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La fusillade d'Arizona
- Entrevue avec Sandra L. Smith*, 21
janvier 2011 -
LML : La nouvelle
année a commencé avec la fusillade du 8 janvier
à Tucson, en Arizona, qui visait la
congressiste Gabrielle Giffords. Les agences de nouvelles ont dit que
le tireur avait sans doute des problèmes mentaux. Tout le monde
sait qui a tiré mais les médias américains
mènent un débat à savoir qui est à
blâmer pour la fusillade : la droite blâme la gauche
et la gauche blâme la droite. Certains mettent en cause le ton du
discours politique aux États-Unis, disant que c'est cela qui
mène à
des actes insensés. Qu'en pensez-vous ?
Sandra L. Smith : Il y a deux choses qui me
viennent à l'esprit quand nous parlons de cette fusillade. La
première est
que si cette tentative d'assassinat ciblé est l'acte d'un
individu souffrant de problèmes mentaux, quand les
États-Unis commettent des
actes semblables partout dans le monde, est-ce à cause de
problèmes mentaux ? Si c'est le cas, comment est-ce
possible de leur
donner une raison d'État ? Et pourquoi le Canada s'y
joint-il ?
La deuxième est que ce qu'on appelle discours
politique aux États-Unis n'est pas politique. Sa fonction n'est
pas d'informer le
corps politique mais de le désinformer. C'est l'autre
côté de la médaille d'une politique d'État
qui considère les assassinats ciblés
et la violence comme des choix possibles. Les États-Unis ont
adopté la pratique d'assassiner leurs ennemis, ceux qu'ils
voient comme un
obstacle à leurs objectifs et intérêts, et cela
comprend le « changement de régime ». Ce
n'est pas nouveau, leurs agences
secrètes y recourent depuis toujours. C'était un
instrument des opérations secrètes de la Guerre froide
contre le communisme et des
salles guerres qu'ils ont menées sur tous les continents.
L'objectif était d'éliminer l'opposition politique, de
mener des coups
d'État, d'établir des dictatures militaires, etc.
D'innombrables crimes contre l'humanité ont été
commis par les États-Unis et leurs
bourreaux. Mais depuis le début des années 1990, le
recours à la violence pour instituer des changements de
régime est devenu leur arme
préférée. Ils ont commencé par dire que
c'était pour éliminer le danger d'armes de destruction
massive, pour pourchasser al-Qaïda, pour
éliminer les dangers d'actes terroristes, etc. Et maintenant,
ces justifications étant complètement
discréditées, ils disent tout
simplement que c'est pour défendre leurs intérêts.
Nous sommes censés croire que ce qui sert à
protéger la sécurité nationale des
États-Unis contribue à protéger la
sécurité nationale de tout pays et de tous ceux qui ne
sont pas des ennemis de ce que la classe
dominante étasunienne considère comme étant digne
de protection. Tout cela suivant la logique qu'« ou bien
vous êtes avec nous, ou
bien vous êtes avec les terroristes, et si vous êtes avec
les terroristes, vous méritez d'être éliminé
par tous les moyens ».
C'est aussi pour saper la politique comme moyen de
régler les différences d'opinions et
d'intérêts. En plus de recourir à la force
pour imposer des changements de régime à
l'étranger, les administrations étasuniennes sanctionnent
la pratique de l'assassinat
politique au nom de la défense de la sécurité
nationale. Alors lorsque des citoyens étasuniens, qu'ils
souffrent de problèmes mentaux
ou non, commettent des actes pareils, les cercles dominants ne veulent
pas regarder dans le miroir et y voir leur propre réflexion. Ils
ne veulent pas assumer les conséquences de leurs actes. Le but
visé est d'abord et avant tout d'étouffer tout mouvement
politique du
peuple, de ne pas permettre la formation d'une opposition politique. La
désinformation au sujet de leurs actes sert aussi le même
objectif.
En fait, ce qui passe pour discours politique aux
États-Unis, notamment les appels des usurpateurs
représentés par des gens comme
Sarah Palin à l'élimination physique de leurs rivaux, est
carrément un scénario de guerre civile. Ces appels sont
ensuite
contrebalancés par des appels à l'unité, à
la préservation de l'union, à la civilité, par la
politique de « la nation une et une
seule », « une seule
Amérique ». C'est la tâche de la
présidence de s'assurer que la guerre civile n'éclate
pas. C'est
pourquoi Obama parle sans cesse de bipartisme, de centrisme, de
« la nation une et une seule ». Dans l'histoire
des États-
Unis, l'échec à protéger l'union signifie la
guerre civile entre différentes factions de la class dominante.
Ce n'est pas qu'une
faction est pour la violence et l'autre contre, les deux
préconisent la violence et usent de désinformation pour
saper la formation
d'une opinion publique, la formation de mouvement politique du peuple.
LML : Que peut faire le peuple
américain dans ce cas-là ?
SLS : La classe ouvrière doit
intervenir avec sa politique indépendante, pour
développer un mouvement pour le renouveau
politique. Historiquement, le peuple américain est progressiste,
généreux et courageux. Aujourd'hui il doit trouver
comment intervenir
pour mettre fin au recours à la violence pour empêcher la
création de l'opinion publique. Cela ne se fait pas en se
rangeant du côté
d'Obama contre le Tea Party ou en se ralliant aux appels des
impérialistes à défendre la souveraineté.
Il faut une position solidement
anti-impérialiste et prolétarienne. À mon avis il
faut prendre au sérieux ce qui se passe aux États-Unis en
ce moment, au Canada aussi
d'ailleurs. Nous assistons à des développements dangereux
à cause de l'échec des institutions politiques à
régler les différences
d'intérêts par les moyens politiques. Au Canada nous avons
vu la violence utilisée contre les manifestants lors du G20
à Toronto et il
y a les jugements concernant les certificats de sécurité,
la politique de loi et ordre du gouvernement Harper. L'utilisation de
l'État
pour empêcher la formation de l'opinion publique est un
développement inquiétant.

Qui faut-il blâmer pour la fusillade en Arizona?
- L'Organisation
marxiste-léniniste des États-Unis, le 11 janvier 2011 -
Le 8 janvier, à Tucson, en Arizona, six
personnes ont été tuées et treize autres
blessées lors d'un crime violent ciblant la
représentante élue Gabrielle Giffords. Giffords avait
été réélue en 2010 en tant que
représentante de la région de Tucson à la Chambre
des représentants. Le jeune homme impliqué, Jared Lee
Loughner, s'est présenté à un meeting public en
plein air que Mme Giffords
organisait avec des électeurs. Il a essayé de la tuer,
puis a ouvert le feu sur la foule. On pense que Loughner est
mentalement
déséquilibré.
À la suite de la fusillade, on a assisté
au développement d'un discours à propos de qui
blâmer et de la façon de réagir à cet
événement. Le président Barack Obama a dit le
8 janvier : « Nous n'avons pas encore toutes les
réponses. Ce que nous
savons, c'est qu'un tel acte de violence insensé et terrible n'a
pas sa place dans une société libre. » John
Boehner, le nouveau
président républicain de la Chambre, a dit :
« Une attaque contre quelqu'un qui exerce des fonctions
publiques est une
attaque contre tous ceux qui exercent de telles fonctions. De tels
actes de violence n'ont pas de place dans notre
société. » Il a
ajouté : « Cet acte inhumain ne doit pas et ne
nous dissuadera pas de représenter nos électeurs et de
remplir les devoirs
attachés à notre tâche. Aucun acte, si haineux
soit-il, ne doit nous empêcher de remplir nos
fonctions. »
Sarah Palin, dirigeante du Tea Party et candidate
possible aux présidentielles de 2012, a d'abord offert ses
condoléances, mais est
demeurée silencieuse par la suite. Cependant, on a beaucoup
écrit à propos de son utilisation de lignes de mire sur
une carte qui
ciblait 20 candidats démocrates, incluant Giffords, membre du
Congrès, et aussi de ses appels « Ne reculez pas,
rechargez ».
On affirme que ce langage et d'autres utilisations semblables de
métaphores au contenu violent par des émissions
radiophoniques ont
créé un climat de violence et que c'est cela qui serait
à l'origine de la fusillade. Divers Républicains et
invités à des talk-shows
ont répliqué à la déclaration de campagne
d'Obama en disant : « S'ils apportent un couteau au
combat, nous apportons un
fusil. » Peu de gens ont oublié les commentaires
d'Obama sur l'utilisation de drones prédateurs au souper des
correspondants à la
Maison Blanche. Les Jonas Brothers, un groupe musical composé de
trois frères adolescents popularisé par le Disney
Channel, faisait
partie des invités. Obama a dit : « Sasha et
Malia (les filles d'Obama) sont de grandes fans. » Il a
ajouté :
« Mais ne vous faites pas d'idées, les
garçons. Deux mots pour vous : drones prédateurs.
Vous ne les verrez jamais
venir. » Et ceci au moment même où Obama
utilisait des drones prédateurs pour massacrer des civils au
Pakistan. Plusieurs choses
ressortent dans le discours, principalement à cause de leur
absence.
Il semble y avoir un consensus selon lequel cet acte de
violence est « insensé » et
« inhumain » et « n'a pas
de place dans une société libre ».
C'était là l'acte « d'un fou
déséquilibré », ou, comme l'on dit un
invité à un talk-
show et le supporter de Palin Glenn Beck : « Il y a des
fous dans tous les camps. »
Mais comment se fait-il que lorsqu'un individu fait
usage de violence contre des civils c'est parce qu'il est un
« fou
déséquilibré » ou un terroriste, mais
que lorsque les États-Unis commettent des actes violence
à l'étranger, ce n'est pas décrit
dans les mêmes termes ? Comment se fait-il que les
assassinats ciblés, les massacres à l'aide de drones, les
bombardements de
fêtes à l'occasion de mariages, la torture et les guerres
d'agression menés par l'État américain ne soient
pas considérés comme des
actes de violence inhumains et de terrorisme qui n'ont pas de place
dans la société ? Allons-nous mettre de
côté ces actes en
concluant comme dans le cas du tireur en Arizona, que peut-être
que les États-Unis sont sérieusement mentalement
déséquilibrés ?
Comment une telle conclusion apporterait-elle une solution ?
Il est certain qu'on ne songerait pas à nommer
chef d'État le tireur de l'Arizona. Mais pourquoi accepte-t-on
que ceux qui passent
leur temps à justifier et à autoriser des actes de
violence à l'étranger soient aptes à
gouverner ? L'Organisation marxiste-
léniniste des États-
Unis croit que c'est une question légitime et qui
vaut d'être discutée.
Il est clair que la violence est devenue l'arme de choix
des pouvoirs en place pour justifier leur refus d'envisager des
solutions
aux problèmes économiques, politiques, culturels et
sociaux. Selon nous, c'est ce qui est à blâmer pour la
fusillade en Arizona et
c'est inacceptable. Nous disons Non à l'usage de la
violence pour régler les conflits au pays et à
l'étranger !
(Traduit de l'anglais
par Le Marxiste-Léniniste)

La civilité et la politique
- Kathleen Chandler*, 21 janvier 2011 -
Dans les jours qui ont suivi l'attentat en Arizona,
où six personnes ont été tuées et treize
blessées, y inclus la représentante de
Tucson, Gabrielle Giffords, des voix se sont faites entendre de toute
part pour exiger que le discours politique au pays soit plus
civilisé.
Les forces provenant de la gauche autant que de la
droite se sont accusées mutuellement, sous prétexte que
le manque de civilité est
responsable de l'attentat, ou, du moins, qu'il a contribué
à la violence. Les Républicains, qui contrôlent la
Chambre, ont retardé
l'échéancier d'un vote visant à révoquer la
loi sur les soins de santé, craignant que le débat ne
dégénère. Le président Barack Obama,
dans son discours lors du service commémoratif en Arizona, a
dit : « N'oublions pas que cette tragédie n'est
pas le fruit
d'un simple manque de civilité, mais plutôt du fait que
seule une discussion publique civilisée et honnête peut
nous être utile si nous
voulons relever les défis posés par notre pays, seule une
telle discussion rendrait honneur aux personnes
tuées. »
D'une façon ou d'une autre, c'est le ton de la
politique étasunienne qui est le principal sujet de discussion.
Toute cette discussion vise à faire diversion
puisqu'il n'est pas clair de quelle discussion politique il s'agit. Sur
le plan
domestique autant qu'à l'étranger, la violence est
devenue l'arme de prédilection lorsqu'on traite des questions
économiques,
politiques, sociales et culturelles. Participer à des
renversements de gouvernements, à des massacres par drones de
civils et à des
assassinats ciblés ne sont pas de très bons exemples de
règlement des conflits sur la base d'une discussion politique
civilisée. Pour
qu'il y ait civilité, les solutions mises de l'avant doivent
être politiques.
Est-ce que plus de discussion civilisée changera
quelque chose au fait qu'en Arizona la violence reliée à
la frontière et à son mur
de la mort est responsable de la mort de centaines de travailleurs, de
femmes et d'enfants, de l'assassinat de civils désarmés
par la
patrouille frontalière, assistée par 1 200 membres
de la Garde nationale ? L'arme de prédilection est la
violence, et non la
politique.
Cette discussion au sujet d'un manque de civilité
est partie intégrante de la désinformation des forces au
pouvoir et de leurs
médias monopolisés. Elle sert à faire diversion
précisément du fait que la violence est devenue l'arme de
prédilection pour traiter des
questions économiques, politiques, sociales et culturelles et
pour éliminer la discussion. Elle s'attaque à la
nécessité d'une
discussion politique entretenue par le peuple lui-même dans le
but de défendre ses intérêts. À la place,
une diversion à l'effet que la
question requiert plus de civilité est promue. La classe
ouvrière et le peuple devraient ainsi se ranger pour ou contre
la civilité,
pour ou contre le Tea Party et/ou Obama. Tout cela
vise à effacer la nature des contradictions au sein des cercles
dirigeants étasuniens ainsi que le sérieux danger de
guerre civile. Aussi longtemps que la violence sera l'arme de
prédilection des
deux camps et que la politique indépendante de la classe
ouvrière tardera à se développer, aucune
perspective n'apparaîtra permettant
d'éviter un tel danger.
Les solutions politiques, la discussion politique, y
inclus la signification même du mot politique, sont
toutes éliminées.
Le peuple travailleur est laissé avec une impression que la
politique menée par les forces au pouvoir au moyen de propos
violents et
racistes sont la norme, donc quelque chose qu'il ne souhaite pas pour
lui-même.
En anglais, le mot politique est pluriel car il
comprend toutes les activités qui se passent au sein du corps
politique. Le
corps politique comprend aujourd'hui une société
politique moderne au sein de laquelle toute personne a le droit de
participer aux
décisions qui affectent sa vie.
La nature du corps politique est gouvernée par la
nature du processus politique. Aux États-
Unis, le corps politique moderne a vu le jour en tant
que pouvoir d'hommes blancs de propriété. C'était
le pouvoir des propriétaires
avec l'État en tant qu'instrument de ce pouvoir. Pour cette
classe au pouvoir, la guerre civile a éclaté entre les
intérêts des
propriétaires d'esclaves, qui voulaient le rester, et de ceux
qui voulaient que l'économie soit plutôt basée sur
l'esclave salarié.
Aujourd'hui, l'élite dirigeante continue de se battre sur la
direction à donner aux États-Unis et le processus
politique demeure entre
ses mains. Cette élite a recours à la violence, y inclus
les assassinats et les menaces d'assassinat, afin de résoudre
les
contradictions dans ses propres rangs. C'est un scénario de
guerre civile qui se joue dans les rangs mêmes de la classe
dirigeante. Ce
scénario vise aussi à empêcher que ne se forge une
opinion publique – c'est le scénario qui prône la mort
civile de tous ces
Étasuniens qui refusent de prêter serment à ce
qu'on appelle les « valeurs américaines ».
Son but est de bloquer la création
du mouvement politique du peuple pour son habilitation.
Dans cette situation, le rôle du président
est d'unir l'Amérique et d'éviter une guerre civile.
Voilà pourquoi Obama cite toujours
Lincoln. Mais dans la mesure ou pour lui aussi la violence est l'arme
de prédilection, le choix n'est pas entre Obama et le Tea
Party ou entre les Démocrates et les Républicains.
Toutes ces factions de la classe dirigeante défendent un
processus par lequel
l'un ou l'autre ou les deux partis bellicistes se maintiennent au
pouvoir alors que le peuple y est exclu.
Le choix est entre tout ce qui est ancien, y inclus les
politiques factionnelles de guerre civile et les intérêts
des élites qui
continuent de maintenir privilèges et pouvoir, et le nouveau,
qui doit se fonder sur l'anti-impérialisme et sur le refus de
résoudre
par la force les questions économiques, politiques, sociales et
culturelles au pays et à l'étranger.
L'élite dominante des États-Unis
mène la lutte de classe afin de préserver son
système impérialiste et sa domination de classe tout
en veillant à ce que la classe ouvrière ne mène
pas la lutte de classe dans ses propres intérêts. Le
discours officiel qui prétend que
pour résoudre la question aux États-Unis il suffit de
changer la teneur de la discussion politique, est une diversion visant
à empêcher
la classe ouvrière d'intervenir dans l'arène politique
pour que ses propres intérêts soient défendus ainsi
que ceux du peuple étasunien
et des peuples du monde. Ce discours vise à éliminer des
politiques qui seraient dans l'intérêt de la classe
ouvrière et des peuples du
monde.
C'est un problème très sérieux. Une
plus grande civilité au coeur des politiques de l'élite
dirigeante ne résoudra pas les
contradictions dans ses rangs. C'est pour elle un idéal
inaccessible puisqu'une société civile ne
l'intéresse plus. Il en va de même du
renouveau des mécanismes politiques requis pour résoudre
les différends dans un climat de calme.
Pour aller vers une solution, il faut accroître le
travail pour la politique d'habilitation – pour un processus politique
qui donne
un pouvoir au peuple lui-même et qui lui permet de gouverner et
de décider. Cela requiert une démocratie
renouvelée et moderne qui
vient de nous. À quoi ressemblera-t-elle ? Comment
sera-t-elle constituée afin de garantir les droits de tous, y
inclus le droit
de gouverner et de décider ? Mener la lutte pour
l'habilitation politique du peuple, ce qui comprend veiller à ce
que la
discussion politique s'adresse à cette nécessité,
est la voie vers l'avant.

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