La fusillade d'Arizona

LML : La nouvelle année a commencé avec la fusillade du 8 janvier à Tucson, en Arizona, qui visait la congressiste Gabrielle Giffords. Les agences de nouvelles ont dit que le tireur avait sans doute des problèmes mentaux. Tout le monde sait qui a tiré mais les médias américains mènent un débat à savoir qui est à blâmer pour la fusillade : la droite blâme la gauche et la gauche blâme la droite. Certains mettent en cause le ton du discours politique aux États-Unis, disant que c'est cela qui mène à des actes insensés. Qu'en pensez-vous ?

Sandra L. Smith : Il y a deux choses qui me viennent à l'esprit quand nous parlons de cette fusillade. La première est que si cette tentative d'assassinat ciblé est l'acte d'un individu souffrant de problèmes mentaux, quand les États-Unis commettent des actes semblables partout dans le monde, est-ce à cause de problèmes mentaux ? Si c'est le cas, comment est-ce possible de leur donner une raison d'État ? Et pourquoi le Canada s'y joint-il ?

La deuxième est que ce qu'on appelle discours politique aux États-Unis n'est pas politique. Sa fonction n'est pas d'informer le corps politique mais de le désinformer. C'est l'autre côté de la médaille d'une politique d'État qui considère les assassinats ciblés et la violence comme des choix possibles. Les États-Unis ont adopté la pratique d'assassiner leurs ennemis, ceux qu'ils voient comme un obstacle à leurs objectifs et intérêts, et cela comprend le « changement de régime ». Ce n'est pas nouveau, leurs agences secrètes y recourent depuis toujours. C'était un instrument des opérations secrètes de la Guerre froide contre le communisme et des salles guerres qu'ils ont menées sur tous les continents. L'objectif était d'éliminer l'opposition politique, de mener des coups d'État, d'établir des dictatures militaires, etc. D'innombrables crimes contre l'humanité ont été commis par les États-Unis et leurs bourreaux. Mais depuis le début des années 1990, le recours à la violence pour instituer des changements de régime est devenu leur arme préférée. Ils ont commencé par dire que c'était pour éliminer le danger d'armes de destruction massive, pour pourchasser al-Qaïda, pour éliminer les dangers d'actes terroristes, etc. Et maintenant, ces justifications étant complètement discréditées, ils disent tout simplement que c'est pour défendre leurs intérêts. Nous sommes censés croire que ce qui sert à protéger la sécurité nationale des États-Unis contribue à protéger la sécurité nationale de tout pays et de tous ceux qui ne sont pas des ennemis de ce que la classe dominante étasunienne considère comme étant digne de protection. Tout cela suivant la logique qu'« ou bien vous êtes avec nous, ou bien vous êtes avec les terroristes, et si vous êtes avec les terroristes, vous méritez d'être éliminé par tous les moyens ».

C'est aussi pour saper la politique comme moyen de régler les différences d'opinions et d'intérêts. En plus de recourir à la force pour imposer des changements de régime à l'étranger, les administrations étasuniennes sanctionnent la pratique de l'assassinat politique au nom de la défense de la sécurité nationale. Alors lorsque des citoyens étasuniens, qu'ils souffrent de problèmes mentaux ou non, commettent des actes pareils, les cercles dominants ne veulent pas regarder dans le miroir et y voir leur propre réflexion. Ils ne veulent pas assumer les conséquences de leurs actes. Le but visé est d'abord et avant tout d'étouffer tout mouvement politique du peuple, de ne pas permettre la formation d'une opposition politique. La désinformation au sujet de leurs actes sert aussi le même objectif.

En fait, ce qui passe pour discours politique aux États-Unis, notamment les appels des usurpateurs représentés par des gens comme Sarah Palin à l'élimination physique de leurs rivaux, est carrément un scénario de guerre civile. Ces appels sont ensuite contrebalancés par des appels à l'unité, à la préservation de l'union, à la civilité, par la politique de « la nation une et une seule », « une seule Amérique ». C'est la tâche de la présidence de s'assurer que la guerre civile n'éclate pas. C'est pourquoi Obama parle sans cesse de bipartisme, de centrisme, de « la nation une et une seule ». Dans l'histoire des États- Unis, l'échec à protéger l'union signifie la guerre civile entre différentes factions de la class dominante. Ce n'est pas qu'une faction est pour la violence et l'autre contre, les deux préconisent la violence et usent de désinformation pour saper la formation d'une opinion publique, la formation de mouvement politique du peuple.

LML : Que peut faire le peuple américain dans ce cas-là ?

SLS : La classe ouvrière doit intervenir avec sa politique indépendante, pour développer un mouvement pour le renouveau politique. Historiquement, le peuple américain est progressiste, généreux et courageux. Aujourd'hui il doit trouver comment intervenir pour mettre fin au recours à la violence pour empêcher la création de l'opinion publique. Cela ne se fait pas en se rangeant du côté d'Obama contre le Tea Party ou en se ralliant aux appels des impérialistes à défendre la souveraineté. Il faut une position solidement anti-impérialiste et prolétarienne. À mon avis il faut prendre au sérieux ce qui se passe aux États-Unis en ce moment, au Canada aussi d'ailleurs. Nous assistons à des développements dangereux à cause de l'échec des institutions politiques à régler les différences d'intérêts par les moyens politiques. Au Canada nous avons vu la violence utilisée contre les manifestants lors du G20 à Toronto et il y a les jugements concernant les certificats de sécurité, la politique de loi et ordre du gouvernement Harper. L'utilisation de l'État pour empêcher la formation de l'opinion publique est un développement inquiétant.

* Sandra L. Smith est la première secrétaire du Comité central du Parti communiste du Canada (marxiste- léniniste).

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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Qui faut-il blâmer pour la fusillade en Arizona?

Le 8 janvier, à Tucson, en Arizona, six personnes ont été tuées et treize autres blessées lors d'un crime violent ciblant la représentante élue Gabrielle Giffords. Giffords avait été réélue en 2010 en tant que représentante de la région de Tucson à la Chambre des représentants. Le jeune homme impliqué, Jared Lee Loughner, s'est présenté à un meeting public en plein air que Mme Giffords organisait avec des électeurs. Il a essayé de la tuer, puis a ouvert le feu sur la foule. On pense que Loughner est mentalement déséquilibré.

À la suite de la fusillade, on a assisté au développement d'un discours à propos de qui blâmer et de la façon de réagir à cet événement. Le président Barack Obama a dit le 8 janvier : « Nous n'avons pas encore toutes les réponses. Ce que nous savons, c'est qu'un tel acte de violence insensé et terrible n'a pas sa place dans une société libre. » John Boehner, le nouveau président républicain de la Chambre, a dit : « Une attaque contre quelqu'un qui exerce des fonctions publiques est une attaque contre tous ceux qui exercent de telles fonctions. De tels actes de violence n'ont pas de place dans notre société. » Il a ajouté : « Cet acte inhumain ne doit pas et ne nous dissuadera pas de représenter nos électeurs et de remplir les devoirs attachés à notre tâche. Aucun acte, si haineux soit-il, ne doit nous empêcher de remplir nos fonctions. »

Sarah Palin, dirigeante du Tea Party et candidate possible aux présidentielles de 2012, a d'abord offert ses condoléances, mais est demeurée silencieuse par la suite. Cependant, on a beaucoup écrit à propos de son utilisation de lignes de mire sur une carte qui ciblait 20 candidats démocrates, incluant Giffords, membre du Congrès, et aussi de ses appels « Ne reculez pas, rechargez ». On affirme que ce langage et d'autres utilisations semblables de métaphores au contenu violent par des émissions radiophoniques ont créé un climat de violence et que c'est cela qui serait à l'origine de la fusillade. Divers Républicains et invités à des talk-shows ont répliqué à la déclaration de campagne d'Obama en disant : « S'ils apportent un couteau au combat, nous apportons un fusil. » Peu de gens ont oublié les commentaires d'Obama sur l'utilisation de drones prédateurs au souper des correspondants à la Maison Blanche. Les Jonas Brothers, un groupe musical composé de trois frères adolescents popularisé par le Disney Channel, faisait partie des invités. Obama a dit : « Sasha et Malia (les filles d'Obama) sont de grandes fans. » Il a ajouté : « Mais ne vous faites pas d'idées, les garçons. Deux mots pour vous : drones prédateurs. Vous ne les verrez jamais venir. » Et ceci au moment même où Obama utilisait des drones prédateurs pour massacrer des civils au Pakistan. Plusieurs choses ressortent dans le discours, principalement à cause de leur absence.

Il semble y avoir un consensus selon lequel cet acte de violence est « insensé » et « inhumain » et « n'a pas de place dans une société libre ». C'était là l'acte « d'un fou déséquilibré », ou, comme l'on dit un invité à un talk- show et le supporter de Palin Glenn Beck : « Il y a des fous dans tous les camps. »

Mais comment se fait-il que lorsqu'un individu fait usage de violence contre des civils c'est parce qu'il est un « fou déséquilibré » ou un terroriste, mais que lorsque les États-Unis commettent des actes violence à l'étranger, ce n'est pas décrit dans les mêmes termes ? Comment se fait-il que les assassinats ciblés, les massacres à l'aide de drones, les bombardements de fêtes à l'occasion de mariages, la torture et les guerres d'agression menés par l'État américain ne soient pas considérés comme des actes de violence inhumains et de terrorisme qui n'ont pas de place dans la société ? Allons-nous mettre de côté ces actes en concluant comme dans le cas du tireur en Arizona, que peut-être que les États-Unis sont sérieusement mentalement déséquilibrés ? Comment une telle conclusion apporterait-elle une solution ?

Il est certain qu'on ne songerait pas à nommer chef d'État le tireur de l'Arizona. Mais pourquoi accepte-t-on que ceux qui passent leur temps à justifier et à autoriser des actes de violence à l'étranger soient aptes à gouverner ? L'Organisation marxiste- léniniste des États-

Unis croit que c'est une question légitime et qui vaut d'être discutée.

Il est clair que la violence est devenue l'arme de choix des pouvoirs en place pour justifier leur refus d'envisager des solutions aux problèmes économiques, politiques, culturels et sociaux. Selon nous, c'est ce qui est à blâmer pour la fusillade en Arizona et c'est inacceptable. Nous disons Non à l'usage de la violence pour régler les conflits au pays et à l'étranger !

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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La civilité et la politique

Dans les jours qui ont suivi l'attentat en Arizona, où six personnes ont été tuées et treize blessées, y inclus la représentante de Tucson, Gabrielle Giffords, des voix se sont faites entendre de toute part pour exiger que le discours politique au pays soit plus civilisé.

Les forces provenant de la gauche autant que de la droite se sont accusées mutuellement, sous prétexte que le manque de civilité est responsable de l'attentat, ou, du moins, qu'il a contribué à la violence. Les Républicains, qui contrôlent la Chambre, ont retardé l'échéancier d'un vote visant à révoquer la loi sur les soins de santé, craignant que le débat ne dégénère. Le président Barack Obama, dans son discours lors du service commémoratif en Arizona, a dit : « N'oublions pas que cette tragédie n'est pas le fruit d'un simple manque de civilité, mais plutôt du fait que seule une discussion publique civilisée et honnête peut nous être utile si nous voulons relever les défis posés par notre pays, seule une telle discussion rendrait honneur aux personnes tuées. »

D'une façon ou d'une autre, c'est le ton de la politique étasunienne qui est le principal sujet de discussion.

Toute cette discussion vise à faire diversion puisqu'il n'est pas clair de quelle discussion politique il s'agit. Sur le plan domestique autant qu'à l'étranger, la violence est devenue l'arme de prédilection lorsqu'on traite des questions économiques, politiques, sociales et culturelles. Participer à des renversements de gouvernements, à des massacres par drones de civils et à des assassinats ciblés ne sont pas de très bons exemples de règlement des conflits sur la base d'une discussion politique civilisée. Pour qu'il y ait civilité, les solutions mises de l'avant doivent être politiques.

Est-ce que plus de discussion civilisée changera quelque chose au fait qu'en Arizona la violence reliée à la frontière et à son mur de la mort est responsable de la mort de centaines de travailleurs, de femmes et d'enfants, de l'assassinat de civils désarmés par la patrouille frontalière, assistée par 1 200 membres de la Garde nationale ? L'arme de prédilection est la violence, et non la politique.

Cette discussion au sujet d'un manque de civilité est partie intégrante de la désinformation des forces au pouvoir et de leurs médias monopolisés. Elle sert à faire diversion précisément du fait que la violence est devenue l'arme de prédilection pour traiter des questions économiques, politiques, sociales et culturelles et pour éliminer la discussion. Elle s'attaque à la nécessité d'une discussion politique entretenue par le peuple lui-même dans le but de défendre ses intérêts. À la place, une diversion à l'effet que la question requiert plus de civilité est promue. La classe ouvrière et le peuple devraient ainsi se ranger pour ou contre la civilité, pour ou contre le Tea Party et/ou Obama. Tout cela vise à effacer la nature des contradictions au sein des cercles dirigeants étasuniens ainsi que le sérieux danger de guerre civile. Aussi longtemps que la violence sera l'arme de prédilection des deux camps et que la politique indépendante de la classe ouvrière tardera à se développer, aucune perspective n'apparaîtra permettant d'éviter un tel danger.

Les solutions politiques, la discussion politique, y inclus la signification même du mot politique, sont toutes éliminées. Le peuple travailleur est laissé avec une impression que la politique menée par les forces au pouvoir au moyen de propos violents et racistes sont la norme, donc quelque chose qu'il ne souhaite pas pour lui-même.

En anglais, le mot politique est pluriel car il comprend toutes les activités qui se passent au sein du corps politique. Le corps politique comprend aujourd'hui une société politique moderne au sein de laquelle toute personne a le droit de participer aux décisions qui affectent sa vie.

La nature du corps politique est gouvernée par la nature du processus politique. Aux États-

Unis, le corps politique moderne a vu le jour en tant que pouvoir d'hommes blancs de propriété. C'était le pouvoir des propriétaires avec l'État en tant qu'instrument de ce pouvoir. Pour cette classe au pouvoir, la guerre civile a éclaté entre les intérêts des propriétaires d'esclaves, qui voulaient le rester, et de ceux qui voulaient que l'économie soit plutôt basée sur l'esclave salarié. Aujourd'hui, l'élite dirigeante continue de se battre sur la direction à donner aux États-Unis et le processus politique demeure entre ses mains. Cette élite a recours à la violence, y inclus les assassinats et les menaces d'assassinat, afin de résoudre les contradictions dans ses propres rangs. C'est un scénario de guerre civile qui se joue dans les rangs mêmes de la classe dirigeante. Ce scénario vise aussi à empêcher que ne se forge une opinion publique – c'est le scénario qui prône la mort civile de tous ces Étasuniens qui refusent de prêter serment à ce qu'on appelle les « valeurs américaines ». Son but est de bloquer la création du mouvement politique du peuple pour son habilitation.

Dans cette situation, le rôle du président est d'unir l'Amérique et d'éviter une guerre civile. Voilà pourquoi Obama cite toujours Lincoln. Mais dans la mesure ou pour lui aussi la violence est l'arme de prédilection, le choix n'est pas entre Obama et le Tea Party ou entre les Démocrates et les Républicains. Toutes ces factions de la classe dirigeante défendent un processus par lequel l'un ou l'autre ou les deux partis bellicistes se maintiennent au pouvoir alors que le peuple y est exclu.

Le choix est entre tout ce qui est ancien, y inclus les politiques factionnelles de guerre civile et les intérêts des élites qui continuent de maintenir privilèges et pouvoir, et le nouveau, qui doit se fonder sur l'anti-impérialisme et sur le refus de résoudre par la force les questions économiques, politiques, sociales et culturelles au pays et à l'étranger.

L'élite dominante des États-Unis mène la lutte de classe afin de préserver son système impérialiste et sa domination de classe tout en veillant à ce que la classe ouvrière ne mène pas la lutte de classe dans ses propres intérêts. Le discours officiel qui prétend que pour résoudre la question aux États-Unis il suffit de changer la teneur de la discussion politique, est une diversion visant à empêcher la classe ouvrière d'intervenir dans l'arène politique pour que ses propres intérêts soient défendus ainsi que ceux du peuple étasunien et des peuples du monde. Ce discours vise à éliminer des politiques qui seraient dans l'intérêt de la classe ouvrière et des peuples du monde.

C'est un problème très sérieux. Une plus grande civilité au coeur des politiques de l'élite dirigeante ne résoudra pas les contradictions dans ses rangs. C'est pour elle un idéal inaccessible puisqu'une société civile ne l'intéresse plus. Il en va de même du renouveau des mécanismes politiques requis pour résoudre les différends dans un climat de calme.

Pour aller vers une solution, il faut accroître le travail pour la politique d'habilitation – pour un processus politique qui donne un pouvoir au peuple lui-même et qui lui permet de gouverner et de décider. Cela requiert une démocratie renouvelée et moderne qui vient de nous. À quoi ressemblera-t-elle ? Comment sera-t-elle constituée afin de garantir les droits de tous, y inclus le droit de gouverner et de décider ? Mener la lutte pour l'habilitation politique du peuple, ce qui comprend veiller à ce que la discussion politique s'adresse à cette nécessité, est la voie vers l'avant.

* Kathleen Chandler est la Sécrétaire générale de l'Organisation marxiste-léniniste des États-Unis.

(Traduit de l'anglais par Le Marxiste-Léniniste)

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