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Mouvement
ouvrier
Les sables bitumineux de l'Alberta
Le projet de Kearl Lake
- Peggy Morton, 27 janvier 2011 -
Imperial Oil qui est possédé à
70 % par le monopole américain mondial Exxon Mobil, est en
train de construire une nouvelle mine à ciel ouvert de sables
bitumineux à Kearl Lake, au nord de Fort McMurray. Chacune des
trois phases du projet permettra de produire environ 110 000 barils de
bitume par jour, pour une
production finale de 354 000 barils/jour pour un maximum de 50
ans. D'abord proposé en 1997, Kearl Lake est le plus grand
projet que l'Impériale a jamais entrepris
avec un investissement estimé à 8 milliards $.
Avec la crise économique de 2008, tous les
grands projets ont été reportés à plus
tard. La décision de l'Impériale d'aller de l'avant en ce
moment avec le projet
de Kearl Lake s'explique par la toile complexe de liens que ce monopole
mondial possède au sein de l'empire et du complexe militaire
américain et de l'oligarchie financière
internationale. Le redémarrage du projet n'est pas uniquement
animé par la demande de pétrole, mais par la recherche
d'un
endroit pour investir des capitaux, en particulier celui
qui implique des garanties du gouvernement américain pour un
certain retour sur l'investissement.
Les Canadiens doivent comprendre que même si ce
projet se déroule sur notre territoire et que les travailleurs
canadiens avec leur travail acharné et leur expertise
vont le réaliser, cela n'a rien à voir avec garantir des
moyens de subsistance et le bien-être des Canadiens ou la
protection de l'environnement naturel ou tout ce qui est
compatible avec l'édification d'une nation moderne.
C'est devenu une mauvaise blague nationale que le
Canada est réduit à être le premier fournisseur de
pétrole pour les États-Unis tout en n'étant pas
encore
autosuffisant en production de pétrole et de gaz pour ses
propres besoins ! Nous restons dépendants du pétrole
importé pour l'Est du Canada, en important plus de
1,2 million de barils par jour principalement d'Algérie et
de la Norvège. Pire encore est le recours croissant aux produits
pétroliers finis importés des États-Unis, alors
que les monopoles mondiaux limitent au Canada la fabrication des
produits de raffinage et autres produits pétrochimiques. Un
exemple flagrant est la fermeture injuste de
la raffinerie Shell à Montréal.
Le projet Kearl Lake sous le contrôle de l'empire
américain ne fera que perpétuer les arrangements
existants d'une manière qui aide à résoudre la
crise
économique en faveur des monopoles et de l'État
américain, et de ses besoins domestiques et à
l'étranger. Les gouvernements provinciaux et
fédéral doivent défendre les droits
des Canadiens et s'acquitter de leurs responsabilités sociales
à défendre à tout le moins la demande
légitime que lorsque nos ressources naturelles sont
exploitées, des moyens
de subsistance sécures doivent être créés au
Canada. Sinon, nous allons tout simplement gaspiller nos ressources
pour un profit rapide de quelques-uns qui contrôlent et
possèdent les monopoles, et pour les activités
bellicistes
agressives de l'empire américain.
Les enjeux autour du projet
Kearl Lake
Les Canadiens doivent réfléchir et
discuter des décisions prises concernant le projet Kearl Lake et
intervenir de
manière à servir les intérêts fondamentaux
de la classe ouvrière d'ici et à l'étranger.
À tout le moins, nos gouvernements doivent faire leur devoir et
intervenir en notre
nom.
1) Les monopoles exportent du bitume brut. Le bitume ne
doit-il pas être transformé et raffiné au Canada,
ce qui a un impact direct sur le nombre d'emplois et
la richesse créés au Canada ?
2) Si le bitume est raffiné au Canada, il peut
devenir un élément clé d'une industrie de
transformation des produits pétrochimiques. Les revenus
générés par le
raffinage peuvent être utilisés pour construire un secteur
manufacturier ce qui va engendrer encore plus d'emplois et de revenus
au sein de l'économie.
3) L'Impériale a sous-traité à
l'étranger pour les moyens de production du projet. Pourquoi ces
commandes pour les produits industriels ne sont pas remplies au
sein du Canada ? C'est une excellente occasion de stimuler le
secteur de l'acier et le secteur manufacturier au Canada, ce qui
garantit encore plus d'emplois et de
revenus.
4) Les travailleurs de la construction du projet, leurs
collectifs et leurs familles se plaignent depuis longtemps que leurs
droits à un salaire, à des avantages sociaux
et des conditions de travail et de vie en rapport avec le travail
difficile qu'ils font sont ignorés et violés.Les
travailleurs de la construction n'ont-ils pas le droit à une vie
dont le niveau de culture et les conditions sociales soient modernes et
à des garanties de moyens de subsistance lorsque la construction
est terminée ?
5) Le public et les gouvernements ont le droit de
décider de la réclamation des propriétaires du
capital sur le capital investi pour s'assurer que l'investissement
soit d'un avantage réciproque pour le Canada et les
investisseurs, et non d'une manière unilatérale un
avantage étroit aux propriétaires de capital qui
l'extirpent de
l'économie.
6) Le public et les gouvernements ont le droit de
discuter et de trancher sur les questions de comment sera
financée l'infrastructure nécessaire, y compris les
programmes sociaux, et de son montant.
7) Le public et les gouvernements ont le droit de
superviser et de diriger l'impact du projet sur l'environnement et de
toutes les mesures qui doivent être prises, y
compris l'affectation des fonds nécessaires par les monopoles,
afin d'harmoniser le projet avec l'environnement naturel.
Toutes ces questions impliquant des investissements
sont des questions publiques qui nécessitent un contrôle
public et gouvernemental sur nos ressources. La réalité
de la situation est toute autre car le droit de monopole domine nos
vies et les gouvernements refusent de prendre parti pour le peuple. La
classe ouvrière et ses alliés doivent
prendre en main de résoudre ce problème en affirmant le
droit et le contrôle publics sur l'investissement en particulier
dans les secteurs clés de l'économie. Les gouvernements
ont jusqu'à présent abandonné le peuple dans le
cas des projets Keystone et Kearl Lake et ils doivent rendre des
comptes.
(Traduction:
LML)

Revendiquer la richesse sociale
des sables bitumineux
L'exploitation des ressources énergétiques
telles que les sables bitumineux fait appel à de nombreuses
composantes de l'économie
socialisée dont dépend la création de la
richesse : les sables bitumineux dont la source naturelle provient
de la Terre Mère, la
capacité de produire et le temps de travail de la classe
ouvrière, les moyens modernes de production déjà
créés comme les machines, les
outils et l'énergie, ainsi qu'une infrastructure moderne
comprenant le transport, l'éducation, la santé et autres
programmes
sociaux.
En contradiction avec cette économie
intégrée socialisée, les rapports de production
divisent le peuple entre ceux qui travaillent
et ceux qui possèdent une partie de l'économie. Les
propriétaires du capital essaient de diverses manières de
nier à la société ses
réclamations à la richesse sociale créée
par ceux qui travaillent. Un système compliqué et
tronqué de « redevances » et un
impôt sur les sociétés de plus en plus
réduit signifient que les gouvernements fondent essentiellement
leurs revendications sur le
produit social des sables bitumineux par le biais indirect des
impôts des particuliers, principalement des travailleurs. C'est
très
arriéré et dépassé.
Redevances
Les monopoles qui exploitent les sables bitumineux ne
paient pratiquement pas de redevances jusqu'à ce qu'ils
recouvrent la totalité de leur capital investi et un rendement
donné. Ils reçoivent également un pourcentage
équivalant à l'intérêt sur
le capital. La comptabilité centrée sur le capital
garantit que les redevances soient minimes étant donné
l'énorme richesse produite et
revendiquée par les monopoles et leurs propriétaires du
capital. Depuis 1997, les ventes de terrains et les redevances
provenant des
sables bitumineux se sont élevées à environ 20
milliards $, pour le droit d'accéder à plus de
205 milliards $ de
bitume.[1] Comme une grande partie de ce que les monopoles ont
payé provient seulement des ventes de terrains, la part de la
richesse
revendiquée comme redevances va continuer de diminuer.
Les arrangements actuels sont anti-sociaux et injustes,
et nous amènent à remettre en question le contrôle
de ces projets par les
propriétaires du capital. Le développement des ressources
doit être mené sous le contrôle d'institutions
publiques se consacrant à
servir les intérêts du peuple.
Audiences publiques
Avant que soient approuvés des projets de sables
bitumineux, des audiences publiques sont organisées
par des organismes tels l'Office national de l'énergie et
l'Office provincial de la conservation des ressources
énergétiques. Les
nations autochtones, les syndicats, les groupes environnementaux et
bien d'autres font des représentations lors de ces audiences.
Mais
ces organismes prennent leurs décisions fondées sur une
conception néolibérale du droit de monopole qui supplante
le droit public, qui
considère que ce qui est bon pour les monopoles est bon pour le
Canada et la population verra les retombées de toute richesse
excédentaire. Les droits et préoccupations
légitimes du peuple et de sa société sont tout
simplement rejetés lorsqu'ils entrent en
conflit avec le droit de monopole. Le contrôle public de
l'économie, en particulier des grands projets impliquant nos
ressources, est
nécessaire. Non seulement le contrôle public est-il
nécessaire, mais également un changement dans la
perception et la conception,
passant de la mondialisation néolibérale à
l'édification nationale basée sur la garantie des besoins
et du bien-être de la population
et de la Terre-Mère. Les travailleurs doivent être les
premiers à réclamer ce qu'ils produisent, les
gouvernements et autres
institutions du peuple ont la deuxième réclamation et les
propriétaires du capital sont les derniers. Il n'en tient qu'au
peuple de
créer sur une base organisée et consciente de nouveaux
arrangements qui vont garantir le contrôle public en opposition
au droit de
monopole.

Faits et observations
Kearl Lake va produire seulement du bitume qui sera
transporté par le pipeline Keystone jusqu'au Golfe du Mexique,
aux États-Unis. Expédier le bitume à l'état
brut
signifie la perte du raffinage associé et de la fabrication de
matières premières pétrochimiques. L'American
Petroleum Institute croît que le pipeline Keystone va
générer
342 000 emplois aux États-Unis et seulement une
main-d'oeuvre permanente minimale au Canada.
Il n'y aura que 1100 à 1300 emplois permanents
à la mine Kearl Lake lorsqu'elle fonctionnera à pleine
capacité. Or, une usine intégrée avec une
capacité de valorisation
emploie directement environ 5 000 personnes et 1000 à 1500
entrepreneurs en entretien.
Le nombre de travailleurs employés pour la
construction a également été
considérablement réduit, d'environ 10 000 à 4000
travailleurs au plus fort de la construction.
Environ un tiers du projet de construction des modules géants a
été confié à la Corée du Sud tandis
que, depuis 2008, 24 000 emplois manufacturiers ont disparu en
Alberta. Cette décision affecte un vaste secteur de travailleurs
engagés dans la production de modules.
L'Impériale déclare qu'elle va mettre sur
pied la première opération où les travailleurs
seront acheminés au chantier par transport aérien
régulier. La main-d'oeuvre
permanente vivra dans des camps pour salariés
célibataires, sans hébergement pour les familles. Les
travailleurs vont sans douter de travailler deux semaines suivies d'une
semaine de congé, voyageant aller-retour de leur domicile au
chantier au cours de leur fin de semaine de congé.
L'Impériale prétend que cette décision est
fondée sur l'idéal
de ne pas mettre plus de pression sur les installations de Fort
McMurray.
Les décisions importantes concernant plusieurs
générations de travailleurs qui passent le plus clair de
leur vie professionnelle séparés de leur famille doit
être une question
tranchée par les travailleurs eux-mêmes, en consultation
avec le public et les gouvernements. Assurément, cette
décision ne doit pas être l'apanage des monopoles.

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