujet du mouvement démocratique en éruption
en Égypte et dans d'autres pays arabes

Depuis le 25 janvier, un puissant mouvement pour le renouveau démocratique de la société égyptienne est en éruption. Les manifestations les plus résolues ont lieu sur une base quotidienne sur la place de la Liberté (« Tahrir ») au centre du Caire. Tandis que le drame se déroule sous les yeux du monde entier, les États-Unis jouent de façon désespérée avec l'avenir de la génération d'aujourd'hui qui se prépare à faire partie de la classe ouvrière et des couches moyennes en Égypte. Ceci est évident dans la façon dont les États-Unis se vantent d'être les plus grands défenseurs de la démocratie et de la modernité.

Ces prétentions des bâtisseurs d'empire étasuniens visent à empêcher les gens de tirer les conclusions qui s'imposent à partir des faits qui se déroulent devant leurs yeux. Et ces conclusions indiquent que la « démocratie » défendue par la secrétaire d'État étasunienne, Hillary Clinton, par le président Barack Obama et par tous leurs alliés est diamétralement opposée aux revendications mises de l'avant partout en Égypte par les jeunes, les travailleurs et les femmes qui réclament la démocratie authentique et l'édification d'une nation qui sert le peuple égyptien. En effet, toutes les forces de la réaction la plus vile à l'échelle internationale – avec ou sans Moubarak, soit dit en passant – n'ont qu'un seul souci, celui d'exterminer le mouvement progressiste de la classe ouvrière et du peuple égyptien.

Ce mouvement de la démocratie a ébranlé le régime du Caire, incitant le président Moubarak à nommer le chef de renseignement militaire, Omar Souleimane, au poste de vice-président, et Ahmed Chafic au poste de premier ministre. En date du jeudi 3 février, Moubarak refusait d'abdiquer malgré l'expression massive de la volonté exigeant son départ. Dans ses adresses à ses compatriotes et dans ses entrevues avec les médias étasuniens, on aurait dit le « après moi le déluge » de Louis XVI à l'époque de la France révolutionnaire il y a plus de deux cents ans, puisque Moubarak ne cessait de prétendre que le pays sombrerait dans le chaos et dans l'anarchie devait-il abdiquer. Entre-temps, parmi les concessions et les « réformes » promises et annoncées par les dirigeants de la « nouvelle » équipe à la barre, le vice-président Souleimane a fait appel au « dialogue » avec tous les groupes d'opposition exigeant dorénavant le départ de Moubarak. Il a aussi rassuré le public que leurs fils et filles qui participent par millions au mouvement démocratique ne seraient pas attaqués par les forces de la sécurité publique et qu'ils bénéficieraient de la protection des forces armées contre toutes tentatives par des bandes terroristes de noyer les manifestations pour la démocratie dans le sang. En même temps, sans reconnaître que ces bandes ont été organisées et payées par le régime, le premier ministre Chafic s'est en fait excusé au nom du gouvernement pour les attaques déchaînées contre les forces pour la démocratie qui occupaient la place de la Liberté dans la nuit de mercredi le 2 février. L'unité de l'oligarchie au pouvoir a pendant ce temps continué d'être ébranlée ; plusieurs anciens ministres se sont vu refuser de quitter le pays et ont vu leurs actifs financiers être gelés, laissant place aux enquêtes en cours pour allégations de corruption.

En dépit de ces variations et de ces changements d'ordre purement cosmétique, il s'est avéré impossible de cacher l'essence des nominations à la vice-présidence et au poste de premier ministre : la dictature militaire façonnée par Moubarak est bien en place et même renforcée. Souleimane et Chafic sont issus des mêmes hautes sphères de la hiérarchie militaire que Moubarak. C'est à ce titre que Moubarak a succédé au président Anouar Sadate suite à son assassinat et qu'il s'est élevé au sommet de la politique égyptienne il y a trente ans. Tout en refusant de céder à la ferme revendication du mouvement démocratique à l'effet que Moubarak parte, l'oligarchie égyptienne et les échelons supérieurs des forces armées du régime sont en négociations constantes avec les États-Unis. Les participants à ces discussions incluent : le président Barack Obama ; des personnes désignées des forces armées étasuniennes dont l'amiral Mike Mullen, chef de l'État-major interarmées ; le chef de l'État- major des Forces armées égyptiennes (qui est revenu au Caire le 29 janvier après un huis clos d'une semaine au Pentagone) ; ainsi que le récent et l'ancien ambassadeur des États-Unis en Égypte.

Partout dans le monde, à toute heure de la journée, le public est témoin des événements de la place de la Liberté, événements captés sur le vif par le télédiffuseur Al Jazeera ainsi que par d'autres réseaux captant le signal de Al Jazeera. Tout au long de ces événements dramatiques, les médias ont été contraints de répéter constamment comment il existe une relation « délicate » entre le régime Moubarak, le gouvernement des États-Unis et l'État d'Israël. Il existe depuis 1979 un traité de paix entre l'Égypte et Tel Aviv, lequel traité a facilité l'occupation et la suppression continues par Israël des territoires palestiniens. En tant que pays responsable du canal de Suez, par lequel transige de 8 à 10 % du trafic maritime mondial, l'Égypte encaisse annuellement 1,5 milliard $ en « aide » des États-Unis – dont 1,3 milliard $ en « aide » militaire qui n'est dépassée que par l' « aide » militaire des États-Unis à l'État d'Israël.

Un certain nombre de caractéristiques du mouvement démocratique du peuple égyptien démasquent les principaux stéréotypes qui ont été finement fabriqués par les bâtisseurs d'empire au cours des dernières décennies. L'aspect le plus dramatique qui en ressort est que les États-Unis et l'Union européenne se sont fait prendre à saluer le mouvement pour la démocratie d'une part, alors que de l'autre – et ce, sous les regards du monde entier – ils travaillent d'arrache-pied pour sauver l'oligarchie dirigée par Moubarak de son sort inévitable aux mains de son propre peuple. Le développement de ce mouvement de masse – qui ne fut pas anticipé par le régime Obama ni par aucun de ses « alliés » – a éveillé un spectre auquel les forces les plus réactionnaires et fascistes de par le monde ont réagi avec hargne, attaquant ce mouvement par tous les moyens – idéologiques, politiques, économiques et militaires – à leur disposition.

Au début de cette décennie, pendant la présidence de George W. Bush, les bâtisseurs d'empire ont développé leur expertise à promouvoir et à mettre sur pied des soi-disant « révolutions multicolores » dites « démocratiques » menées par des éléments criminels et antisociaux réactionnaires dans des régions de l'ancienne Union soviétique telles que l'Ukraine, la Géorgie, la Lettonie, la Lituanie, etc. Au tournant de l'an 2000, les bâtisseurs d'empire s'ingéraient de façon similaire dans les vies et dans l'avenir des peuples de l'ancienne Yougoslavie, aussi au nom de la « démocratie ». Les bâtisseurs d'empire des États-Unis sont devenus incroyablement enorgueillis, se pensant à toutes fins pratiques invincibles, déclarant même la « fin de l'histoire », alors qu'ils appuyaient toutes les forces internes de l'Europe de l'Est ainsi que le régime de Gorbatchev, détruisant les vestiges de l'ordre soviétique qui existait dans ces pays, tout au nom de la « démocratie ».

Un certain nombre de personnes tentent de faire un rapprochement entre le mouvement qui fait éruption en ce moment en Égypte, en Tunisie, au Yémen, en Jordanie et en Algérie et le mouvement anticommuniste pour la démocratie en Europe de l'Est en 1989-1991. Les médias monopolisés font des comparaisons simplistes entre la situation insoutenable du régime Moubarak aujourd'hui et la disparition de l'État de l'Allemagne de l'Est suite à la chute du mur de Berlin en novembre 1989. À cet effet, l'intellectuel étasunien de gauche Noam Chomsky a publié un éditorial sur le site web Truthout le 2 février, dont le titre fait écho à un article de la une de Al Jazeera à l'effet que « le monde arabe brûle ». L'aspect le plus particulier de ce long article est que le professeur Chomsky réussit à déceler toutes sortes de similitudes et de différences superficielles entre l'Égypte d'aujourd'hui et la situation des années 80 en Europe de l'Est, mais néglige de reconnaître que la « démocratie » qui fut le cri de coeur des bâtisseurs d'empire en 1989-91 est ce qu'ils tentent par tous les moyens de corrompre et d'étouffer au Moyen-Orient en 2011. Tout à fait, car ce qui ébranle présentement les bâtisseurs d'empire et leurs « gauchistes » est le fait incontournable que les peuples de l'Égypte et des autres régions en ébullition dans le monde arabe s'emparent en ce moment de la roue de l'Histoire et la tournent contre la volonté des bâtisseurs d'empire.

Cela devrait-il nous surprendre ?

Il y a vingt ans, le camarade Hardial Bains, fondateur et dirigeant du Parti communiste du Canada (marxiste-léniniste), expliquait dans son ouvrage Communisme 1989-1991 que : « Les lignes de démarcation tracées en 1917 [au moment de la Grande Révolution socialiste d'Octobre en Russie] restent les mêmes, mais les batailles prendront des formes différentes. L'ampleur du changement se mesure déjà par l'aspect insolite des mots d'ordre mis de l'avant par les différentes forces sociales et politiques durant les événements de 1989-1991. La droite a réclamé la démocratie, son ennemi juré. Les travailleurs ont demandé que soient portées au pouvoir les nouvelles forces qui, à coup sûr, agiraient à l'encontre de leurs intérêts. Bientôt toutes ces forces apparaîtront sous leur vrai jour. S'il est vrai qu'aucune force ne peut agir comme avant, il est aussi vrai qu'aucune force ne peut cacher sa vraie nature. Les mots reprendront leur sens et les choses et les événements se révéleront dans leur essence véritable. » (pp. 39- 40)

(Traduction : LML)

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Déclaration
Les promesses du président et les événements sanglants du mercredi 2 février

Nous les manifestants qui sommes actuellement en sit-in à la Place Tahrir (libération) au Caire depuis le 25 janvier 2011, condamnons fortement l'attaque brutale menée par les mercenaires du Parti démocratique national au pouvoir (PDN) dans notre lieu de protestation le mercredi 2 février, sous le prétexte d'une « manifestation » en appui au président Moubarak. Cette attaque s'est continuée le jeudi 3 février. Nous regrettons le fait que certains jeunes gens se soient joints à ces gangsters et criminels, que le PDN a l'habitude d'embaucher pendant les élections, pour les lancer contre nous après avoir fait circuler plusieurs faussetés par les médias du régime à notre propos et à propos de nos buts. Ces buts, qui sont de changer le système politique pour un système qui garantit la liberté, la dignité et la justice sociale à tous les citoyens sont aussi les buts de la jeunesse. Nous voulons donc clarifier les choses suivantes.

Premièrement, nous sommes un groupe de jeunes égyptiens musulmans et chrétiens ; une écrasante majorité d'entre nous n'appartient à aucun parti politique et n'a en aucune façon été mêlée à l'activisme politique dans le passé. Notre mouvement comprend des aînés et des enfants, des paysans, des travailleurs, des professionnels, des étudiants et des retraités. Notre mouvement ne peut être qualifié de « payé » ou « dirigé » par une poignée de gens, parce qu'il a attiré des millions de personnes qui ont répondu à son appel de remplacer le régime en place. Les gens se sont joints à nous jeudi dernier au Caire et dans d'autres provinces dans un mouvement sans aucune violence, attaques contre la propriété ou harcèlement contre qui que ce soit.

Deuxièmement, on accuse notre mouvement d'être financés de l'étranger, appuyé par les États-Unis, incité par le Hamas, d'être sous le leadership du président de l'Assemblée nationale pour le changement (Mohamed el-Baradei) et, dernière accusation mais non la moindre, d'être dirigés par les Frères musulmans. Plusieurs accusations comme celles là se sont avérées fausses. Les protestataires sont tous Égyptiens, tous ont des objectifs nationaux clairs. Les protestataires n'ont ni armes ni équipements étrangers comme le prétendent les instigateurs. La large réaction positive du peuple aux buts de notre mouvement montre que nos buts sont les buts des masses égyptiennes en général, et non ceux d'une faction ou entité interne ou externe.

Troisièmement, le régime et ses médias rémunérés nous blâment à tort, jeunes manifestants, pour la tension et l'instabilité dans les rues d'Égypte ces derniers jours ; nous porterions atteinte aux intérêts et à la sécurité de notre nation. Nous répondons : ce ne sont pas les protestataires pacifiques qui ont relâché des prisons les criminels, pour les lâcher dans les rues sans surveillance et qu'ils se livrent au pillage. Ce ne sont pas les protestataires pacifiques qui ont stoppé le travail dans les banques, les boulangeries et les stations d'essence. Ce ne sont pas les protestataires pacifiques qui ont imposé un couvre-feu à partir de 3 heures de l'après-midi. Quand les protestataires ont organisé la manifestation d'un million de personnes, tout s'est magnifiquement déroulé, dans l'ordre, et s'est terminé de façon pacifique. Ce ne sont pas les protestataires pacifiques qui ont tué 300 personnes dont certaines par balle, ou qui en ont blessé plus de 2 000 lors des derniers jours.

Quatrièmement, le président Moubarak s'est montré mardi pour annoncer qu'il ne se représentera pas à la prochaine élection présidentielle, qu'il va modifier deux articles de la Constitution, et engager le dialogue avec l'opposition. Et les médias d'État nous ont attaqués lorsque nous avons refusé sa « concession », et décidé d'aller de l'avant avec notre mouvement. Notre demande que Moubarak se retire n'est pas une question personnelle, nous avons de très bonnes raisons d'exiger son départ, dont les suivantes :

1- Sa promesse de ne pas se représenter n'est pas nouvelle. Lorsqu'il a pris le pouvoir en 1981, il a promis de ne pas se présenter pour plus de deux mandats, mais il a continué pendant plus de 30 ans.

2- Son discours ne (présentait aucune garantie) que son fils « Gamal » ne sera pas mis en nomination. « Gamal » est demeuré membre du parti au pouvoir jusqu'à maintenant. Il peut se présenter aux élections, qui se dérouleront sans supervision judiciaire puisque Moubarak n'a pas fait allusion à un amendement de l'article 88 de la Constitution.

3- Il considère aussi notre mouvement comme un « complot dirigé par une force » qui travaille contre les intérêts de la nation, comme si répondre aux demandes du public était une « honte » ou une « humiliation ».

4- Pour ce qui est de sa promesse d'entreprendre un dialogue avec l'opposition, nous savons combien de fois le régime a fait cette promesse au cours des ans, pour finir par assurer le respect des intérêts étroits de l'État Moubarak et de la poignée de gens qui le contrôle.

Et les événements de mercredi prouvent que notre position est fondée. Pendant que le président faisait ses promesses, les dirigeants de son régime organisaient (avec des gangsters et des criminels recherchés payés équipés d'épées, de couteaux et de cocktails Molotov) un complot brutal pour nous attaquer à la place Tahrir. Ces gangsters et ces criminels étaient accompagnés par des membres du PND, qui ont ouvert le feu à la mitraillette sur des protestataires sans armes piégés sur la place, tuant au moins sept personnes et blessant gravement des centaines d'entre nous. Cela a été organisé dans le but de mettre fin à notre mouvement national populaire pacifique et de préserver le statu quo.

Notre mouvement est égyptien – Notre mouvement est légitime – Notre mouvement continue.

Les jeunes du sit-in de la place Tahrir
3 février 2011
11 heures trente du matin

(Traduction : LML)

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