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Mouvement ouvrier
Industrie forestière
La vente du bois aux enchères
par le gouvernement québécois est contraire
aux intérêts des travailleurs forestiers
et de leurs régions.
- Pierre Chénier, janvier 2011
-
Le 18 janvier, la
vice-première ministre du Québec et ministre des
Ressources naturelles et de la Faune Nathalie Normandeau a
annoncé la création du Bureau
de mise en marché des bois (BMMB). Cette mesure fait partie de
l'application de la Loi 57, La Loi sur l'aménagement
durable du territoire forestier, que
l'Assemblée nationale a adoptée à
l'unanimité en mars 2010 en dépit de l'opposition des
travailleurs forestiers du Québec.
La loi modifie entre autres choses la façon dont
le bois des forêts publiques est alloué pour la coupe. Le
BMMB va placer 25 % des bois des forêts publiques aux
enchères. Selon la ministre, lorsque le bureau sera pleinement
opérationnel en avril 2013, c'est plus de 5 millions de
mètres cube de bois qui seront vendus aux
enchères. D'ici là, le bureau mettra aux enchères
le bois qui n'a pas été récolté ces
dernières années. La ministre prétend que les
enchères permettront à un plus grand nombre
d'entreprises d'avoir accès à du bois, notamment les
petites entreprises et les coopératives qui ont peine à
obtenir du bois à cause du contrôle exercé sur
l'approvisionnement
par les grands monopoles forestiers. Bien sûr, si telle
était l'intention de la loi, rien n'empêchait le
gouvernement du Québec de mettre de côté une
quantité donnée de bois
chaque année pour ces petites entreprises et coopératives
et d'aider leurs projets à réussir.
Mais là n'est pas l'intention. Déjà
le Rapport Coulombe, produit en décembre 2004 par la
commission du même nom établie par le gouvernement Charest
pour
étudier la gestion de la forêt, recommandait ce qu'il
appelle un marché libre du bois au Québec. Il proposait
très ouvertement que l'on aide les monopoles forestiers qui ont
la capacité d'être concurrentiels sur les marchés
mondiaux à grossir par la destruction des autres joueurs de
l'industrie forestière et il proposait également
d'éliminer, au nom
de la « flexibilité » des
opérations forestières, ce qu'il appelle le lien entre la
forêt et l'usine, entre la récolte et la transformation du
bois dans des usines définies
de la communauté où le bois est situé. Le Rapport
Coulombe présentait la mise aux enchères d'une
partie du bois comme une mesure de transition vers un
« marché libre » de tout le bois ouvert
à la récolte, un marché dans lequel les monopoles
forestiers seraient dégagés de toute
responsabilité face aux travailleurs
et à leurs communautés.
Les travailleurs forestiers du Québec ont averti
le gouvernement de ne pas passer cette loi
parce que ce sont les grands monopoles qui vont dominer
ce soi-disant marché libre tout comme ils dominent le
système d'allocation du bois tel qu'il est présentement.
Ils vont utiliser ce marché pour éliminer encore plus de
petits producteurs et la concurrence entre les monopoles va elle aussi
s'intensifier et créer encore plus de chaos et
de destruction dans son sillage. En mettant l'accent sur un
marché libre dans l'allocation du bois, c'est le lien entre la
récolte et la transformation du bois dans des
communautés définies qui est détruit et la
concurrence entre les travailleurs qui va grandement s'accentuer.
Dans le cadre de l'offensive antisociale et à
l'occasion de la crise économique, des milliers de travailleurs
forestiers ont perdu leurs moyens de subsistance ou ont
été
réduits en nombre encore plus grand à l'état de
sous-traitants des monopoles. Avec la crise économique et les
fermetures, les liens entre l'approvisionnement en bois et des
communautés définies ont aussi été
affaiblis. La dernière chose dont les travailleurs forestiers
ont besoin c'est d'encore plus de chaos dans leurs vies.
Plutôt que de restreindre le droit de monopole de
ces empires privés et de commencer à rebâtir
l'industrie forestière pour la mettre au service des
travailleurs et des
régions, le gouvernement resserre le contrôle des
monopoles sur le secteur et sur la vie des gens.
LML appelle les travailleurs forestiers
à parler haut et fort contre ces mesures et contre la conception
à l'effet qu'il faut mettre l'industrie forestière
à la merci
de ces empires pour lesquels nos moyens de subsistance, notre avenir et
notre développement économique ne signifient rien.

L'impact du Bureau de mise en marché du bois
- Carl Proulx, représentant
national du SCEP
pour l'Abitibi-Témiscamingue, janvier 2011 -
Le Marxiste-Léniniste s'est entretenu
récemment avec Carl Proulx, un représentant national du
Syndicat canadien des communications, de l'énergie et du
papier, au sujet de la création récente du Bureau de mise
en marché des bois (BMMB). La création de ce bureau est
une composante de la nouvelle loi 57, La Loi
sur l'aménagement durable du territoire forestier, qui
apporte des changements majeurs à la politique forestière
du gouvernement du Québec.
* * *
D'ici avril 2013, les Contrats d'approvisionnement et
d'aménagement forestier, communément appelés CAAF,
seront remplacés par un système de garantie
d'approvisionnements en bois. Ces garanties ne forceront pas leurs
détenteurs à couper le bois qui leur est alloué.
En plus de cela, l'approvisionnement qui est garanti ne
représente que 75 % du bois qui était auparavant
alloué au détenteur du CAAF. Déjà,
considérant qu'il n'y aura pas pour le détenteur de la
garantie d'obligation de
couper le bois, et en considérant que la quantité de bois
sera réduite de 25 % de ce qu'elle était avec le
CAAF, on voit que le lien entre l'approvisionnement et l'emploi
est fragilisé et devient plus ténu qu'il ne l'est en ce
moment. Les CAAF vont demeurer en vigueur jusqu'à avril 2013.
Le 25 % qui reste pourra être acheté
aux enchères dans ce qu'on appelle le marché libre. Les
enchères seront la responsabilité du Bureau de mise en
marché des
bois dont la création vient d'être annoncée par
Nathalie Normandeau, la ministre des Ressources naturelles et de la
Faune. En théorie, quiconque a une entreprise au Québec
qui est reliée au bois et qui s'engage à le transformer
au Québec, peut participer aux enchères et soumissionner
pour du bois. Une petite entreprise d'artisanat peut prendre
part aux enchères. Bien sûr, la transformation de ce bois,
qui va représenter en avril 2013 environ 5 millions de
mètres cube, ne sera pas liée à des usines de
transformation ou a des communautés définies comme c'est
le cas avec les CAAF. Il sera effectivement
« libre » de cette attache.
Nous aurons donc des géants comme AbitibiBowater
qui se rendront aux enchères qui ont la capacité de
soumissionner plus haut. Pendant ce temps, le prix de la ressource
tel qu'il sera payé sur le marché libre deviendra le prix
à payer pour la ressource dans la zone correspondante où
seront accordées les garanties d'approvisionnement. Cela
va mener au fil du temps à l'élimination de bon nombre de
petits producteurs qui n'ont pas le moyen de payer ces prix. Une fois
que des grandes entreprises comme
AbitibiBowater auront éliminé la concurrence, elles
pourront faire ce qu'elles veulent.
Selon la ministre Normandeau, le but de cette mesure est
de diversifier l'économie, de rendre le bois accessible à
plus de gens, de développer la deuxième transformation,
etc. Ce sont des objectifs louables en soi, mais la mise du bois aux
enchères n'est pas la bonne façon d'y arriver. Des pays
scandinaves ont établi un système de vente aux
enchères pour le bois et le résultat en a
été de grandement réduire le nombre d'entreprises
dans le secteur, notamment de 35 à 3 dans un de ces
pays.
Il faut bien saisir que cette concentration de la
propriété dans l'industrie n'est pas quelque chose de
nouveau. Dans le camionnage par exemple, nous en sommes réduits
au Québec à trois ou quatre grosses entreprises, qui
possèdent chacune entre 300 et 500 camions, et qui
établissent les prix. Si vous voulez faire transporter vos
marchandises,
vous devez passer par elles. Si vous voulez éliminer la
concurrence, ou bien vous l'achetez ou bien vous la tuez. C'est comme
ça que ça fonctionne.
Nous sommes aussi très préoccupés
par ce qui adviendra des emplois. Si le bois est acheté sur le
marché libre, et que le lien entre le bois et des usines et
communautés
définies est rompu, pourquoi les entreprises offriraient-elles
la transformation du bois à nos membres qui sont
syndiqués, fonctionnent sur la base de l'ancienneté,
etc. ?
Tout le monde va devenir un sous-traitant de ces grandes
sociétés, et le phénomène existe
déjà. Les travailleurs vont se faire la concurrence les
uns aux autres de façon
toujours plus intense. Si vous voulez survivre et garder vos camions,
vous devez constamment réduire vos prix.
Ceux qui vont acheter le bois sur le marché libre
vont organiser sa transformation de la façon qui leur convient,
selon la cédule qui fait leur affaire, avec les équipes
qu'elles veulent. On le vit déjà dans nos
négociations. Les entreprises nous disent qu'elles ne peuvent
pas s'engager dans rien de défini pour garantir de l'emploi
à nos
travailleurs syndiqués parce qu'elles doivent d'abord voir
comment le système va fonctionner. Elles ne sont pas ouvertes
à l'idée de l'ancienneté et d'autres choses du
genre
qui appartiennent aux syndicats. Cela devient très difficile de
négocier dans ce contexte. Si nos travailleurs se retrouvent
avec seulement quelques mois de travail par année,
qu'est-ce qui va arriver à leurs pensions ?
Nous avons soulevé ces problèmes avec la
ministre mais elle nous a dit que ce sont des problèmes de
relations de travail et que c'est à nous de négocier avec
nos
employeurs pour nous adapter à ces nouvelles conditions. Nous
avons discuté avec le gouvernement, présenté des
mémoires, organisé des manifestations. Nous n'avons pas
été écoutés. L'impact risque d'être
dramatique sur la vie des régions forestières et c'est le
devoir du gouvernement de voir au bien-être des régions
mais ce n'est pas ça qui
se produit.

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