Mouvement ouvrier
Services postaux

Le gouvernement Harper nomme
un nouveau PDG de Postes Canada

Le gouvernement Harper a récemment annoncé la nomination de M. Deepak Chopra de North York, en Ontario, au poste de président-directeur général de la Société canadienne des postes pour un mandat de cinq ans, commençant le 1er février 2011. Dans son communiqué du 18 janvier, le gouvernement écrit : « Jusqu'à tout récemment, M. Chopra était le président-directeur général de la région du Canada et de l'Amérique latine de Pitney Bowes à Toronto. Cette entreprise de distribution de courrier et de technologie des communications, dont le chiffre d'affaires est de dix milliards de dollars, offre un service de courrier à l'échelle mondiale à plus de deux millions de clients à travers le monde. »

Chuck Strahl, ministre des Transports, de l'Infrastructure et des Collectivités, et Rob Merrifield, ministre d'État (Transports) et responsable de Canada Postes, ont dit que le gouvernement n'avait pas l'intention de privatiser la société d'État. Depuis l'Examen stratégique de Postes Canada en 2008, le gouvernement ne cesse de dire que la privatisation des postes n'est pas à l'ordre du jour. Mais cette privatisation se fait déjà en pratique, une pièce à la fois, et cette nomination du nouveau pdg se situe dans la suite des choses.

Les actes pèsent plus que les paroles, messieurs les ministres ! Après plusieurs tentatives, le gouvernement Harper a réussi à faire adopter une loi qui soustrait le courrier international au privilège d'exclusivité de Postes Canada pour le laisser aux monopoles privés. Et maintenant il nomme le pdg de Pitney Bowes à la tête de la société d'État et voudrait continuer de nous faire croire qu'il n'a pas l'intention de privatiser et de déréglementer.

Il ne fait aucun doute que la nomination de Deepak Chopra à la tête de Postes Canada représente un conflit d'intérêt. M. Chopra occupe depuis 15 ans des postes exécutifs chez Pitney Bowes, une importante société privée de l'industrie mondiale du courrier. C'est son domaine d'expertise et c'est la raison pour laquelle il a été choisi. Rien ne permet de croire qu'il ne continuera pas à servir les intérêts des monopoles internationaux de l'industrie du courrier en tant que pdg de Postes Canada, au détriment des travailleurs des postes et de la vaste majorité des Canadiens.

Lorsqu'il était pdg de Pitney Bowes, M. Chopra a présenté un mémoire à la Commission d'examen stratégique de la Société canadienne des postes. Il a dit que s'il est vrai que Postes Canada joue un rôle important dans le maintien d'un réseau national de communications, l'industrie du courrier « est beaucoup plus large du point de vue des emplois et des revenus ». Selon lui, « l'industrie canadienne du courrier, comme d'autres partout dans le monde, représente un ensemble complexe de valeurs interactives. Le courrier est créé pour acquérir ou préserver des clients, gérer des comptes existants, donner de l'information ou relier les gens sur le plan personnel. Il y a donc un rapport de dépendance réciproque important entre la poste et les entreprises qui font une utilisation intensive du courrier, comme les imprimeurs, les détaillants par catalogue, les institutions financières et les papeteries. »

M. Chopra est donc d'avis que l'avenir de Postes Canada est lié aux besoins et intérêts de l'industrie en général. Une de ses recommandations était que la société d'État créer un groupe de travail des secteurs privé et public comprenant des représentants du gouvernement et de l'industrie du courrier pour échanger les informations et prendre des décisions. Il revient sur ce thème constamment dans son mémoire. Il dit entre autres : « Ni la Société des postes, ni les entreprises du secteur privé n'ont le monopole sur ce que pensent le clients ou sur l'innovation des services, et les entreprises innovent rarement en vase clos. Il faut une approche favorisant la collaboration entre le public et le privé pour stimuler l'innovation qui en retour améliore le service en favorisant un mouvement plus flexible du courrier, orienté sur les besoins des clients. »

Pitney Bowes est un des plus importants fournisseurs de machines à affranchir au monde. Il offre aussi des services de préparation et de pré-triage du courrier, des kiosques électroniques et beaucoup d'autres services reliés à la poste. Son taux de rendement est directement lié à sa capacité à influencer Canada Postes à offrir ce qu'il appelle les « tarifs préférentiels » pour l'achat d'affranchissements en kiosque et pour la préparation du courrier à différents niveaux. Il n'est donc pas surprenant que Pitney Bowes fasse tout en son pouvoir pour obliger Postes Canada à offrir une récompense monétaire pour les technologies qu'il met au point. En ce moment ces technologies peuvent être adoptées par Postes Canada en plus des infrastructures existantes comme les bureaux de poste. Mais une fois établies il ne fait pas de doute que ces nouvelles technologies seront utilisées pour remplacer et fermer les bureaux de poste sous prétexte de « minimiser les coûts d'opération au détail ».

Un autre important aspect du mémoire de M. Chopra est sa demande que Postes Canada adopte « une conception flexible du service universel ». C'est une façon de dire que nous devrions abandonner la définition actuelle du service universel, qui requiert que Postes Canada offre un service postal de première classe au même prix à tous les Canadiens.

M. Chopra réclame donc, au nom de Pitney Bowes et des monopoles du secteur privé du courrier, une partie du secteur d'affaires le plus profitable de Postes Canada, secteur qui lui a permis jusqu'à présent de financer cette obligation de service universel.

M. Chopra résume sa pensée ainsi : « Bien qu'il soit normal que Postes Canada recherche l'avantage concurrentiel avec son réseau national et de mettre à profit la confiance et la force de ses compétences essentielles, les recommandations de l'examen stratégique doivent également voir à l'établissement de l'égalité des chances dans les secteurs où Postes Canada est en concurrence avec des opérateurs commerciaux privés. Les recommandations de la commission doivent voir à ce que Postes Canada n'acquière pas un avantage injuste par la subvention croisée des produits et services. De même, Postes Canada ne doit pas être responsable de la réglementation des marchés dans lesquels il est un concurrent. »

Cela ne laisse aucun doute sur les intentions de M. Chopra en tant que pdg de Postes Canada. Il a été nommé à ce poste pour saper le rôle de la société d'État en tant que service public et pour démanteler et vendre à la pièce les secteurs lucratifs du service postal.

Les travailleurs des postes et tous les Canadiens doivent être prêts à défaire le gouvernement Harper et ses plans pour remettre les ressources et les avoirs que nous avons bâtis à la sueur de notre front.

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