Mouvement ouvrier
Santé et sécurité au travail

Les réformes antiouvrières
du régime de compensation

LML : Quelles sont vos principales demandes pour l'année 2011 ?

Steve Mantis : Nos principales demandes sont le plein ajustement au coût de la vie des prestations des travailleurs accidentés, l'admissibilité de tous les travailleurs de toutes les entreprises au régime de compensation, une pleine compensation ou un emploi qui convient à la condition des accidentés du travail, l'élimination de la tarification par incidence et du critère de détermination de salaires (la tarification par incidence est un système de remboursements aux entreprises qui rapportent moins d'accidents et la détermination de salaires est le critère par lequel on assume que le travailleur accidenté a un emploi et donc un revenu, que cela soit le cas ou non – ndlr). Le problème auquel nous faisons face est mondial. Depuis les vingt dernières années, nous avons vu un tournant par lequel les éléments les plus riches de notre société ont acquis de plus en plus de pouvoir et les gouvernements appliquent des politiques qui visent à servir ces sections les plus riches.

En ce qui concerne la compensation des travailleurs accidentés, nous voyons donc que nos travailleurs sont en collision ouverte avec les plus grandes corporations internationales. Dans ce contexte, les cercles dirigeants de la société ont déclaré que le régime de compensation est en crise. Une propagande est imposée à la société selon laquelle le régime de compensation n'a pas l'argent nécessaire pour survivre à long terme, que les prestations des travailleurs accidentés coûtent trop cher, etc. Vous imaginez bien que la solution invoquée pour résoudre cette crise c'est de couper les prestations des travailleurs accidentés.

Cette propagande est faite de façon très ouverte par la Commission de la sécurité professionnelle et de l'assurance contre les accidents du travail (CSPAAT), le vérificateur général de l'Ontario et de nombreux experts. La CSPAAT nous dit que bien sûr les travailleurs accidentés n'accepteraient pas d'être abandonnés à une vie de prestations et qu'en conséquence la Commission va tout faire pour nous aider à améliorer leur employabilité, c'est-à-dire qu'elle va couper leurs prestations. Ils nous parlent gentiment tout en nous frappant dans le dos.

Dans son rapport qui a été publié en décembre 2010, le vérificateur général écrit que ce qu'il appelle le déficit à long terme du régime de compensation est un problème critique. Ce déficit est la différence entre les avoirs de la commission de compensation en ce moment et le montant total de toutes les prestations à être payées dans l'avenir pour les travailleurs qui en reçoivent présentement. Le vérificateur général suggère qu'il serait peut-être temps de porter ce déficit au budget du gouvernement en tant que partie du déficit de la province. Le gouvernement ontarien est devenu tout de suite très inquiet à l'idée d'avoir un 12 milliards de dollars supplémentaires dans son déficit. Cela affecterait sa cote sur les marchés boursiers et alimenterait sa réputation de piètre administrateur des fonds publics.

Le gouvernement a tout de suite réagi au rapport du vérificateur général en engageant au début janvier un banquier international comme nouveau président et PDG de la commission. Dès qu'il est entré en fonction, le nouveau PDG a déclaré que son but premier est de réduire les coûts des prestations versées par la commission. Nous l'avons fermement opposé là-dessus et depuis ce temps, il fait attention à ne pas avoir l'air aussi déterminé à réduire les prestations. Selon lui, la cause première du déficit à long terme du régime ce sont les prestations versées aux travailleurs qui ont une invalidité de longue durée. Lors de sa toute première intervention, il a dit qu'il fallait couper ces prestations de 50 %. C'est une déclaration scandaleuse d'autant plus qu'il y a déjà un grand nombre de travailleurs avec une invalidité de longue durée qui ne reçoivent rien du tout. Nos recherches ont aussi démontré que si vous souffrez d'une invalidité à long terme vous avez à peu près 50 % de chances de vous trouver un emploi. La situation est particulièrement difficile pour les travailleurs qui ne sont pas syndiqués parce qu'un syndicat fort est capable de vous aider à garder un emploi et les barrières à l'emploi sont particulièrement fortes dans le cas des femmes, des travailleurs des minorités nationales et des Premières Nations qui souffrent d'une invalidité à long terme. Il y a donc une tentative de couper les prestations des travailleurs souffrant d'une invalidité à long terme. On le voit déjà d'ailleurs. Le harcèlement contre ces travailleurs augmente et certains qui avaient été déclarés incapables d'occuper un emploi en raison de leur invalidité sont maintenant déclarés employables et se font couper leurs prestations.

Le gouvernement de l'Ontario a passé un amendement législatif en décembre 2010 dans le cadre de la loi 135 qui est une loi budgétaire. L'amendement qu'on a fait passer pour mineur déclare qu'à partir de maintenant la commission se doit d'être pleinement financée. Selon nous, cela signifie que le gouvernement cherche à protéger ses arrières. Il craint que ce déficit déclaré de 12 milliards $ ne se retrouve dans ses livres comptables et non dans ceux de la commission. Il cherche à faire porter la responsabilité du financement à la commission et non à lui-même. Cela nous dit que quelque chose se trame et que nous devons être très vigilants face à ces stratagèmes.

La commission a maintenant établi un groupe de travail chargé de revoir son financement. Le gouvernement dit qu'il ne fera pas d'autres changements avant d'avoir reçu le rapport de ce groupe.

LML : Le gouvernement de l'Ontario intensifie son offensive antisociale contre le peuple et une de ses cibles ce sont les membres les plus vulnérables de la société. Cette propagande à l'effet que les travailleurs accidentés sont à blâmer pour la crise du régime de compensation n'est rien de nouveau.

SM : Si on retourne un peu dans le passé, on verra que le système de compensation a changé substantiellement sous le gouvernement Harris. Ce gouvernement a transformé le régime de compensation sur le modèle d'un régime d'assurance. La conception populaire d'un régime d'assurance c'est qu'une compagnie d'assurance vous paie seulement si elle est obligée de le faire. Selon le modèle d'un régime d'assurance, le régime de compensation doit avoir à tout moment toutes les ressources financières dont il a besoin pour payer toutes les prestations aux travailleurs jusqu'à leur mort. Historiquement, le régime de compensation avait été basé sur l'idée que le régime doit avoir suffisamment d'argent pour payer toutes les prestations sur une base annuelle et avoir en plus un fonds de réserve pour les urgences. Avec l'introduction du modèle d'un régime d'assurance, la conception est devenue que le régime doit avoir en mains à tout moment tout l'argent qui devra être versé dans l'avenir parce que l'idée c'est que les régimes d'assurance peuvent faire faillite. Selon le modèle en vigueur précédemment, le régime de compensation était considéré la responsabilité du gouvernement et c'est peu probable que le gouvernement va disparaître. Dans le passé on n'a jamais cherché à amasser tous les fonds d'avance en prévision d'une incapacité de paiements. Ce n'est pas comme cela que le système fonctionnait.

En 1990, il y a eu un changement majeur en ce qui concerne le traitement des travailleurs avec une invalidité à long terme. Nous sommes passés d'un régime de pensions à un régime de compensation pour perte de revenus. Jusqu'à 1990, les travailleurs accidentés avec une invalidité à long terme recevaient une pension à vie qui correspondait à la nature de leur blessure : tant d'argent pour la perte d'une main, tant d'argent pour la perte d'une jambe, etc. En 1990 le gouvernement Peterson a changé le système en un système de compensation pour perte de revenus. On ne considérait plus votre blessure mais votre situation face à l'emploi et ce que vous avez perdus en revenus. Le gouvernement précédent de Bill Davis avait lui aussi essayé de faire ce changement, mais il avait été obligé de reculer à cause de notre mobilisation. Peterson est revenu à la charge et le tournant vers une compensation pour pertes de revenus a été maintenu par tous les gouvernements successifs, de Bob Rae à Harris, à Eves et maintenant McGuinty. Sous le gouvernement Harris, la question est devenue non pas si vous avez un emploi et combien vous gagnez afin qu'on puisse établir la différence entre votre salaire actuel et votre salaire au moment de l'accident, mais si vous êtes employable selon les experts de la commission. Si la réponse est oui, ils assument que vous avez un emploi et ils déterminent un salaire que vous êtes censé gagner. On prend pour acquis que les travailleurs accidentés ont un emploi et un revenu que cela soit le cas ou non. On nie complètement la réalité des barrières à l'emploi qu'affrontent les travailleurs accidentés.

LML : Face à cette nouvelle vague d'attaques, quelles sont vos priorités ?

SM : Nous allons être très actifs sur la question de la révision du financement de la CSPAAT. Dans notre optique la priorité c'est d'impliquer les groupes de travailleurs accidentés dans la lutte contre les coupures qui ont lieu à l'heure actuelle et vont s'accentuer dans un proche avenir. Notre force c'est d'avoir un plus grand nombre de nos travailleurs qui sont conscients de ces attaques et sont prêts à les combattre. Nous cherchons aussi à renforcer nos liens et nos activités avec le mouvement syndical. Nous avons tenu une conférence en novembre dernier conjointement avec la Fédération des travailleurs de l'Ontario qui a réuni des activistes en santé et sécurité et des activistes à la défense d'une compensation adéquate pour les travailleurs accidentés, ce qui est quelque chose de très précieux pour nous.

Nous devons élever le niveau de conscience des gens au sujet des attaques que subissent les travailleurs accidentés et invalides, étendre notre capacité d'y répondre et lier notre combat à celui de tous les travailleurs qui font face à ce pouvoir toujours plus grand des éléments les plus riches de notre société. Ce sont des questions qui concernent tous les travailleurs. Dans ce sens, la lutte que mènent les travailleurs de la section 1005 des Métallos à Hamilton est en essence la lutte de tous parce qu'ils défendent leurs pensions contre les efforts de ces grandes sociétés internationales pour se soustraire au paiement des pensions qui reviennent de droit aux travailleurs. Nous visons le même phénomène en ce qui concerne les prestations de compensation pour les accidentés du travail.

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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