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Mouvement ouvrier
Services postaux
Le gouvernement Harper nomme
un nouveau PDG de Postes Canada
- Louis Lang, 26 janvier 2011 -
Le gouvernement Harper a récemment annoncé
la nomination de M. Deepak Chopra de North York, en Ontario, au poste
de président-directeur général de la
Société
canadienne des postes pour un mandat de cinq ans, commençant le
1er février 2011. Dans son communiqué du 18 janvier,
le gouvernement écrit : « Jusqu'à
tout récemment, M. Chopra était le
président-directeur général de la région du
Canada et de l'Amérique latine de Pitney Bowes à Toronto.
Cette entreprise de distribution
de courrier et de technologie des communications, dont le chiffre
d'affaires est de dix milliards de dollars, offre un service de
courrier à l'échelle mondiale à plus de deux
millions de clients à travers le monde. »
Chuck Strahl, ministre des Transports, de
l'Infrastructure et des Collectivités, et Rob Merrifield,
ministre d'État (Transports) et responsable de Canada Postes,
ont dit
que le gouvernement n'avait pas l'intention de privatiser la
société d'État. Depuis l'Examen stratégique
de Postes Canada en 2008, le gouvernement ne cesse de dire que
la privatisation des postes n'est pas à l'ordre du jour. Mais
cette privatisation se fait déjà en pratique, une
pièce à la fois, et cette nomination du nouveau pdg se
situe dans
la suite des choses.
Les actes pèsent plus que les paroles, messieurs
les ministres ! Après plusieurs tentatives, le gouvernement
Harper a réussi à faire adopter une loi qui soustrait le
courrier international au privilège d'exclusivité de
Postes Canada pour le laisser aux monopoles privés. Et
maintenant il nomme le pdg de Pitney Bowes à la tête de la
société
d'État et voudrait continuer de nous faire croire qu'il n'a pas
l'intention de privatiser et de déréglementer.
Il ne fait aucun doute que la nomination de Deepak
Chopra à la tête de Postes Canada représente un
conflit d'intérêt. M. Chopra occupe depuis 15 ans des
postes
exécutifs chez Pitney Bowes, une importante
société privée de l'industrie mondiale du
courrier. C'est son domaine d'expertise et c'est la raison pour
laquelle il a été choisi.
Rien ne permet de croire qu'il ne continuera pas à servir les
intérêts des monopoles internationaux de l'industrie du
courrier en tant que pdg de Postes Canada, au détriment
des travailleurs des postes et de la vaste majorité des
Canadiens.
Lorsqu'il était pdg de Pitney Bowes, M. Chopra a
présenté un mémoire à la Commission
d'examen stratégique de la Société canadienne des
postes. Il a dit que s'il est
vrai que Postes Canada joue un rôle important dans le maintien
d'un réseau national de communications, l'industrie du courrier
« est beaucoup plus large du point
de vue des emplois et des revenus ». Selon lui,
« l'industrie canadienne du courrier, comme d'autres partout
dans le monde, représente un ensemble complexe
de valeurs interactives. Le courrier est créé pour
acquérir ou préserver des clients, gérer des
comptes existants, donner de l'information ou relier les gens sur le
plan personnel.
Il y a donc un rapport de dépendance réciproque important
entre la poste et les entreprises qui font une utilisation intensive du
courrier, comme les imprimeurs, les détaillants
par catalogue, les institutions financières et les
papeteries. »
M. Chopra est donc d'avis que l'avenir de Postes Canada
est lié aux besoins et intérêts de l'industrie en
général. Une de ses recommandations était que la
société d'État
créer un groupe de travail des secteurs privé et public
comprenant des représentants du gouvernement et de l'industrie
du courrier pour échanger les informations et prendre
des décisions. Il revient sur ce thème constamment dans
son mémoire. Il dit entre autres : « Ni la
Société des postes, ni les entreprises du secteur
privé n'ont
le monopole sur ce que pensent le clients ou sur l'innovation des
services, et les entreprises innovent rarement en vase clos. Il faut
une approche favorisant la collaboration
entre le public et le privé pour stimuler l'innovation qui en
retour améliore le service en favorisant un mouvement plus
flexible du courrier, orienté sur les besoins des
clients. »
Pitney Bowes est un des plus importants fournisseurs de
machines à affranchir au monde. Il offre aussi des services de
préparation et de pré-triage du courrier, des
kiosques électroniques et beaucoup d'autres services
reliés à la poste. Son taux de rendement est directement
lié à sa capacité à influencer Canada
Postes à offrir ce qu'il
appelle les « tarifs
préférentiels » pour l'achat
d'affranchissements en kiosque et pour la préparation du
courrier à différents niveaux. Il n'est donc pas
surprenant
que Pitney Bowes fasse tout en son pouvoir pour obliger Postes Canada
à offrir une récompense monétaire pour les
technologies qu'il met au point. En ce moment ces
technologies peuvent être adoptées par Postes Canada en
plus des infrastructures existantes comme les bureaux de poste. Mais
une fois établies il ne fait pas de doute que
ces nouvelles technologies seront utilisées pour remplacer et
fermer les bureaux de poste sous prétexte de
« minimiser les coûts d'opération au
détail ».
Un autre important aspect du mémoire de M. Chopra
est sa demande que Postes Canada adopte « une conception
flexible du service universel ». C'est une
façon de dire que nous devrions abandonner la définition
actuelle du service universel, qui requiert que Postes Canada offre un
service postal de première classe au même
prix à tous les Canadiens.
M. Chopra réclame donc, au nom de Pitney Bowes et
des monopoles du secteur privé du courrier, une partie du
secteur d'affaires le plus profitable de Postes Canada,
secteur qui lui a permis jusqu'à présent de financer
cette obligation de service universel.
M. Chopra résume sa pensée ainsi :
« Bien qu'il soit normal que Postes Canada recherche
l'avantage concurrentiel avec son réseau national et de mettre
à profit la confiance et la force de ses compétences
essentielles, les recommandations de l'examen stratégique
doivent également voir à l'établissement de
l'égalité des chances
dans les secteurs où Postes Canada est en concurrence avec des
opérateurs commerciaux privés. Les recommandations de la
commission doivent voir à ce que Postes Canada
n'acquière pas un avantage injuste par la subvention
croisée des produits et services. De même, Postes Canada
ne doit pas être responsable de la réglementation des
marchés
dans lesquels il est un concurrent. »
Cela ne laisse aucun doute sur les intentions de M.
Chopra en tant que pdg de Postes Canada. Il a été
nommé à ce poste pour saper le rôle de la
société d'État en tant
que service public et pour démanteler et vendre à la
pièce les secteurs lucratifs du service postal.
Les travailleurs des postes et tous les Canadiens
doivent être prêts à défaire le gouvernement
Harper et ses plans pour remettre les ressources et les avoirs que nous
avons
bâtis à la sueur de notre front.

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