Mouvement ouvrier
Aluminium

«Les grandes entreprises se déresponsabilisent
face au problème de l'emploi industriel. C'est
contre cela que nous nous mobilisons.»

LML : Un communiqué récent du syndicat dit que la question des emplois à l'aluminerie est une question essentiellement régionale. Qu'entendez-vous par là ?

Marc Maltais : Nous vivons un phénomène que nous appelons la mutation de l'emploi, la mutation de bons emplois syndiqués vers la sous-traitance. Cela affecte toute la région. Au niveau de l'emploi dans les installations de Rio Tinto Alcan au Saguenay-Lac-Saint-Jean, nous sommes passés de 9000 emplois au début des années 1980 à environ 3700 à l'heure actuelle. À lui seul, le transfert en sous-traitance des 69 emplois au Centre de revêtement des cuves que Rio Tinto Alcan cherche à nous imposer signifierait une diminution de 1,7 million $ en salaires dépensés dans la région, sans compter les assurances et les régimes de retraite. À cela s'ajoutent 76 postes abolis au cours des dernières années, ce qui équivaut à une masse salariale de 5,7 millions $. Nous vivons un bilan négatif en fait d'emplois sous la gouverne de Rio Tinto Alcan. La production d'aluminium dans la région a doublé depuis le début des années 1980 mais nos usines se vident.

Nous sommes une région-ressources déjà extrêmement affectée par la crise forestière qui n'est rien de moins que dévastatrice. Le nombre des travailleurs syndiqués qui ont réussi à maintenir leurs postes dans les usines diminue de jour en jour et cela affecte grandement la qualité de la vie dans la région. À l'usine ici, le taux moyen du salaire pondéré est d'environ 36 $ de l'heure alors qu'il est d'environ 18 $ pour les sous-traitants. L'écart est énorme. C'est toute une masse salariale récurrente annuelle qui n'est pas réinjectée dans l'économie régionale. Nous sommes une région isolée et la grande partie des dépenses de nos gens se fait dans la région. Les milliers de travailleurs qui sont partis à la retraite depuis les années 1980 contribuent aussi grandement à l'économie régionale. La région décrépit à mesure qu'augmente l'appauvrissement.


Le 23 novembre 2010: Les travailleurs de l'aluminerie Rio
Tinto Alcan manifestent devant les bureaux de la compagnie
à Jonquière contre l'utilisation de la sous-traitance.

C'est dans ce sens que va notre mobilisation. C'est pour cela que la population de la région endosse notre discours et comprend nos demandes. Elle voit bien que les grandes entreprises se déresponsabilisent face à la question de l'emploi. Selon un sondage fait par une radio régionale, 82 % de la population comprend nos objectifs et les appuie. La conscience grandit parmi les gens qu'il ne faut pas laisser aller les choses. Nous multiplions nos interventions médiatiques dans lesquelles le point central c'est de rappeler à la mémoire des gens ce qu'ils valent. Nous avons mené une campagne de publicité de trois semaines à la télé, la radio et dans les journaux. Nous avons déposé une pétition à l'Assemblée nationale pour la défense des emplois. Nous avons organisé des manifestations notamment devant les bureaux du ministre Serge Simard qui est le ministre responsable de la région du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de la région de la Côte-Nord. Nous nous sommes réunis dans nos instances syndicales aux niveaux local, régional et national. Nous avons rencontré les politiciens municipaux.

Certains comme la Chambre de commerce ont cherché à créer de la confusion en prétendant que nous sommes contre toute sous-traitance, contre les fournisseurs de services et contre les équipementiers qui ont une expertise sur un aspect ou l'autre de l'industrie, que nous voulons empêcher les gens de la région de travailler.

Ça n'est pas ça du tout. Nos travailleurs à l'usine par exemple n'ont aucune expertise en fabrication d'équipements pour travailler dans des alumineries. Loin de nous attaquer aux équipementiers, c'est un de nos arguments face aux actionnaires pour étendre la production régionale que nous avons les meilleurs équipementiers du monde et la meilleure expertise du monde dans la région. Nous ne sommes pas contre l'érection de nouvelles usines d'aluminium, au contraire nous en avons besoin pour diversifier l'activité économique régionale et faire travailler nos gens. Nous voulons un discours d'essor économique pas de dépression économique. Nous ne sommes pas un comité de survie régionale mais un comité de promotion sociale.

Il ne faut pas laisser le débat se faire détourner. Ce à quoi nous nous opposons c'est à la vampirisation des emplois, aux attaques contre les emplois bien rémunérés. C'est dans ce sens que nous nous opposons notamment à l'envoi de ces 69 emplois en sous-traitance. À ce sujet nous intervenons à la Commission des relations du travail et nous sommes aussi en procédure de griefs. Cette lutte va démontrer la portée et la force de nos conventions collectives. Si nous n'y trouvons pas les outils pour gagner notre cause, nous allons prendre en main le travail nécessaire qui s'imposera. Nous allons débuter bientôt nos négociations pour un nouveau contrat de travail. Nous avons des objectifs bien définis et nos membres sont mobilisés. Nous sommes optimistes face aux perspectives que nous offre l'année 2011.

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