Mouvement ouvrier
Les sables bitumineux de l'Alberta

Le projet de Kearl Lake

Imperial Oil qui est possédé à 70 % par le monopole américain mondial Exxon Mobil, est en train de construire une nouvelle mine à ciel ouvert de sables bitumineux à Kearl Lake, au nord de Fort McMurray. Chacune des trois phases du projet permettra de produire environ 110 000 barils de bitume par jour, pour une production finale de 354 000 barils/jour pour un maximum de 50 ans. D'abord proposé en 1997, Kearl Lake est le plus grand projet que l'Impériale a jamais entrepris avec un investissement estimé à 8 milliards $.

Avec la crise économique de 2008, tous les grands projets ont été reportés à plus tard. La décision de l'Impériale d'aller de l'avant en ce moment avec le projet de Kearl Lake s'explique par la toile complexe de liens que ce monopole mondial possède au sein de l'empire et du complexe militaire américain et de l'oligarchie financière internationale. Le redémarrage du projet n'est pas uniquement animé par la demande de pétrole, mais par la recherche d'un endroit pour investir des capitaux, en particulier celui qui implique des garanties du gouvernement américain pour un certain retour sur l'investissement.

Les Canadiens doivent comprendre que même si ce projet se déroule sur notre territoire et que les travailleurs canadiens avec leur travail acharné et leur expertise vont le réaliser, cela n'a rien à voir avec garantir des moyens de subsistance et le bien-être des Canadiens ou la protection de l'environnement naturel ou tout ce qui est compatible avec l'édification d'une nation moderne.

C'est devenu une mauvaise blague nationale que le Canada est réduit à être le premier fournisseur de pétrole pour les États-Unis tout en n'étant pas encore autosuffisant en production de pétrole et de gaz pour ses propres besoins ! Nous restons dépendants du pétrole importé pour l'Est du Canada, en important plus de 1,2 million de barils par jour principalement d'Algérie et de la Norvège. Pire encore est le recours croissant aux produits pétroliers finis importés des États-Unis, alors que les monopoles mondiaux limitent au Canada la fabrication des produits de raffinage et autres produits pétrochimiques. Un exemple flagrant est la fermeture injuste de la raffinerie Shell à Montréal.

Le projet Kearl Lake sous le contrôle de l'empire américain ne fera que perpétuer les arrangements existants d'une manière qui aide à résoudre la crise économique en faveur des monopoles et de l'État américain, et de ses besoins domestiques et à l'étranger. Les gouvernements provinciaux et fédéral doivent défendre les droits des Canadiens et s'acquitter de leurs responsabilités sociales à défendre à tout le moins la demande légitime que lorsque nos ressources naturelles sont exploitées, des moyens de subsistance sécures doivent être créés au Canada. Sinon, nous allons tout simplement gaspiller nos ressources pour un profit rapide de quelques-uns qui contrôlent et possèdent les monopoles, et pour les activités bellicistes agressives de l'empire américain.

Les enjeux autour du projet Kearl Lake

Les Canadiens doivent réfléchir et discuter des décisions prises concernant le projet Kearl Lake et intervenir de manière à servir les intérêts fondamentaux de la classe ouvrière d'ici et à l'étranger. À tout le moins, nos gouvernements doivent faire leur devoir et intervenir en notre nom.

1) Les monopoles exportent du bitume brut. Le bitume ne doit-il pas être transformé et raffiné au Canada, ce qui a un impact direct sur le nombre d'emplois et la richesse créés au Canada ?

2) Si le bitume est raffiné au Canada, il peut devenir un élément clé d'une industrie de transformation des produits pétrochimiques. Les revenus générés par le raffinage peuvent être utilisés pour construire un secteur manufacturier ce qui va engendrer encore plus d'emplois et de revenus au sein de l'économie.

3) L'Impériale a sous-traité à l'étranger pour les moyens de production du projet. Pourquoi ces commandes pour les produits industriels ne sont pas remplies au sein du Canada ? C'est une excellente occasion de stimuler le secteur de l'acier et le secteur manufacturier au Canada, ce qui garantit encore plus d'emplois et de revenus.

4) Les travailleurs de la construction du projet, leurs collectifs et leurs familles se plaignent depuis longtemps que leurs droits à un salaire, à des avantages sociaux et des conditions de travail et de vie en rapport avec le travail difficile qu'ils font sont ignorés et violés.Les travailleurs de la construction n'ont-ils pas le droit à une vie dont le niveau de culture et les conditions sociales soient modernes et à des garanties de moyens de subsistance lorsque la construction est terminée ?

5) Le public et les gouvernements ont le droit de décider de la réclamation des propriétaires du capital sur le capital investi pour s'assurer que l'investissement soit d'un avantage réciproque pour le Canada et les investisseurs, et non d'une manière unilatérale un avantage étroit aux propriétaires de capital qui l'extirpent de l'économie.

6) Le public et les gouvernements ont le droit de discuter et de trancher sur les questions de comment sera financée l'infrastructure nécessaire, y compris les programmes sociaux, et de son montant.

7) Le public et les gouvernements ont le droit de superviser et de diriger l'impact du projet sur l'environnement et de toutes les mesures qui doivent être prises, y compris l'affectation des fonds nécessaires par les monopoles, afin d'harmoniser le projet avec l'environnement naturel.

Toutes ces questions impliquant des investissements sont des questions publiques qui nécessitent un contrôle public et gouvernemental sur nos ressources. La réalité de la situation est toute autre car le droit de monopole domine nos vies et les gouvernements refusent de prendre parti pour le peuple. La classe ouvrière et ses alliés doivent prendre en main de résoudre ce problème en affirmant le droit et le contrôle publics sur l'investissement en particulier dans les secteurs clés de l'économie. Les gouvernements ont jusqu'à présent abandonné le peuple dans le cas des projets Keystone et Kearl Lake et ils doivent rendre des comptes.

(Traduction: LML)

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Revendiquer la richesse sociale
des sables bitumineux

L'exploitation des ressources énergétiques telles que les sables bitumineux fait appel à de nombreuses composantes de l'économie socialisée dont dépend la création de la richesse : les sables bitumineux dont la source naturelle provient de la Terre Mère, la capacité de produire et le temps de travail de la classe ouvrière, les moyens modernes de production déjà créés comme les machines, les outils et l'énergie, ainsi qu'une infrastructure moderne comprenant le transport, l'éducation, la santé et autres programmes sociaux.

En contradiction avec cette économie intégrée socialisée, les rapports de production divisent le peuple entre ceux qui travaillent et ceux qui possèdent une partie de l'économie. Les propriétaires du capital essaient de diverses manières de nier à la société ses réclamations à la richesse sociale créée par ceux qui travaillent. Un système compliqué et tronqué de « redevances » et un impôt sur les sociétés de plus en plus réduit signifient que les gouvernements fondent essentiellement leurs revendications sur le produit social des sables bitumineux par le biais indirect des impôts des particuliers, principalement des travailleurs. C'est très arriéré et dépassé.

Redevances

Les monopoles qui exploitent les sables bitumineux ne paient pratiquement pas de redevances jusqu'à ce qu'ils recouvrent la totalité de leur capital investi et un rendement donné. Ils reçoivent également un pourcentage équivalant à l'intérêt sur le capital. La comptabilité centrée sur le capital garantit que les redevances soient minimes étant donné l'énorme richesse produite et revendiquée par les monopoles et leurs propriétaires du capital. Depuis 1997, les ventes de terrains et les redevances provenant des sables bitumineux se sont élevées à environ 20 milliards $, pour le droit d'accéder à plus de 205 milliards $ de bitume.[1] Comme une grande partie de ce que les monopoles ont payé provient seulement des ventes de terrains, la part de la richesse revendiquée comme redevances va continuer de diminuer.

Les arrangements actuels sont anti-sociaux et injustes, et nous amènent à remettre en question le contrôle de ces projets par les propriétaires du capital. Le développement des ressources doit être mené sous le contrôle d'institutions publiques se consacrant à servir les intérêts du peuple.

Audiences publiques

Avant que soient approuvés des projets de sables bitumineux, des audiences publiques sont organisées par des organismes tels l'Office national de l'énergie et l'Office provincial de la conservation des ressources énergétiques. Les nations autochtones, les syndicats, les groupes environnementaux et bien d'autres font des représentations lors de ces audiences. Mais ces organismes prennent leurs décisions fondées sur une conception néolibérale du droit de monopole qui supplante le droit public, qui considère que ce qui est bon pour les monopoles est bon pour le Canada et la population verra les retombées de toute richesse excédentaire. Les droits et préoccupations légitimes du peuple et de sa société sont tout simplement rejetés lorsqu'ils entrent en conflit avec le droit de monopole. Le contrôle public de l'économie, en particulier des grands projets impliquant nos ressources, est nécessaire. Non seulement le contrôle public est-il nécessaire, mais également un changement dans la perception et la conception, passant de la mondialisation néolibérale à l'édification nationale basée sur la garantie des besoins et du bien-être de la population et de la Terre-Mère. Les travailleurs doivent être les premiers à réclamer ce qu'ils produisent, les gouvernements et autres institutions du peuple ont la deuxième réclamation et les propriétaires du capital sont les derniers. Il n'en tient qu'au peuple de créer sur une base organisée et consciente de nouveaux arrangements qui vont garantir le contrôle public en opposition au droit de monopole.

1. Misplaced Generosity, Extraordinary Profits In Alberta's Oil and Gas Industry, Parkland Institute : http ://parklandinstitute.ca/downloads/reports/MisplacedGenerosity-Web.pdf.

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Faits et observations

Kearl Lake va produire seulement du bitume qui sera transporté par le pipeline Keystone jusqu'au Golfe du Mexique, aux États-Unis. Expédier le bitume à l'état brut signifie la perte du raffinage associé et de la fabrication de matières premières pétrochimiques. L'American Petroleum Institute croît que le pipeline Keystone va générer 342 000 emplois aux États-Unis et seulement une main-d'oeuvre permanente minimale au Canada.

Il n'y aura que 1100 à 1300 emplois permanents à la mine Kearl Lake lorsqu'elle fonctionnera à pleine capacité. Or, une usine intégrée avec une capacité de valorisation emploie directement environ 5 000 personnes et 1000 à 1500 entrepreneurs en entretien.

Le nombre de travailleurs employés pour la construction a également été considérablement réduit, d'environ 10 000 à 4000 travailleurs au plus fort de la construction. Environ un tiers du projet de construction des modules géants a été confié à la Corée du Sud tandis que, depuis 2008, 24 000 emplois manufacturiers ont disparu en Alberta. Cette décision affecte un vaste secteur de travailleurs engagés dans la production de modules.

L'Impériale déclare qu'elle va mettre sur pied la première opération où les travailleurs seront acheminés au chantier par transport aérien régulier. La main-d'oeuvre permanente vivra dans des camps pour salariés célibataires, sans hébergement pour les familles. Les travailleurs vont sans douter de travailler deux semaines suivies d'une semaine de congé, voyageant aller-retour de leur domicile au chantier au cours de leur fin de semaine de congé. L'Impériale prétend que cette décision est fondée sur l'idéal de ne pas mettre plus de pression sur les installations de Fort McMurray.

Les décisions importantes concernant plusieurs générations de travailleurs qui passent le plus clair de leur vie professionnelle séparés de leur famille doit être une question tranchée par les travailleurs eux-mêmes, en consultation avec le public et les gouvernements. Assurément, cette décision ne doit pas être l'apanage des monopoles.

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